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Full text of "Pendant une mission en Russie. Première série, A travers l'Allemagne"


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PENDANT UNE MISSION 



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A TRAVERS L'ALLEMAGNE 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 

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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



Les Réformes nécessaires. — I vol. in-18. Paris, Guillaumin etO 
et Pedone-Lauriel, éditeurs, 1860. 

Études économiques et financières. — i vol. in-18. Pans, 
Guillaumin et C'"> et Pedone-Lauriel, éditeurs, 1883. 

L Indépendance de l'Egypte et le Régime international du 
canal de Suez. — 1 vol. in-18. Paris, Guillaumin et C io et Pedone- 
Lauriel, éditeurs, 1885. 

La Réforme de l'Impôt. — Tome I". Les impôts et les théories 

FISCALES AUX XVII ET XVIII» SIÈCLES DANS LES DIVERS ÉTATS IlE l'eUHOPE. 

1 vol. in-8°. Paris, Guillaumin et C ic et Pedone-Lauriel, éditeurs, I8S3. 

L'Impôt sur le Pain. — La réaction protectionniste et les traités 
de commence. — Guillaumin et O et Pedone-Lauriel, éditeurs, 1885. 

Traité de Critique et de Statistique comparée. — Des institutions 
financières, systèmes d'impôts et réformes fiscales des hivers états 
au xi\c siècle. — Tome I", in-S». Paris, Guillaumin et O et Larose, 
éditeurs, 1880. 



SOUS PRESSE 



Pendant une Mission en Russie. 
Russie. — 2 vol. in-18. 



Seconde série : A travers la 



La Réforme de l'Impôt. — Tome II. Les impots et les théories 

FISCALES AU XIX e SIÈCLE. 



Le Problème monétaire. 



1 vol. in-8" 



PENDANT UNE MISSION 

EN RUSSIE 



PREMIÈRE SÉRIE 



A TRAVERS L'ALLEMAGNE 



TOME DEUXIEME 



II. Entrainement social de l'Allemagne. — VI. Les Associations coopératives 
en Allemagne. — VII. De la Richesse de 1 Allemagne. — VIII. De Berlin 
à Danzig et à Kœnigslierg. — Schopenhauer et Kant. 

III. Entrainement politique de l'Allemagne. — IX. La Lutte pour la suprématie 
en Europe. — X. Le Relèvement de la France. 



M. E. FOURNIER DE FLAIX 




So weit die Deutsche Zunge klingt 
Und Gott im Himmel Lieder singt, 

Das soif, es sein, des soll es sein, 
Das, wachrer Dents cher, nenne dein i 



^per 



A PARIS 
GUILLAUM1N & O | L. LAROSE 

LIBRAIRES-ÉDITEURS 
1894 






LIVRE DEUXIEME 



Entraînement social de l'Allemagne. 






m 



: 



CHAPITRE SIXIÈME 



Des associations coopératives comparées 
en Allemagne et dans les autres Etats. 



Fructuni afl'erunt in patientia. 

Il y a plusieurs manières de faire et de comprendre la 
puissance d'une nation, la grandeur d'une race, de concourir 
à la lutte civilisatrice de l'humanité. Certains esprits mettent 
Aristote au dessus d'Alexandre, Descartes au dessus de 
Condé, Watt très au dessus de Chatham. Ampère tout à t'ait 
au dessus de Napoléon III. On taxerait peut-être d'imper- 
tinence celui qui considérerait Sehulze-Delitseh comme un 
tout autre bienfaiteur de l'Allemagne que le Wende Bismark 
ou son complice le Danois de Moltke. Ces derniers ont grandi 
leur nom et leur patrie, par la violence, le sang, la perfidie, 
l'ingratitude, la rapacité; ils laissent l'Europe couverte de 
fer, l'Allemagne plus forte mais menacée de toutes parts, 
cherchant dans l'Autriche qu'ils ont écrasée, après l'avoir 
dupée, et dans l'Italie qu'ils dédaignent, des alliances pour 
conserver l'or et la terre arrachés par surprise à la France 
de Napoléon III. 

Supposez qu'un mouvement quelconque éclate en Europe, 
n'importe où; quel ébranlement terrible, quelle affreuse 
anxiété I Entendez-vous marcher vers le Rhin ces innom- 
brables bataillons et toute leur artillerie? Le cosmopolite 
italo-batave ne sera plus là, comme incomparable atout, 
pour conduire lui-même les affaires des Allemands. On ne 
se rencontrera pas un contre trois, contre quatre, contre 

o 









286 



BISMARCK ET SCHULZE-DELITSCI 






cinq t 1 ». On se parlera face à face, c'est-à-dire que des 
générations entières, si pénibles, si coûteuses à élever, ■ 
couvriront de leurs cadavres les champs de bataille. Voilà 
l'œuvre civilisatrice des deux conspirateurs dont on peut 
dire avec Tacite : Suscipere duo manipulares imperium 
transferendum. 

Tout autre est l'œuvre de Schuke-Delitsch, de E. Raif- 
faisen et de tous ceux qui, comme Huber, Vansittart Neale, 
Vigano, Luzzatti, Louguinine, d'Andriniont, Ludovic de 
Besse, ont marché dans la même voie, œuvre de paix, 
œuvre de liberté, œuvre de progrès, œuvre de rappro- 
chement entre les hommes, pour tous les peuples. 

Œuvre modeste, agissant en silence, ne demandant rien 
à la politique, fondée exclusivement sur le travail, l'épargne, 
la prévoyance, le soin des intérêts d'autrui, sans oublier les 
siens, ayant pour éléments la vigilance et le dévouement. 
L'Évangile ne présente aux hommesde son temps le dévoue- 
ment que sous la forme de la charité. C'est aussi la forme 
de presque toute l'époque biblique et la forme bouddhiste. 
Saint Paul a développé le germe contenu dans l'Évangile : 
« Quand j'aurais toute la foi, au point de transporter des 
montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. » C'est 
donc la charité supérieure, qui est la première base des 
associations coopératives, c'est-à-dire la ferme volonté de 
venir en aide à autrui, d'accomplir le devoir de la fraternité. 
Le second élément, c'est la vigilance, c'est-à-dire la nécessité 
pour chaque individu de veiller lui-même à ses intérêts. 



(1) En ne comptant que l'infanterie, il y avait [Gazette de Cologne, 
mars 1893) à Wissembourg, 44,000 Allemands contre 4,630 Français; 
à Wœrth, 89,000 Allemands contre 32,000 Français; à Spickeren, 
38,000 Allemands contre 24,000 Français; à Beaumont, 01,000 Alle- 
mands contre 29,700 Français; a Sedan, 133,300 Allemands contre 
90,000 Français; à Saint-l'rivat, 100,000 Allemands contre 99,500 
Français. 



LES ENSEIGNEMENTS SOCIAUX DE L EVANGILE 



287 



Sous ce rapport, l'Évangile est rempli d'enseignements non 
moins explicites. Le serviteur qui n'a point fait prospérer 
l'argent qui lui est confié est puni. Au contraire, celui qui 
présente dix talents au lieu de cinq, lorsqu'il est appelé à 
rendre son compte et que le maître frappant à sa porte le 
trouve prêt, — et invertit viijilantem, — est récompensé. 

Jamais l'Évangile, qui renferme la substance de notre 
civilisation européenne et duquel on peut dire : Matins tua> 
feceruntme, et plasmaveruntme, ne sépare ces deux éléments. 
Il ne laisse aucune illusion à l'humanité sur l'inégalité 
inévitable des conditions. Il n'y a point de parabole plus 
formelle et plus célèbre que celle de saint Mathieu : « Mon 
ami, je ne vous ai point fait tort : n'étes-vous pas convenu 
avec nroi d'un denier? Prenez ce qui vous appartient. Ne 
m'est-il pas permis de faire ce que je veux : car il y a 
beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. » 

Or les appelés ont multiplié par centaines de millions 
depuis l'Évangile, et les esclaves, auxquels les apôtres ensei- 
gnaient comme un devoir la patience et l'espérance, sont 
tous, aujourd'hui libres. Nous allons voir l'immense impor- 
tance des capitaux dont disposent les descendants des serfs 
du moyen âge. Ils les ont acquis par le travail, la vigilance 
et la patience. 






% 1. 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE 



Nous venons de nommer Watt et Ampère. A ces noms se 
rattache une des plus grandes évolutions de l'humanité, la 
mise à sa disposition de forces motrices puissantes, mais 
très coûteuses, qui ont modifié les conditions du travail 
dans l'industrie. Jusqu'il eux le travail industriel s'effectuait 
dans des ateliers restreints, sous l'œil, avec le concours, 
sous la direction même du patron. L'atelier a dû devenir 
proportionnel à la force employée. Il s'est transformé en 









288 



LE MOUVEMENT SOCIALISTE EN ALLEMAGNE 



une manufacture, souvent colossale, où l'ouvrier ne connaît 
plus le patron, où il travaille isolé, sans secours, sans appui, 
condamné à subir la loi du nombre. Sa destinée s'est ainsi 
modifiée avec les conditions du travail. 

Ces modifications lui permettent-elles de vivre ? Reçoit-il 
sa légitime part dans la production à laquelle il coopère? 
Peut-il améliorer sa situation par l'épargne, par la pré- 
voyance? A cette question, les publieistes socialistes des 
diverses écoles, depuis Sismondi et Robert Owen jusqu'à 
Proudhon et Karl Marx, ont répondu : Non, l'ouvrier ne 
reçoit pas sa part légitime dans la production (*>. 

Cette réponse est nouvelle en ce qui concerne la grande 
industrie qui ne s'est développée que depuis les progrès 
des forces motrices, mais elle est loin d'être nouvelle en ce 
qui est des conditions générales du travail et de l'inégalité 
de situation entre les hommes. Il n'y a pas d'époque, dans 
l'histoire de l'humanité, où cette inégalité n'ait suscité des 
critiques, des systèmes, des révoltes, même des révolutions. 
Les docteurs chrétiens n'ont pas pensé à cet égard autre- 
ment que les moines bouddhistes, Platon que Thomas 
Morus; Morelly n'aurait pas désavoué Karl Marx. Toutefois, 
le groupement de milliers et même de millions d'hommes 
dans les usines et les manufactures a donné plus d'intensité, 
parfois de violence, à ces plaintes, rendu plus aigué et plus 
menaçante l'interrogation séculaire sur la différence des 
conditions, interrogation h laquelle se ramène la question 
sociale. 



(1) Ces considérations ont été développées dans une conférence 
faite par M. Fournier do Fiait à la Société d'Économie sociale, 
janvier 1887. (Réforme sociale.) 

Comparer te pamphlet, de Lassalle : Monsieur Basliat-Schulse- 
Delilseh, traduit par Monti, 1881, p. 157. 

Lassalle entreprend de démontrer que les sauvages n'épargnent 
jamais; que le travail individuel ne peut épargner; que seul le 
travail collectif peut produire un excédent. 



SES CAUSES ET SES ORIGINES 



289 



D'autres causes ont favorisé la croissance et la diffusion 
des idées socialistes : 1° le développement rapide et même 
excessif des villes, telles que Berlin, les progrès de la 
richesse, progrès qui, tout en améliorant largement les 
jouissances de toutes les classes sociales, ont augmenté les 
différences, les contrastes, la séparation entre celles qui 
n'ont plus besoin de travailler et celles qui ne peuvent 
vivre que grâce à leur labeur; 2° les changements dans 
le caractère de plus en plus technique du travail, mieux 
rémunéré sans doute, mais plus rigoureux, plus dangereux, 
parce qu'il est associé à des forces plus grandes, qui exigent 
de l'ouvrier un concours plus assidu, plus intelligent, plus 
attentif; 3° l'élévation du niveau intellectuel, moral, social 
de beaucoup de travailleurs, sous l'influence directe des 
changements dans les conditions du travail; travail plus 
technique, plus délicat, plus périlleux, donc nécessité 
d'ouvriers meilleurs, c'est-à-dire plus exigeants; 4° renché- 
rissement du coût de la vie, soit par la hausse des prix des 
denrées, soit par l'extension du nombre et de la qualité des 
objets nécessaires, désormais compris dans le coût de la vie; 
la vie est devenue meilleure pour tous, mais plus chère; 
5 ,J les tendances démocratiques, même républicaines, de 
notre époque par le nivellement des mœurs, l'égalisation de 
l'alimentation et du vêtement, la lecture des journaux, la 
hausse des salaires, les chemins de fer, les bateaux à vapeur, 
les tramways, les réunions publiques, tous les moyens de 
rapprochement entre les hommes, qui leur permettent de 
s'entendre ou de se juger. 

Le mouvement socialiste a revêtu, par suite, un caractère 
universel. 11 n'a plus été cantonné dans les centres manu- 
facturiers, bien qu'il soient toujours son foyer principal ; 
il s'est étendu de toutes paris. Il est devenu comme une 
sorte de protestation contre les sociétés contemporaines,, 









290 SES ADVERSAIRES SCHULZE-DELITSCH ET RAIFFEISEN 

malgré les progrès merveilleux qu'elles onl accomplis. Il 
s'est proposé de plus en plus, sinon de les détruire, du 
moins de leur imposer, avant tout par la force, comme le 
professent les socialistes de Berlin, une complète transfor- 
mation. 

La Révolution de 1848 a été, à cet égard, une sorte de 
révélation. Les forces du mouvement se sont bien agran- 
dies depuis; en 1848, elles n'étaient pas soupçonnées. 
On n'admettait pas que les critiques de Sismondi, de Stuart 
Mill, de Proudhon, eussent un fondement sérieux, ni que les 
systèmes de Fourier, de Saint-Simon, de Robert Owen, de 
Cabet, fussent autre chose que de simples extravagances. 



I 2. 



L ASSOCIATION ET LA COOPERATION 



Les vues de Schulze-Delitsch et de Raiffeisen ne sont pas 
si ambitieuses Ci. Rs ne se sont pas proposé de transformer 
les sociétés contemporaines, mais simplement de prouver 
que, dans l'association et la coopération, les travailleurs 
trouveraient une force qui leur permettrait d'améliorer leur 
condition; Schulze-Delitsch s'adressant particulièrement aux 
populations urbaines, Raiffeisen aux populations rurales. 

La pensée fondamentale de Schulze est que les travailleurs 
ne doivent compter que sur eux-mêmes; qu'ils ont fort peu 
à espérer des autres classes sociales et des gouvernements 
pour améliorer leur condition; mais que d'ailleurs, ils 



(1) « M. Schulze-Delitsch n'a jamais eu la prétention do résoudre 
d'un coup la question sociale. Il ne s'est pas proposé de rebâtir 
la société sur un nouveau modèle : il s'est contenté d'apporter une 
pierre à l'édifice, appelé, selon lui, à être l'œuvre du temps et de 
la liberté. » (E. Seinguerlet, p. 10.) 

« Il ne dépouille personne: il enrichit légitimement l'ouvrier par 
le travail et l'épargne. » (Ibid.) 






292 L'ASSOCIATION ET LA COOPÉRATION 

temps le gouvernement prussien et les classes officielles 
ont vu son œuvre avec hostilité parce qu'elle avait pour 
fondement la liberté individuelle et l'association. 

Pour apprécier cette œuvre, il faut se reporter d un 
demi -siècle en arrière, au milieu des agitations et des 
inquiétudes qui éclatèrent en 1848, à une époque où les 
idées d'association s'étaient encore si peu répandues, ou la 
plupart des codes européens montraient à leur égard tant 
de sévérité, où seuls les systèmes socialistes en prenaient 

la défense. 

Par association, Schulze-Delitsch n'entendait pas un 
simple mécanisme commercial ou industriel; il solidarisait 
les intérêts et les forces des travailleurs : par là encore il 
se révélait comme un réformateur. 

Peut-être est-il allé trop loin en affirmant que les travail- 
leurs n'avaient rien à attendre que d'eux-mêmes et que les 
autres classes et les gouvernements seraient comme impuis- 
sants à rien faire pour eux. En tout cas, sa pensée, bien 
que présentée sous une forme abrupte, excessive, devait, 
comme nous allons l'établir, être autrement efficace et 
productive que les systèmes socialistes. 

Les travailleurs doivent donc, selon Schulze-Delitsch (*), se 
grouper avant tout, unir leurs forces de travail et d'épargne, 
en accroître la puissance par la solidarité. La solidarité, 
condition de l'association, leur procurera le crédit; par le 
crédit, ils seront à même de modifier les conditions de la 
production : — organisation des associations coopératives de 
production (Gewerbe Genossenschaften), telles que les asso- 
it) Consulter le Manuel des Sociétés coopératives , par Schulze- 
Delitsch, traduit par M. Simonin, 1876; le second volume du Cours 
d'Économie politique, traduction Rampai; le livre de M. Hans 
Gruger, sur les Sociétés coopératives (en allemand), 1892; et Wolff : 
/'copies Banks, 1893. 



L OEUVRE DE RAIFFEISEN 



293 



dations de matières premières (Rohstoffgenossenschaften), 
ou celles de construction (Baugenossenschaften) , spécia- 
lement importantes au point de vue du logement, difficulté 
principale du travailleur, — la monographie de Berlin le 
démontre clairement. — Il leur sera possible aussi de 
modifier les conditions delà consommation (Consumvereine) 
en supprimant les intermédiaires dont les bénéfices pèsent 
si lourdement sur les prix. 

Ainsi les travailleurs s'élèveront à la condition de produc- 
teurs directs : ils pourront obtenir un salaire plus élevé au 
moyen d'une partdans les profits; d'un autre côté, ils seront 
à même de soulager le coût de la vie par des associations 
de consommation. 

Ces divers résultats leur seront procurés par le groupe- 
ment, par l'association, par la solidarité (solidarische Haft). 

Il en sera de même du c. édit. L'association et la solidarité 
le procureront. Vorschuss und Crédit Vereine, Volksbanken, 
Sociétés de crédit et d'avance ou banques populaires. Par le 
seul fait de leur rapprochement, de leur union, de leur 
responsabilité solidaire, les travailleurs créeront une force 
telle que le crédit en sera la résultante et qu'il pourra leur 
être distribué à eux-mêmes. 

On peut dire qu'il y a cinquante ans, l'Europe était 
entièrement étrangère à tout cela. 

Raiffeisen, de Heddersdorf-Neuwied, est le contemporain 
de Schulze-Delitsch. La première banque qui porte son 
nom a été établie à Heddersdorf-Neuwied en 1854. C'est 
en 1850 que M. Schulze a fondé à Eulenbourg le premier 
Vorschussverein. Raiffeisen a vécu au milieu des excellentes 
populations rurales du Palatinat. Il a cherché à améliorer 
leur condition, sans se placer au point de vue universel de 
Schulze-Delitsch; plus modeste encore, il se contentait 
d'affirmer que les travailleurs agricoles trouveraient dans 



I 



LOKI'VNE de schulze-delitsch 



291 



peuvent tout espérer de leurs propres efforts,, au moyen de 
deux forces à leur disposition, l'épargne et l'association. Il 
se sépare ainsi complètement de toutes les écoles socialistes 
ou révolutionnaires. Karl Marx. F. Lassalle l'ont toujours 
considéré comme l'un de leurs plus dangereux adversaires* 1 '. 
Il admettait implicitement que les travailleurs reçoivent, dans 
l'œuvre de la production, la part qui leur est due et que cette 
part suffit < 2 >, au moyen de l'association et du crédit, pour 
modifier leur situation économique et sociale. Se rendant 
nettement compte des causes du mouvement de 1848 et de 
toute sa portée, il soutint, avec une énergie infatigable, contre 
les écoles socialistes, la nécessité et la facilité relative de 
l'épargne, et contre les conservateurs rétrogrades les droits 
et les avantages de l'association sous ses formes diverses. 
11 n'a pas seulement été combattu par les socialistes; long- 






(1) M. Seinguerlet (les Banques du peuple en Allemagne, Paris, 
18G5) a bien marque celle opposition el la lutte qui en est résultée. 
M. Seinguerlet raconte également les difficultés soulevées par le 
parti catholique et son chef de Ketteler, évêque de Mayenee. — 
Consulter sur la lutte très vive el liés curieuse engagée entre 
F. Lassalle et Schulze-Delitsch : 1» le Cours d'Économie politique 
à Vusaije des ouvriers >■/ des artisans, par Schulze-Delitsch (traduit 
par Rampai, 1X71, 2 vol.). Rampai a laissé :; millions à la Ville .le 
Paris pour favoriser le crédit populaire; 2» le pamphlet Monsieur 
Bastiat- Schulze-Delitsch, pai F. Lassalle; 3° E. de Laveleye : 
Socialisme contemporain, p. 120-150. 

(2) En 1891, la Compagnie d'Anzin a compté aux mineurs 1S millions 
420,01)0 francs, et aux actionnaires i millions 813,000 francs; colle 
de Liévin, 3 millions 001,000 francs aux mineurs el 431,100 francs 
aux actionnaires; celle .le Douchy, 2 millions soT.OOO francs aux 
mineurs, et «0,280 francs aux actionnaires. .Soit : aux mineurs 
21 millions 801,000 francs, et aux actionnaires ."i millions 723,380 
lianes; mais le capital doit entretenir le fonds social. Sans 'cet 
entretien, comme le remarquait Graslin, réfutant Turgot, que 
deviendrai) la société ? 



294 



LA SOLIDARITÉ SOCIALE 



l'application des principes du christianisme, un moyen 
certain d'améliorer leur condition matérielle et morale par 
l'association et la solidarité. Ainsi à l'intérêt personnel mis 
en avant par Schulze-Delitsch, Raiffeisen substitue, en 
partie, l'esprit de charité, le dévouement, la fraternité. Le 
mécanisme extérieur est le même : associations de produc- 
tion, associations de consommation, associations d'avances 
et de crédit. Bien que, sous des formes analogues, la coopé- 
ration et la solidarité doivent tout vivifier, il subsiste, au 
fond, entre les deux systèmes des différences irréductibles. 
C'est à l'épargne et au capital que Schulze-Delitsch convie les 
classes laborieuses pour améliorer leur condition; Raiffeisen 
affirme que cette amélioration se produira plus efficace par 
le concours fraternel. 



3 — des ANCIENNES ASSOCIATIONS COOPERATIVES 



Un certain vendredi saint, Fourier s'imagina avoir enfin 
rencontré la panacée propre, non seulement à guérir tous 
les maux de l'humanité, mais à en assurer la félicité. 
L'association, telle était cette panacée. Fourier pouvait 
invoquer quelques arguments pour discuter l'efficacité de 
son invention; mais s'il avait été plus instruit, il n'en 
aurait trouvé aucun en faveur de sa nouveauté. Il est vrai 
que Fourier écrivait à une époque où le droit d'association 
n'existait plus en France, où il était réduit au minimum 
dans la plupart des autres États de l'Europe. En le remettant 
au premier plan, Fourier, sans faire preuve d'invention, 
comme il l'a cru, n'en a pas moins rendu un grand service. 
C'est certainement l'un des prédécesseurs clairvoyants de 
Schulze et de Raitfeisen. Toutefois, Fourier envisageait 
l'association à un point de vue tout autrement général que 



HISTOIRE DE LA COOPÉRATION 



295 



Schulze-Delitsch et que Raiffeisen. Il ne la considérait point 
comme un moyen particulièrement adapté à améliorer 
la condition des ouvriers, mais comme l'instrument futur 
de la félicité universelle. 

En fait, les associations coopératives de toutes sortes, 
production, consommation, crédit mutuel, apparaissent, 
d'après les documents les plus reculés des diverses civi- 
lisations antiques, auxquelles se rattache la civilisation 
de l'Europe, comme remontant aux âges les plus éloignés. 
On les rencontre non seulement en Egypte, en Chaldée, 
en Judée et à Carthage, mais jusqu'en Chine. Elles tiennent 
une grande place dans l'histoire de la Grèce et de Rome. 
Elles précèdent même le développement de l'esclavage; 
elles lui survivent; elles en tempèrent la rigueur. Les repas 
en commun, ou syssitties, de la race dorienne, caractéris- 
tique de tous les peuples méditerranéens, n'étaient que de 
vastes sociétés de consommation pour la classe militaire. 
Les collegia opifkum, attribués à Numa, probablement fort 
antérieurs, constituaient, au contraire, des sociétés coopé- 
ratives de production : charpentiers, potiers, cordonniers, 
orfèvres, corroyeurs, chaudronniers, teinturiers. En Egypte, 
la fabrication des momies, la conservation des tombeaux, 
tout ce qui se rapportait à la garde des cadavres, en vue de 
la résurrection, dogme essentiellement égyptien, dépendaient 
d'associations coopératives de production, dont l'érudition 
moderne possède et déchiffre les comptes annuels. Chez les 
Grecs.les théâtres et les temples, double manifestation d'une 
civilisation toute religieuse, étaient confiés à des associations 
coopératives qui réunissaient le triple caractère de produc- 
tion, de consommation, de crédit mutuel. Nulle part les 
associations ouvrières coopératives n'ont été plus importantes 
qu'à Rome, sous l'empire comme sous la république. Les 
collegia primitiva ont été inscrits aux Douze Tables; puis, 



1 






296 



SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES EN GRÈCE ET A ROME 



leur influence est devenue si grande, même si dangereuse, 
qu'on les distingua en collegia Ucita, collegia illicita. Le Sénat 
fit à ces derniers une guerre implacable. On retrouve leur 
intervention dans les luttes civiles qui conduisent à l'empire. 
Sous l'empire, toutes les associations étaient vues avec 
défiance, avec terreur. La correspondance de Trajan et de 
Pline le Jeune est, à cet égard, formelle. Mais dès que 
commença, par des causes économiques, dès que s'accentua, 
sous l'influence du christianisme, la décomposition de la 
société esclavagiste antique, les associations de toute nature 
reprirent faveur. L'Église chrétienne n'avait été, à ses 
origines, qu'un réseau de petites associations. Ces associa- 
tions rencontrèrent une certaine protection dans les mœurs 
et les lois romaines concernant les associations. 

Les associations ouvrières prirent alors les nouvelles 
formes, moitié civiles, moitié religieuses, qu'elles ont 
conservées jusqu'au xm e siècle. Les principales étaient 
celles de bouchers de bœuf, bouchers de mouton, bouchers 
de veau; des boulangers, des porteurs et des portefaix, des 
marins, des forgerons, des charpentiers, des menuisiers, des 
foulons, des tailleurs, des marchands; elles se constituèrent 
d'abord librement, grâce aux affranchis; mais, au fur et à 
mesure que diminua le nombre des esclaves, les associations 
urbaines tendirent à devenir des corporations publiques 
avec travail obligatoire. Le même mouvement aboutit, dans 
les campagnes, au servage ou colonat obligatoire et aux 
communautés serviles. L'atelier corporatif prit, de plus en 
plus, le caractère héréditaire. Le travail demeura coopératif, 
il eut lieu en commun; mais la liberté disparut. 

Pendant le moyen âge, il faut distinguer, dans l'organi- 
sation du travail en Europe et dans la destinée des associa- 
tions ouvrières, deux courants : l'antique courant chrétien, 
héritier des civilisations antérieures; le courant germanique. 



INFLUENCE DU CHRISTIANISME 



297 



Dans toute l'Europe méridionale et occidentale, les corpo- 
rations ouvrières romaines se maintinrent dans les villes. 
Elles offrirent un refuge aux populations et revêtirent un 
caractère religieux. La confrérie se greffa sur la corporation. 
La confrérie marque le moment où le christianisme a exercé 
la plus haute influence sur les associations ouvrières. Dès 
ses premiers temps le christianisme a puisé ses principaux 
éléments d'action parmi les ouvriers des villes. 11 a formé de 
petites communautés, molécules primordiales des paroisses 
et des confréries. Il s'est non seulement développé, paral- 
lèlement à la désorganisation qu'il a favorisée de l'escla- 
vage, mais il a surtout contribué à agrandir la sphère des 
associations ouvrières en réhabilitant la notion du travail, 
en en prescrivant l'obligation dans tout le milieu méditer- 
ranéen, dégradé par les influences esclavagistes. Sous ce 
rapport la figure et la place de saint Paul sont au premier 
rang des civilisateurs : « Qui non laborat nec manducet. » 
Raiffeisen ne se trompe donc pas quand il signale dans le 
christianisme un des fondements de la mutualité et de la 
fraternité entre les hommes. 

Au courant chrétien, qui ne fait qu'un avec le courant 
romain, il faut ajouter, dans l'Europe septentrionale et 
orientale, le courant germanique, représenté par les ghildes. 
Les ghildes se trouvent déjà dans le de Moribus Germanorum. 
C'est un livre qu'il faut toujours relire, car l'influence 
germanique, après diverses éclipses, est redevenue très 
grande. On a restreint pendant quelque temps les ghildes à 
des associations coopératives de repas en commun — comme 
autrefois dans le monde grec — ou de fête religieuse. On sait 
aujourd'hui que les ghildes ont eu, avant tout, un caractère 
social et économique. A côté des ghildes des pirates normands 
qui écumaient les mers dès le 111 e siècle, à côté des ghildes 
pour célébrer le culte d'un dieu ou pour réunir de joyeux 




298 



LES GHILDES GERMANIQUES 



convives, les ghildes destinées à opérer et à protéger l'œuvre 
du travail demeuraient les plus nombreuses et les plus impor- 
tantes. On rencontre des Craft ghildes dès le vin 8 siècle. Elles 
s'étendirent de toutes parts du ix e au xi" siècle en Angle- 
terre, en Flandre, dans l'Allemagne du Nord, spécialement 
les ghildes pour le tissage de la laine, pour la navigation 
maritime, pour la construction des églises et des châteaux. 
La ghilde, de même que la corporation chrétienne ou 
romaine, formait une société coopérative de production. Les 
ouvriers, ou plutôt les associés, travaillaient ensemble dans 
des ateliers communs t 1 ). C'est également l'époque où les 
petites associations, ou communautés agricoles, en général 
sous l'abri de quelque monastère, ont pris le plus d'extension 
et contribué aux progrès de l'agriculture. 

A partir du xm e siècle, cet état de choses se modifia lente- 
ment, d'abord sous l'influence de l'organisation féodale et de 
l'accroissement de la richesse, plus tard par suite de la 
formation des grandes monarchies. Dans l'atelier agricole 
et dans l'atelier industriel, le travail cessa d'être coopératif. 
L'atelier devint le domaine, la propriété, le foyer du bour- 
geois qui paya ses ouvriers en salaires. Même révolution dans 
les campagnes. Le fermier et le métayer se séparèrent du 
domaine féodal. L'ouvrier dut vivre à ses risques et périls, 
mais il reprit son indépendance. Il y eut probablement 
compensation. Les corporations revêtirent un caractère plus 
exclusif : elles ne comprirent plus, au premier plan, que les 
maîtres, les chefs de métier qui en avaient la direction : 
toutefois, les ouvriers, sous le nom d'apprentis, y étaient 
rattachés avec l'espoir de devenir maîtres à leur tour. 



(1) Miohelet a admirablement décrit ces ateliers coopératifs. 
(La Halle aux draps dans Ypres. — Sur les chemins d'Europe, 
p. 211.) 



LA COOPERATION AU MOYEN ACE 



299 



Celte grande évolution économique, l'affranchissement, 
tel qu'il pouvait être alors, du travail, fut secondée par un 
changement non moins important dans l'ordre politique. Le 
pouvoir royal, qui allait devenir peu à peu la monarchie du 
xvii e siècle, grandit au milieu de l'organisation féodale et à 
ses'dépens : il intervint bientôt dans les relations des maîtres 
et des ouvriers. Les maîtres lui demandèrent la consécration 
de la nouvelle forme restrictive de la corporation, premier 
pas très grave vers la suppression de l'association; les 
ouvriers lui demandèrent à leur tour protection contre les 
maîtres, maintien de leurs confréries religieuses auxquelles 
ils tenaient plus qu'aux anciennes corporations, et respect 
de leur indépendance qui trouva une garantie et une limite, 
également nécessaires, dans les sociétés de compagnonnage. 

Il est facile de se rendre compte que le travail perdit ainsi 
successivement tout caractère coopératif, que la tradition de 
la coopération, de l'association, cette antique nécessité du 
travail libre, disparut elle-même, et que vers le milieu du 
xvm e siècle, les directeurs des premières grandes manu- 
factures purent garnir leurs ateliers au moyen d'une multi- 
tude d'ouvriers, hommes et femmes, vivant parfois à l'état 
nomade. Il faut reconnaître cependant que dans les États 
germaniques, où les ghildes avaient eu le plus d'influence, 
les associations ouvrières se maintinrent plus longtemps et 
préparèrent mieux le terrain à la reconstitution des ateliers 
coopératifs modernes. 

De tous les peuples de l'Europe, c'est certainement la 
France qui a possédé, pendant la belle période du moyen 
âge, les associations ouvrières coopératives les plus nom- 
breuses et les plus importantes; mais, comme nulle part la 
royauté et les classes bourgeoises n'ont eu autant d'influence, 
nulle part le principe de l'association pour les travailleurs 
n'a plus profondément souffert. Il y aurait peut-être disparu 












I 



300 



LA COOPÉRATION EN FRANCE AVANT 1789 



sans la résistance héroïque des sociétés de compagnonnage. 
Il était réservé à l'Assemblée Constituante, dominée par les 
axiomes des économistes en matière de liberté du travail et 
par les intérêts des classes moyennes, au profit exclusif 
desquelles s'est faite la Révolution française, de détruire 
l'œuvre des siècles et de porter au principe d'association le 
coup le plus funeste qu'il ait reçu. L'Assemblée Constituante 
ne se borna pas, en effet, à abolir les corporations, jurandes 
et métiers; elle nia le principe même de l'association; elle 
abolit les sociétés ouvrières. Il fallut employer la force 
armée pour disperser les ouvriers, invinciblement attachés 
à des institutions qui garantissaient leurs droits. Pendant 
près d'un siècle les axiomes des économistes et les droits 
exclusifs des classes moyennes ont été assez puissants pour 
maintenir la loi de 1791. Ce maintien, résultat lui-même du 
courant de l'ancienne société, est la cause principale de 
l'infériorité actuelle de la France en ce qui concerne les 
associations coopératives. Il faut y ajouter l'esprit étroit des 
juristes qui a aggravé les dispositions de la législation, 
l'insuffisance de l'éducation des ouvriers, les besoins de 
la grande industrie, l'accumulation des capitaux. Pendant 
la dernière partie du xvni e siècle et la première partie 
du xix e , les mêmes tendances prévalurent dans la légis- 
lation de la plupart des peuples de l'Europe. Il fut presque 
partout interdit aux ouvriers de s'entendre pour travailler 
en commun; le travail de l'ouvrier fut considéré comme 
une marchandise, mais il ne devait pas en avoir l'entière 
disposition. 

Ces réflexions sur l'histoire de l'association coopérative 
s'appliquent principalement aux associations de production 
qui ont été, de beaucoup, les plus nombreuses et les plus 
considérables, jusqu'aux grandes associations de consomma- 
tion et aux sociétés de crédit populaire, lesquelles ne datent, 



HISTOIRE DE LA MUTUALITE DU CREDIT 



301 



d'ailleurs, que de la seconde moitié de notre siècle. Il a existé 
cependant de nombreuses associations de consommation 
dans la Grèce ancienne, notamment pour les repas en 
commun, les maladies, les funérailles, les sépultures. A la 
fin de l'Empire romain et pendant tout le moyen âge, les 
associations ouvrières avaient le caractère mixte de sociétés 
de production et de consommation. 

Quant aux sociétés de crédit, fondées sur la mutualité, on 
en a également constaté l'existence dans la Grèce ancienne 
et à Rome. Les temples de la Grèce servaient de banques 
mutuelles entre les États grecs Les diverses associations de 
production avaient organisé de véritables caisses de prêts 
mutuels qui faisaient des avances aux sociétaires moyennant 
intérêt. Divers essais de crédit mutuel ont eu lieu pendant 
les derniers siècles du moyen âge en Bavière, en Franche- 
Comté, à Londres, à Pérouse. Ce mouvement se rattache 
à l'influence de saint François d'Assise et aux réformes des ■ 
Franciscains. 

La mutualité du crédit, sous la forme de Monti di Pietà, 
se développe en Europe, au xvi c siècle, dans la plupart 
des États de l'Europe, en particulier dans les pays catho- 
liques, car chez les divers peuples où la Réforme prévalut, 
les établissements de crédit mutuel furent confisqués. 
Le mouvement fut surtout accusé en Italie par les Monti 
di Pietà dans les villes et par les Monti frumentari dans 
les campagnes; en Espagne et en Portugal au moyen des 
Positon. Dans les villes on faisait des avances en argent, 
souvent sans intérêt; dans les campagnes, en grains pour 
les semences, et en farines pour la nourriture. Ces trois 
peuples possèdent encore des établissements de crédit mutuel 
remontant au xvi e siècle. Le plus important de tous a été le 
Monte di Napoli dont les statuts ont été arrêtés par Charles- 
Quint en 1539 et qui, après diverses transformations, est 






302 



EN ITALIE ET EN ESPAGNE 



devenu le Banco de Naples, la seconde banque de l'Italie 
et l'une des premières d'Europe. 

En Italie, les Monti frumentari constituaient de véritables 
banques agricoles qui consentaient des avances aux agri- 
culteurs, gratuitement ou moyennant un intérêt payable en 
nature. En 1884, il y avait encore 1,964 Monti frumentari 
en Italie avec un patrimoine de 125 millions sur lequel 
39 millions représentaient des dépôs de fonds. En Espagne, 
les Positos ont rempli la même fonction. Institués à la tin 
du xv° siècle, ils se sont surtout développés au xvi e . Ils 
avançaient du blé ou de l'argent contre un intérêt de 3 %. 
On en comptait 12,000 en Espagne à la fin du xvi° siècle. Ils 
étaient encore au nombre de 9,604, avec un capital de 
120 millions, à la fin du xvm 6 siècle. Spoliés pendant les 
diverses révolutions de l'Espagne, ils ont pu être en partie 
reconstitués récemment. 

Ainsi l'association, la coopération, la mutualité, sous la 
forme de sociétés de production, de consommation, de 
crédit, sont des faits anciens qui se confondent avec l'histoire 
économique* 1 ) de la civilisation et avec les diverses transfor- 
mations du travail. On les rencontre, sous diverses formes, 
au milieu des sociétés les plus anciennes, protégeant la liberté, 
adoucissant l'esclavage, le modifiant avec les conditions des 
sociétés mêmes. 

Fourier, à un point de vue théorique supérieur, avec les 
saint-simoniens et les premières écoles socialistes; Schulze- 
Delitsch et Raiffeisen à un point de vue pratique, n'ont fait, 
en définitive, que reprendre, que recoudre des traditions, 

(1) Comparer : 1° article « Coopération », dans la Grande Encyclo- 
pédie, par M. Fournier de Flaix; 2° Hubert Valleroux : Corporations 
des Arts et Métiers, 1885; 3° Rongier : les Associations ouvrières 
à Lyon, 1861; 4» Batbie : le Crédit populaire; 5» Levasseur ; 
Histoire des classes ouvrières, t. III et IV. 



ANCIENNES TRADITIONS ET BESOINS NOUVEAUX 



303 



momentanément interrompues. Rien de nouveau, rien de 
merveilleux dans leurs idées ou leurs systèmes. C'est d'après 
les résultats seuls qu'il appartient de les juger. 

Sous cet aspect, le seul qui soit scientifique, le succès a 
été extraordinaire pour les deux réformateurs allemands. 
Quant à Fourier, malgré l'originalité de ses combinaisons, 
personne n'en a encore tenté l'essai. 

On ne peut toutefois se dérober à une réflexion pénible, 
quand on compare les résultats obtenus par Schulze-Delitsch 
et par Raiffeisen aux menaces des socialistes révolutionnaires 
contemporains. Ceux-ci, en vue d'une égalisation chimé- 
rique, mais qu'ils croient bienfaisante, replaceraient tous 
les travailleurs, il est vrai avec propriétaires, capitalistes, 
ingénieurs, publicistes, tous les promoteurs de la société, 
selon Saint-Simon, ou, selon Le Play, les autorités sociales, 
sous le joug terrible de la servitude, dont ils se sont si 
lentement et si péniblement affranchis. L'histoire de l'asso- 
ciation n'est autre que celle de leur libération. Retour à la 
servitude, voilà le consolammtum des Karl Marx, Kropotkine 
et Bakounine, avec la vie au tas W. 

| 4. — DES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES SCHULZE-DELITSCH 

Ces associations sont dénommées en Allemagne : Selbst- 
hilfe gegrundeten Deutschen Erwerbs und Wiiihschafts 
genossenschaften. Ce que l'on peut traduire par associa- 
tions allemandes indépendantes de profits et d'épargne. Cette 



(1) Kropotkine : la Conquête du pain, ouvrage fort curieux 
à raison du contraste entre quelques idées originales et les extra- 
vagances d'un cerveau avarié. L'humanité serait appelée à vivre 
au tas. Voyez-vous les six millions d'habitants de Londres vivant 
sur le tas ! 



304 



LES COOPERATIVES SCHDLZE-DELTTSCH 



I 






dénomination est compliquée, mais elle a l'avantage de 
répondre a re qu'on désirait qu'elle fit comprendre. On 
remarquera que deux des éléments fondamentaux des asso- 
ciations Schulze-Delitsch n'y sont cependant pas compris : 
la coopération (Mitwirkung) et la solidarité (Geméinschaft). 
La solidarité importait moins que la coopération. Les trois 
éléments qui ressortent au contraire de la dénomination 
sont : 1° l'indépendance, l'appui exclusif sur soi-même 
(Selbsthûlfe), la libre allure des associations, ce qui veut 
dire que les associés ne doivent faire fonds que sur eux- 
mêmes; 2° le profit, le gain, ce qui vent dire que ces asso- 
ciations ont un caractère tout économique, commercial; 
3° l'épargne des associés sur leurs salaires. 

Point de chimères socialistes ou autres, point de recours 
à autrui ou à l'État, point de renonciation aux bénéfices 
habituels des affaires. Bien au contraire : comme moyen 
général l'effort libre et individuel ; comme moyen particulier 
l'épargne; comme but, le gain, l'assistance par soi-même 
(Selbsthûlfe). 

« Schulze-Delitsch demande, écrivait, en 1865, M. Sein- 
guerlet, dans l'un des premiers ouvrages publiés en France 
sur son œuvre, que l'Étal soit réduit à ne plus être qu'une 
institution de police, appelée à garantir à chaque citoyen la 
sûreté de sa personne et de son bien. Rien de plus, rien de 
moins! 1 ). » C'est ce qui explique la longue opposition que le 

(i) Consulter : 1° E. Seingueriet : les Banques du peuple, 1865, 
p. 13; 2° Schulze-Delitsch : ouvrages déjà cités, el Material sur 
Revision des Genossenschafts Gesettes, 1883: 3» Balbie : le Crédit 
populaire, 1864; 4° Walras : Associations populaires, 186S; 
5» d'Assailly : Associations ouvrières , [869; ti» Duval : 'sociétés 
coopératives, 18t>(3 ; 7» Casimir Périer : Sociétés coopératives. [864; 
8° Lemercier : Sociétés ouvrières, 1857: '.h lii-elay : « Coopération »,' 
Nouveau Dictionnaire d'Économie politique et Sociétés coopéra' 
tives, 1881. ' ' 



m# 



CRITIQUE DES IDEES DE SCHULZE-DELITSCH 



305 



gouvernement prussien lui a faite. « Nous verrons bien, en 
fin de compte, s'écriait un jour l'empereur Guillaume I er , 
qui des deux triomphera, de M. Schulze ou de moi f 1 ) » : 
parole qui est le plus grand éloge qui ait pu être fait de 
Schulze-Delitsch, car il a si complètement triomphé que 
sou œuvre, sans jamais avoir sollicité ou reçu aucun appui 
de l'État, a été acceptée par l'État, et que deux grandes lois 
organiques ont successivement posé les règles, avec une très 
grande liberté, des associations coopératives allemandes. 

Ces succès ne doivent pas néanmoins laisser d'illusions 
sur l'imperfection de l'œuvre de Schulze-Delitsch. Il a trop 
restreint la mutualité sociale; il a trop amoindri la fonction 
de l'État; il n'a pas assez exigé d'autrui; il est resté le repré- 
sentant exclusif d'une classe; il n'a pas tenu suffisamment 
compte de la solidarité réelle qui relie les unes aux autres 
les diverses parties de la société; il n'a pas fait entrer le 
devoir social dans son mécanisme où l'intérêt individuel est 
seul enjeu. L'intérêt personnel, quoi qu'en ait dit Bentham, 
avec les philosophes de son école, n'est pas le seul fonde- 
ment de la société. Par suite, les belles institutions dont 
Schulze a été l'inspirateur n'ont abouti, en partie, qu'a un 

(I) Schulze-Delitsch est né à Delitsch le 2!) août 1808; il y était 
administrateur du Conseil de justice lorsque la Révolution de 181s 
survint. Il fut élu deux fois membre aux Assemblées nationales 
île Berlin el île Francfort. Après la dissolution de cc^ Assemblées, 
il revint à Delitsch, mais le gouvernement l'exila en Pologne, 
à Wreschen. Il avait déjà installé à Eulenbourg la première société 
coopérative allemande. C'était une société de matières premières 
(Rohstoff Genossenschaft). 

Sur la vie de Schulze-Delitsch, voir sa biographie par Rampai, 
en tète du Cours d'Economie politique plus haut cité. L'opposition 
île Schulze-Delitsch en 1849 alla si loin qu'il fut accusé de haute 
trahison. Le jury l'acquitta et le peuple lui fit une ovation. 

Nous sommes d'autant plus libre dans nos appréciations à son 
égard, qu'en 1870 Schulze-Delitsch s'esl montré ennemi acharné 
de la France et admirateur impitoyable, mais bien, imprévoyant, 
de Bismarck. Bchulze-Delistch est mort en avril 1SS3. 




\ 






306 






«£fl 



h INTERET ET LE DEVOUEMENT 



mécanisme économique. Mémo erreur, pins grave encore, 
en ce qui est du gouvernement. Le gouvernement ne peut 
être réduit à la fonction d'agent de police. 11 ne suffit pas 
qu'il maintienne l'ordre; il doit aussi maintenir la justice, 
non pas la justice du vieux droit romain, mais celle mieux 
définie depuis par l'égalité de sacrifice. Schulze-Delitsch 
a donc trop affirmé la division des classes sociales. Aussi, 
malgré le développement extraordinaire des associations 
coopératives, jamais le socialisme n'a été plus menaçant en 
Allemagne. Il n'a pas attaqué le mal à sa racine. Il a donné 
à l'intérêt individuel trop de place, pas assez à l'intérêt 
social. Nous n'entendons pas, par ces réserves, diminuer 
l'importance de son œuvre grandiose, qui restera une des 
plus fécondes de notre siècle, mais en indiquer clairement 
la portée. Les travailleurs peuvent trouver dans l'épargne 
sur le salaire et dans l'association de leurs épargnes, comme 
de leur travail, un moyen d'améliorer et d'émanciper leur 
destinée : mais l'épargne et l'association ne suffisent pas 
pour amoindrir, non point totalement, ce qui serait chimé- 
rique, mais avec efficacité, les imperfections sociales résul- 
tant de l'inégalité essentielle des conditions; — il faut parvenir 
à un échelon supérieur, à la charité sociale, au dévouement. 
C'est ce qu'expliquait, au Congrès des banques populaires 
de Paris, en 1883, M. Luzzatti, fondateur des banques 
populaires italiennes, avec une conviction éloquente, a Sans 
» le dévouement, sans l'esprit de sacrifice, jamais l'œuvre 
» des banques populaires d'Italie n'aurait été possible (*). » 
I. Développement et statistique générale des associations 
coopératives allemandes. — Bien que Schulze-Delitsch ait 
d'abord établi une Société coopérative de matières premières, 
ce sont les caisses d'avances et de crédit, ou banques popu- 



(1) Revue des Banques, août 1883. 



PROGRES DES COOPÉRATIVES SCHCLZE-DELTTSmi 



307 



laires, qui ont marché le plus rapidement et imprimé le 

mouvement aux diverses sortes d'associations coopératives. 
A la fin de 1851, la primitive banque d'Eulenbourg avait 
fait pour 8,801 thalers d'affaires et 13.336 en 1852. A partir 
de 1852 Schulze-Delitsch abandonna ses fonctions de juge 
de paix. 11 se consacra exclusivement à son œuvre. En 1855, 
on ne comptait encore que sept banques coopératives. C'est 
alors que fut publiée la première brochure de Schulze- 
Delitsch sur les associations de crédit et d'avances. Elle 
exerça une influence décisive sur le développement des asso- 
ciations coopératives en Allemagne. Dès 1861, les sociétés 
de crédit et d'avances étaient au nombre de 340, dont 161 
en Prusse, 69 en Saxe, 17 dans le duché de Nassau, 12 dans 
le Mecklembourg, 12 dans le Hanovre, 14 dans l'Autriche 
allemande. Elles comptaient 60,000 sociétaires, et leurs 
avances s'élevaient à 20 millions de thalers. Les autres 
formes de la coopération réalisèrent également de grands 
progrès. Le rapport de 1862 constata l'existence de 550 
banques du peuple, de 200 associations de matières pre- 
mières et de production et d'une centaine d'associations de 
consommation. Dès 1859, s'était tenu à Weimar le premier 
Congrès annuel des associations coopératives allemandes , 
sous la présidence de Schulze-Delitsch. Il y fut décidé que 
chaque année il y aurait un Congrès général et qu'on 
créerait une Agence ou Union centrale des associations 
allemandes (Anwaltsehaft Deutscher Genossenschaften) à 
Berlin, avec divers comités. Schulze-Delitsch a rempli les 
fonctions de directeur de l'Agence jusqu'à sa mort en 1883. 
Il a été remplacé dans cette direction par l'honorable 
M. F. Schenk, membre du Reichstag. 

L'Agence est le conseil des associations coopératives, le 
médiateur, l'intermédiaire; elle publie un journal spécial, 
Blatter fur Genosnenschaftstcesen, fondé en 1863. Les frais 






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1 

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308 



ORGANISATION ET STATISTIQUE 



4' 



de l'Agence sont couverts par un prélèvement de 2 °/ sur 
le bénéfice des associations qui dépendent de l'Union. En 
outre de l'Union centrale, il a été formé des Unions plus 
restreintes (Unterverbànde) qui facilitent l'action et le 
travail de l'Agence centrale. Chaque année, à la suite du 
Congrès, l'Agence centrale fait paraître un compte rendu 
des opérations de toutes les associations (Jahresberkht) 
qui lui ont envoyé leurs comptes. Elle donne, en outre, des 
renseignements sur les progrès des associations coopéra- 
tives allemandes. Ce Jahresberkht constitue un document 
très important et très curieux. Rien ne donne mieux l'idée 
de la puissance et de l'avenir de ces associations. 

Pour compléter ce mécanisme, une banque centrale 
spéciale a été établie à Berlin pour le service de toutes les 
associations coopératives allemandes, — Deutsche Genossen- 
schafts Bank, Von Soergel, Parisius etC°, Berlin et Francfort, 
au capital de 21 millions de marks, 15 millions pour Berlin 
et 6 millions pour Francfort. Réserves, 3.287,600 marks. 

Le tableau ci-après indique le développement des asso- 
ciations coopératives Schulze-Delitsch depuis 1863 : 



(Banques populaires) 

Geworbsgenossenschaften .... 

(Sociétés de production) 


NOMBRE 


RESPONSABILITÉ 


1863 


1891 


Illimitée. 
1891 


Limitée. 
1891 


550 
22 
17 

133 


3. 401 (1) 

2.664 

1.122 

55 
12 


3.019 

1.964 

506 

17 


210 

301 

469 

36 


(Sociétés de consommation) 

(Sociétés de construclion) 
Rohstotïgenossensehaften.. . 
(Sociétés de matières premières) 



(I) Le Jahresbericht de 1892 explique que sur les 3,401 bauques 
populaires qu'il indique, 1,000 appartiennent au système Raiffeisen. 



■ 



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CnEDITGENOSSENSCHAFTEN 



309 



Toutes les associations se sont développées, à l'exception 
des sociétés de matières premières. A l'origine, la solidarité 
ou responsabilité dos associés était illimitée. La loi du 
1 er niai 1889 a autorisé la limitation. Le tableau ci-dessus 
indique quel a été. à cet égard, l'effet de cette législation. 

Il y a trois degrés dans la responsabilité : 1° totale envers 
l'association et envers les créanciers (unbeschrânkter Hat't- 
pflicht); 2" restreinte à l'association (unbeschrânkter Nach- 
schusspflicht) ; 3° limitée envers l'association connue envers 
les créanciers (beschrankter Haftpflicht). 

II. Banques populaires (Volksbanken ou Creditgenossen- 
schaften). — Les sociétés d'avances et de crédit, ou banques 
populaires, tiennent, de beaucoup, le premier rang parmi 
les associations coopératives allemandes (*). C'est, sur elles 
principalement que l'attention s'est portée, malgré l'impor- 
tance des associations coopératives de production. Il est 
certain que le succès, en ce qui concerne les Volksbanken, 
a été exceptionnel. Il y a donc lieu de donner, à leur égard, 
plus de détails. 

L'organisation et les conditions de fonctionnement de 
ces banques sont encore telles que Schulze-Delitsch les a 
établies. 

Chaque Société se constitue et se meut librement confor- 
mément à ses statuts. Elle ne reçoit de subvention de 
personne; elle est indépendante de l'État. L'entrée dans la 
Société est consentie par le comité d'administration, sauf 
appel devant l'assemblée générale. Le sociétaire doit, verser 
un apport, qui varie de 8 à 20 francs, plus une contribution 

(1) Revue des Banques, août 1886, octobre 1887 ; Itans Gruger : Die 
Erwerbs und Wirthschafts Genossenscliaflen, 1892; M. Hantschke : 
Die Aufwendungen des Deulsclien Genossenschaften, Berlin, 1891. 
Un «ranci nombre des banques populaires prennent le titre 'le 
Vorschuss und Crédit Vereine. 









310 



MECANISME DES CREDITGENOSSENSCHAFTEN 



mensuelle de 2o centimes à 1 fr. 25, jusqu'à ce que la part 
sociale du sociétaire ait été constituée. Cette part est égale 
pour tous. On ne peut en posséder qu'une seule. Les 
ressources sociales se composent des parts sociales, des 
dépôts sociaux ou étrangers à vue ou à terme et du 
réescompte des lettres de change et billets en portefeuille. 
Les sociétaires ont seuls droit au crédit. Les avances sont 
égales de plein droit au boni dû au sociétaire, c'est-à-dire 
à sa mise sociale (Geschat'tsantheil) et à ses autres verse- 
ments divers (Guthaben, son avoir); elles peuvent s'élever 
jusqu'au double. Au delà, le sociétaire est tenu de fournir 
une caution solidaire. Cette caution peut s'opposer à toute 
avance nouvelle. S'il y a désaccord entre le sociétaire et 
le comité administratif, le sociétaire a droit d'appeler h 
l'assemblée générale. Le montant des avances varie de 1 à 
1,000 francs. La durée moyenne est de trois mois. Les 
avances sont faites contre la remise d'effets négociables. 
L'intérêt et la commission varient selon l'état du marché; 
ils ont longtemps représenté 8 à 9 °/ . En 1891, ils n'ont 
pas dépassé 6 °/ . 

La Société est gérée par un comité dont les membres se 
renouvellent par tiers chaque année. Le président, le 
caissier et le contrôleur reçoivent un traitement fixé par 
l'assemblée générale. Cette assemblée se réunit obliga- 
toirement une fois par an et même à chaque trimestre. 
Elle délibère, dans les limites des statuts, sur tout ce qui 
concerne les intérêts sociaux. 

Les bénéfices sont répartis chaque année, prélèvement 
fait des frais et des pertes, entre les sociétaires au marc le 
franc des parts sociales. 11 est constitué un fonds de réserve 
qui doit être porté à 8 % des capitaux employés. Les 
pertes sont couvertes par les bénéfices bruts, le fonds de 
réserve et l'actif social. Si ce dernier est insuffisant, le 



MÉCANISME DES CREDITGENOSSENSr.il A FTEN 



311 



solde est fourni par des appels de fonds au prorata tics 
parts sociales. Les sociétaires sont tenus solidairement 
dans la proportion des parts ou dans les conditions des 
statuts. 

Le comité administratif n'encourt, en cas de perle, 
aucune responsabilité particulière. 

Tout sociétaire peut quitter la Société en prévenant six 
mois à l'avance; il n'a droit a aucune pari de l'actif social 
ni des bénéfices de l'exercice courant; son compte est 
soldé six mois après la clôture de cet exercice; il est 
dégagé de la solidarité deux ans après sa sortie, ou d'après 
les statuts. 

L'assemblée générale a le droit de prononcer la radiation 
de tout sociétaire qui ne remplit pas ses engagements. En 
1891, il a été prononcé 5,78:2 exclusions (Ausschluss). 

La dissolution de la Société ne peut être décidée que par 
le vote des deux tiers des membres actifs. La Société 
accepte les membres honoraires qui versent une cotisation, 
mais qui n'ont de part ni dans les bénéfices ni dans les 
pertes. Ces cotisations sont remboursées à la dissolution. 

Ces clauses varient plus ou moins, d'après les milieux 
dans lesquels les Sociétés sont constituées; néanmoins elles 
sont, en général, suivies par tous les Vorschuss Vereine. 
Elles sont l'application des idées fondamentales de Schulze- 
Delitsch : 1° l'effort personnel des sociétaires (Selbsthùlfe); 
2° la mutualité solidaire. 

Toutes les associations coopératives formées d'après les 
types de M. Schulze-Delitsch reconnaissent les mêmes 
principes. Leur situation légale a été réglée par la loi du 
27 mars 1867 et celle du 4 juillet 1868. Ces lois ont reconnu 
les principes de l'effort personnel et de la solidarité des 
associations coopératives. 

Toutefois ces deux lois ont été modifiées sur quelques 



312 



STATISTIQUE DES CREDITGENOSSENSCHAFTEN 



points par celle du 19 mai 1871 et celle du 1« mai 1889 
réglementant la responsabilité* 1 '. 

On pourra, d'après le tableau qui suit, se rendre compte : 
1° du développement auquel sont parvenues les Volksbanken 
allemandes; 2° de leur importance au double point de vue 
des intérêts de la nation allemande, et de l'efficacité, ainsi 
que de la distribution économique du crédit populaire. Les 
plus hautes espérances de Schulze-Delitsch ont été largement 
dépassées. 



VOLKSBANKEN 


1S59 


1869 

)) 

735 
304.772 
417.743 

39.760 

128.107 

31 «/o 


1879 


1889 


1891 

1.078 

514.524 
4.561.610 

143.958 

439.023 

32 °/o 




D 

80 
18.676 
12.394 

830 

3.042 

27 «/o 


899 

459.033 

1.398.120 

116.114 

347.165 

33 »/o 


» 
1.002 
490.527 
1.594.569 

134.854 

425.110 

32 -/o 


Ayant remis leurs comptes.. 


{1000 marks) 


(1000 marks) 
(1000 marks) 





Le taux élevé des profits provient de l'importance des 
dépôts. Cette importance mérite, avant tout, considération. 
Ils représentaient, fin décembre 1891, plus de 548 millions 
de francs. Si on en ajoute le montant à l'actif social, on 
trouve que les 1,076 Volksbanken qui ont envoyé leurs 



(1) Consulter : 1° H. Valleroux : Les diverses Législations de 
l'Europe concernant les Sociétés coopératives, 1891; 2» Schulze- 
Delitsch : Material zur Revision des Genossenschafts Gesetzes, 1883: 
3" et surtout le chapitre v du livre de M. Durand. 



^■■H 



HH 



DISTRIBUTION DU CRÉDIT 



313 



comptes en 1891, disposaient de 738 millions de francs. Mais 
en 1891 les Volksbanken étaient au nombre de 4,401 ; — 
par suite, il ne doit y avoir aucune difficulté à évaluer à au 
moins 1 ,5 00 millions le total des ressources des Volksbanken 
allemandes en 1891. La Reichsbank, à la même époque, 
était loin de posséder de pareilles disponibilités. La gestion 
des Volksbanken paraît excellente. Sur 1,076 enregistrées à 
l'Anwalt, 31 seulement ont dû liquider. 

Les avances (Yorschuss), but essentiel des Volksbanken, 
puisqu'elles distribuent le crédit, ont été faites en 1891 
dans la proportion suivante : — sur lettres de change, 
557,316,939 marks; sur escomptes divers, 352.890,036 
marks; sur billets, 91,391,840 marks; sur hypothèques, 
13,698,082 marks; en comptes courants, 546,304,613 
marks; le tout pour lesdites 1,076 Volksbanken. 

A quelles classes de la société allemande apppartenaient 
les 514,524 associés des 1,076 Volksbanken enregistrées à 
l'Anwaltschaft en 1891? Le Jahresbericht de 1892 nous 
éclaire complètement sur ce point intéressant. 

1° Petits propriétaires, forestiers, pêcheurs, jardiniers, 
30 % avec 135,276 hommes et 8,232 femmes; — leurs 
employés et ouvriers, 14,066 hommes et 1,156 femmes, 
3.2 »/.. 

2° Entrepreneurs et fabricants, 3.1 °/ , avec 14,161 hom- 
mes et 449 femmes. 

3° Artisans indépendants, 27.4 °/ , avec 125,808 hommes 
et 5,266 femmes. 

4° Mineurs et ouvriers de fabrique, 5.6 %, avec 25,298 
hommes et 1,261 femmes. 

5° Marchands et négociants, 8.5 %.avec 35,476 hommes 
et 3,147 femmes. 

6° Marins, voituriers, aubergistes, 4.6%, 20,759 hommes 
et 1,604 femmes. 








i^HHJ^H^M^^H 



314 



DISTRIBUTION DU CRÉDIT 



7° Employés et ouvriers des postes, télégraphes, che- 
mins de fer, 2.2 °/ , avec 10,278 hommes et 174 femmes. 

8° Domestiques, 1 %, avec 2,780 hommes et 1,499 
femmes. 

9° Médecins, pharmaciens, instituteurs, prêtres, fonction- 
naires, artistes, publicistes, 6.2 °/ , avec 28,509 hommes et 
1,292 femmes. 

10° Rentiers divers, 7.3 %, avec 13,453 hommes et 
21,347 femmes. 

Grâce à ce tableau, on saisit toute la portée des idées et 
des institutions de Schulze-Delitsch. Elles ont un caractère 
véritablement social. Il ne faut pas perdre de vue que ces 
chiffres ne correspondent qu'à 1,076 associations. Or, elles 
étaient, en 1891, au nombre de 8,418. On peut en induire 
qu'en 1891 environ 2 millions d'Allemands faisaient partie 
des Deutschen Genossenschaften et au moins 1 million des 
Volksbanken. Schulze-Delitsch a donc pénétré au fond des 
couches sociales. On y descend avec lui. Il a voulu faire le 
bien du peuple, indiquer aux masses populaires, hommes 
et femmes, la voie du bien; il y est parvenu. Autre résultat : 
on peut reconnaître et étudier le nombre, la diversité, la 
variété des couches sociales. C'est bientôt dit : le peuple. 
Le peuple se décompose lui-même en séries nombreuses, 
en strates de familles et de personnes de conditions très 
différentes. 

Le Jahresbericht de 1892 donne, en outre, des rensei- 
gnements concernant la nationalité de 468,089 membres de 
1,001 Volksbanken : 263,414 Prusse, 43,624 Bavière, 47,916 
Saxe, 51,327 Bade, 29,804 Wurtemberg, 14,625 Hesse, 
13,715 Mecklembourg. Les bénéfices nets des 1,076 Volks- 
banken enregistrées se sont élevés en 1891 à 8,742,419 marks, 
qui ont été répartis : 6,702,037 au dividende, 1,987,317 au 
fonds de réserve, et 53,065 marks distribués en bienfai- 



VISITE A LA KOCHSTRASSE VOLKSBANK 



315' 



sances. Le bénéfice a représenté en-moyenne 6 % pour les 
actions; les dépôts ont produit aux associés le même 

avantage : 6 °/ . 

Quant à l'importance particulière de ces Volksbanken, 
elle est très variable. En 1891, on en comptait 30 dont le 
chiffre d'affaires n'avait pasdépasséde 6,000 à 50,000 marks; 
310, de 50,000 à 500,000 marks; 139, de 500,000 à 1 million 
de marks; 357, de 1 à 5 millions de marks; 50. de 5 à 
10 millions de marks; 56, de 10 à 50 millions de marks; 
5, de 50 a 100 millions de marks; 1, 105 millions de marks ; 
1, 138 millions de marks: il y a des Volksbanken qui 
représentent de grandes banques i 1 ). 

III. Visite à la Kochstrasse Volksbank. — Passons main- 
tenant de ces chiffres; qui ont quelque chose de fascinant, 
à l'examen d'une des 1,076 Volksbanken qui ont fourni 
leur compte en 1891, figurant elle-même dans le total des 
associations. 

L'honorable M. Schenk et M. Hanlschke veulent bien nous 
y conduire. Elle a été fondée à Berlin, en 1865. dans la 
Kochstrasse. Depuis celle époque, ses affaires n'ont cessé de 
se développer. Elle occupe maintenant un local spacieux, 
éclairé par trois croisées sur la rue. Ce local se compose de 
trois pièces : 1° un petit vestibule; ±> un grand bureau dans' 
lequel se tiennent le directeur, le caissier et le chef du 
portefeuille; 3° une troisième pièce où travaillent deux 
employés qui sont chargés de la tenue des livres et des 
classements de papiers. 

Le directeur nous autorise à procéder à une sorte d'inspec- 
tion de l'établissement. Nous constatons l'existence dans la 



(1) D'après le dernier Jahresbericht, il y avait iï. Berlin en 1891 
36 Vorschuss Vereine. La Friedrichstadl Kochstrasse venait la 
seconde après Stralauer qui optait 1,038 associés. 









316 



FONCTIONNEMENT DE LA BANQUE 



caisse d'une somme de 68,000 marks, ce qui suppose un 
mouvement quotidien assez important. La moyenne des 
espèces en caisse est de 50,000 marks. 

Les livres consistent en : 1° un livre-journal ordinaire: 
2° un livre-journal au net, résumé du premier; 3° le livre 
des comptes particuliers pour les créanciers et associés; 
4° le livre des résultats ou la situation de la Banque faite 
par mois, par trimestre et par année. 

La Banque verse ses fonds a la Banque centrale Soergel, 
Parisius etC ie . C'est à cette Banque centrale que les Banques 
populaires de Berlin réescomptent leur papier. Toutefois, 
depuis plusieurs années, la Beichsbank est entrée en rapports 
directs avec les Banques populaires. Elle accepte également 
leur papier; elle leur fait les avances sur valeurs; elle se 
charge de leurs encaissements. Ce dernier service est 
important pour les Banques populaires. 

Le directeur de la Banque de Kochstrasse jouit d'un 
traitement de 8,000 marks, avec une certaine part dans les 
bénéfices. Le caissier reçoit 6,000 marks, le contrôleur 
4,000 marks et chacun des employés 1,800 marks. 

La Banque fonctionne sous le régime de la responsabilité 
illimitée des associés. Ces associés étaient en 1865 au nombre 
de 75 avec un capital de 1,220 marks; ils sont maintenant 
au nombre de 860 avec un capital de 501 ,876 marks. Le 
dernier dividende a été de 6 %. Il varie en moyenne entre 
5 et 6 %. 

Le directeur actuel est M. Huit, qui a été nommé membre 
du conseil municipal de Berlin. 

Cette Banque a célébré en 1890 ses noces d'argent. 
A cette occasion, elle a donné une fête à ses membres. Cette 
fête a compris un dîner,, un concert et un bal champêtre. 

Pendant que nous nous trouvions dans les bureaux de 
cette Banque, plusieurs clients se sont présentés et nous 



VISITE A M. SCHENK 



317 



avons assisté à diverses opérations. Un client est venu 
déposer 308 marks à son crédit : un reçu lui a été immédia- 
tement donné. Un autre se trouvait débiteur d'une avance 
venant à échéance; il a versé un acompte d'un quart; un 
renouvellement lui a été consenti. Une femme a proposé à 
l'escompte une lettre de change qui a été acceptée. 

Ces faits, pris sur le vif, permettent d'acquérir une idée 
suffisante du mécanisme d'une Banque populaire allemande. 
Le mécanisme exige deux conditions : la solidarité des 
associés, l'honnêteté et le dévouement des directeurs. En 
dehors de ces deux conditions, le mécanisme ne saurait 
fonctionner. 

Les Banques, comme les autres associations coopératives 
Schultze-Delitsch, n'ont entre elles aucun rapport néces- 
saire. Elles agissent avec une entière indépendance les unes 
des autres.- L'associé de telle Banque n'a rien à voir avec 
les autres. Le comité central présidé par M. Schenk sert de 
seul lien. 

A la suite de cette inspection, M. Schenk voulut bien me 
retenir à dîner avec M. Hutt, M. Hantschke, secrétaire 
général du Anwaltschaft, et M. Hans Cruger, secrétaire 
adjoint. Comme dans tout le nord de l'Allemagne, la réunion 
eut lieu à trois heures de l'après-midi. M. Schenk me reçut 
au milieu de sa respectable famille où je retrouvai, avec la 
dignité et la douce hospitalité des hommes du Nord, la 
bonté et la simplicité qui en rehaussent le prix. 

IV. Associations coopératives de production (Genossen- 
schaften in einzelnen Gewerbsziceigen). — Le Jahresbericht 
de 1891 divise ces associations en quatre catégories : 1° les 
Rohstoffgenossenschaften, magasins de matières premières; 
2° les Werkgenossenschaften, associations pour l'exécution 
de travaux ou de produits déterminés; 3° les Magasin- 
genosseiischfifti'n, associations pour la garde et la vente de 



- 






318 



ASSOCIATIONS COOPERATIVES DE PRODUCTION 



I 






produits divers; 4° Produètivgenossenschaften, associations 
pour la production coopérative de tous objets, boulangeries, 
laiteries, fruiteries, fromageries, cordonneries, etc. 

D'après le Jahresbericht de 189-1 , les Rohstoffgenossen- 
schaften étaient au nombre de 1,130 dont 110 industrielles 
et 1.020 agricoles; sur les 1,130 associations, 191 seulement 
n'étaient pas enregistrées. Les Werkgenossenschaften compre- 
naient 13 associations industrielles et 299 agricoles, total 
312 dont 238 non enregistrées; les Magasingenossenschaften 
se partageaient en 59 industrielles et 7 agricoles, total 66 
dont 27 non enregistrées ; les Prodttctitgenossenschaften se 
répartissaient en 151 industrielles et 1,087 agricoles ou 
forestières, total 1,238 dont seulement 87 non enregistrées. 

Le Jahresbericht ne donne que sur 28 de ces associations 
des détails complets, ce qui ne permet pas d'apprécier 
l'ensemble de leurs opérations. Toutefois, dans son excel- 
lent livre sur les Sociétés coopératives allemandes, M. Hans 
Cruger a réuni quelques chiffres intéressants : 

1° Rohstoffvereine. — 10 de ces Sociétés comptaient 
encore 428 membres en 1890. Actif, 286,231 marks; réserve, 
50,244 marks; bénéfice, 60,097 marks. 

2° Productivgenossenschaften. — • 12 sociétés avaient 
1,767 membres en 1890. Actif, 258,878 marks; réserve, 
94,052 marks; affaires, 1,055,883 marks; bénéfice, 30,319 
marks. 

3° Baugenossenschaften. — 4 sociétés accusaient 1,948 
associés. Actif, 248,668 marks; réserve, 31,207 marks. 

Ces divers chiffres s'appliquent aux sociétés industrielles. 

En voici d'autres, plus importants, qui concernent les 
sociétés agricoles (Landwirthschaftliche Genossenschaften). 
Il faut toutefois faire observer qu'un certain nombre d'asso- 
ciations, type Raiffeisen, sont comprises dans les nombres 
ci-après : 



COOPERATIVES AGRICOLES 



319 



SOCIÉTÉS 


1870 


1880 


1890 






il 
l 
1 

29 


68 

70 

4 

09 

73 


980 

901 

29 

119 

167 






Meikerei (laiteries) 




Viuzer (viDicoïes) 

















Ces résultats montrent commenl la production agricole est 
parvenue à profiter, comme l'avait si bien prévu Raiffeisen, 
du mouvement coopératif. Il faut d'abord réunir les capitaux ; 
ces capitaux recherchent, avant tout, les emplois que le 
crédit général offre dans le commerce, la finance, les affaires ; 
puis les emplois industriels; ils ne se contient à l'agriculture 
qu'en dernier lieu, parce qu'il faut d'abord que le taux 
d'intérêt baisse, M. Hans Gruger d a donné, à cet égard, un 
tableau, non moins curieux, du taux de l'intérêt dans les 
Vorschussvereine de 1862 à 1887. 



1862 



1887 



1° Prusse orientale. 9 Vereine. 10 22 °/„ 7 Vereine. 6 1) "/<, 

2» Pologne 7 — il 40 » 23 — «37 » 

3° Prusse rhénane.. H — 7 77 » 80 — 6 19 » 

4° Thuringe '12 — 8 33 » 1» — 5 62 » 

3° Bade 4 — 7 64 » 70 — S 56 » 

Les trois premières catégories se relient naturellement les 
unes aux autres; Schulze-Delitsch les distribue lui-môme 
en sociétés coopératives pour faciliter à leurs membres 

(1) Genossenschaften, p. 200 à 220, et 13G, de M. Hans Cruger. 



m 



WKM 






m 



320 



MÉCANISME DES COOPÉRATIVES DE PRODUCTION 



l'exploitation de leur industrie privée et en sociétés coopé- 
ratives pour exploiter aux risques de l'association. Elles 
ont une organisation identique. 

En général les associations se composent de membres 
exerçant la même profession ou une profession analogue. 
Les associés gèrent directement par l'intermédiaire d'un 
président et d'un magasinier, avec ou sans comité d'achat. 
Ils se réunissent chaque mois. Les associés seuls peuvent 
acheter. Leur crédit ne dépasse jamais leur mise de fonds. 
Tout crédit entraîne intérêt et commission. Tout associé doit 
payer une prime d'entrée et une cotisation annuelle. Tout 
achat à terme est garanti solidairement par une caution. 
Jamais aucune association n'opère en dehors des conditions 
tutélaires ci-après : 1° versement d'un capital; 2° garantie 
solidaire contre toute perte; 3° contrôle réciproque de la 
conduite de tout associé. On vend au prix de revient, 
augmenté d'un léger prorata pour les frais et le dividende 
social. Le capital versé reçoit un intérêt fixe. Ces règles 
sont spécialement celles des RohstoffgenossenschaftenW. 

Elles sont plus ou moins modifiées pour les associations 
qui utilisent les matières premières (Werkgenossenschaften) 
et pour celles qui vendent les produits fabriqués (Magasin- 
genossenschaften). Elles exigent un personnel plus nom- 
breux, plus sévère et plus coûteux. Il faut s'entendre sur la 
nature et les prix des objets fabriqués, sur leur acceptation, 
sur les conditions de vente, sur les délais; mais les principes 
demeurent les mêmes. Tout associé doit verser ses coti- 



(1) Comparer : 1° le Manuel ci-dessus cité des Sociétés coopé- 
ratives, par Schnlze-Delitsch ; 2° H. Valleroux : Des Associations 
coopératives, 1884, p. 200-210; 3» Hans Gruger : Die Errichtung 
von industriel/en Rohstoff-, Magasin-, Werk- und Produktiv- 
Genossenschaften, 1892. Ce mémoire de M. H. Cruger a été lu au 
Congrès des Associations Schulze-Delitsch tenu à Munich en 1892. 



^H 



LES MELKErtEIGENOSSENSCHAFTEN 



321 



sations; les opérations doivent donner un profil social; la 
société garantit solidairement ses affaires; seuls les associés 
profitent de la clientèle sociale. Des avances sont consenties 
aux seuls associés moyennant intérêt. Ici les Volksbanken 
interviennent souvent. Parfois les deux genres d'associations 
sont réunies. La même société fait fabriquer, surtout des 
souliers, des chapeaux, etc., et les vend. Ceci a lieu sur une 
assez grande échelle pour les machines : machines dans 
l'industrie des villes, surtout pour les femmes; machines de 
tout genre pour l'agriculture. 

Quant aux Productivgenossenschaften, elles sont princi- 
palement agricoles, et comme agricoles elles forment surtout 
des laiteries; un certain nombre appartiennent à l'industrie 
forestière. C'est un trait à noter, car les artèles russes ont aussi 
un caractère forestier. L'Allemagne est couverte de forêts 
dont l'exploitation a eu lieu, de temps immémorial, par des 
associations. Après la forêt vient l'industrie laitière; son 
importance est immense (*). Les Melkercigenossenschaften 
ou laiteries de tout genre sont au nombre de 1,014 sur 
1,238 associations. Quel signe des temps! 

Même fonctionnement, mêmes règles organiques : capi- 
tal de garantie, solidarité, gain social, opérations entre 
associés, surveillance réciproque. La Geschaftantheil et le 
Guthaben sont immuables. 

V. Associations de construction fBaugenossenschaften). — 
Ces associations n'ont pas pris le même développement 
qu'en Angleterre etaux États-Unis. En 1891, elles étaient au 
nombre de 55, dont 2 non enregistrées. Le Jahresbericht 
de 1891 donne les opérations de 8 de ces sociétés avec 
1,633 membres. Leur actif représente 1,725,895 marks. 



(1) La production du lait a maintenant pour la France plus d'im- 
portance que celle du vin. (Économiste français, 1" octobre 1892.) 

9... 






322 



COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION 



VI. Associations coopératives de consommation (Consum- 
vereine). — Elles étaient, en 1891, au nombre de 1,122, la 
plupart enregistrées. Sur ces 1,122, le Jahresbericht a aussi 
un tableau des opérations de 302 de ces Sociétés pour 1891 : 
nombre des associés, 229,126; des magasins, 633; ventes 
réalisées. 63,292,875 marks qui ont laissé un bénéfice de 
5,339,080 marks, répartis 4,981,220 marks aux associés a 
raison de leurs achats et 174,479 marks aux actions comme 
dividende, 93,376 marks ont été portés à la réserve et 
23,315 marks distribués comme bienfaisance. En 1891, les 
associations possédaient 7,009,189 marks en marchandises 
et 4,690,471 marks en immeubles. 

On peut ajouter aux (kmsumvereine 94 associations 
diverses d'assurances. 

Les associations de consommation sont établies sur les 
mêmes principes : apport du capital, rémunération de ce 
capital, solidarité sociale, contrôle respectif, réserve aux 
associés du mécanisme social. Elles ont obtenu un grand 
succès. M. Hans Gruger a réuni, les concernant, des rensei- 
gnements très intéressants. Nous les reproduisons en partie. 



Nombre des sociétés., 
Sociétés ayant fourn: 

des comptes 

Associés 

Mises des associés . Marks 

Réserves Marks 

Moiivem' d'affaires. Marks 
Bénéiices Marks. 



1865 



157 

3i 

0.047 

06.078 

8.301 

925.383 

28.215 



1870 



354 

III 

45.7H1 

358.804 

151.224 

9.007.800 

451.035 



1880 



645 

195 

94.306 

3.177.229 

1.036.153 

30.359.000 

2.012.523 



1885 



682 

102 

120.150 

3.319.198 

1.J35.746 

Î5. 135. 655 
3.026.795 



1890 



984 

263 
215.420 

4.300.821 
2.230.555 
56.543.537 
5.078.0S5 



11 ressort de ces chiffres que le développement des 
sociétés coopératives de consommation a été très considé- 
rable. 



COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION 



323 



Nous empruntons encore à M. Hans Cruger les détails qui 
suivent sur la classification des membres de 244 de ces 
sociétés en 1890 : ouvriers de fabriques et de la petite 
industrie, 74,088; petits patrons indépendants, 28,815; 
employés des postes, télégraphes, chemins de fer, marins, 
13,529; rentiers, 13,279; professions libérales, 15,505; 
marchands, 7,762 ; propriétaires, pêcheurs, jardiniers, fores- 
tiers, 7,257; leurs employés et ouvriers. 5,951; voituriers 
et aubergistes, 4,059; domestiques, 2,856; fabricants et 
' industriels, 2,685 ; leurs commis et employés, 2,518. 

Pour les sociétés de consommation, les ouvriers de toute 
nature occupent la place la plus importante. 

Les associations de consommation rendent aux travail- 
leurs le service éminent de les habituer à ne plus acheter 
à crédit. C'est leur plus grand bienfait, le travailleur ne 
pouvant jamais agir à découvert. 11 est ainsi conduit, soit à 
faire les versements anticipés sur lesquels son crédit de 
consommation sera réglé, soit à avoir recours à l'interven- 
tion d'un camarade qui devient pour lui un surveillant. 
Dans les deux cas, il diminue la part, toujours excessive, des 
hasards et du laisser-faire dans son existence; c'est par 
cette réforme économique des mœurs de l'ouvrier que les 
sociétés de consommation créent une concurrence redou- 
table aux fournisseurs qui l'approvisionnent le plus souvent, 
l'exploitent et le conservent au moyen même du crédit. 
Elles façonnent les familles ouvrières de manière à modifier 
pour elles la distribution du crédit; aussi, même en Alle- 
magne, il tend à se former contre les sociétés de consom- 
mation, de même qu'en France, au surplus, une sorte de 
ligue des petits marchands (boulangers, bouchers, épiciers, 
cordonniers, brasseurs, marchands de vin, cafetiers, auber- 
gistes, etc.). Cette ligue est de la même nature que celle qui 
attaque, pour les classes moyennes et supérieures, les grands 



y 



324 



ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES RAIFFEISEN 






magasins. Ces derniers rendent indirectement aux personnes 
aisées les mêmes services — meilleure qualité, prix plus 
doux, point de crédit, livraison commode — que les sociétés 
de consommation aux travailleurs. En Angleterre les unes 
et les autres ont pris un développement gigantesque, comme 
nous allons le voir; elles fonctionnent librement, grâce au 
respect des Anglais pour certaines libertés; elles amé- 
liorent, dans une proportion extraordinaire, les habitudes 
de toutes les classes par la réglementation sévère de la 
consommation < 1 ). 

| 5. — DES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES RAIFFEISEN 

En même temps que Schulze-Delitsch cherchait, dans 
l'effort personnel et la mutualité solidaire des travailleurs, le 
moyen d'améliorer leur condition matérielle, M. J.-F. Raif- 
feisen, de Heddersdorf-Neuwied, leur proposait d'autres 
moyens et un but plus élevé. Schulze-Delitsch a été princi- 
palement un puissant vulgarisateur, un organisateur hors 
de pair. M. Raiffeisen est surtout un penseur et un réfor- 
mateur. Il a résumé ses idées et ses plans de réformes dans 
un ouvrage intitulé : Die Dariehnskassen Vereine in Verbin- 
dung mit Consum-, Verkauf-, Winzer-, Melkerei-, Viehver- 
sicherungs Genossenschaften, ah Mittel zurAbhilfe der Noth 
der làndUchen Bevolkerung (Les caisses de prêts combinées 
avec les associations de consommation, de vente, de pro- 
duction laitière et vinicole, d'assurances de bétail, comme 
moyens de venir en aide aux souffrances des populations 
rurales). La première édition de ce livre a paru en 1866 et la 

(1) Maurice Bloch (Économiste français, 15 avril 1892), et la belle 
enquête du Census américain sur les conditions du crédit chez les 
divers peuples (1884, Washington). 



H 



^m 



LA SOLIDARITE CHRETIENNE 



325 



plus réconte en 1883, dans la ville d'Heddersdorf-Neuwied, 
où la famille de M. Raiffeisen dirigeait une imprimerie. 

Néanmoins, M. Raiffeisen serait plutôt antérieur que 
postérieur a Schulze-Delitsch. Il ne relève pas aussi direc- 
tement du mouvement de 1848. Il n'appartient pas au même 
milieu, ni aux mêmes tendances; ses plans et ses moyens 
d'action sont différents. C'est la disette de 1846 qui a 
provoqué son attention. Il fonda en 1847 une société coopé- 
rative dans le Westerwald pour procurer du pain aux 
paysans. Cette société devint en 1849 la caisse de crédit 
de Flamersfeld. 

Avant tout, M. Raiffeisen a en vue les classes rurales, 
tandis que, sans les négliger, l'activité de Schulze-Delitsch 
s'est portée principalement vers les classes urbaines. Le but 
de M. Schulze-Delitsch est général, universel : il poursuit 
l'amélioration de la condition de tous les travailleurs; 
M. Raiffeisen limite son action en faveur des classes agri- 
coles proprement dites. 

Il existe entre eux d'autres différences plus profondes, sur 
lesquelles il est nécessaire d'insister, afin de bien connaître 
et de caractériser l'œuvre originale de M. Raiffeisen. 

M. Raiffeisen est chrétien; c'est un réformateur chrétien. 
Il ne voit que dans la pratique des principes du chris- 
tianisme les moyens d'améliorer la condition morale et 
matérielle des travailleurs et de prévenir un cataclysme 
social inévitable. Il juge avec sévérité la société contem- 
poraine. Il est sans illusion sur ses vices. « Le divin Maître, 
» le Sauveur, a lui-même indiqué la voie quand il a dit : 
« Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice ; tout 
» le reste également sera donné à chacun de vous par 
» surcroît... » Que ceux, ajoute M. Raiffeisen, qui ne 
» veulent pas s'incliner devant cette autorité suivent leurs 
» voies particulières, mais que ceux qui entendent se 



326 



L ASSISTANCE SOCIALE 



» ranger autour d'elle combattent ensemble. La victoire 
» sera pour ceux qui auront assis la religion chrétienne 
» sur le fondement de l'amour. « A leurs fruits vous les 
» reconnaîtrez », a dit le divin Maître. » 

L'intérêt particulier, développé par l'effort personnel et la 
mutualité solidaire, est. le principe des sociétés Schulze- 
Delitsch; le dévouement, ou plutôt la charité, dans le sens si 
élevé que saint Paul lui a donné, l'amour, selon la doctrine 
du Christ, die Liebe, pour répéter le terme employé par 
M. Raiffeisen. est le principe des sociétés Raiffeisen. De là des 
conséquences importantes. La principale, c'est que les sociétés 
Raiffeisen n'ont pas le lucre, le gain, le dividende pour 
suprême conclusion. Le bénéfice particulier n'y est que 
secondaire; leur objet réel est l'aide mutuelle et solidaire, et 
non pas le produit personnel. Il ne s'agit pas d'enrichir 
l'actionnaire, le coopérateur ou le participant : il s'agit de 
lui procurer, aux conditions du marché et sous la garantie 
solidaire de ses co-associés, le capital nécessaire à ses affaires. 
Le bénéfice se traduit plutôt par le profit que chaque associé 
îfetire du concours, non gratuit, qu'il reçoit, que par le 
dividende. Le dividende ne peut être que le revenu moyen 
du capital versé en espèces. 

L'agencement et le fonctionnement des associations 
Raiffeisen étant, en général, imparfaitement connus, nous 
croyons nécessaire de résumer les statuts dont on trouve le 
modèle dans le livre de M. Raiffeisen. Ces statuts ont servi 
de type aux associations qui portent son nom. 

1° L'actif social n'appartient pas aux sociétaires; les 
sociétaires ne sont que créanciers de la part qu'ils ont 
apportée dans le fonds d'avances. 

2° En cas de dissolution, paiement fait des parts des 
sociétaires, le résidu de l'actif est versé à la Banque de 
l'Empire ou aux caisses pupillaires pour servir plus tard de 



MÉCANISME DES DARLEHNSK.VSSF.X VBREINE 



327 



fonds à d'autres caisses Raiffeisen (Spar Darlehnskassen 
Vereinej. 

On retrouve ici le lien qui rattache les associations 
Raiffeisen aux anciens établissements de crédit du xv e et du 
xvi» siècle, aux Monti di Pieta, auxMonti Frumentari, aux 
Positos et au capital des caisses d'épargnes en France et dans 
divers pays. Cet actif est un fonds de crédit de bienfaisance, 
mais jamais gratuit. 

3° Les sociétaires n'ont droit comme dividende qu'au 
revenu de leur part ou mise, au taux des prêts: tout le reste 
des bénéfices accroît à la masse sociale (art. ±)); sans que 
ce dividende puisse être supérieur à la moyenne de l'intérêt 
payé par les débiteurs. 

4° La société a pour objet; d'améliorer la condition de ses 
membres, sous le rapport matériel et moral, de leur avancer, 
sous leur garantie commune, les fonds don) ils ont besoin et 
d'utiliser les épargnes les plus modiques. 

L'amélioration de la condition morale (SittlicherBeziehung 
zu Yerbessern) est le trait, le caractère fondamental de & s 
banques Raiffeisen. L'intérêt personnel et matériel n'obtient 
que sa part (art. 2). 

5° Les sociétaires doivent habiter la localité dans le ressort 
de laquelle fonctionne la société; des avances ne sont faites 
qu'à eux: mais elle accepte les fonds de toute personne et 
jusqu'au prorata fixé par l'assemblée générale; elle constitue 
une caisse d'épargne populaire (Sparkasse Verein). 

6" La société est, administrée par un comité (Vorsland), 
un conseil d'administration (Verwaltungsrath) et l'assemblée 
générale (Generalversammkmg). Tous les sociétaires font 
partie de cette dernière. L'assemblée nomme le président du 
comité, le président du conseil d'administration et le caissier 
(Rechner). Le caissier seul a un traitement qui est fixe. 
Toutes les autres fonctions sont gratuites. 









HI^^^^^^^^H 



u 



328 



NI CAPITAL, NI DIVIDENDE, NI BÉNÉFICE 



7° Les sociétaires sont acceptés par le comité sur la 
présentation du président, sauf appel devant le conseil 
d'administration. 

8° Ils sont tenus à souscrire une mise de fonds dont le 
montant est fixé par l'assemblée générale. Ils ne peuvent en 
posséder qu'une. Cette quote-part ne leur donne aucun droit 
dans l'actif social. Elle est incessible et insaisissable. Elle 
doit être payée aux termes convenus. 

9° Les sociétaires peuvent se retirer de la société sans 
condition. 

10° Ils peuvent en être exclus s'ils ne remplissent pas leurs 
engagements, s'ils entretiennent des rapports avec des usu- 
riers, s'ils font partie d'autres sociétés où Usaient contracté 
des engagements solidaires. L'exclusion est prononcée par 
le comité', sauf appel au conseil d'administration. 

En cas de décès, la veuve du sociétaire est admise à sa 

place . 

11° Les sociétaires ont droit d'assister aux assemblées 
générales et d'obtenir des avances selon les ressources de la 
société. 

12» Ils sont obligés : 

a) A contribuer sur tous leurs biens (mit ilirem ganzen 
Vermogen) et solidairement à toutes les pertes de la société; 

bj A solder leur mise de fonds. 

43° Les avances ne sont faites qu'aux sociétaires dans les 
conditions fixées par l'assemblée générale. Elles ont lieu en 
compte courant, à court terme, un an au plus; à long terme, 
à dix ans. Elles doivent être toujours garanties par des 
cautions, des gages ou des hypothèques. La société ne doit 
courir aucune chance de perte. 

14° La dissolution ne peut être prononcée tant que trois 
sociétaires s'y opposent. 

Le but de M. Raitfeisen était de venir en aide à la petite 



1 



LE CRÉDIT AGRICOLE SOLIDAIRE 



329 



propriété rurale, de mettre le crédit à la disposition des 
vignerons, des laitiers, des éleveurs de bétail. On trouve 
dans son livre des modèles de Spar Darlehnskasse Verein 
pour les vignerons, les laitiers, les fromagers et les éleveurs 
de bétail, spécialement pour les engraisseurs de bœufs. 
M. Raiffeisen a également dressé les statuts de casinos 
agricoles, destinés à organiser des conférences et des biblio- 
thèques agricoles. Deux établissements relient entre elles ces 
diverses sociétés. Le premier est intitulé Landuirthschaft 
Central Darlehnskasse, et le second Anwaltschaftverbanies 
làndisches Gmossenschaften (Caisse foncière centrale de 
prêts, et Administration centrale des associations foncières). 
Ces deux établissements ont été organisés par M. Raiffeisen' 
C'est en 186G que M. Raiffeisen a publié la première 
édition de son livre principal. Le mouvement en faveur 
des associations Raiffeisen a été assez long à se produire 
La seconde caisse avait été établie à Heddersdorf-Neuwied 
dès 1854. Les plus anciennes banques populaires de 
l'Allemagne sont celles (Volksbanken) constituées à Rerlin 
en 1848 avec le concours du gouvernement, La première 
banque d avances (Vorschuss Verein) a été fondée à Delitsch 
en 1850 par Schulze. Ainsi les banques du type Raiffeisen 
sont contemporaines, à un an près, de celles de l'État et de 
celles de Schulze-Delilsch. Elles ont, dans ces dernières 
années, gagné beaucoup de terrain. 

En 1883, M. Raiffeisen a publié une statistique générale 
de 121 Darlehnskassen Vereine qui avaient envoyé leurs 
comptes rendus au comité central (Anwaltschaftverband) 
qu'il a longtemps dirigé lui-même à Heddersdorf et qui 
correspond au comité central des banques Schulze-Delitsch 
à Berlin. Si on lient compte de la difficulté d'obtenir des 
comptes rendus de petites sociétés rurales, on peut admettre 
qu en 1880, il devait exister 300 caisses Raiffeisen. En 1883, 

10 



^^^^^I^^H 






330 OPÉRATIONS ET BILANS DES BANQUES RAIFFEISEN 

sur 1,910 banques Schulzc-Delitsch , 879 seulement ont 
remis leurs comptes. Or ces banques opèrent principalement 
dans les villes. M. Raiffeisen admettait, d'après des rensei- 
gnements particuliers, que plus de 1,000 banques populaires 
fonctionnaient en 1886 d'après son système. (Lettre du 
28 juillet 1886.) 

Les 121 banques comprises dans la statistique de 1883 
ont été établies aux époques suivantes : 1867, 1; 1868, 4; 
1869, 5: 1870,2; 1871, 3: 1872. 6; 1873, 5; 1874,6; 
1876, 1; 1877, 3; 1878, 5; 1879, 17; 1880, 38; 1881, 25; 
ensemble 121. Toutes, à l'exception d'une seule en Saxe, 
étaient situées dans la vallée du Rhin. Elles comprenaient 
13,220 sociétaires. 

Cette statistique se compose de trois tableaux distincts, se 
rapportant tous à l'année 1881 qui a été prise pour type. Le 
premier donne les détails des opérations de chaque banque, 
le second réunit les détails pour l'ensemble des 121 banques, 
et le troisième résume leurs bilans en 1881. 



I, _ Opérations de chaque banque. 



Nous prendrons pour type la banque la plus impor- 
tant, celle de Castellauner, et la plus ancienne, celle 
d'Heddersdorf-Neuwied. 

HEDOERSDORF CASTELLAUNER 



Population de la commune 3.400 

Produitdelïmpôtdesclassesetsurlereveuu 1.677 m. 

Produit de l'impôt foncier et d'habitation. . 780 » 

Président S. F. Raiffeisen 

Caissier C - Lauï 

Nombre des sociétaires l <® 



707 m. 

730 » 

Schmidt 

Steinhauer 

09 



■ 



■■ 



OPÉRATIONS 331 

Recettes Paiements Recettes Paiements 

Maris. Marks. Marks. Marks. 

Fonds social antérieur à 1881 5.930 » 7.897 » 

«joinjites courants avec la banque.. 9.000 25.000 » » 

avec les sociétaires 15.930 13.551 » » 

Caisse d'épargnes 26.025 15.495 » 42.388 

Prêts aux sociétaires 15.728 12.414 33.047 G3.237 

Achats de meubles et d'immeubles. . » » 16.044 57.204 

Dépôts 904 1.868 135.249 

Intérêts frais 5.650 » 22.213 » 

Frais intérêts » 4.129 » 39.650 

Mises des sociétaires 1.062 1.229 » » 

Ensemble 80.235 73.686 214.450 202.479 

Résultat fin 1881... 6.549 11.971 

Actif Passif Actif Passif 

Marks. Marks. Marks. Marks. 

Solde de l'année 7.550 » 11.972 » 

Solde des avances aux sociétaires. . 36.886 » 400.932 >. 

Mises des sociétaires » 8. 617 » » 

Solde des frais intérêts 704 114 9.882 » 

Dépôts d'épargnes ,, 58.116 » 413.692 

Réserves et capital » 9,684 » 13.987 

Emprunts particuliers .> 13.416 » » 

Encaisse 35.900 » 14.530 » 

Comptes courants 15.254 4.431 » » 

Dépenses diverses » » t) 6.000 

Ensemble 96.294 94.328 437.316 433.679 

Bénéfice » 1.966 » 3.637 

Il résulte de ces bilans que les deux banques ont fonctionné 
avec les dépôts divers seuls et que les sommes en provenant 
sont représentées par les créances sur les sociétaires. Par 
suite, la mutualité solidaire est la cheville ouvrière de tout 
le mécanisme. Les mises sociales n'ont aucune importance 
accessoire. Les deux banques en question remontent, celle 
d'Heddersdorf à 1854 et celle de Castellauner à 1871. Elles 
ont l'une et l'autre une durée respectable. 



: ■ 













332 



BILANS 



II. — Ensemble des opérations des 121 banques en 1881. 

Recettes Paiements 

Marks. Marks. 

Résultats des années antérieures 140.851 7.418 

Couples courants avec les banques 470.849 624.604 

— avec les sociétaires 257.020 211.101 

Emprunts divers 1.442.184 636.101 

Fonds d'épargnes 871.129 418.042 

Mises sociales 41.541 5.883 

Rentrées sur les avances. — Avances 87U.041 1.701.907 

Ventes el achats de meubles et Immeubles 170.018 488.291 

Intérêts et Irais 240.902 234.520 

Ensemble 4.520.135 4.314.873 

Solde _ 211 . 202 

III. — Bilans des 121 banques fin 1881. 

Actif Passif 



Marks. Marks. 

Solde des opérations 212. 8G3 1.601 

Espèces en caisse 404.230 

Crédits des comptes courants et débits 161.202 64.480 

Montant des avances 3.508.439 

Valeur du mobilier 11.358 

Compte dïutéréts «.103 23.942 

Mises sociales 130.742 

Capital et réserves 15-.G05 

Fonds des caisses d'épargnes 1.819.264 

Emprunts particuliers 2.680.289 

Divers 588.915 29.102 

Pertes 357 

Ensemble 4.990.495 4.907.085 

Bénéfice à nouveau 83.410 

On trouvera peut-être que ces résultats sont modestes et 
que 4,990,000 marks de dépôts et comptes courants pour 






LE MILIEU RURAL 333 

121 banques constituent un actif modique. Mais il ne faut 
pas perdre de vue que les banques Raiffeisen sont destinées 
à de petits groupes agricoles. Les besoins de crédit dans 
ces groupes ne peuvent avoiraulant d'importance que dans 
les villes. Les depuis de la banque populaire de Castellauner 
atteignent à la moyenne de ceux des banques Schulze- 
Delitsch. 

Ces résultats répondent, en outre, aux deux objections 
qui sont faites contre les banques populaires. On prétend 
que les ouvriers ont. rarement besoin de crédit et que 
lorsqu'ils en ont besoin ils en abusent. A cet égard, il faut 
s'entendre. Dans le milieu rural, travailleur, paysan, on 
englobe une foule d'individus, de conditions diverses, qui, à 
un moment donné, pour acheter des outils, des engrais, des 
provisions, un cheval, un bœuf de labour, une vache, une 
machine à coudre, une nouvelle charrue, peuvent avoir 
besoin de crédit. Les Vorschuss ou les Darlehnskassen 
Vereine sont destinés à parer à ces besoins. Ce sont de 
petites banques où le travailleur peut trouver assistance 
matérielle et conseil moral. Il s'aperçoit bien vite qu'il est 
apprécié d'après ses qualités et que son crédit dépend de 
sa conduite. Fait-il des épargnes, il trouve dans cette 
banque un emploi certain de ses fonds: il apprend à venir 
en aide à autrui comme il a été lui-même aidé à l'occasion. 




§ 6. 



COMPARAISON DES RESULTATS 



Les services rendus par les associations Schulze-Delilseh 
ont été considérables; mais elles n'ont pas changé les condi- 
tions morales des milieux où elles sont établies. Aussi les 
doctrines socialistes, masque des projets révolutionnaires, 
ont continué leur propagande et leurs succès. Il n'en a pas 
été de même pour les institutions dues à l'initiative de 










334 



COMPARAISON DES RESULTATS 



M. Raiffeisen. Nous avons à cet égard un témoignage 
précieux à produire. 

M. Von Dobransky, professeur d'économie politique et 
membre, du Parlement hongrois, a fait, il y a quelques 
années, au milieu des banques Raiffeisen, établies, en 
général, dans la vallée du Rhin, une excursion du même 
genre que celle de M. Léon Say au milieu des banques 
populaires de l'Italie en 1883. Il a rendu compte de sa 
visite dans une lettre publiée dans le premier numéro de la 
Cooperazione rurale de M. Wollenborg. 

Voici son témoignage : 

« De ces associations est sorti un monde social nouveau, 
» un monde bien différent de notre milieu païen; un monde 
» d'amour fraternel, un monde de mutualité, où chacun 
» est le protecteur et le coopérateur de l'autre. » M. Von 
Dobransky raconte ensuite les impressions qu'il a éprou- 
vées en visitant les Darlehns-Sparkassen a Heddesdorf, à 
Kessig, à Poil, à Rheinbrol, à Lowenich, à Dusseldorf. 
Partout il a constaté les effets prodigieux de la mutualité 
fraternelle, qui expulse l'usure de tous ses repaires. Partout 
il a constaté une grande amélioration morale. 

Ces résultats rencontrent beaucoup de critiques, beaucoup 
d'incrédules. 

Il importe de ne pas pousser trop loin les comparaisons 
entre les associations Schulze-Delilsch et les associations 
Raiffeisen. Elles ont été faites dans des vues différentes. Au 
Congrès des Sociétés de crédit populaire, tenu à Paris en 
1883, M. Luzzatti, promoteur du mouvement des banques 
populaires en Italie, a spécialement insisté sur la part à faire 
au dévouement dans la constitution du crédit populaire. 
C'est la grande tradition italienne et catholique. Le dévoue- 
ment est à peu près absent dans l'œuvre de Schulze-Delitsch, 
fondée sur les principes de l'économie politique didactique. 



DISCUSSION DES RESULTATS êOO 

Ce dévouement anime les associations Raiffeisen; il lui est 
fait une part dans les banques populaires italiennes; c'est 
avec son concours que M. Wollenborg a organisé les caisses 
rurales du nord de l'Italie. Raiffeisen a pensé aux petits 
groupes des campagnes. Des banques modestes suffisent à 
son œuvre. Une recherche pas le gain: il cherche le service; 
Il tend plutôt à faciliter l'emprunteur qu'à enrichir le 
capitaliste. Nous en trouvons une preuve formelle dans les 
comptes ci-après rapportés des bilans en 1 890. 

Au mois de septembre 1880, la Société d'Économie 
politique de Paris avait mis à son ordre du jour, à la 
demande de M. Courtois, secrétaire perpétuel, et à la mienne, 
l'examen comparé des systèmes des associations coopéra- 
tives Schulze-Delitsch et Raiffeisen. J'ai expliqué quelles 
étaient les différences fondamentales entre ces deux systèmes : 
la gratuité des fonctions, la limitation de la sphère d'action. 
la constitution du capital social au moyen des réserves, les 
droits des sociétaires restreints à leurs mises sociales, le 
principe du dévouement fraternel et chrétien caractérisent 
le second; tandis que, sauf la mutualité' solidaire qui a été 
si longtemps la base de toutes les associations commerciales 
anglaises, le premier n'a réellement pour le distinguer des 
associations ordinaires que le nombre des associés et la 
restriction des opérations à leurs propres a lia ires. Plusieurs 
membres de la Société, et certains publicistes, se sont cabrés, 
les uns avec violence, les autres avec un scepticisme profond, 
contre les faits qui leur étaient produits. L'un d'eux notam- 
ment, mon spirituel collègue. Victor Mangin, que nous 
avons perdu depuis, et bien d'autres ni- comprenaient pas 
qu'il y eût des banques — des banques! — où prévalussent 
l'esprit de charité chrétienne, la pratique de la solidarité 
sociale, le sentiment religieux, sur l'âpre concurrence et 
l'insatiable soif de gain qui semblent devoir caractériser 









336 



PROGRÈS DES ASSOCIATIONS RAIFFEISEN 






la banque. Des banques sans capital ! des banques sans 
dividende! des banques sans lucre! Mais c'était purement 
et simplement de l'extravagance. 

Ces objections ne doivent pas nous surprendre. Elles ont 
été formulées par Schulze-Delitseh lui-même dans la lutte 
qu'il a engagée contre le système Raiffeisen, lutte dans 
laquelle la victoire ne lui est pas restée. 

Cependant l'assemblée générale des Darlehnskasscn 
Vereine, connues de toute l'Allemagne et de toute l'Europe, 
se tenait le l« r juin 1887 à Dusseldorf, en présence de M. le 
D r Hermès de Berlin, délégué du ministre de l'agriculture, ei 
des autorités supérieures du cercle et de la province. Sur 
330 banques faisant partie de l'Anwaltschafts Verbande, 
210 avaient envoyé des délégués. 

Nous avons sous les yeux, en écrivant ces lignes, le proto- 
cole entier de la réunion et la statistique complète, dressée 
en 1887, des banques Raiffeisen pour 1885. 

L'assemblée a été présidée par le D r Kireharz von Unkel. 
président du conseil d'administration. M. Raiffeisen a lu le 
rapport général sur la situation des Darlehnskassen Vereine. 
Après cette lecture, d'autres rapports ont été soumis à 
l'assemblée. Chacun de ces rapports a été suivi d'une discus- 
sion immédiate qui est résumée à la suite du rapport. 

11 résulte de ces divers documents que le développement 
des sociétés Raiffeisen continue. Le chiffre de 330 banques 
compris dans l'Anwaltschafts Verbande est extraordinaire, 
lorsque l'on compare ce résultat à ce qui se passe en France. 
M. Raiffeisen a rappelé que de nombreuses banques sur le 
même type avaient été établies ou se fondaient en Suisse, 
en Norwège et en Autriche-Hongrie. 

Parmi les rapports qui ont été communiqués à l'assem- 
blée, il y a lieu de signaler celui de M. Cremer, membre du 
conseil d'administration, sur les résultats obtenus par les 



LEUR IMPORTANCE AGRICOLE 



337 



sociétés Raiffeisen au point de vue agricole, notamment pour 
les achats de charbons et d'engrais. On sait que le caractère 
des sociétés Raiffeisen est essentiellement agricole et qu'elles 
ont pour objet principal de venir en aide à la moyenne el à la 
petite culture. Le lucre et le dividende y sont remplacés par 
l'assistance. Les associés ne se réunissent pas pour partager 
un bénéfice annuel, mais pour se procurer des secours qui 
s'échangent alternativement. Ces idées ont été longtemps à 
peu près incompréhensibles pour des Français, livrés et 
habitués à un individualisme excessif qui a eu ses avantages, 
mais qui aujourd'hui peut devenir pour la nation uni 1 cause 
d'irrémédiable faiblesse. 

Aussi l'Association des Syndicats agricoles, sous le 
patronage de la Société des agriculteurs de France, a-t-elle 
été une très heureuse inspiration, en rapport avec le principe 
des sociétés Raiffeisen. 

M. Raiffeisen a publié un très court abrégé en quelques 
pages de l'organisation des Darlehnskassen Vereine. Cet 
opuscule pourra suffire pour ceux qui ne sont pas à même 
de se procurer les autres documents (*). 

En parcourant les statistiques ci-après des opérations de 
ces banques en L885 el 1890, il faut avoir présentes à 
1 esprit les bases de la banque Raiffeisen. Cette banque est 
une caisse mutuelle d'assistance: ce n'est pas une banque 
en vue des dividendes, destinés à faire hausser la valeur des 
actions; les associés ne sont pas de riches capitalistes 
procédant par 100.000 marks, ce sont de petits cultivateurs 
qui considèrent 1 pfennig avec attention. Il en est de même 
dans les banques populaires des centres agricolesde l'Italie. 
Ce sont de petits mécanismes que le maire, le médecin et le 

(1) Die Darlehnskassen Vereine, Neuwied, 1 sjst . — Vortrag iiber 
deren Bnrichtung und Zweck. 



10. 









H 



338 



LEURS OPÉRATIONS EN 1885 



curé du village font fonctionner en se réunissant le dimanche 
après la messe. Cela paraît étrange ; mais cela est ainsi, en 
Italie et en Allemagne. M. Léon Say et M. E. Rostand ont 
passé, à quelques années de distance, une sorte d'inspection 
des banques populaires ou des sociétés coopératives diverses 
en Italie; ils ont visité les locaux, les livres, les caisses; 
ils ont vu fonctionner ces mécanismes simples, modestes, 
économiques, et ils en ont attesté l'efficacité. 

Opérations des banques Raiffeisen en 1885. 



RECETTES 




PAIEMENTS 


Marks. 


Nombre des banques, 245. 

Nombre des associés, 24,466. 

Comptes courants : banque, . 
d° associés. , 


Marks. 

493.972 
1,185.835 

559.932 

1.489.910 

2.172.952 

33.547 

1.926.280 

394.606 
4.214 

420.830 

101.468 




18.180 

1.259.134 

608.542J 

995.303 

1.276.323' 

23.278 

2. 891.140' 

617.430* 

5.55W 

363.687] 

107.586 


Comptes courants : banque. . 

d° associés.. 

Dépôts (remboursements) 






d° immobilières. . . 




Avances (remboursements).. 
d° sur immeubles.. 




Ensemble 




8 166. 162 1 
617.384 




Ensemble 


8.783.546 


Total 


8.783.546 1 

1 



Il résulte de ce tableau : 

1° Que les mises des associés ne se sont élevées qu'à 
33,547 marks, sur lesquels il a été remboursé 23,278 marks; 

2° Que néanmoins le mouvement des recettes et des 
paiements a été de près de 17 millions de marks. 

Nota. — Il faut bien comprendre et retenir ces chiffres 



NOUVEAUX PROGRÈS 1885-1892 



339 



pour se rendre compte du mécanisme des banques Raiffeisen. 

24,466 associés dans 245 petites banques ont manipulé 
17 millions avec une avance permanente de 10,000 marks. 

3° A la fin de l'année, l'avoir était de 627,187 marks, 
bien que les associés n'eussent versé que 33,547 marks, 
sur lesquels 23,278 ont été remboursés 

Nota. — C'est déjà un résultat, mais le plus précieux 
c'est que : 

4° 2,172,952 marks fonds d'épargne et 1,489,900 marks 
fonds de banque ont été mis à la disposition des associés. 
Moyenne en intérêts et en commissions, 522,000 marks 
environ (intérêts et provisions), sur lesquels 470,000 marks 
ont été employés en frais et en intérêts aux dépôts; la 
différence 52.000 marks a été un bénéfice qui, ajouté à 
quelques autres profits, a porté le solde actif de 493,972 
marks à 617,384 marks. 

C'est ainsi que la mutualité permet de faire beaucoup 
avec presque rien . 

Depuis 1885, l'importance des banques Raiffeisen a beau- 
coup augmenté, bien que leur fondateur, le très honorable 
J. M. Raiffeisen, suit décédé le 11 mars 1888. cl que son fils 
M. Rudolf Raiffeisen qui lui avait succédé, comme Anwalt 
général, ait été remplacé par M. Cremer. En juillet 1891, 
M. HansCruger contatail l'existence de 830 Darlehnskassen 
Vereine avec 9 Molkereigenossenschaften ou laiteries, 
13 Vinzervereine (associations vinicoles), et 3 autres asso- 
ciations agricoles. Il rappelle qu'au Congrès de Cologne, en 
1890, 364 banques Raiffeisen avaient produit leurs comptes 
avec un actif de 17,184,362 marks, et un bénéfice de 
172,590 marks, pour 3.366 associés. En 1891, le bureau 
central de Neuwied accusait 735 caisses ou banques avec un 
mouvement d'affaires de 30 millions de marks, el 70,000 
associés. Le Jahresbericht de Rerlin de 1892 porte les 



! i 










340 



LUTTE ENTRE SCHULZE-DELITSCH ET RAIFFEISEN 



associations Raiffeisen à 1,033 dont 530 dans le royaume de 
Wurtenberg seulement ( 1 ). 

M. Louis Durand a produit des chiffres beaucoup plus 
favorables. « Au Congrès de l'Union de Neuwied, tenu à 
» Cologne le 9 juillet 1890, l'Union comprenait 684 asso- 
» dations pour la seule Union de Neuwied. Au Congrès 
» de l'Union des Associations agricoles allemandes, tenu 
» à Darmstadt le 20 août 1890, M. Haas, syndic (Aimait) 
» de l'Union, donnait une statistique générale pour l'Alle- 
» magne. De 1888 à 1889, le nombre des associations 
« rurales de crédit avait passé de 1,162 à 1,730, sur 
» lesquelles 576 avaient envoyé leurs comptes. Le mouve- 
» ment de caisse des associations avait atteint 87,550,662 
» marks. » D'après ce résultat, M. Louis Durand évalue à 
325 millions le mouvement de caisse des diverses banques 
Raiffeisen, et il continue : « On aurait tort de considérer 
» les Darlehnskassen comme une quantité négligeable... 
» Les chiffres qui précèdent prouvent que les caisses 
» Raiffeisen ont su faire grand et mettre à la disposition 
» de l'agriculture tous les capitaux dont elle pouvait avoir 
» besoin (2 ). » 

M. Louis Durand reprend ensuite, avec beaucoup de 
talent et une connaissance complète des divers ouvrages 
allemands publiés à cette occasion, la controverse concer- 
nant les associations coopératives allemandes, des types 
Schulze-Delitsch et Raiffeisen ; il en fait l'historique, il 
montre jusqu'à quel point elle a entraîné Schulze-Delitsch 
lui-même, l'ardeur qu'il y a apportée et les erreurs qu'il n'a 
pas su éviter. Il consacre même tout un chapitre de son livre 
à cette lutte : la lutte de Schulze-Delitsch contre Raiffeisen. 



(1) Voir ci-aprcs une communication officielle de M. Cremer. 

(2) Le Crédit agricole, p. 213. 






Alir.UMENTS DE SCHULZE-DEI.IÏSCII 



341 



Les objections de Schulze-Delitsch portèrent sur trois 
points : 1° pas de capital, pas de mise sociale, pas de 
Gescliaflsanlhcil; 2° prêts à trop long terme; 3° pas de 
bénéfices, pas de dividendes, réserves exagérées. Sur ces 
trois points. Schulze-Delitsch a eu l'agrément de complaire 
à divers économistes français, orthodoxes ou didactiques, 
qui en sont encore peut-être à s'imaginer que le capital 
moral, le capital intellectuel, le capital immatériel, ne 
constituent réellement pas une richesse pour l'homme. C'est 
la vieille doctrine, sur laquelle les meilleurs esprits sont 
bien loin d'être unanimes, ceux-là surtout qui acceptent que 
l'homme soit un singe transformé, ci qui ne comprennent 
pas qu'une banque puisse marcher sans capital cl sans 
dividende. 11 est vrai qu'ils sont mauvais historiens cl qu'ils 
ignorent que des banques ont longtemps vécu sans donner de 
dividendes cl à peu près sans capital. Ils s'obstinent à ne pas 
admettre que la solidarité, dans un milieu sain, est le plus 
fort de tous les capitaux. Ils ne voienl la force que dans la 
monnaie ou ses représentations. Eh bien ! sans prétendre à 
de hautes idées économiques, Raiffeisen a pensé que des 
banques pouvaienl fonctionner sans capital matériel, à 
condition d'y substiluer leca pilai moral. C'est déjàbeauçoup 
au point de vue du crédit et au poinl de vue de la science. La 
seconde objection deSchutze-Delitsch, relative à l'absencede 
dividende, est encore moins sérieuse que la première. Voici 
pourquoi. Les associés, ne versanl qu'un 1res faible apport, 
se contentent de l'intérêt, parce qu'ils trouvenl dans le fonc- 
tionnement de la société des services qui forment pour eux 
un dividende. Ils vonl plus loin : un dividende esl gagné, 
mais il n'est pas distribué; il constitue des réserves soit 
pnurpareraux accidents des affaires, soil pour les accroître 
Ôt accroître ainsi les services divers que rend l'association, 
soit pour faire un fonds qui sera transmis aux générations 










t: 



342 



LES AVANCES A LONG TERME 



futures! 1 '. 11 y a dans les combinaisons Raiffeisen, destinées 
aux petits centres agricoles, un but plus désirable, plus 
social, plus véritablement mutualiste que dans le système 
Schulze-Delitsch. 

Dans la loi de 1889, le législateur allemand a cependant 
exigé une mise sociale pour toutes les associations coopé- 
ratives, mais il n'en a pas fixé le quantum, la réalité; 
M. Raiffeisen l'exigeait également, mais dans des limites 
fort réduites < 2 >. 

Reste la seconde grande objection de Schulze-Delitsch, 
les prêts à long terme : le long ternie paraît absolument 
contraire au mécanisme des banques. On sait que l'argu- 
ment dirimant de la Banque de France pour refuser le 
papier agricole n'est autre que celui de Schulze-Delitsch. 
En attendant, la Banque de France a immobilisé 200 millions 
en rentes sur l'Etat. M. Louis Durand a traité cette question 
particulièrement difficile avec beaucoup de soin < 3 >. 

(1) « Ce fonds de réserve des caisses Raiffeisen constitue un rocher 
sur lequel doit se créer et grandir l'indépendance économique du 
village. Avec ce fonds on pourra toujours combattre l'usure. » 
(Discours de M. R. Raiffeisen au Congrès de Lyon, 1893.) — &'est, 
en partie, le même but que les Monts de Piété, les Monti frumen- 
tari et les Positos. 

(2) « La loi nous a imposé les actions — mise sociale, — mais comme 
elle n'en marque pas le minimum, nous avons fixé à 15 marks — 
18 fr. 75 — le maximum et à 2 marks le minimum. Une société par 
actions devant donner un dividende, nous le payons à concurrence 
de 4 »/ ; cela rapporte à chacun des membres un bénéfice annuel 
de 4 à 40 pfennigs. » (Congrès de Lyon, discours de M. R. Raiffeisen: 
compte rendu, p. 68.) 

(3) « L'autre particularité de nos caisses consiste en ce que celles-ci 
prêtent l'argent à long terme, non seulement à 3, 6 mois, 1 an, 
mais à 5 ans, à 10 ans, voire même à 20 ans. Le paysan qui veul 
améliorer sa maison ne pourra payer au bout d'un an. » (Même 
discours.) 



LES CONDITIONS DU CRÉDIT AGRICOLE 



343 



Schulze-Delitsch s'est uniquement placé, dans le système 
de ses remarquables institutions coopératives de crédit, 
spécialement pour les Vorschuss Vereine, au point de vue 
traditionnel du commerce et de l'industrie, point de vue 
qui domine encore exclusivement en France et en Angle- 
terre, mais qui n'est plus accepté en Allemagne, en Russie, 
en Italie, en Ecosse, aux États-Unis, ni même en Turquie. 
Refuser le crédit à la production agricole, parce qu'il 
lui faut, pour réaliser ses résultats, plus de temps que 
dans l'industrie, à laquelle elle livre une forte partie des 
matières premières, ne saurait se perpétuer, comme un 
axiome, dans le monde de la production. C'était, en réalité, 
l'idée de Raiffeisen. Il entendait mettre le crédit à la portée 
des agriculteurs, dévorés par l'usure. Et il y a réussi, il y a 
réussi au point qu'il a pu leur procurer des capitaux à long 
terme, en les rémunérant, en stipulant des amortissements 
périodiques garantis solidairement quant aux emprunteurs, 
et des remboursements successifs quant aux préteurs. De 
même qu'il y a beaucoup de genres d'emprunteurs, de même 
il y a beaucoup de genres de capitalistes. Tous n'ont pas 
besoin d'être remboursés à vue. Beaucoup de banques 
aujourd'hui recherchent des capitaux, ou n'en acceptent qu'à 
terme. Ces capitaux, moyennant des garanties, peuvent 
s'adapter aux nécessités de l'agriculture. L'argumentation 
de Schulze-Delitsch qui n'est autre que celle de l'ancien 
commerce, est donc déjà démentie par les faits. Le Trésor 
fédéral américain a pris l'habitude, et il s'en trouve fort 
bien, d'échelonner ses échéances. C'est la pratique des 
banques Raiffeisen et probablement même des Vorschuss 
Vereine Schulze-Delitsch. 

M. Louis Durand fait remarquer que l'acceptation de 
certains termes est loin d'avoir nui à la solidité des Dar- 
lehnskassen Vereine. Il affirme que jusqu'à présent, aucune 



II 






344 



^■i 



LES CASH AVANCES DES BANQUES D ECOSSE 



d'elles n'a sombré, tandis que 200 Vorschuss Vereine ont dû 
liquider. 

Ce point a été très bien établi au Congrès de Lyon 
par M. R. Raiffeisen. Les caisses Raiffeisen ne traquent pas 
les affaires, elles n'ont pas de rabatteurs; elles sont en 
dehors de la concurrence à outrance ; le gain n'est pas leur 
but. « Elles n'ont aucun intérêt à gagner 200 ou 2,000 marks 
par an. Elles sont faites pour venir en aide aux associés 
dans le besoin. » Pour elles l'appétit ne vient pas en 
mangeant. D'où moins de risques. 

Il est bien certain cependant que le crédit à long terme 
doit être manié avec prudence ; qu'il faut faire concorder 
l'exigibilité des dépôts avec l'exigibilité des avances W ; que. 
des termes trop prolongés ne peuvent être consentis que par 
des établissements hypothécaires. La crise intense qui frappe, 
depuis 1892.. les banques australasiennes, provient de ce que 
cet agencement n'a pas été suivi avec assez de sévérité; 
mais dans les milieux agricoles, comme celui des syndicats 
agricoles, la solidarité des prêts entraîne une surveillance 
qui garantit tous les intérêts. 

Ces réflexions ne s'appliquent pas seulement aux banques 
populaires; elles concernent également les banques de 
circulation. Les banques d'Ecosse fournissent à cet égard 
un enseignement péremptoire. Ces banques doivent leur 
immense crédit au droit d'émettre des billets de banque au 
porteur dont elles jouissent depuis près de deux siècles et à 
l'usage admirable qu'elles en ont fait. Elles ont ouvert sur-le- 
champ, au moyen des Cash avances, un compartiment aux 



(1) Il paraîtrait que l'une des causes de la crise des banques 
d'Australasie proviendrait du réescompte par ces banques de leurs 
bons de dépôts à long terme. Elles ont donc trouvé des capitaux 
à long terme. (Economist, 3 juin 1893.) 



LE CREDIT AGRICOLE ET LA BANQUE DE FRANCE 



345 



affaires agricoles] elles ont fondé 960 succursales, qui ne 
sont en définitive que des Vorschuss Vereine ou des Darlehns- 
kassen Vereine, par toute l'Ecosse; elles ont prêté à long 
terme sous la double condition de la solidarité et des amor- 
tissements successifs. Avec ces deux garanties, elles ont 
porté le crédit, le capital, la vie partout. Il faudra que les 
autres banques de circulation soient contraintes de suivre 
l'exemple des banques d'Ecosse. Peut-on concevoir que la 
Banque de France ait le droit d'émettre pour 4 milliards 
de billets au porteur et que, sur celte somme colossale, 
aucune part ne soit faite à l'exploitation de ce territoire 
national dont la production, dans les bonnes années, s'est 
élevée jusqu'à 16 milliards? Il y a là. comme l'enseignait 
Courcelle-Seneuil dès 1X40. une véritable aberration, une 
inqualifiable routine, une flagrante injustice. Le succès des 
banques Raiffeisen est la réfutation palpable de tous les 
sophismes des vieux banquiers ou des politiciens qui mani- 
pulent la Banque de France I 1 '. 

Ne laissons pas, comme nos pères à la tin du xvn e et 
pendant le xvnr 3 siècle, l'esprit de routine nous envahir: 
les Parlements admirent difficilement la commandite: ils 
furent toujours hostiles aux valeurs au porteur. Ils étaient 
devenus un obstacle à tout progrès. L'esprit d'utopie se 
substitua alors, en France, à l'habitude des changements 

(l) Il arrive souvent, en particulier à Bordeaux, pour les ventes 
des récoltes îles grands crus, valant parfois I million, que les 
banquiers acceptent dos billets à doux ans ri 1rs placent fort bien 
à drs capitalistes spéciaux, friands de ers valeurs. Les Darlehns- 
kassen peuvent également avoir des clients qui acceptent des billets 
à long tennr: c'est une affaire de mesure. 

Nous trouverions très raisonnable ri nécessaire que sur les 
escomptes de la Banque de Franc une pari lût faite à des effets 
i 6 et 12 mois, même davantage. Elle 1rs négocierait à son tour 
aux capitalistes. 









346 



UNE VISION D UTOPIE 



successifs. Law n'a pu séduire les victimes du Système 
qu'à la cour du régent. Le Parlement anglais refusa de 
l'écouter. 

Cette controverse vient d'être continuée par M. Henry 
W. Wolff, dans son livre sur les banques du peuple. 
M. Wolff a donné à ce livre pour épigraphe ces paroles de 
M. Gladstone : « Je vous ai prévenus que je vous exposerais 
une vision d'Utopie. » Cette vision a été plutôt réalisée 
par les banques Raiffeisen que par les banques Schulze- 
Delitsch. Faire de la banque sans capital, sans dividende t 
C'est ce qui a fait reculer tant de publicistes, entre autres 
M. Breslay qui a résumé son opinion par une formule : Les 
banques Raiffeisen ne sont pas des banques. Telle n'est pas 
l'opinion de M. H. Wolff. ni celle de M. Léon Say, ni celle 
de M. E. Rostand, ni celle de M. P. Leroy-Beaulieu, ni celle 
de M. Maurice Bloch. Elles sont des banques autres que les 
banques Schulze-Delitsch, peut-être même que les banques 
populaires urbaines d'Italie; mais elles n'en distribuent 
pas moins le crédit, sous diverses formes, tout comme les 
banques d'Ecosse, les caisses rurales de la Lombardie, 
et même les banques américaines dans les parties agricoles 
des États-Unis («. 

Y a-t-il lieu de montrer, comme M. Louis Durand et 
M. Wolff, une préférence absolue entre les deux grands 
systèmes des associations coopératives allemandes? Nous 
ne le pensons pas. Elles sont, les unes et les autres, excel- 
lentes, efficaces, bienfaisantes, appropriées à des milieux, 
à des idées et à des besoins différents. On doit appliquer 



(1) People's Banks, eh. rv et v: — Léon Say : Dix jours dans la 
Haute-Italie, 1884; — P. Leroy-Beaulieu, Débats du 19 avril 1893; — 
Maurice Bloch, Économiste français, 5 mai et 6 octobre 1888; — 
Brolay, ibid., 12 janvier et 2 février 1889; — E. Rostand : Une 
course en Italie. 



LES SYNDICATS AGRICOLES EN FRANCE 



347 



ces systèmes d'après les milieux, les idées et les besoins. 
Ainsi, quant à la France, nous pensons que le système 
Raiffeisen est préférable pour les campagnes et le crédit 
agricole, de même que le système Schulze-Delitseh convient 
seul pour les villes. Les syndicats agricoles français, 
actuellement au nombre de 863, avec 313,000 adhérents ">,' 
présentent les plus grands rapports avec les banques 
Raitfeisen. Ils poursuivent les mêmes tins: ils répondent 
aux mêmes nécessités: ils se Constituent dans les mêmes 
conditions; ils fonctionnent, la plupart du temps, sans 
capital, au moyen de simples cotisations; ils n'ont point 
en vue le dividende annuel ni un lucre immédiat en argent, 
mais l'obtention réciproque de divers services que la 
coopération peut rendre à meilleur prix et avec plus de 
sécurité < 2 ). 

C'est donc le type des Darlchnskcmen Vereine que nous 
recommanderions aux membres des syndicats agricoles, 
c'est l'opinion qui a prévalu au Congrès de Lyon, en 
mai 1892. On peut limiter la solidarité; on peut accroître 
modérément la Geschaftsantheil; mais il faut tenir la main 
ferme à la non-distribution de dividende, au cautionnement 
solidaire des avances, à la constitution de fortes réserves 
qui seront utilisées dans les temps de crise, à la surveil- 
lance attentive des opérations, à l'obtention de délais 



(1) Annuaire officiel des Syndicats professionnels, Paris, 1893; 
Réforme sociale, mars 1892: conférence de M. Welche, avec 
discussion: de Rocquigny : les Syndicats agricoles, 1883. 

(2) Aussi le Congrès de Lyon s'est-il montré particulièrement 
favorable aux banques Raiffeisen (séance du i mai 1893). Nous 
renvoyons à la belle conférence de M. Rudolf Raiffeisen faite 
le lendemain: elle se trouve parmi les actes du Congrès (Angers 
1893); et le discours de M. Hostache, de la Faculté libre de droit 
de Lyon. 






«£ 




348 



l'agriculture et la circulation fiduciaire 



modérés pour les avances avec amortissements obligatoires, 
à l'exclusion de toute moralité suspecte, exclusion recom- 
mandée par Schulze-Delitseh, à l'obtention d'un crédit 
ouvert avec la Banque de France, à la multiplication de 
ses succursales. 11 faut que le crédit tiduciaire soit mis à la 
disposition de, tous les Français, des viticulteurs et des 
fermiers, comme des marchands et des manufacturiers. 
L'intermédiaire avec la Banque de France ne saurait être 
un nouveau rouage, centralisé à Paris, ignorant des choses 
et des hommes, coûteux et porté à spéculer, exploité par 
une légion de fonctionnaires, mais des banques locales, 
comme les Darlehnskassen Vereine de Baiffeisen. Tous les 
syndicats agricoles français peuvent se constituer, avec bien 
peu d'efforts, en banques du type Baiffeisen. 

Au moment, où nous terminions ce paragraphe 6, l'hono- 
rable M. Cremer, syndic ou Antcalt actuel des associations 
coopératives Baiffeisen de l'Union de Neuwied, nous a fait 
parvenir la statistique avec bilans de 623 associations, 
comprises dans cette Union, en 1890. Ainsi les associations 
qui ont produit leurs comptes ont passé de 121 en 1881, et 
de 245 en 1885, à 623 en 1890. Nous avons besoin d'insister 
sur l'importance de ces faits, qui justifient amplement les 
opinions de M. Louis Durand et de M. Wolff. M. Cremer 
nous a fait savoir, en même temps, qu'en 1893, le nombre 
des associations de l'Union de Neuwied avait été porté à 
1,161. Le mouvement a donc pris un nouvel essor depuis 
1890. Aussi, affirmons-nous plus énergiquement l'opinion 
que. c'est plutôt du type Baiffeisen que doivent se rapprocher 
les associations coopératives françaises, tout spécialement 
les banques agricoles populaires. 

Le premier tableau qui suit donne les résultats de l'exer- 
cice de 1890 pour 623 associations et 58,000 associés : 



OPÉRATIONS DES ASSOCIATIONS RAIFFEISEN EN 1890 



:w) 



Exercice 1890. — Opérations. 



RECETTES 



Encaisse 

Compte cour' avec la Caisse 

centrale agricole 

Comptes cour" des associés. 

Dépôts d'épargnes 

Mises des associés 

Remboursement de prêts... 

Avances immobilières 

Frais de justice remboursés. 

Recettes d'intérêts 

Provisions diverses 



Total. 



Marks. 



1 


214 


758 


s 


845 


179 


2 


397.652 


11 


436 


599 




111 


773 


3 


999 


559 


1 


933 


159 




5.9b5 


1 


114 


375 




286 


IIM'.I 


20 


295 


018 



DEPENSES 



Solde de 1889 

Compte cour' avec la Caisse 
centrale agricole 

Comptes cour 1 * des associés. 

Remboursement des fonds 
d'épargnes 

Remboursement des mises. . 

Prêts aux associés 

Avances immobilières 

Frais de justice 

Intérêts payés. 

Frais d'administration 

Total 



Mari* 



52 


295 


3.860 


714 


3.127 


657 


6.359 


570 


41 


797 


7.381 


'.122 


2.692.476 


13 


194 


952 


380 


273 


138 


24.702 


IV. 



Bilan 1890. 



ACTIF 



Encaisse, fin de l'année 

Solde d'épargnes à 1 pfennig (1). 

Avuir à la Caisse centrale 
agricole 

Portefeuille de valeurs 

Compte d'immeubles 

Compte de meubles 

Comptes courants dus par 
divers 

Comptes courants dus pâl- 
ies associés 

A\ ances en argent 

Frais de justice remboursés. 

Receues d'intérêts et provisions. 

Solde d'intérêts dus 

Agio sur le portefeuille 

Perte du bilan précédent. . . . 

Total 



Marks. 



1.590 004 
4.812 

2.063.731 
514.560 
112.496 

105.258 

2.118.572 

16.288.736 

3.852.313 

16.590 

319.527 

185.003 

8.134 

7.488 



27.182.844 



PASSIF 



Avances à la fin de l'année. 

Règlement avec les pfennigs 
d'épargnes 

Avances de la Caisse cen- 
trale agricole 

Avances par divers. Comptes 
courants 

Dépôts d'épargnes 

Mises des associés 

Fraie 

Solde d'intérêts 

Agio du portefeuille 

Capital de réserve et de fon- 
dation 



Total.. 



Marks. 



65.008 

3.074 

1.300.569 

987.918 
Î3. 043. 926 

420.190 

30.292 

16.465 

3.350 

1.179.436 



27.123.134 



(I) « En recevant les épargnes à partir de 1 franc el même de 10 centimes, 

nos caisses fournissent l'occasion au plus petit ouvrier, aux domestiques, 
d'économiser leur argent... Une caisse Raiffeisen est-elle installée au village 
et administrée gratuitement par des personnes de toute confiance, l'argent 
sort de sa cachette parée qu'il a confiance. » (Discours de M. Raiffeisen 
à Lyon, 1893.) 



u 



350 



LE CREDIT AGRICOLE EN ALLEMAGNE 



Il résulte du premier tableau que l'exercice 1890 aurait 
présenté un reliquat bénéficiaire de 1,533,904 marks. Le 
second tableau résume la situation fin 1890. Le passif ne 
concorde pas entièrement avec l'actif. 

Néanmoins, on peut dégager de ces deux tableaux la 
nature des opérations : 1° les mises des associés ne jouent 
aucun rôle important; 2° les associés profitent dans une 
très grande mesure des dépôts faits par eux ou les tiers; 
3° sans la solidarité des associés les dépôts ne seraient pas 
garantis; 4° les mises et les réserves n'offrent aucune 
proportion avec les dépôts; 5° les dépôts des associés n'ont 
pas d'importance à côté de ceux des tiers. 

Il en résulte que les banques Raiffeisen sont très réellement 
des banques, sans capital, se procurant un crédit efficace, 
au moyen de la solidarité. Sans cette solidarité, ce crédit 
ne pourrait exister. 

Les tiers sont maintenant admis à faire des affaires 
comme les associés; mais, si ce sont eux qui apportent les 
capitaux, c'est aux associés, avant tout, qu'on les prête. 

Ces associations remplissent donc entièrement leur but 
qui n'est pas de toucher des dividendes, mais de se procurer 
du crédit au moyen de la coopération. C'est le véritable 
type des banques agricoles. 

| 7. — ÉTABLLSSEMENTS DE CRÉDIT DE l'ÉTAT ET UNIONS 
DIVERSES 



Il existe en Allemagne d'autres institutions de crédit 
populaire, les caisses de secours provinciales (Provincial 
Hilfskassen), les banques de culture agricole et les unions 
de sociétés agricoles, sans compter les banques et les unions 
de crédit hypothécaire. 



BU 



HILFSKASSEN ET LANDESCULTUR DANKEN 



351 



I. Les Provincial Hilfskassen relèvent de l'État, qui 
en règle les statuts. Elles remontent à une époque assez 
éloignée. Elles sont chargées de venir, par des avances, 
en aide à la production agricole et à la production indus- 
trielle. Elles sont en rapport avec les agents financiers de 
l'État qui le représentent dans toutes les localités dépendant 
du ressort de la caisse. Les caisses avancent des fonds pour 
encourager la conservation des terres dans les familles et 
favoriser les progrès de la culture. 

II. Les Landescultur Banken sont des institutions pro- 
vinciales de crédit agraire, organisées par la loi du 13 mai 
1879. Elles consentent des prêts, hypothécaires ou autres, 
pour les travaux de culture, défoncements. défrichements, 
plantations, drainage. 

III. La Banque agricole de Trêves (Landwirthsehaftliche 
Bank zu Trier) qui fait le crédit aux petits agriculteurs 
et qui en limite le prix en limitant ses dividendes à 5 %. 
Elle s'occupe surtout de l'élevage. Elle a adopté plusieurs 
principes des banques Baiffeisen. 

IV. Les associations de propriétaires ou Landschaftm, sur 
lesquelles il est indispensable de donner quelques rensei- 
gnements, afin d'indiquer les précédents, historiques et 
économiques, qui expliquent le développement, vraiment 
extraordinaire, des associations coopératives allemandes. 
D'après une statistique officielle, il existait, en 1881, 23 asso- 
ciations de propriétaires ou Landschaftm, 11 banques 
d'État ou de communes, et 31 banques par actions, en tout 
67 établissements de crédit foncier. 

Les premières Landschaftm M remontent à Frédéric II; 



(1) M. L. Durand donne de nombreux détails à cet égard (ch. n, 
le Crédit foncier en Allemagne). — Comparer Économiste français, 
octobre 1880, un article de M. Maurice Blocli. sur l'organisation 
du crédit dans le territoire de fcfohenzollern. 



vm\ 



352 LANDSCHAFTEN 

elles furent faites pour venir en aide à la noblesse, ruinée 
par la guerre de Sept ans. La première fut établie en 1769, 
d'après les plans d'un bourgeois de Berlin, Bûhring. En 1788 
cinq Landschaften avaient été constituées en Silésie, dans 
les Marches, en Poméranie et dans les deux Prusses. La 
Landschaft était une association obligatoire pour tous les 
biens nobles d'une province. L'avantage de cette association 
obligatoire consistait à faciliter les emprunts et à garantir 
les remboursements. Cette obligation reposait sur le grand 
principe germanique de la solidarité. La Landschaft 
empruntait et elle émettait des titres au porteur. Elle en 
arriva à payer elle-même. Plus tard, les biens non nobles 
furent soumis à la Landschaft. Chaque Landschaft devint un 
crédit foncier; et comme le résume M. Louis Durand, «. ce 
» fut une association d'emprunteurs qui se donnent mutuel- 
» lement l'appui de leur crédit pour obtenir des prêts à 
» meilleures conditions ». C'est exactement le principe de 
la mutualité et de la coopération . Les Darlehnskassen Vereine 
ne procèdent pas autrement. Depuis, ces associations ont 
été en partie modifiées : 1° elles ne sont plus obligatoires : il 
faut y être admis ; 2° dans plusieurs, la responsabilité ne 
porte que sur des immeubles spécialement hypothéqués; 
3° dans d'autres, il faut souscrire et verser des parts sociales, 
de véritables Geschaftsantheile ; 4° il s'est formé à Berlin un 
établissement pour réunir les diverses Landschaften. 

On comprend facilement combien ces établissements, 
englobant presque toute la propriété foncière et un très 
grand nombre de personnes, ont préparé le terrain aux 
• autres associations. De pareilles associations auraient été 
regardées, en France, comme contraires aux lois et à la 
sûreté de l'État; elles auraient probablement suscité de 
dangereux ennemis à la propriété foncière; on les aurait 
considérées comme une coalition contre les intérêts natio- 






UNIONS AGRICOLES 353 

naux. Les différences entre la France et l'Allemagne se 
montrent ici à nu. 

L'État, les provinces, les communes n'ont pas eu recours 
à l'interdiction du droit, fondamental pour les Germains, 
d'association; ils se sont contentés de. fonder eux-mêmes 
d'autres établissements, tels que les Hilfskassen et les 
Landescultur Banken et d'autres banques de crédit foncier. 
On en trouvera Rémunération dans le livre de M. Louis 
Durand. 

V. Viennent ensuite d'autres associations coopératives, 
mais particulièrement agricoles, que M. L. Durand a le 

mérite d'avoir nettement distinguées des associations Schulze- 
Dehtsch et Raiffeisen. Ce sont des fédérations ou unions 
par province, de véritables syndicats agricoles. Voici les 
plus considérables de ces unions : 

1° Union des associations agricoles allemandes à Offenbach 
(Hesse-Darmstadt), au nombre de 86 en 1888. Les statuts 
de cette Union ont été dressés partie d'après ceux des 
Vorschuss Vereine et partie d'après ceux des Darlehnskassen. 
Ils imposent aux associés le droit d'entrée (Eintrittsgeldj 
et la mise sociale (Geschaftsantheil) ; ils rémunèrent les 
fonctions, mais ils accordent le prêt à long terme. En 1888 
cette Union avait avancé 6,279,313 marks" 

2° Union des associations agricoles du Rhin, formée par 
des Darlehnskassen. 

3° Union des associations agricoles de Wurtenberg com- 
prenant 217 sociétés. 

4° Union centrale agricole de Munster avec 153 sociétés. 

5° Union franconienne de Wurzbourg avec 117 sociétés W. 

6° Banques centrales des associations Raiffeisen à Neuwied 
capital 500,000 marks; à Darmstadt, 500,000 marks- à 



CM 



1 



Bl 



(1) Brelay, Journal des Économistes, 29 mars 1889. 



10. 



I 



II 




354 



IANDSCHAFTLICHE DARLEHNSKASSEN 



Munster, 100,000 marks. Ces banques ne peuvent com- 
prendre que des associés des Darlehnskassen. Elles ont ete 
l'obiet de violentes critiques de la part de Schulze-Dehtsch. 
Nous n'insisterons pas là-dessus. Schulze-Delitsch croyait sa 
grande œuvre compromise parle succès de Raiffeisen. C était 
une pure illusion. Aujourd'hui la concorde est rétablie. Le 
proverbe de Montaigne, que « le proufict de l'un se fait aux 
dépens de l'autre », a reçu un nouveau démenti. 

7o La Caisse agricole de Hanovre, spéciale aux associations 
coopératives hanovriennes. 

Ces diverses banques sont elles-mêmes des associations 
coopératives fondées exclusivement par des coopérateurs, 
avec droit d'entrée, mise sociale, responsabilité limitée ou 
illimitée, limitation du dividende. Elles font les diverses 
opérations desVorschuss ou des Darlehnskassen, tout en leur 
servant de point d'appui. 

8» Les Landschaftliche Darlehnskassen W fondées par les 
Landschaften. Ce sont des crédits agricoles coopératifs 
établis par les associations de crédit foncier. 

A côté de toutes ces institutions si complexes, si variées, 
si intéressantes et dont nous avons si peu l'idée en France, 
toutes basées sur le respect et la pratique du droit d asso- 
ciation, il faut placer les caisses d'épargne allemandes 
(Sparkassen), qui, ayant une autre organisation et une tout 

(n II existe en Bavière d'anciennes associations agraires dont 
la première a été fondée en 1810. Chaque sociétaire versait par an 
une cotisation de 24 fr. 75. réduite à 2 fr. 75 on 1860. Nombre de 
sociétés en 1887 : 373 pour l'élevage de la race bovine, avec 15,453 
membres; pour la race chevaline 20, avec 300 membres ; hor. eu - 
Z 24 avec 21,456 membres; viticulture 6 ; houblon 12; voUulle 
56. avec 7,724 membres; pisciculture 87, avec 6,652 membres; 
apiculture 256, avec 14,072 membres. 

Les associations Raiffeisen ont pris en Bavière un grand <ié™- 
loppement. (Revue des Institutions de prévoyance, février 1891.) 



les caisses d'épargnes allemandes 



355 



autre indépendance qu'en France, précisément parce que 
la pratique de l'association est autrement ancienne en 
Allemagne, y possèdent le droit d'employer librement les 
capitaux qu'on leur confie. Elles consentent des avances à 
peu près dans les mêmes conditions que les Vorschuss 
Vereine et les Darlehnskassen; elles rendent, par suite, à la 
production agricole, au petit commerce et à certaines 
branches de l'industrie, le même genre de services. 



| 8. — DES CAISSES D'ÉPARGNES EN ALLEMAGNE 

L'épargne est entièrement libre en Allemagne. L'État n'a 
point songé, ni au point de vue fédéral, ni au point de 
vue particulariste , à y porter la main. Sous prétexte de la 
mieux garantir, il n'a point pensé à se l'approprier. Il est 
douteux qu'il y eût réussi. Le seul fait d'intervention qu'il 
se soit permis a été la création des caisses d'épargnes 
postales (Post-Sparkassen). Et encore cette création a-t-elle 
été violemment combattue, notamment par l'éminent publi- 
ciste E. Roscher, comme inutile, comme hostile aux 
institutions populaires de l'Allemagne. Le système de la 
liberté de l'épargne, de ses emplois, de sa gestion, domine 
entièrement en Allemagne. Toutes les Genossenschaften , 
toutes les Landschaften, de toute espèce, font un libre appel 
à l'épargne. Les Vorschuss Vereine et les Darlehnskassen 
distinguent même, dans les capitaux qu'on leur remet, les 
capitaux d'épargne; ce sont pourelles des dépôts particuliers 
auxquel elles accordent des facilités plus grandes de retrait 
avec un intérêt plus élevé. 

Par suite, les caisses d'épargnes allemandes ont un véri- 
table caractère coopératif; elles constituent des institutions 
dont la mutualité est un ressort considérable : l'intérêt 
du prêteur garanti par l'État n'est pas seul satisfait, les 






5*. • - 



I 



356 



LES CAISSES D ÉPARGNES EN PRUSSE 



épargnes reçoivent des emplois qui profitent à des millions 
d'intéressés. 

I. Prusse. — Les caisses d'épargnes publiques sont orga- 
nisées en Prusse par les cercles et les communes; il en 
a été créé pour des circonscriptions plus étendues. Les 
conditions qui règlent l'acceptation, le remboursement des 
dépôts, le service des intérêts, la formation des réserves, 
l'emploi des fonds, sont fixées d'après les principes de la loi 
du 12 décembre 1838. Le premier président (civil) de la 
province accorde l'autorisation de constituer des caisses 
d'épargnes pour les communes et les cercles. 

On comptait, en 1885, 500 caisses fondées par les villes, 
96 par les communes. 275 par les cercles, 8 par les 
districts, 5 par les provinces. Toutes sont surveillées par 
les communes. 

Il y a différentes catégories de caisses d'épargnes, suivant 
leur but spécial. Un grand nombre de caisses publiques 
servent également de caisses de prêts. En dehors des caisses 
publiques, nous citerons les caisses d'épargnes des fabriques, 
formées avec le concours des patrons. Il y en a parmi 
celles-ci qui constituent de véritables caisses de retraites. 
Le gouvernement a recommandé la création de caisses 
d'épargnes scolaires et de caisses maritimes pour le personnel 
de la marine marchande. On distingue également 6 caisses 
provinciales, proportion des dépôts 8 06 %, avec 165 succur- 
sales; 509 caisses urbaines, 7 52 %. avec 204 succursales; 
316 d'arrondissement, 6 55 %, avec 1,084 succursales; 
139 rurales, 5 57 °/ , avec 184 succursales; caisses privées, 
5 18 °/ , avec 21 i succursales. Autre division : caisses prin- 
cipales, caisses accessoires, caisses auxiliaires. 

Le gouvernement a fait fonctionner temporairement et à 
titre d'essai, mais sans succès, l'épargne postale. Un projet 
de loi qu'il avait présenté au Reichstag n'a pas été roté. 



BBHI 



LEUR ORGANISATION 



357 



L'introduction de l'épargne postale n'a pu se faire, jusqu'à 
présent, que dans les pays où les caisses d'épargnes sont 
organisées d'après un plan uniforme et comme institutions 
de l'État, comme en Angleterre, depuis 1861, et depuis 
en France, en Belgique et en Italie. Pour suppléer à ce 
défaut, le gouvernement prussien a cherché à développer 
l'esprit d'épargne en amenant la multiplication des bureaux 
de dépôts, en décrétant la transmissibilité des comptes 
courants lors des changements de résidence et en réduisant 
le minimum des dépôts. Les Markensparkanspn . qui acceptent 
les dépôts depuis iO pfennigs, rendent de grands services a 
la petite épargne. 

C'est en 1765 que fut fondée dans le Brunswick, sous la 
dénomination de Caisse ducale de prêts, la première caisse 
d'épargnes allemande. La plus ancienne caisse d'épargnes de 
Prusse est celle de Berlin, qui ouvrit ses guichets en 1818. 
Un règlement royal du 12 décembre 1838 provoqua la 
multiplication de ces établissements de prévoyance en 
Prusse. En 1839, on en comptait déjà 85; leur nombre 
avait quadruplé en dix ans, et sextuplé pendant la période 
décennale suivante. En 1879. il y en avait 1,174 et 2,028 en 
tenant compte de 328 caisses auxiliaires et de526 bureaux de 
versement. En 1883-84, le nombre des caisses principales 
était de 1,258; il existait, en outre, 344 caisses auxiliaires 
et 772 bureaux de recettes, soit 2,374 établissements affectés 
au service des caisses d'épargnes. 

Le nombre des caisses d'épargnes s'est élevé à 1,285 
en 1884-1885; celui des bureaux de dépôts à 2,563. Les 
bureaux sont le plus nombreux dans les arrondissements de 
Dûsseldorf , Magdebourg, Sleswig et Arnsberg, où il y en a 
un sur 48, 49, 58 et 68 kilomètres carrés respectivement ; 
ils sont le plus rares dans l'arrondissement de Gumbinnen 
(un sur 1,221 kilomètres carres), suivi par Kœslin (un sur 

10... 



1 



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358 LEUR GÉOGRAPHIE 

519 kilomètres carrés). Dans tout le royaume, il y a un 
bureau sur 135 kilomètres carrés et sur 10,617 habitants. 

Les dépôts se sont élevés, de 1,959,968,232 marks en 
1883-1884, à 2, 109,343,655 marks en 1884-1885. Le dépôt 
moyen par habitant atteint pour tout le royaume, 77 m 52; 
dans le Hanovre, 146 m 37 et dans la province de Saxe, 
102 ra 33; par contre, la moyenne n'est que de 14 m 21 dans 
la province de Posen, de 14 m 88 dans la Prusse orientale 
et de 20 m 49 dans la Prusse occidentale. 

A la fin de l'exercice, il y avait 3,925,807 livrets, soit 
277,479 de plus qu'au 31 mars 1884. Le dépôt moyen par 
livret, qui avait obtenu sonmaximum en 1881 par 552 marks, 
a été de 537 m 33 en 1884-1885. 11 y avait, pendant le dernier 
exercice, 1 livret sur 6.93 habitants, pour tout le royaume; 
1 : 26.49 habitants dans la province de Posen, 1 : 21.73 
dans la Prusse orientale, 1 : 20.45 dans la Prusse occiden- 
tale, 1 : 4.33 dans le Hanovre, 1 : 3.92 dans la province de 
Saxe, et 1 : 3.36 dans le Sleswig-Holstein. 

Voici la répartition, pour 1883-1884, du passif des caisses 
d'épargnes entre les provinces de la Prusse : 



Provinces. 



MarVs. 



Prusse de l'Est 26.862.678 

Prusse de l'Ouest 26.637.244 

Cercle urbain de Berlin .-i2.2l8.20l 

Brandebourg 106.173.o82 

Poméranie. 87.383.860 

Posnanie 22.032.702 

gilesie ....; 168.388.028 

Saxe '. 220.066.122 

Sleswiff-Holstein 247.086.313 

Hanovre 288.724.078 

Westphalie ' 376 . 587 . 541 

Hesse-Nassau 86 . 778 . 024 

Prusse rhénane 2k>.28l .21L 

Total 1.955. 722.27o 



EMPLOI DES FONDS 



359 



Au moment de la clôture de cet exercice, le passif total 
des caisses se montait a 1,965,722,263 marks. Dans cette 
somme, 565 caisses d'épargnes urbaines intervenaient pour 
929,947,601 marks (47 31 °/ ); 111 caisses de communes 
rurales, pour 67,340,268 marks (3 42 %); 290 caisses de 
cercle pour 579,423,740 marks (29 48 %); 8 caisses de 
district, pour 6,259,878 marks (3 2 %) ; 5 caisses provin- 
ciales, pour 54,694,840 marks (2 78°/ ), et 314 caisses 
privées pour 328,055,934 marks (16 69 °/„). 

Outre le solde dû aux déposants, les caisses d'épargnes 
possèdent un fonds de réserve qu'elles sont obligées de 
constituer, aux termes du règlement royal de 1838 précité, 
au moyen des bénéfices nets réalisés annuellement. Ce fonds, 
qui doit représenter 5 % au moins du capital des dépôts, 
sert d'abord à couvrir le déficit des caisses et peut être 
appliqué, ensuite, a des dépenses extraordinaires d'intérêt 
général. 

En 1883-1884, les bénéfices bruts se sont élevés à 
20,880,173 marks. Si on en déduit 4,550,718 pour dépenses 
d'administration, le surplus 16,329,455 marks, forme le 
bénéfice net qui, jusqu'à concurrence de 9,592,949 marks, 
a été versé au fonds de réserve dont le montant s'est ainsi 
trouvé porté à 128,673,063 marks. 

En ajoutant cette somme au passif ci-dessus détaillé, 
on voit que les caisses d'épargnes prussiennes ont eu à 
gérer 2,094,365,328 marks en 1883-1884; sur cette somme 
2,045,502,719 marks ont été employés en placements pro- 
ductifs d'intérêts. En voici le détail : 



Nature des placements. 



Montant 

des 

placements. 



Prêts hypothécaires sur immeubles urbains 54S.120.448 

Prêts hypothécaires sur immeubles ruraux. S73.223.895 
Prêts hypothécaires sur immeubles urbains 

'■I ruraux 577.740 



Proportion 

des 
placements 

26.04 
28.02 

0.03 








360 caisses d'épargnes des autres états allemands 

Montant Proportion 
des des 

Nature des placements. placements, placements 

Valeurs au porteur 548.808.820 26.78 

Titres de crédit sur garantie 7.608.342 0.37 

Titres de crédit sans garantie 131.329.388 6.42 

Lettres de change 50.772.181 2.48 

Lettres de gage 49.911.284 2.44 

Prêts à des établissements publics 135.345.618 6.62 

Autres prêts 3.825.000 0.19 




Les changements intervenus d'une année à l'autre sont 
insignifiants en ce qui concerne les hypothèques ; la pro- 
portion était de 53 02 % en 1871 contre 54 70 % en 1883. 
Mais la proportion du placement en valeurs au porteur, 
qui n'atteignait que 20 52 % en 1871, ressort maintenant 
a 26 78 °/°, tandis que les autres placements tiennent une 
moins grande place (26 46 % en 1871, contre 18 52 % 
en 1883). 

II. Bavière. — Fin 1882, il existait en Bavière 278 caisses 
d'épargnes, avec 361,524 livrets et 105,959,052 marks de 
dépôts. Le fonds de réserve s'élevait à 5,484.548 marks. 
Ce fonds était placé : 65,885,221 marks en hypothèques; 
13,266,694 marks obligations de l'État; 14,934,258 marks 
obligations garanties par lui; 14,934,258 marks obligations 
de sociétés diverses; 3,660,613 marks emplois divers. 

III. Saxe. — Il y avait en Saxe, fin 1879, 174 caisses 
d'épargne, avec 861,600 comptes, dont l'actif s'élevait à 
318,289,086 marks. 

IV. Brème. — Dépôts, fin 1881, 43,950,000 francs. 

V. Le gouvernement allemand n'a pas réussi à organiser 
les caisses d'épargnes postales pour toute l'Allemagne. Il a 
rencontré de nombreuses résistances de la part des influences 
locales. On a fait valoir que l'épargne populaire recevait 






SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS EN ALLEMAGNE 



361 



des emplois excellents et qu'il n'y avait pas lieu a l'inter- 
vention de l'État. 

VI. Des caisses d'épargnes à 5 pfennigs. — En 1884, 
s'est réunie à Weimar l'assemblée générale des caisses 
d'épargnes allemandes dont les versements se composent 
d'épargnes de 5 pfennigs. Ces caisses sont au nombre de 
336, grandes et petites, et embrassent une épargne de 
1,300.000 marks en chiffres ronds. Les débats ont roulé 
sur le transfert proposé d'une caisse à l'autre, dans l'intérêt 
de la classe ouvrière, puis sur la limite qu'il convient de 
tixer aux livrets, afin de ne pas dépasser le but de l'institution 
des caisses, et enfin sur la participation des déposants 
aux bénéfices réalisés par les caisses (*). 

Depuis 1884, l'importance des caisses d'épargnes a pris 
un nouvel essor, comme il sera dit sous le § 12 ci-après. 

| 9. — DES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS EN ALLEMAGNE 

D'après M. Mulhall, elles étaient en 1882 'au nombre de 
4,920 avec 1,710,000 membres et un actif de 71,500,000 fr. 
Elles ont été, depuis, l'objet d'une loi nouvelle eu date du 
15 juin 1883. Cette loi a une grande portée sociale, elle 
impose l'assurance obligatoire aux membres de ces sociétés. 

En Allemagne, la commune doit venir au secours de ses 
habitants pauvres. C'est le principe de la loi sur les pauvres 
en Angleterre. S'appuyant sur ce principe, la nouvelle loi 
oblige les ouvriers de la grande industrie à s'assurer contre 
les risques de la maladie et à entrer dans une société de 
secours mutuels. Elle fixe le taux de l'assurance qui est en 
moyenne de y 2 % du salaire. 



(1) Voir deux articles île M. Maurice Bloch, Journal des Écono- 
mistes, avril 1885, et 1883, n" 20. 




362 



SOCIETES DE SECOURS MUTUELS EN ALLEMAGNE 



Cette obligation a pu être facilement remplie parce que 
déjà il existait dans les communes et dans les corporations 
de nombreuses caisses de secours mutuels. 

Les classes laborieuses, en Allemagne, n'ont jamais été 
soumises au régime individualiste de la Révolution fran- 
çaise. Elles n'ont jamais été abandonnées à elles-mêmes ni 
dépourvues du droit de s'entr'aider elles-mêmes. 

Depuis 1882, les sociétés de secours mutuels paraissent 
avoir pris une très grande extension en Allemagne. Dans 
son nouveau Dictionary of Statistics, Mulhall en compte 
19,238 avec 4,570,000 membres, répartis : 



Etats. 



Sociétés. 



Membres. 



Prusse 8.529 2. 445.000 

Bavière 4.271 397.000 

Saxe 2.188 571.000 

Divers 4.250 1.157.000 

Le budget de ces sociétés s'élevait, pour 1885, à' 
3,300,000 livres sterling en recettes et à 2,600,000 livres 
sterling en dépenses. 

En 1885, le nombre des sociétés de secours mutuels 
françaises était seulement de 7,960 avec 1,232,000 membres 
et un revenu de 25 millions de francs. Cette différence 
montre l'infériorité de la race française au point de vue de 
la mutualité, infériorité qui s'accuse bien davantage vis-à-vis 
de l'Angleterre où l'on relevait, en 1880, 18,000 sociétés de 
secours mutuels avec 4,802,000 membres et un capital de 
325 millions de francs. 



§ 10. 



DES UNIONS DE TRAVAIL 



Les classes ouvrières en Allemagne, tout en jouissant de 
plus de liberté qu'en France, n'ont jamais été considérées 







PW 



LES UNIONS DE TRAVAIL EN ALLEMAGNE 



363 



comme en dehors du mouvement économique et social. 
Pendant de longues années, les quelques articles du code 
civil, plus tard la loi de 1841 sur le travail des enfants dans 
les manufactures, ont constitué toute la part faite au travail 
et aux travailleurs dans la législation économique et sociale 
de la France. Il y eut là un abandon, une incurie égoïste, 
qui indiquent, de la manière la plus frappante, la plus 
claire, le véritable caractère de la révolution de 1789. 
Il n'en était pas ainsi sous l'ancien régime; non seulement 
les classes ouvrières possédaient leurs corporations et leurs 
confréries, mais elles étaient placées sous la surveillance 
des Parlements et du roi. Les collections d'arrêts des 
Parlements et des édits, royaux sont remplies de décisions 
concernant les ouvriers et le travail. 

En Allemagne, cette surveillance n'a jamais été inter- 
rompue; les droits et les devoirs des travailleurs n'ont 
jamais été perdus de vue par le gouvernement M. De là ces 
lois générales qui, tant enAllemagne qu'en Autriche-Hongrie, 
sont relatives au travail et aux ouvriers, notamment la loi 
générale du 1™ juillet 1883 sur l'organisation industrielle 
(Gewerbeordnung). 

Cette immixtion de l'État dans le travail, immixtion iné- 
vitable, a eu pour conséquence la formation d'autres 
associations, nouvelle forme de la mutualité : ce sont les 
Geœerkve reine qui ont les plus grandes ressemblances avec 
les Trade's Unions anglaises. Ces associations constituent 
des unions de métiers par profession (Gewerk) et par localité 
(Ort). Elles remontent à 1868; elles ont eu M. Max Hirsch 
pour promoteur. A chaque union est jointe une caisse de 



(1) Consulter Mazzola : Assurances ouvrières {Aimait delta Pre- 
vidensa, 1885) : Grad, Journal des Économistes, octobre 1S8H. 



Itl 







364 LES GEWERKVEREINE 

secours en cas de maladie et pour les frais funéraires ^K II 
existait en 1885 604 Ortsvereine avec 55,500 associés. Pour 
l'année 1888, le Statistisches Jalubuch de Berlin relève 68 de 
ces associations avec 17,336 membres, 30,092 compagnons 
et 7,843 apprentis. Elles possédaient 433,472 marks à la 
lin de l'exercice. Elles entretiennent des écoles et des caisses 
de secours. 

Ces groupements nouveaux n'étaient possibles et ne se 
sont produits que chez les peuples habitués, de tout temps, 
à l'exercice du droit d'association. Ils se sont opérés 
parallèlement au développement des sociétés coopératives 
Raiffeisen et Schulze-Delitsch ; ils en sont contemporains; ils 
appartiennent au même mouvement, mais ils correspondent 
à d'autres besoins des classes ouvrières, ils sont exclusive- 
ment propres à la production industrielle : « Leur idée 
» inspiratrice, dit M. Ch. Grad, est d'améliorer la condition 
» des ouvriers, sans recourir aux moyens révolutionnaires. 
» Réunies dans une union collective ( Verband) les Gewerk- 
» mreine sont soumises à une direction commune. Chaque 
» société particulière consiste en une association de secours, 
» qui a ses statuts propres réglant les droits et les obligations 
» de ses membres, avec un budget autonome. Outre les 
» cotisations versées aux caisses de secours locales, inscrites 
» comme caisses de secours libres à l'Office impérial des 
» assurances ouvrières, les sociétaires s'obligent à payer à 
» une caisse, commune pour toute l'Union, une contribution 



(1) L'Arbeits Statistik des Deutsehen Gewerbvereine pour 1891 
accuse 17 Gewcrkvereine (associations de métiers), avec 980 Orts- 
vereine (sociétés locales) en 1880 et 924 en 1891. Mécaniciens, 
306 Ortsvereine; ouvriers de fabrique, 129; menuisiers, 83; cor- 
donniers, 72; maçons, 47: tailleurs, 51; marchands, 19; confiseurs, 
12; potiers, 20; sculpteurs, 11: ferblantiers, 39. — Consulter Max 
Hirsch : Die Arbeiter Bewegung in Deulschland, 1892, Berlin. 



LES ASSURANCES OUVRIÈRES EN ALLEMAGNE 365 

» hebdomadaire de 10 pfennigs, le Vereimgrosschen. » 
La clientèle des Gewerkvereine se recrute surtout dans la 
petite industrie et comprend 18 corporations ou associations 
industrielles : ouvriers en métaux, charpentiers, menuisiers 
ébénistes, ferblantiers, potiers, cordonniers, lithographes' 
porcelainiers, tailleurs, bateliers, cigariers, petits mar- 
chands. On retrouve là les clients des Vorschuss Vereine et 
des Darlehnskassen. 

Les comités des diverses corporations tiennent des réunions 
régulières. Ils font de la propagande, en opposition avec les 
socialistes, dans toutes les parties de l'Allemagne, depuis 
Memel jusqu'au Rhin. Us ont un journal spécial, le Gewerk- 
vereine. Le principe essentiel de ces associations et de leurs 
comités est de s'occuper de l'assistance mutuelle entre 
ouvriers plutôt que de socialisme. Elles ont précédé les 
grandes lois sur l'assistance publique en Allemagne. Leurs 
caisses de secours avaient reçu dans le dernier exercice, 
cité par Ch. Grad, 880,000 marks, versés volontairement par 
bl7,000 ouvriers ou employés; - dépenses, 708,000 marks. 



DES ASSURANCES OUVRIÈRES 



Les lois sur les assurances ouvrières qui, malgré les 
critiques persistantes des économistes orthodoxes font si 
grand honneur à l'Allemagne contemporaine, même au cas 
ou, à raison de la surélévation des tarifs, on devrait en 
amoindrir l'efficacité, auraient été inapplicables, sans la 
préparation résultant de l'action combinée des diverses 
associations allemandes. Les unes et les autres, quelle que 
soit leur forme, quel que soit leur objet, concourent à un 
but commun, l a divulgation, l'exercice de la mutualité, le 

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366 LOIS ALLEMANDES SUR LES ASSURANCES OUVRIÈRES 

respect de la solidarité sociale en Allemagne W. Combien 
sont-elles plus propres à développer le sens, l'idée, la 
pratique de la fraternité humaine que les déclamations, 
menaçantes ou ridicules, des démagogues français ! Je mets 
une caisse d'assistance avec une cotisation de 1 pfennig par 
semaine bien au dessus d'un discours d'Anacharsis Clootz 
ou de Ledru-Rollin. 

Ces lois sont au nombre de trois : celle du 15 juin 1883, 
assurance des travailleurs contre la maladie; celle du 
6 juillet 1884, assurance contre les accidents; il faut joindre à 
cette dernière les supplémentaires, 28 mai 1888, 5 mai 1886, 
juillet 1887, et celle de juin 1889 contre l'invalidité du 

travail. 

Nous n'entendons pas nous livrer à la critique de ces lois 
organiques non plus qu'à l'examen de leurs résultats. Nous 
ne les mentionnons que parce qu'elles se relient directement 
au mouvement -mutualiste et coopératif en Allemagne et 
parce qu'elles accusent chez le peuple allemand un grand 
pouvoir d'épargne. Nous allons, sous le paragraphe 12 
suivant, montrer les ressources de ce pouvoir. 

Sur ces trois lois fondamentales, les deux premières 
fonctionnent, en partie, grâce aux associations coopératives 
ou mutualistes de l'Allemagne ( 2 >. 

(1) Consulter : 1» le Peuple allemand, par Gh Grad; 2° la confé- 
rence de M Gigot (Société d'Economie sociale, dû mars 1890); 
3° le bel ouvrage de M. Bellom, les Lois d'assurances ouvrières 
à l'étranger, 1892; la conférence qu'il a faite le 14 avril 1890 
(Société d'Économie sociale) sur les Caisses de secours et d'assu- 
rances de Freiberg (Saxe royale), et un article de \ Economiste 
français du 29 avril 1893, sur les Sociétés des mineurs allemands; 
4» Relier mêmes Caisses (Journal de Statistique, janvier 1886), 
5° Sociétés des mineurs en Prusse (Bollettino délia Previdenza, 
septembre 1890, décembre 1891 et mars 1892) ; 6» mémoire de Mazzola, 
dans les Annali délia Previdenza, 1885. 

(2) Le Peuple allemand, par Gh. Grad, ch. xn. 






LOIS SUR LES MALADIES ET LES ACCIDENTS 

La première loi oblige les communes 



367 



à fournir les 

secours nécessaires en cas de maladie aux personnes assu- 
rées, sauf cotisalion suffisante à exiger des associés. A côté 
de l'assurance communale, la loi autorise ou impose la 
fondation de caisses diverses avec une administration spé- 
ciale. Les communes, les personnes soumises à l'assurance 
obligatoire, les fabriques, les corporations, les entrepreneurs 
peuvent se syndiquer et avoir leurs caisses particulières. 
Le tiers de la cotisation est à la charge des patrons ou 
chefs d'industrie. Il a été d'autant plus facile d'appliquer 
cette première loi qu'il existait déjà dans la plupart des 
communes, ou dans les fabriques, usines, ateliers, corpo- 
rations ou entre ouvriers du même groupe industriel, tels 
que les mineurs, des caisses pour parer aux maladies, et 
que les communes rurales étaient habituées à L'assistance 
obligatoire. Sous ce rapport, même avant la loi de 1883, 
l'Allemagne avait pris une grande avance sur la plupart 
des États de l'Europe. 

La seconde loi, loi sur les accidents, a eu recours aux 
corporations, soit celles qui existaient en Allemagne dans 
les divers groupes de la production, soit celles que forme- 
raient les entrepreneurs ou les établissements d'une même 
industrie. La corporation embrasse un ou plusieurs États 
ou une seule province, suivant son importance et le nombre 
des assurés. La charge de l'assurance se répartit exclu- 
sivement entre les établissements associés, en proportion 
du nombre des ouvriers et du montant des salaires. La 
corporation dresse les comptes à la tin de chaque exer- 
cice. L'administration fait le service des indemnités et des 
cotisations. 

M. Charles Grad a publié deux statistiques, afférentes 
à 1886, concernant l'application de ces deux lois. Pour la 
première, 17,384 caisses diverses, dont 6,388 communales, 



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368 



LOI SUR LA VIEILLESSE 



5,095 de fabrique, 1,535 libres («, 3,206 locales, 150 corpo- 
ratives, 466 publiques et 44 diverses, avaient reçu 63.294,297 
marks de 4,000,809 sociétaires et payé 50,593,420 marks, 
en ont assuré l'application. En ce qui concerne la loi sur les 
accidents, 93.554 établissements avaient assuré 1,957,548 
ouvriers industriels répartis entre 57 corporations < 2 >. Les 
ouvriers agricoles et les administrations publiques forment 
aussi, quant aux accidents, des corporations; mais les ren- 
seignements sur ces corporations manquent encore. En 1890, 
les corporations industrielles ont payé plus de 16 millions 
d'indemnités d'accidents, tandis que les corporations agri- 
coles n'en ont payé que 1,800,000 francs et les adminis- 
trations publiques autant. 

La conception, la discussion, l'application de ces lois 
seraient restées en Allemagne à l'état de projets en l'air, 
ce qu'elles sont encore en France, sans les nombreuses asso- 
ciations de tout genre qui y représentaient la mutualité, la 
coopération active et la solidarité. Quant au principe obliga- 
toire, qui inspire tant d'aversion aux Français, il existait 
aussi, en Allemagne quant à l'assistance, dans les idées, 
dans les mœurs, dans les lois et les traditions < 3 >. 

La troisième loi assure une pension de retraite, à partir 
de soixante-dix ans, ou sans condition d'âge en cas d'inva- 
lidité, aux travailleurs des deux sexes qui ne gagnent 
pas plus de 2,000 marks. L'assurance est obligatoire. La 

(1) Ont été comprises au nombre des Caisses libres les Caisses 
professionnelles des Gewerkvereine. 

(2) En 1890, les corporations industrielles étaient au nombre 
de 64. (Élude sur les accidents du travail, par l'Office du Ministère 
du Commerce, 1892.) 

(3) En 1883, les sociétés de secours mutuels des ouvriers mineurs 
en Prusse (Knappschafts Vereine) avaient en caisse 14,750,000 marks, 
savoir : versé par les ouvriers, 7,492,433 marks ; par les patrons, 
6,892,446 marks. 



Mi 




PREMIERS RESULTATS DE CES LOIS 



prime est payée un tiers par l'État, un tiers par le patron, 
un tiers par le travailleur, qui subit, à cet effet, une retenue 
hebdomadaire de 0,13. Des comités régionaux spéciaux, 
composés, en nombre égal, de patrons et d'ouvriers assurés, 
concourent à l'application de cette loi. confiée à l'Office 
impérial des assurances. L'État domine pour cette troisième 
loi; c'est lui qui centralise les fonds. 

Le poids de cette législation sera certainement très consi- 
dérable W. On évalue que pour 1892 l'assurance contre la 
maladie exigera 132 millions de marks, celle contre les acci- 
dents 68 millions, et celle contre la vieillesse 108 millions; 
ensemble 308 millions de marks. Dans ces diverses sommes 
les patrons supporteront : maladie 31 millions, accidents 
54 millions, vieillesse 47,375,000 marks, total 132,375.000 
marks. Les ouvriers supporteront : maladie 77,500,000 
marks, vieillesse 47,375.000 marks, soit 124,875,000 marks. 
Il restera 50,750,000 marks à la charge de l'État. 

Ces trois assurances ( a > ont suivi la progression ci-après : 

I. — Assurances contre la maladie. 



Années 


Caisses 


Assurés 


Malades 


Recettes 
(En m 


Dépenses 
lliers de i 


Encaisse 
îarks.) 


1885 


1S.942 


3.727.231 


1.804.829 


66.100 


52.646 


20.910 


1886 


19.357 


4.308.205 


1.712.654 


72.1160 


58.745 


2S.59S 


1S87 


19.715 


4.560.018 


1.738.506 


78.928 


81.078 


38 531 


1888 


20.468 


4.837.039 


1.762.520 


91.914 


08.588 


48.959 


1889 


20.822 


5.545.615 


2.042.0S2 


102.529 


78.553 


59.210 


1890 


21.173 


0.005.637 


2.422.350 


114.558 


92.710 


65.210 


1891 


21. 41 18 


6. 329. 830 


2.397.826 


120.031 


98.825 


73.000 


1892 


22.000 


7.723.000 


2.752.000 


132.000 


124.000 


110.000 


779.626 


035.145 



(1) Quant à l'industrie houillère, M. Gruner l'évalue à 0,60 par 
tonne de houille pour les trois lois. (Réforme sociale, 1891, p. 407.) 

(2) Journal des Économistes, mars 1893, article de M. Ral'alowich. 






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1 

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370 PREMIERS RÉSULTATS DE CES LOIS 

II. — Assurances contre les accidents. 



Années 


A ssurés 


Accidents 


Recettes Dépenses 
(En milliers 


Retenues Indemnités 
de marks.) 




1886 


3.725.313 


10.540 


12.381 


10.517 


5.463 


1.915 




1887 


4.121.537 


17.102 


22.266 


19.732 


15.720 


5.932 




1888 


10.343.678 


31.236 


30.467 


26.821 


28.458 


9.681 




1889 


12.374.566 


31.449 


39.079 


33.148 


42.175 


14.464 




1890 


13.619.750 


42.038 


46.551 


39.072 


56.139 


20.315 




1891 


18 015.286 


51.209 


56.395 


46.682 


71.098 


26.426 




1892 


18.000.000 


177.000 


68.000 
275.139 


54.000 


101. 000 


32.500 




229.972 


111.233 





III. 



Assurances contre la vieillesse. 



Années 



1891 
1892 



Assurés 



11.200.000 
11.200.000 



Pension- 
naires 



132.661 
187.800 



Recettes 



Dépenses 



Quote-part 
de l'État 



Réserves 



(En milliers de marks.) 



95.000 
99.000 



15.306 
17.680 



6.049 
9.200 



80.000 
162.850 



Ces lois n'ont pas rencontré en France d'approbation. En 
Autriche-Hongrie et en Italie, au contraire, on en a accepté 
les bases et, en partie, appliqué les dispositions. Bien que 
l'Angleterre ne se les soit pas appropriées, on les a discutées 
avec plus de sympathies qu'en France. Elles constituent, 
malgré toutes les objections soulevées, un ensemble impo- 
sant. Exigeront-elles de la richesse et de la production des 
prélèvenTents excessifs? C'est ce que plusieurs publicistes 
maintiennent, avec persistance, en France. Disposés à tran- 
siger en ce qui concerne les maladies, qui ont des limites 
naturelles, ils accusent formellement la loi sur les accidents 
de tendre à amoindrir l'attention et la responsabilité de 




CRITIQUE DE CES LOIS ET DE LEURS RÉSULTATS 371 

l'individu. Les statistiques ci-dessus leur sont favorables, 
puisque de 1891 à 1892 seulement, les accidents ont aug- 
menté de 125,791. Quant à l'assurance contre la vieillesse, 
ils déclarent que ses conséquences morales affaibliront fata- 
lement l'énergie humaine et que ses conséquences financières 
dépassent les ressources des sociétés actuelles. Ces objec- 
tions ont été renouvelées, depuis plusieurs années, devant 
toutes les sociétés qui suivent avec intérêt le mouvement 
social contemporain. Le plus grave n'est pas l'objection 
financière, c'est l'objection morale, l'objection économique, i 
c'est l'éventualité d'un amoindrissement du travail, de 
l'énergie de son ressort. Ainsi, au mois d'avril 1893, le 
Congrès des ouvriers des chemins de fer à Paris a émis la 
double prétention de limiter à l'âge de quarante ans la 
retraite de l'ouvrier et de fixer a 1,200 francs le minimum 
de sa pension. Il est bien certain que les sociétés actuelles 
ne sont pas en état de supporter de pareils prélèvements 
sur la production et la richesse. 

Elles ne le pourraient même pas, en réalisant l'hypo- 
thèse, d'une probabilité bien éloignée, du désarmement 
de l'Europe, de la constitution d'une vaste fédération des 
divers peuples européens. 

Toutefois, dans les proportions actuelles, l'expérience 
sociale, tentée par l'Allemagne, n'en est pas moins une 
œuvre grandiose, qui, à notre avis, lui fait tout autrement 
d'honneur que les perfidies de M. le comte de Bismarck 
et les victoires numériques du Danois de Moltke. Nous 
n'accordons que peu de gloire à duper Napoléon NI ou a 
exploiter un Bazaine; mais nous admirons sincèrement les 
patrons, ouvriers, employés, qui coopèrent à uni! œuvre de 
mutualité et de fraternité pour soigner les malades, pour 
relever les blessés ou les victimes, si nombreux aujourd'hui, 
du travail, chaque jour plus dangereux, et pour assurer un 



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372 



CRITIQUE DE CES LOIS ET DE LEURS RÉSULTATS 



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secours à la vieillesse. Là, nous reconnaissons un progrès 
réel et nous attribuons leur part, dans ce progrès, à ces 
esprits supérieurs, tels que Schulze-Delitsch, Raiffeisen, 
Hirsch, et bien d'autres qui, en développant parmi les 
Allemands leur tendance, si heureuse, pour l'association, 
les ont préparés aux plus belles entreprises de la mutualité 
et de la fraternité, non celles qu'on réalise sur les murailles, 
avec des piques, l'incendie et la mort, mais celles qui, 
provoquant l'esprit de sacrifice, luttent contre l'égoïsme 
individuel et améliorent le sort de ceux que l'inégalité des 
chances de la vie a frappés. 

Voilà les conclusions, qu'à côté de Charles Grad, nous 
avons défendues dans plusieurs occasions, soit à la Société 
d'Économie politique de Paris, soit à la Société d'Économie 
sociale, soit dans les Congrès du Trocadéro en 1890 ( 4 >, sans 
nous faire trop d'illusions sur les résultats, tant les progrès 
généraux de la condition humaine sont lents et difficiles 
à "accomplir. « D'après ma propre expérience, déclarait 
» Charles Grad le 12 novembre 1888, devant la Société 
» d'Économie sociale, où il parlait pour la dernière fois, 
» les effets de ces lois sont bienfaisants, et, d'une manière 
» générale, les ouvriers ont à se louer de leur appli- 
» cation < 2 >. » 

Ces effets bienfaisants sont -ils payés trop cher? Les 



(i) Société d'Économie politique de Paris, séance du 5 août 1887. — 
Société d'Économie sociale, séance du 10 mars 1890, rapport do 
M. Gigot; séance du 11 février 1888, rapport de M. Maury; séance 
du 21 mai 1890, présidée par M. Linder, rapport de M. Gibon, 
suivi d'une longue discussion; séance du 19 mai 1890, rapport de 
M. Grimer, avec une importante discussion. — Réforme sociale, 
décembre 1892, article de M. Cheysson, sur les Assurances ouvrières. 
Société de Statistique de Paris, mai 1892, communication de 
M. Vacher. 

(2) Réforme sociale, 16 janvier 1889, p. 127. 






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GRANDEUR DE INEXPÉRIENCE FAITE EN ALLEMAGNE 373 

tableaux ci-dessous permettent à chacun de se faire une 
opinion. 

En ce qui est de la loi contre les maladies, 635 millions 
de marks ont été dépensés pour environ 3 millions d'ouvriers 
malades, soit 80 millions de marks par an en moyenne. La 
charge est forte, mais elle est en partie compensée par des 
économies dans chaque famille. L'amélioration est énorme 
quant à la santé des ouvriers, même quant à l'hygiène 
publique. Le bien a toujours des compensations, parce 
qu'il est le bien. 

L'assurance accidents est beaucoup moins lourde. Elle 
retombe sur les patrons. En sept ans, elle a coûté 111 
millions de marks, soit 138 millions de francs, ou près de 
20 millions par an. Il n'y a là rien d'excessif pour la pro- 
duction en Allemagne I 1 ». 

Quant à la troisième expérience, on ne saurait encore en 
discuter les résultais. 

En donnant ces diverses explications et ces chiffres, noire 
intention aétéde montrer toute l'importance du mouvement 
coopératif en Allemagne. Sans ce mouvement, sans les 
luttes soutenues par Schulze-Delitsch, par Raiffeisen, sans 
leurs œuvres, ces expériences, si intéressantes et qui peuvent 
être si fructueuses, n'auraient pu avoir lieu. Ceux qui ne 
sèment pas n'ont pas droit à la récolte. Le développement 
social de l'humanité peut toujours être représenté par la 
parabole du semeur. Le semeur sème avec espoir. Il saura 
attendre le jour de la récolle. Il n'oublie pas le mot de 

(1) M. Maurice Bloch (Économiste français, 10 juin 1893) examine 
les mûmes résultats. « Les assurances contre les accidents, dit-il, 
constituent une expérience grandiose, qui sera instructive si elle 
dure. 5,181,761 établissements, comptant 17,382,827 ouvriers et 

employés, ont été assurés e1 uni versé plus de 56,000,000 de marks. 
Ces 5,181,761 établissements avaient l'orme 112 associations profes- 
sionnelles à cet effet, comprises pour 53,837, 904 marks clans ers 
56,000,000 de marks. » 

il. 









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374 FRUCTUM AFFERUNT IN PATIENTIA 

l'Évangile : Fructum affermit in patientia. C'est ce que 
semblent méconnaître les publicistes français, toujours si 
forts en critique. Ils ont un vague pressentiment que des 
changements se préparent, mais ils les voudraientimmédiats, 
extraordinaires, miraculeux. Ils rêvent à des prodiges subits, 
apparaissant au milieu des ténèbres. On peut les comparer 
au semeur qui jette son grain sur un terrain pierreux où il 
périt faute d'humidité. Que de critiques n'ont pas excitées, 
depuis plus d'un quart de siècle, les associations coopéra- 
tives allemandes, surtout les idées désintéressées de Raiffeisen ! 
Le hasard a fait qu'après avoir fait connaître à la Société 
d'Économie politique de Paris le mécanisme et l'esprit des 
Darlehnskassen Vereine, nous avons, quelque temps après, 
avec le concours de Charles Grad, énergiquement pris le 
parti des grandes lois sociales de l'Allemagne devant les 
mêmes confrères. Beaucoup d'entre eux opposaient les 
mêmes objections. Associations coopératives, hardies et 
vastes expériences sociales, partent de la même impulsion, 
le rapprochement entre les hommes, l'accroissement de la 
mutualité, l'application de la fraternité sociale, le véritable 
progrès, la véritable civilisation, celle qui s'opère, malgré 
les pessimistes et les anarchistes, celle qui se contente, pour 
confondre Karl Marx et pour plaindre Tolstoï, de montrer 
que l'accroissement prodigieux de l'humanité, dans notre 
xix 6 siècle, correspond à une amélioration immense de sa 
condition. Fructum affermit in patientia. 



12. 



DE LA PUISSANCE D EPARGNE DU PEUPLE ALLEMAND 



L'importance particulière des associations coopératives 
allemandes et des grandes lois sociales qui en forment 
le couronnement, provoque d'autres réflexions. Comment 
ne pas être, en effet, frappé de la haute signification des 
sacrifices que les unes et les autres obtiennent des diverses . 






puissance d'épargne du peuple allemand 378 

parties de la population de l'Allemagne? Aces sacrifices, 
il faut joindre encore les sommes, relativement très consi- 
dérables, affectées soit aux versements dans les diverses 
caisses d'épargnes, soit aux compagnies d'assurances sur 
la vie. Non seulement ces sommes sont très fortes, comme 
on va le voir, mais elles suivent une progression croissante 
avec grande rapidité. Des prélèvements aussi étendus, avec 
une force pareille d'accroissement, ne peuvent s'expliquer 
que par une prospérité réelle; ils supposent, ils attestent un 
pouvoir d'épargne toujours grandissant. C'est une réponse 
péremptoire aux sophismes et aux menaces de Karl Marx et 
des socialistes révolutionnaires, ses disciples. De si vastes 
accumulations d'épargnes démontrent que les masses du 
peuple allemand reçoivent, dans la distribution des profits 
généraux de la nation, non seulement une part qui leur 
permet d'améliorer singulièrement leur condition, mais une 
part qui s'accroît malgré l'augmentation de la population : 
car la grande majorité des épargnes, que nous venons de 
suivre sous diverses formes, proviennent presque exclusi- 
vement des travailleurs. 

Nous avons indiqué, sous le paragraphe 8, qu'en 1884 
les caisses d'épargnes de la Prusse seulement, avaient 
un passif, c'est-à-dire avaient reçu de leurs déposants, 
1 .965,722,265 marks : celles de Bavière, 105.959.052 marks; 
celles de Saxe, 318,289,086 marks. 

Malgré toutes les charges des lois ouvrières, malgré les 
cotisations diverses auxquelles les travailleurs se soumettent 
volontiers, les dépôts des caisses d'épargnes de ces trois 
États n'ont pas cessé de se développer depuis 1884. 

1>russe 1892 3.405.000.000 marks. 

Bavière 1890 184.106.398 — 

Saxe 1888 523.077.000 - 

4. 112. 183. 398 marks. 



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376 



PUISSANCE D ÉPARGNE DU PEUPLE ALLEMAND 



Soit 5,140 millions de francs. Fin 1891, le solde dû aux 
caisses d'épargnes privées et postales, en France, ne s'éle- 
vait qu'à 3,465 millions. 

M. Mulhall donne les chiffres suivants sur le mouvement 
parallèle des caisses d'épargnes privées en France et en 
Prusse : 



ANNÉES 


PRUSSE 
1.000 livre 


FRANCE 
s sterling. 


1840 


4.000 

5.500 

14.500 

76.600 

144.600 


7.S00 

5.400 

15.100 

97.400 

111.800 


1850 


1860 


1870 


1889 





Les différences de 1870 se passent de commentaires. Elles 
traduisent en chiffres babyloniens les malheurs de la France 
et les spoliations de la Prusse. 

Malgré cet accroissement si considérable des épargnes 
directes, nous avons relevé plus haut que : 1° fin 1892, 
1,076 Vorschuss Vereine, formant le tiers de celles existant, 
possédaient 439,023,181 marks; 2° 623 Darlehnskassen, 
formant la moitié de celles existant, 27,182,349 marks; 
3° 604 Orts Vereine, 43,300,000 marks; 4° 110 Rohstoff- 
vereine, 336,765 marks; 5° 150 Productivgenossenschaften, 
343,530 marks; 6° 50 Baugenossenschaften, 279,895 marks; 
7° les Sociétés de secours mutuels avaient reçu 82,500,000 
marks; 8° les travailleurs avaient versé, depuis 1887, pour 
les lois ouvrières, 697 milllions de marks, savoir, pour 
la maladie, 586 millions, et pour la vieillesse, 111 millions 
de marks. 

Dans ces épargnes, ne sont pas comprises celles des 
classes supérieures qui ne sont pas moins importantes. 



^H 



ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES CHEZ LES DIVERS PEUPLES 377 

Nous en donnerons la preuve sous le chapitre suivant, en 
indiquant les versements faits aux assurances sur la vie en 
Allemagne. 

Non seulement ces épargnes s'élèvent à des sommes très 
fortes, mais elles suivent une marche ascendante. Ainsi 
s'expliquent les prélèvements que les travailleurs ont pu 
accepter sur leurs salaires en vertu des lois ouvrières. 
Jusqu'à présent, d'après M. Ch. Grad, ces versements ont 
eu lieu sans protestation de leur part. Les patrons quel- 
quefois ont présenté des réserves; les ouvriers ont gardé le 
silence. 



§ 13. — DU MOUVEMENT COOPÉRATIF CHEZ LES DIVERS 
PEUPLES 

Quelle a été, pour les autres principales nations, l'impor- 
tance du mouvement coopératif? Peut-on le comparer à 
celui de l'Allemagne? Il nous a paru indispensable de 
compléter cette étude en indiquant quels avaient été les 
efforts, quels les succès des autres peuples. 

Disons, tout de suite, que, quant à l'ensemble du mou- 
vement coopératif, le peuple allemand, par la puissance 
et par la variété de ses associations coopératives, se tient 
de beaucoup à la tête des autres peuples. Chez quelques- 
uns, tels que l'Angleterre, les associations coopératives de 
consommation; chez quelques autres, tels que les États- 
Unis, les Building Societies ont pris un développement 
supérieur ou tout au moins égal à celui de l'Allemagne; 
mais aucune nation ne dispute le premier rang au peuple 
allemand pour l'ensemble et la diversité de ses associations 
coopératives, ni pour l'entente, la pratique, le respect du 
droit d'association. 







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378 



EN CHINE 



I. — Des associations coopératives en Chine. 

La Chine est la terre par excellence de l'association 
populaire. De toutes les races humaines, le Chinois est le 
plus porté à s'associer. Il est, au plus haut degré, civili- 
sable : agriculteur, industriel, marin, commerçant, banquier, 
pirate (*); il se plie à tout : nulle race moins individualiste. 

Les Chinois pratiquent l'association de tout temps et 
sous toutes les formes. On sait, par exemple, que les 
progrès du christianisme en Chine, malgré d'effroyables 
persécutions, ont eu pour cause l'esprit d'association des 
Chinois. Les communautés chrétiennes ou missions, déjà 
très nombreuses en Chine, reposent sur le goût des Chinois 
pour les sociétés publiques ou secrètes. 

Ces associations ont été favorisées par la nature des 
institutions. La Chine présente à cet égard tous les 
contrastes. Elle possède un gouvernement patriarcal, en 
réalité despotique, mais ce gouvernement ne s'occupe que 
des questions politiques. Les intérêts économiques sont 
abandonnés au régime de la liberté la plus absolue. Les 
théories des jurisconsultes romains sont peut-être incom- 
parables; néanmoins les Chinois les ignorent et ils sont au 
nombre de 400 millions au moins. 

Taux de l'intérêt, conditions des prêts, associations 
financières et commerciales, banques, émission de papier, 
tout est entièrement libre : nulle lisière; chacun soutient, 
comme il le peut, la lutte pour l'existence. 

Le nombre des banques en Chine est inconnu; on sait 
qu'il est immense. Les consuls américains en ont compté 
140 dans la ville de Foochow et ses faubourgs. Ces banques 
font fonction de caisses d'épargnes. En général, elles sont 



(1) Revue des Banques, mai 1887. — Cruger, ch. xvm; Messager 
de Paris, août 1890. 



■■ 



LES TOWKAYS CHINOIS 



379 



conduites honnêtement par des mandarins en retraite. 
Elles émettent toutes des billets au porteur qui circulent 
facilement dans l'étendue de chaque province. Les provinces 
échangent leurs billets par l'intermédiaire des banques 
principales. 

L'unité du billet de banque n'est apparue à personne 
comme une nécessité. Le gouvernement a même eu la 
velléité d'instituer une banque centrale et l'unité fiduciaire. 
Il a complètement échoué. 

Ces banques commanditent les innombrables sociétés de 
commerce que les Chinois constituent partout où ils 
émigrent. Ces sociétés assurent à la Chine, dans tout 
l'Extrême-Orient, une supériorité devant laquelle s'inclinent 
aujourd'hui les Anglais et les Allemands. 

Chaque société forme une maison ayant un chef gérant, 
un sceau et une raison sociale; elle porte le nom de 
Torckay. Il y a toute espèce de Towkays : banquiers, 
armateurs, marchands, capitalistes, usuriers, capitaines de 
navires. Ce sont des associations coopératives de banque, 
de commerce, de navigation. Le capital est divisé en parts. 
Ces Towkays prennent parfois une grande importance. 
Ils ont des agents, des correspondants, des équipes, des 
employés de tous côtés. En général, les Chinois sont les 
chefs et les Malais les employés ou les servi leurs. 11 y a des 
Towkays agricoles, — ce sont des entreprises de culture, 
des associations de planteurs. Ces Towkays agricoles 
fournissent à leurs ouvriers tout ce dont ils peuvent avoir 
besoin : vêtements, vivres, outils, semences. Il y a des 
Towkays ouvriers, c'est-à-dire des associations pour 
exploiter les mines. Enfin il existe aussi des Towkays de 
prêts sur gages, d'avances de marchandises de toutes 
sortes. Ces détails montrent à quelle puissante organisation 
les associations sont parvenues en Chine. De ces' Towkays, 




1 



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■ 



380 



LES TOWKAYS CHINOIS 






les plus considérables sont les maisons d'armements mari- 
times, ayant pour objet a la fois la navigation et le commerce 
maritime. Plusieurs de ces associations peuvent être com- 
parées aux principales Compagnies maritimes européennes. 

Au dessous de ces Towkays, il faut signaler l'influence 
des sociétés secrètes (kougnees) qui probablement sont des 
sociétés de secours mutuels. Tous les membres de ces 
sociétés sont assistés par leurs confrères. Cette assistance, 
qui se produit sous toutes les formes, est le principe de la 
grande puissance de l'élément chinois dans cette partie de 
l'Asie. Le Chinois émigrant ne peut pas être comparé a 
l'émigrant européen; celui-ci ne doit compter que sur lui. 
Le Chinois est toujours ramifié à un groupe quelconque sur 
lequel il peut s'appuyer. 

Ainsi M. Jametel a publié de très curieux détails sur la 
société coopérative chinoise de pêcheurs près de Sivatow. 
Ces Sociétés forment de véritables guildes. Le Towkay n'est 
que la guilde. Quelques guildes de Sivatow gagnent jusqu'à 
10,000 francs par an. Les capitaux sont divisés par parts; 
ce sont des sociétés coopératives. Il existe aussi en Chine 
des associations coopératives de pirates comme autrefois 
dans les États Scandinaves et comme de tout temps en 
Angleterre; — exemple, VAlabama. 

On le voit, l'Europe n'a que fort peu de chose à 
apprendre à la Chine en fait de crédit, d'assistance et 
d'association Peut-être même l'Europe, au contraire, 
aura-t-elle à en recevoir quelque chose, quand elle 
connaîtra mieux cet immense empire, dont la formation, 
la persistance et la situation actuelle sont un inépuisable 
objet d'études comparatives (*). 



(1) Consulter : Jametel, la Chine inconnue: — Reports of the 
American consuls, 1885, Washington. 



■ 



EN ITALIE 



381 



II. — Des Associations coopératives en Italie. 

L'Italie a précédé l'Allemagne et tous les peuples de 
l'Europe dans l'œuvre de la mutualité et.de la coopération. 
Elle a joui, pendant une partie du moyen âge, d'une grande 
prospérité et d'une grande influence. La petite propriété, la 
petite industrie y avaient pris un développement considé- 
rable. Sous l'action des idées catholiques, la mutualité s'y 
étendit. Les Monti di Pieta, les Monti frumentari, ont été 
de véritables formes de la mutualité et de la coopération. La 
plupart de ces institutions ont survécu au mouvement d'idées, 
si différent, du xvin" siècle, à la Révolution française, même 
aux réformes, les unes nécessaires, les autres ruineuses, 
de l'unification nationale de l'Italie. Elles font aujourd'hui 
partie des Opère pie qui, malgré les critiques des libres- 
penseurs et des carhonari italiens, ont rendu et rendent 
toujours les plus grands services à un peuple dont l'étal 
économique laisse encore autant à désirer que l'Italie < l h 

L'Italie était, par suite, assez bien préparée à entrer 
dans le mouvement coopératif qui a caractérisé la seconde 
moitié de notre siècle. Elle y a été entraînée, en outre, 
par des qualités particulières aux Italiens : la fraternité 
sociale, tout autre qu'en France, la simplicité des mœurs 
rurales, le goût de l'épargne dans plusieurs classes de 
la population, l'influence bienfaisante d'un clergé vivant 
avec le peuple. Ajoutez à cet entraînement l'action éner- 
gique de quelques hommes d'intelligence et d'initiative, 
M. Luzzatti, M. Wollenborg, le comte Mdo Annoni. Enfin 

(1) Consulter : Revue des Banques, septembre et octobre 1886; — 
la Grande Encyclopédie, article « Coopération »; — Revue d'Éco- 
nomie politique, novembre, article do M. Meneghclli, et décembre 
1892, de M. Sbrofavaca; — Hans Cruger, ch. vi; — Bollettino délia 
Previdenza, octobre 1890; — Journal des Économistes, sept. 1892. 







■ 



■I 



■ 









382 



LES CAISSES D EPARGNES EN ITALIE 






les lois sur les caisses d'épargne et les sociétés de secours 
mutuels ont beaucoup facilité la coopération. Ce sont des lois 
de décentralisation, contrairement à la législation française. 
Les Italiens ont pu rester les maîtres de leurs épargnes. 
En les administrant, ils se sont rompus à la pratique plus 
délicate, plus complexe, des sociétés coopératives. Les 
Opère pie consistaient, au surplus, et, consistent encore, 
celles du moins qui ont survécu au branle-bas révolu- 
tionnaire piémontais, en de nombreuses associations où 
beaucoup d'Italiens ont appris les deux qualités fondamen- 
tales de la coopération, le dévouement et la probité. 

1. En 1889, l'Italie comptait 393 caisses d'épargnes 
ordinaires et 4388 caisses d'épargnes postales. Les dépôts 
au 31 décembre 1889 s'élevaient pour les premières à 
1,139,145,875 lires et pour les secondes à 275,825,893 lires. 
Les caisses d'épargnes ordinaires avaient, de plus, à leur 
disposition, 475 millions provenant de leurs réserves et 
d'autres dépôts. Ces diverses sommes n'étaient placées 
en fonds d'État qu'à concurrence de 458 millions; tout le 
surplus se trouvait employé en hypothèques, billets, valeurs 
diverses, dont le maniement est fait par des mains libres 
et responsables. Quelques-unes de ces caisses d'épargnes 
ordinaires forment de véritables banques qui oui exercé une 
influence très heureuse sur les associations coopératives et 
sur la condition économique de l'Italie. Les plus impor- 
tantes sont : Milan, dépôts en 1884, 334 millions, capital 
50 millions versés; Rome, dépôts 47 millions; Florence, 
dépôts 44 millions; Bologne, dépôts 22 millions; Turin, 
dépôts 29 millions; Gènes, dépôts 21 millions; Palerme, 
dépôts 14 millions. 

2. Même condition pour les sociétés de secours mutuels qui 
étaient au nombre de 2,091 en 1878 avec 331.518 membres. 
1,949 de ces sociétés avaient, cette même année, encaissé 



■■ 



LES BANQUES POPULAIRES EN ITALIE 



383 



4,179,000 lires. En 1885, nombre des sociétés 4,817, membres 
740.280. Sur ces 4,817 sociétés, 3,566 avaient encaissé 
7,566,128 lires et possédaient 32,200,840 lires. En dehors 
des secours qu'elles donnent à leurs membres sans travail 
ou malades, ces sociétés s'occupent également de leur 
instruction et de l'éducation de leurs enfants; elles dirigent 
et entretiennent des écoles élémentaires, professionnelles, 
des bibliothèques. Beaucoup fournissent aux associés des 
aliments à bon marché, créent des magasins coopératifs, 
des fourneaux, font des prêts d'honneur. 

Les caisses d'épargnes ont procuré les capitaux, les sociétés 
de secours mutuels le personnel expérimenté, dévoué, des 
associations coopératives italiennes. Les unes et les autres 
ont donné la clientèle. 

3. Les banques populaires ou associations coopératives 
de crédit italiennes datent de 1865. Elles ont été fondées 
d'après le type Schulze-Delitsch, accommodées aux idées 
et aux mœurs de l'Italie. Point de responsabilité illimitée, 
moins de rigueur et plus de fraternité dans le mécanisme 
intérieur. En 1865, les banques populaires étaient au nombre 
de 4, 50 en 1870 avec capital 19 millions, réserves 1 million, 
dépôts 2 millions; 1875. 109; 1880, 140; 1883, 423; 1888, 
698, capital et réserves 109.5 millions, dépôts 439 millions, 
mouvement d'affaires 1,147 millions; en 1889. 714 banques, 
capital et réserves 115 millions, mouvement d'affaires 
1 ,500 millions. Sur ces 714 banques, on comptait 44 banques 
et caisses rurales fondées, d'après le type Raiffeisen, par 
M. Léon Wollenborg, de Padoue. 

4. Les sociétés de consommation comprenaient 681 ma- 
gasins. En 1888, 227 avaient fourni des comptes dont 
l'actif montait à 4.721,061 lires; bénéfices bruts des ventes 
en 1888, 1,494,350 lires. 

5. Les sociétés de production, savoir : a) 682 laiteries 







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384 



LA COOPERATION EN ANGLETERRE 



coopératives; b) 49 sociétés de terrassiers; c) 43 sociétés de 
maçons; d) 169 sociétés industrielles diverses; e) 52 sociétés 
de marchands; h) 9 sociétés de matières premières; k) 23 
sociétés de construction. 

Il a été établi, en Italie, une caisse d'assurance nationale 
contre les accidents du travail, mais sans obligation. C'est 
une expérience. 114,702 travailleurs se sont fait assurer 
pour 118 millions en cas de mort et pour 122 millions en 
cas d'infirmités temporaires. 

III. — Des associations coopératives en Angleterre. 

En Angleterre, de même qu'en Allemagne, le principe 
de l'association n'a jamais été mis en question. C'est un 
fondement de l'État, un élément traditionnel, immémorial, 
de la société. A ce fait, vous reconnaissez, en Angleterre, 
la prédominance de la race, anglo-saxonne. On peut même 
dire que l'association a eu plus d'intensité, plus de persis- 
tance en Angleterre qu'en Allemagne. Les antiques guildes 
du moyen âge sont encore représentées à Londres par des 
corporations importantes exerçant, dans la société et même 
dans la politique, une certaine influence. Et bien que le 
mouvement coopératif ait reçu en Allemagne une impulsion 
plus énergique qu'en Angleterre, c'est cependant en 
Angleterre qu'on en a signalé les premiers agissements, à 
la tin du siècle dernier : Govan 1777, Mongewell 1794, 
Birmingham 1795 <- l K 

1. Des trois formes des associations coopératives, celle 
qui a eu en Allemagne et même en Italie un si grand succès, 
la banque populaire, n'a pas encore été organisée, avec 



(1) Comparer : Rapport au Sénat de M. Lourties, 1892; — Revue 
des Banques, janvier 1887; — Revue d'Economie politique , août 
1891; — Economist, 11 mars 1893; — Cruger, ch. n; — Statistical 
Abstract, 1891. 






SES DIVERSES FORMES 



385 



une entière indépendance, dans le Royaume-Uni parce 
qu'elle y était moins nécessaire qu'ailleurs. Cela tient au 
magnifique réseau de banques avec leurs succursales qui 
couvre l'Angleterre proprement dite, l'Ecosse et l'Irlande. 
Ces succursales, au nombre de 3,715, suffisent à tous les 
besoins. Elles remplissent, surtout en Ecosse, la fonction de 
banques populaires. Elles répandent, elles distribuent le 
crédit de la même manière, avec les mêmes garanties, les 
mêmes facilités. Presque toutes accordent, de même qu'en 
Ecosse, le cash crédit, c'est-à-dire le crédit au comptant, 
avec les délais nécessaires, surtout à la production agricole. 
Elles sont mises à même de faire les crédits par d'énormes 
dépôts qui proviennent de toutes les classes de la population. 
Souvent elles font en sorte que le montant des actions 
ou de leurs coupures se trouve à la portée des épargnes 
populaires. 

Cependant, sous l'influence des Friendly Societies, si 
importantes dans le Royaume-Uni, il y a été établi, l'Irlande 
comprise, et il existait, en 1887, un grand nombre de 
sociétés coopératives de crédit W. 

Au premier rang viennent les caisses d'épargnes. 

2. Les caisses d'épargnes dans le Royaume-Uni sont 
administrées par l'Étal, qui emploie directement leurs 
fonds. Par suite, elles n'ont ni le caractère, ni l'influence 
de mutualité que nous avons relevé quant à l'Allemagne et 
quant à l'Italie. Fin 1890, les dépôts des caisses d'épargnes 
ordinaires s'élevaient dans le Royaume-Uni à 43,650, 562 
livres sterling, et ceux des caisses d'épargnes postales à 
67,634,807 1. s. < 2 >. Il y a lieu d'y joindre les fonds accu- 

(1) Bollettino de/la Previdenza, février 1887, 

(2) Au 10 juin 4893 : Trustée Savings Banks, dépôts 42,235,868 
livres sterling; — Post Office Savings Banks, 78,1)78,7 12 livres sterling ; 
ensemble 121,214,580 livres sterling; soit en francs 3,030,364,500; — 
Railway Savings Banks 7, sociétaires 15,188, capitaux 1,044,004 livres 
sterling. 



I 










386 



SAVINGS BANKS 



mules : 1° par les penny-banks; 2° par les caisses d'épargnes 
des chemins de fer; 3° par un grand nombre d'autres 



sociétés, caisses, associations de tout 



ïenre : civiles , 



militaires, religieuses, charitables, qui reçoivent et placent 
les épargnes des classes populaires de toutes les pro- 
fessions. Chaque corporation possède une caisse d'épargnes 
et fait des prêts : solicitors, épiciers, cochers, commis, 
marchands de journaux. 

3. Avec les Friendly Societies ou sociétés de secours 
mutuels, qui ont une grande importance, on pénètre, en 
quelque sorte, dans le vestibule de la coopération. Elles 
concourent à l'assistance générale dans le Royaume-Uni, 
sur une tout autre échelle que chez les autres peuples. 
Elles ont établi des caisses de secours contre les accidents 
avec les versements des ouvriers seuls. Elles présentent 
le même caractère grandiose que les banques populaires 
allemandes. Elles sont, en Angleterre, la plus haute mani- 
festation du mouvement coopératif. On en jugera par les 
statistiques qui suivent W. Les Sociétés de secours mutuels 
offrent le meilleur instrument pour résoudre toutes les 
questions de l'assistance. 

Fin 1879, les sociétés de secours mutuels dans le 
Royaume-Uni se répartissaient ainsi : 





ÉTATS. 


Nombre 
des sociétés. 


Sociétaires. 


Actif. 




Angleterre 


12.746 

C49 

315 

13 

184 


4.056.821 

41.174 

4.209 

89.724 


Livres sterling. 

12.401.749 

663.375 

148.339 

21.299 

318.143 




Irlande 




Iles 












13.907 


13.552.905 













(1) Consulter le rapport de M. Fontaine, de l'Institut des Actuaires 
français (Economie sociale), Jury de l'Exposition de 1889. 



FRIENDLY SOCIETIES 



387 



Le contraste entre la race anglo-saxonne et la race celtique 
s'accuse par des résultats redoutables. 41,174 Irlandais au 
lieu de 4,556,821 Anglais. 

Depuis 1879 de nouveaux progrès ont été faits par les 
Friendly Societies. Dans un article de janvier 1880, le 
Times en admettait déjà 24,409, avec 4,608,000 socié- 
taires, bien que M. Fontaine n'en ait mentionné que 13,187 
en 188S, dont 7,414 seules avaient envoyé leurs rapports. 
M. Bradkook, registrar gênerai, en accuse 26,628 pour 1891, 
dont 22,313 avec rapports; sociétaires 3,861,511; capitaux 
21,410,563 livres sterling. Il y faut joindre 1,022 sociétés 
analogues, dont 494 avec rapports, 235,510 sociétaires 
et 451,555 1. s. capital; plus 39 Collecting Societies, socié- 
taires 3,348,942; capital 2,289,858 1. s.; ensemble 27,689 
sociétés; avec rapports 22,807; sociétaires 7,445,963- 
capital 24,151,976 1. s. 

Parmi ces Sociétés, les Oldfellows de Manchester et les 
Foresters occupent toujours le premier rangW. En 1882, 
les Foresters étaient au nombre de 583,799 au lieu de 
83,000 en 1849, avec un capital de 4,500,000 1. s. Quant 
aux Oldfellows, la même année, nombre des membres 
565,358; capital 5,291,800 1. s. M. Mulhall donne aux 
deux sociétés 1,314,000 membres en 1890, avec un capital 
de 10,500,000 1. s. 

4. D'après le Staiistical Abstract de 1891, les associa- 
tions coopératives anglaises, ayant fourni des comptes, 
étaient, en 1889, au nombre de 1,437, associés 1,016,038; 

(1) Ces ordres se décomposent en Adult el Juvénile Members. 
Adult en 1890 : Oldfellows 695,687, Foresters 738,166; Juvende ': 
73,816 et 912,534. — Autres ordres importants : Rechabites, Royal 
Hearts of Oak, Sons of Tempérance, Order of Freo Gardeners, 
Ancient Shepherds, Abstinent Sons of Phœnix, Aneient Order of 
Druids. En (ont 13 ordres avec 499 branches. 



388 



ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES 



capital en actions 11,197,903 1. s.; montant des ventes 
39,137,815 1. s. Elles se répartissaient ainsi (*) : 

Angleterre même : 1,110 sociétés; 856,587 membres; 
10,013,873 1. s. capital; 31,799,084 1. s. ventes. 

Ecosse : 328 sociétés; 158,331 membres; 1,180,410 1. s. 
capital; 7,303,283 1. s. ventes. 

Irlande : 9 sociétés; 1,120 membres; 3,620 1. s. capital; 
35,448 1. s. ventes. 

De pareilles différences tranchent la question d'adap- 
tation des races à l'association < 2 ). 

5. Le mouvement coopératif anglais est loin de ne 
remonter qu'à l'association des Equitables Pionniers de 
Rochdale < 3 >. Obscur, mais existant déjà à la tin du 
xviii 6 siècle, il s'est propagé, jusqu'en 1862, sous la double 
influence des socialistes anglais, représentés par R. Owen, 



(1) Le chief registrar accuse des résultats plus considérables 
pour 1891. Angleterre, 1,102 sociétés; 926,070 membres; capitaux 
13,206,215 1. s.; — Pays de Galles, 46 sociétés; 14,113 membres; 
capitaux 164,870 1. s. ; — Ecosse, 336 sociétés; 184,526 membres; 
capitaux 2,632,3741. s.; — Irlande, 25 sociétés; membres 1,807 ; capi- 
taux 15,617 1. s. — Les affaires traitées par ces sociétés en 1891 
ont représenté 46,915,965 1. s., au lieu de 28,089,310 en 1883; 
profits 4,516,685 1. s., au lieu de 2,318,693 1. s. en 1883; en 1891 le 
Wholesale de Manchester a eu un turn over de 8,500,000 1. s., égal 
au quart de celui de l'Angleterre, et le Wholesale de Glasgow de 
2,800,000 1. s., égal au tiers de celui de l'Ecosse. (Economist, 
11 mars 1893.) 

(2) Comparer Jametel, l'Instruction coopérative en Angleterre, 
1887. Même les vieilles ghildes anglaises existent encore et leurs 
propriétés ont été conservées et respectées depuis au moins quatre 
siècles : the mercers, the tailors, the saddlers, the goldsmiths, 
et à leurs banquets annuels les ministres et les hommes politiques 
viennent s'asseoir. 

(3) En 1882, l'association des Équitables Pionniers de Rochdale 
avait 10,613 sociétaires, 20 magasins coopératifs et un capital de 
7,314,250 fr. En 1890, elle a réalisé 1,243,775 fr. de bénéfices. 



SOCIÉTÉS DE PRODUCTION ET DE CONSOMMATION 389 

et des méthodistes. Rochdale a été choisi par R. Owen lui- 
même. Trois associations coopératives s'y sont succédé. 
Celle de 1844 fut faite entre 28 associés avec 560 livres 
sterling. Le succès ne fut possible et assuré que lorsque les 
lois de 1852, 1862 'et 1865 (Industrial and Prorident 
Societies Acts) eurent définitivement reconnu la légalité et 
les droits des associations ouvrières. 

6. Elles se sont développées sous diverses formes : asso- 
ciations coopératives de production, associations coopératives 
de consommation, associations coopératives de construction 
et Trade Unions. 

A. Les Sociétés de production! 1 ), qui ont pour objet 
d'assurer à l'ouvrier l'entier profit de son travail, sont au 
nombre de 106, avec 27,528 membres; capital 714,528 1. s. 
en actions et 274,784 1. s. de dépôts. 

La distinction entre les sociétés de production et de 
consommation est très complexe. Nous serions porté à 
penser que le nombre des coopératives de production en 
Angleterre dépasse 106. Beaucoup de sociétés de consom- 
mation sont en même temps des sociétés de production; 
la plupart des sociétés de construction ne sont en réalité 
que des sociétés de production. 

_ B. Sous le bénéfice de ces réserves, les sociétés coopéra- 
tives de consommation ont pris dans le Royaume-Uni une 
importance exceptionnelle. En 1887 on en comptait 1,516, 
ayant fourni leurs comptes : 1,170 en Angleterre, 334 en 

(1) Comparer Cruger, p. 38 : nombre des sociétés 67; associés 
25,885; ventes 1,704,416 m.; actions 541,784 m.; dépôts 201,05!) m ■ 
frais, 129,539 m.; bénéfice 60,700 m.; perte 1,111 m. Nous croyons 
ce chiffre de 67, et même celui de 106, plus haut, insuffisants. Selon 
M. E. Simon (Sociétés coopératives en Angleterre, 1876), il existait 
à Oldham, Manchester, Ashton, Rochdale, Heywood, Bury, 84 fila- 
tures coopératives par actions de 3 livres. 

11.. 






I 






390 



WHOLESALE COOPERATIVES 



Ecosse et 12 en Irlande; capital-actions 10,334,218 1. s.; 
dépôts 2,253,376 1. s.; ventes 34,483,771 1. s.; associés 
967,228; solde en magasin 109 millions de francs; bénéfices 
de l'année, 79,737,000 fr. En 1891, les sociétés de consom- 
mation étaient au nombre de 1,624; associés 1,191,369; 
actions 13,258,482 1. s.; ventes 48,571,786 1. s.; bénéfices 
4,474,030 1. s. : plus de 100 millions de francs. 

C. En 1883, les associations anglaises ont fondé à 
Manchester une association coopérative de vente en gros 
(Wholesale Coopérative Society). En 1889, cette associa- 
tion comprenait 679,386 membres; capital 8,500,000 fr.; 
réserves 3,550,000 fr.; dépôts 16,203,350 fr.; ventes 
175,001,000 fr.; bénéfices de l'année 2,162,270 fr. En 1891, 
les ventes se sont élevées à 220 millions de francs et les 
bénéfices à 3,435,000 fr. (*>. 

Les associations d'Ecosse ont établi à Glasgow une société 
pareille. Ventes en 1889, 56 millions de francs; bénéfices 
2,400,000 fr. Ventes en 1891, 70 millions de francs; béné- 
fices 2,200,000 fr. 

D. Les diverses associations coopératives du Royaume- 
Uni se sont, en outre, réunies dans une Union coopérative : 



(1) La Wholesale de Manchester est devenue une immense entre- 
prise; elle arme des navires; elle fait la banque, les assurances; 
elle possède des fabriques de biscuits, de savons, de meubles, 
de confections, de chaussures ; elle est devenue une société de pro- 
duction. En 1891, elle possédait 6 navires et assurait 5,731,586 livres 
sterling contre l'incendie et 30,090 livres sterling sur la vie. 

Sur les progrès des diverses sociétés coopératives anglaises, au 
nombre de 939 en 187G, comparer : Revue économique, août 1891, 
un mémoire de M. de Schulze-Gawernitz; Journal des Économistes, 
juillet 1888; Nineteenth Cenlury, juin 1884; et surtout Économiste 
français, articles de M. Brelay, 15 octobre et 29 novembre 1892, 
i mars 1893; Economist, mars 1893. 






BUILDING SOCIETIES 



391 



en 1890, 1,621 associations en font partie. Elles comptent 
1,074,724 sociétaires; capital et dépôts 367,294,800 fr.; 
total des ventes 1,063.085,850 fr.; réserves 15,358,750 fr.; 
immeubles 148,517,700 fr.; gains 94,800,500 fr. 

E. Sous l'influence et avec le concours des Friendly 
Societies, il a été établi dans le Royaume-Uni 408 sociétés 
coopératives de crédit. Elles présentaient en 1885 les 
résultats ci-après : Associés 41,065; dépôts 321,157 1. s.; 
versements sociaux 102,537 1. s.; avances 299,280 1. s., 
à 82,655 personnes; produit net 16,012 1. s.; pertes 
3,121 1. s. (i). 

H. Il faut placer à côté les Loan Societies au nombre de 
390 en 1879, avec 33,500 associés; capital 122,160 1. s.; 
nombre des prêts 92,915; — en 1891 : 311; sociétaires 
31,816; capital 267,871 1. s. 

À". Viennent ensuite les associations coopératives de cons- 
truction (Building Societies). D'après le Statistical Abstract 
de 1891, elles étaient au nombre de 2,752; montant des 
actions 35,296,700 1. s.; dépôts 15,065,200 1. s.; réserves 
2,120,529 1. s.; associés 605,388; prêts hypothécaires 
50,362,684 1. s. Elles étaient réparties : Angleterre 2,663, 
avec 50,779,084 1. s.; Ecosse 43, avec 970,242 1. s.; 
Irlande 46, avec 733,251 1. s. 

M. Les Trade Unions sont, en Angleterre, une des formes 
les plus importantes de la coopération. Leur Congrès 
annuel s'est tenu en 1892 à Glasgow, en septembre. Elles 
ont pour but la défense du travail, sans compromettre la 
production. Le Congres international des mineurs, tenu a 
Bruxelles, en mai 1893, adonné une nouvelle preuve de leur 
sagesse et de leur expérience. Au début du Congrès, révolu- 
tionnaires français, socialistes allemands, l'emportaient. 




(1) Bolletlino délia Previdenza, février 1887. 






392 



TRADK UNIONS 



Peu à peu, les Anglais, pondérés, sérieux, respectueux 
du bon sens et des droits d'autrui, prirent le dessus; ils 
dirigeaient à la fin. En 1872 on comptait en Angleterre 
600 unions avec 8,000 succursales, 1,170,000 membres 
et un revenu de 2 millions de livres sterling. En 1880, 
les dépenses des diverses unions se sont élevées à 
4,093,000 1. s., notamment : maladies 1,004,000 1. s.; 
chômages 1,079,000; grèves 274,000; pensions, 330,000; 
funérailles 319,000; accidents 120,000 1. s. Par où l'on voit 
que les Traie Unions visent plutôt l'assistance fraternelle 
que la grève. Rien ne fait plus honneur à l'Angleterre que 
ses classes ouvrières; rien ne justifie mieux les efforts 
de Schulze-Delitsch et de Raiffeisen (*). 

O. La coopération a étendu son action jusqu'aux opéra- 
tions agricoles (Farming by Societies). En 1891, 38 fermes 
étaient exploitées par des sociétés coopératives. Elles conte- 
naient 3,315 acres, et étaient affermées 4,825 1. s. < 2 >. 

P. De grands services publics, l'armée, la marine, les 
employés civils, ont même formé cinq associations coopé- 
ratives de consommation (Coopérative Stores), dont les 
ventes se sont élevées en 1891 à 5,945,280 1. s. : 1° Army 
and Navy Coopérative Society; ventes 2,f°o7.765 1. s.; 
2° Civil Service Supply Association; ventes 1,817,580 1. s.; 
3° Civil Service Coopérative; ventes 475,667 1. s.; 4° Junior 
Army and Navy Stores; ventes 605,513 1. s.; 5° New Civil 
Service Coopérative; ventes 178,761 1. s. 



(1) Consulter le livre de M. G. Howell : le Passé et l'Avenir des 
Trade Unions, 1893. En 1891, le chef du bureau du travail a obtenu 
des rapports de 431 Unions comptant 1,109,014 sociétaires, possédant 
1,723,480 1. s. 

(2) Comparer : Réforme sociale, 1" août 1885; Journal de la 
Librairie, n" 23, 1884. — On a même établi des villages coopératifs. 
Ce serait le retour facultatif au Mir russe. 



DERNIÈRES STATISTIQUES 393 

B. Clôturons cette curieuse énumération des diverses 
manifestations d'un puissant mouvement par le journal de 
la coopération en Angleterre, Coopérative News, fondé, il y 
a vingt et un ans, au capital de 2,471 1. s.; tirage, 38,700 
exemplaires à 1 penny. 

Au moment même du tirage de ce paragraphe, le rapport 
du Chief Registrar pour 1891 nous parvient; nous en 
extrayons quelques faits et quelques chiffres complétant 
ceux que nous avons donnés : 1° Friendly Societies 26,826, 
dont 22,313 avec comptes; membres 3,861,519; capitaux 
21,410,563 1. s.; — 2° Collecting Societies 39; membres 
3,318,942; capitaux 2,289,858 1. s.; — 3° autres associations 
considérées comme du même ordre que les Friendly, 1,922 
sociétés, dont 494 avec comptes; membres 235,510 capitaux 
451,555 1. s. ; —4° Industrialand Provident Societies [coopé- 
ratives) 1,382, dont 1,155 avec rapports; membres 892,110; 
capitaux 13,003,046 1. s.; —5° Building Societies 2,782, 
dont 2.337 avec rapports; membres 605,388; capitaux 
50,582,365 1. s.; — 6° Trade Unions 405, dont 259 avec 
rapports; membres 871,232; capitaux 1,288,885 1. s.; — 
7° Loan Societies 311; membres 34,816; capitaux 267,871 
l.s.;— 8° Railway Sa ving Banks 7; membres 15,1 88; capiteux 
1,044,094 1. s. Total : 32,744 associations, dont 26,905 ont 
produit leurs comptes, avec 9,834,705 associés, possédant 
90,338,237 1. s., soit 2,258 millions de francs. Le Chief 
Registrar y ajoute 6,363,096 déposants des caisses d'épargnes 
avec 122,523,616 1. s. — Total des capitaux populaires, 
5,321 millions. 

De pareils résultats expliquent la solidité, l'esprit de 
sagesse et la supériorité des classes ouvrières en Angleterre. 
Ils expliquent le nombre et l'excellence des colons' que ces 
classes fournissent chaque année. Le colon ne peut être un 
indigent. C'est des admirables classes de ses ouvriers que le 



394 



LA. COOPERATION EN AUTRICHE 



peuple anglais extrait, tous les ans, les familles qui répan- 
dent de toutes parts sa langue, ses institutions, sa haute 
civilisation; elles sont le véhicule de son sang, de son 
influence et de sa grandeur. 

IV. — Des associations coopératives en Autriche-Hongrie. 

Le mouvement imprimé en Allemagne aux diverses 
branches de la coopération s'est étendu àl'Autriche-Hongrie. 
Néanmoins le principe générateur de la responsabilité soli- 
daire a rencontré des obstacles dans les idées et les moeurs. 
La loi organique de 1873, en Autriche-Hongrie, laisse aux 
sociétaires le choix entre la responsabilité solidaire ou 
limitée. Nous avons vu que le choix avait également été 
adopté par le législateur allemand. 



A. 



AUTRICHE 



1 . Les Caisses d'épargnes ont, en Autriche, la libre disposi- 
tion de leurs dépôts, comme en Allemagne f' 1 ). C'est toujours 
une heureuse facilité pour les associations coopératives, au 
double point de vue de la direction des capitaux et de la 
préparation du personnel; aussi les caisses d'épargnes ont- 
elles pris une grande extension. En 1889, elles étaient au 
nombre de 439; dépôts 1,282,759,131 florins, sans compter 
26,500,000 fl. dus aux caisses d'épargnes postales. Une 
notable partie de ces fonds est employée en prêts hypo- 
thécaires. La principale caisse d'épargnes de Vienne est 
une véritable banque. En 1881 elle n'avait pas moins de 
351 millions de florins en dépôt. 

2. Banques populaires. — On en comptait, en Autriche, 

(1) Revue des Banques, septembre 1886; BoHettino délia Previ- 
denza, septembre^! 890, septembre 1892: Cruger, p. 246-269. 



B 



wm 






LA COOPÉRATION EN AUTRICHE 



398 



en 1889, 1,384 dont 1,366 enregistrées. Elles avaient 
561.169 associés avec 29,478,900 florins de capital et 
13,133,000 fl. de réserve. Dépôts 264,949,000 fl. La plupart 
étaient des Vorschuss Vereine, type Scbulze-Delitsch. Depuis 
1885, les banques type Raiffeisen se sont répandues dans 
les provinces du Sud. 

3. Sociétés de consommation. — Jl en existait 236 en 
1888 dont 165 enregistrées. Ces dernières avaient 53,201 
associés; 847,605 fl. de capital, 417,646 11. réserves; ventes 
8,437,000 fl. 

4. Autres sociétés coopératives diverses. — 226 dont 
41 coopératives de production industrielle, 59 laiteries, 
61 coopératives agricoles, 12 de construction. Parmi ces 
Sociétés, une place à part doit être donnée à la Compagnie 
asiatique autrichienne, sorte de compagnie coloniale coopé- 
rative en relation avec Singapore, Java. Manille, le Japon, 
Zanzibar, ainsi qu'à l'union des Sociétés coopératives de 
Galk'ie, au nombre de 196, avec 132,276 associés; capital 
4,511,271 fl. Dépôts 15,092,452 fl. 

La législation laisse aux sociétés le choix pour la respon- 
sabilité. En 1889. 718 Vorschuss, 115 Consumvereine et 
159 diverses avaient opté pour la responsabilité limitée. 

L'assurance contre les accidents existe en Autriche même, 
mais dans des conditions qui ne permettent pas de compa- 
raison avec l'Allemagne. En 1890, les salaires assurés se 
sont élevés à 236,946,403 fl.; primes 3,288,863 fl.; sinistres 
et frais 2,443,192 fl. (Office du Travail, fasc. n, 1893.) 

11. — HONGRIE ET CROATIE 

Même législation W. 






(1) Mêmes sources que pour l'Autriche. Bollellino delta Previ- 
denza, janvier 1890. 




396 



LA COOPERATION EN HONGRIE 






1. En Hongrie, les caisses d'épargnes fonctionnent entiè- 
rement comme des banques. Elles étaient, en 1883, au 
nombre de 349, avec un capital nominal de 28.913,080 
florins dont 23,052,985 versés; réserves 15,549,933 fl.; 
dépôts 313,053,186 (482 millions en 1887); comptes cou- 
rants 6,143,118, et une circulation de 2,428,800 fl. : 
Emplois : effets de commerce 116,676,684 fl.; avances sur 
gages et titres 7,774,024; sur hypothèques 113,749,515; 
créances chirographaires 15,331,595; comptes courants 
11,248,301; valeurs 71,971,525; immeubles 11,764,300; 
divers 20,285,078; caisses 10,258,817; bénéfices de l'année 
5,967,782 fl. 

Fin 1885, les caisses scolaires de Hongrie avaient un solde 
de dépôts de 1,521,474 fl. 

2. Fin 1889, avaient été enregistrées 853 associations 
coopératives diverses, sur lesquelles 723 Vorschuss Vereine, 
51 Consum Vereine, 21 coopératives de production indus- 
trielle, 39 magasins coopératifs, 8 assurances coopératives. 
297 Vorschuss avaient produit des comptes. Capital ou mises 
21,107,000 fl.; réserves 1,457,000 fl.; dépôts 30.064,000 fl.; 
13 sociétés de consommation, comptant 7,728 associés, 
avaient fourni des comptes. 

Les banques Raitïeisen paraissent s'être plus développées 
en Hongrie qu'en Autriche. Elles y ont établi une Union ; 
toutefois le système de la responsabilité prévaut. 

Ces détails, ces chiffres suffisent pour attester l'étendue 
du mouvement coopératif en Autriche-Hongrie t 1 '. 

V. — Des associations coopératives en Russie. 
Pour des causes diverses, quelques-unes très efficaces, sur 



(1) Revue des Banques, décembre 1886; Hiernaux : le Crédit 
au Travail, p. 412. 



LA COOPÉRATION EN RUSSIE 397 

lesquelles nous reviendrons dans nos études sur la Russie, 
l'association, obligatoire comme le Mir, ou volontaire, 
telle que YArtèle, tient une place considérable dans la vie 
des Russes, comme de toute la race slave, bien moins 
éprouvée par le temps que la race celtique. L'immensité du 
territoire, l'extrême rigueur du climat, une longue servitude, 
viennent au premier rang parmi ces causes, toutes dominées 
cependant par la nature de la race. 

1. Les caisses d'épargnes n'ont pu être organisées en 
Russie que depuis l'émancipation. La Banque de Bussie a 
été chargée, d'abord, de ce service, à partir de 1864. Puis 
d'autres caisses ont été établies, en rapport directs avec le 
Trésor. En 1884, il n'existait encore en Bussie que 133 
caisses d'épargnes dépendant de la Banque de Bussie, avec 
32,500,000 roubles de dépôts, et 109 caisses ordinaires avec 
17,493,000 roubles de dépôts. Depuis 1884 le nombre des 
caisses et l'importance de leurs dépôts ont entièrement 
changé. Ce changement est la meilleure preuve des progrès 
économiques de la Bussie, surtout des progrès des classes 
populaires, qui ont été émancipées. Il atteste, en outre, 
nettement le caractère populaire des caisses d'épargnes. Il a 
fallu trente ans pour que les anciens serfs arrivassent à 
savoir gagner et à pouvoir épargner. Aujourd'hui leurs 
épargnes s'accroissent avec une très curieuse rapidité, même 
en temps de disette, parce que le travail de 100 millions 
d'hommes est toujours une force énorme et féconde. 

2. Avant l'émancipation, quelques banques populaires ont 
été établies en Bussie, mais elles n'ont fait de progrès 
sérieux qu'à partir de 1870. On en comptait alors 5 avec 
514 associés et un actif de 1,052 roubles. En 1888. elles 
étaient au nombre de 720 possédant 197,447 associés et 
9,643,940 roubles de dépôts. Je renvoie à mon 'livre 
A travers la Russie. 






M 






398 



HHH^I 



LA COOPERATION EN SUISSE 



3. Sociétés de consommation et de production. — Elles 
sont nombreuses et importantes : ce sont les artèles que 
l'on commence à connaître en France. — Même renvoi. 

4. Sociétés d'assurances. — ■ L'incendie est un danger 
permanent et redoutable en Russie, principalement dans les 
campagnes : maisons en bois, toits en chaume, bâties le 
long des routes à la suite les unes des autres. On combat ce 
danger au moyen de l'assurance coopérative. En 1885, il 
existait 45 associations coopératives d'assurances; risques 
acceptés, 383 millions de roubles. 

VI. — Des associations coopératives dans les autres États 
de l'Europe. 

Les diverses formes de la coopération ne sont parvenues 
qu'a un développement restreint dans les autres États de 
l'Europe, à l'exception de la Suisse; mais, en Suisse, 
l'élément germanique est l'élément principal. 

I. — SUISSE 



De temps immémorial, la coopération, sous divers genres 
d'associations, est pratiquée en Suisse : laiteries, froma- 
geries, fruiteries, boucheries, forges, assurances. Le climat, 
la pauvreté du sol, contraignent les hommes, comme en 
Russie, à vivre plus près les uns des autres; l'élevage 
du bétail se fait même sous la forme coopérative. Nulle 
population plus sérieusement élevée, plus de bonne heure 
rompue à l'épargne. La Suisse présentait donc les meilleures 
conditions pour le développement des associations coopé- 
ratives. 

Elles y ont principalement affecté la forme de banque 
d'épargnes populaires (Volksbank). La plus célèbre, la 



LA COOPÉRATION EN HOLLANDE 



399 



Schweizerisehe Volksbank, fondée par M. Yersin avec un 
capital de 2,627 fr. en 1869, a prêté 104 millions en 1891 
On n'a pas encore dressé la statistique de ces Volksbanks • 
ML. Durand en compte 900 avec un capital variant de 
,000 à 10,000 fr. La plupart font fonction de c" se 
d épargnes. 

Faut-il dire que la gestion des caisses d'épargnes est 

î 7ln à nnnn? re ^ÎT^ Leurs dé P ôts entaient 
17,500,000 fr. en 1850 et 592 millions en 1889 Voilà des 

résultats qui désarçonnent les nihilistes. En 1883 on avait 
constaté en Suisse l'existence de 369 caisses d'épargnes 
ou banques populaires avec 584 succursales et 891 359 
déposants. ' 

Selon M. Hans Cruger il existerait en Suisse 800 sociétés 
coopératives agricoles, de production industrielle ou de 
consommation. Les sociétés agricoles seraient, de beau- 
coup, les plus nombreuses. Plusieurs Unions ont été fondées 




II. — BELGIQUE ET HOLLANDE 

I. Les associations coopératives ont pris une extension 
assez grande en Hollande. Les caisses d'épargnes ordinaires 
gérées par des particuliers, y jouissent d'une complète 

Umnfn! TT' ** 1882 ' aU nombre de 283 > <%>ôts 
4,650,71/ fl. L'État a organisé une caisse d'épargnes 

(1) Revue des Banques, janv. 1887. Dépôts 194,493,928 fr ■ emnlové, • 
prêts hypothécaires 87,357,984 fr.; sur cautions, 69,425190 fr 1 
titres, 20,986,664 fr.; garanties diverses, 16,724 090 fr 

(2) Cruger, p. 314-320; Wolff : People's Banks, tout le chapitre x ■ 
L. Durand : le Crédit agricole, chap. x; Revue des Bananes 
décembre 1886; Hiernaux ; le Crédit au Travail, p. 417- MeZaer 
de Paris, août-septembre 1890. Messager 



! 
i I 

I 






ii^^H 



400 



LA COOPÉRATION EN HOLLANDE 









postale qui, fin 1884, avait en dépôt 41,760,000 fl. On 
trouve en Hollande d'autres caisses d'épargnes qui se char- 
gent de recouvrer et de placer les économies faites en été, 
pour subvenir aux besoins de l'hiver. Ces caisses reçoivent 
des dépôts en argent et en nature; elles reçoivent aussi des 
dons. On en comptait 19 en 1882 W. 

Les associations coopératives sont régies par une loi du 
17 novembre 1876. Elles sont libres d'accepter la respon- 
sabilité totale ou limitée. En général, la société limitée a 
prévalu. D'après une statistique, dressée en 1886, on avait 
constaté l'existence de 71 sociétés coopératives, savoir : 
11 Yorschuss Vereine, 35 associations de consommation, 
9 de production, 16 de construction. Une Union de 19 sociétés 
de consommation comptait 3,987 associés; achats 1,052,375 
florins. Depuis 1886, il a été fondé 12 boulangeries coopé- 
ratives, 28 coopératives agricoles, 23 sociétés nouvelles de 
construction et plusieurs Yorschuss Vereine, type Schulze- 
Delitsch, avec des sociétés d'assurances. Le mouvement 
coopératif s'est accentué. On a même préparé les voies à 
une union de toutes les sociétés de consommation, sous 
la direction de la Chambre de commerce d'Amsterdam, 
et de toutes les autres coopératives sous celle du Conseil 
municipal. Il existe déjà à Amsterdam une Union de travail 
(Gewerkverein), avec 1,500 membres. 

Il y a lieu de placer à côté de ces institutions : 1° les 
caisses d'avances (Hilfebanken), qui, en 1882, étaient au 
nombre de 52. Elles avaient consenti, cette année-là, 
8,591 avances, pour 901,000 florins; 2° les sociétés de crédit 
mutuel, au nombre de 13. Les plus importantes sont celles 

(1) Mêmes sources. Cruger, p. 291-310; Durand, ch. xi; People's 
Banks ch. iv; Revue des Banques, novembre 1886; statistiques 
officielles pour la Belgique et pour les Pays-Bas ; Hiernaux : le Crédit 
au travail (1884), prix Pereire, p. 344, 419. 



LA COOPÉRATION EN BELGIQUE 



401 



d'Amsterdam : capital 1,694,330 il.: dépôts 3,457,426 fl • 
crédits 11,060,800 11.: ef Arnheim : capital 1,661 800 11- 
dépôts 1,898,271 ll. : crédits 9,868,000 11. 

N. En Belgique, les efforts n'ouï pas été moins grands ni 
moins efficaces, quoique les épargnes populaires se trouvent 
concentrées .'n partie dans une caisse générale, qui, tout 
en conservant une certaine indépendance quant à l'emploi 
des fonds, fonctionne sous la garantie de l'État C'est par 
suite, une institution d'État à laquelle a été réunie une caisse 
générale des retraites. Fin 1889, le solde des dépôts d'épar- 
gnes s'élevait à 282,888,092 fr., avec 8,069,180 fr. de 
réserves. La caisse des retraites avait employé 7.1 1,",,ii44 fr 
Fin mars 1893, les dépôts s'élevaienl a 363 730 ll-> fr ' 
plus 87,862,200 carnets ,1e rente : fonds de réserve K millions 
891,346 fr. 

L'État centralise encore les épargnes scolaires qui, fin 
188!), représentaient 3,755,043 h. 

Viennent ensuite 4 caisses d'épargne municipales • Most 
solde issu. 963,775 fr.; Malines, solde I 197 887 fr : 
Nivelles, solde 4,090,915 (v.: Tourna,, solde 3,414,667 fr- 
et 5 caisses privées : Société générale, solde i;, |->| 693 fr- 
Banque liégeoise, solde 5,162,167 fr.; Banque de lluv' 
solde 73.748 fr. : Vieille -Montagne, solde 1,086,073 fr 
Société Cockerill, solde 2,771,250 fr. 

Les sociétés de secours mutuels, si intimement liées aux 
associations coopératives, étaient, au 31 décembre ISS') 
m nombre do 446. dont 332 reconnues. Ces dernières com- 
prenaient 37,235 membres, avec un actif de 1,905 289 fr 
Recettes annuelles des 446 sociétés, 1,334,028 fr On peut 
leur joindre 5 sociétés de provisions d'hiver Recettes 
en 1889, 61,600 fr. 

Quant aux associations coopératives proprement dites 
elles consistaient, au 31 décembre 1888, en : 1° 18 banques 



' 



12 




402 



LA COOPÉRATION EN BELGIQUE 



populaires : 9,824 associés; comptes courants 6,104,487 fr.; 
avances 27,217,000 fr.; versements sociaux 2,005,997 fr. (*>; 
2° 7 caisses de prévoyance des mineurs, pour 110,065 
ouvriers; recettes en 1889, 2,032,219 fr.; au lieu de 
22,393 ouvriers en 1845, avec 268,605 fr. de recettes; 
3° 6 sociétés ouvrières de construction : capital souscrit 
23,300,000 fr.; maisons construites 2,757; 4° 17 sociétés 
de' consommation, boulangeries, épiceries, avec 14,000 
sociétaires, reliées par l'Union de Bruxelles; 5° un nombre 
important de pharmacies coopératives, avec une pharmacie 
centrale à Berlin; 6° 15 syndicats agricoles coopératifs, pour 
achats de matières premières; 7° un assez grand nombre 
de sociétés coopératives de production (tailleurs, tailleurs de 
pierre, typographes ( 2 >, confiseurs, portefaix, charretiers). 
On signale pour le port d'Anvers 46 sociétés du même genre 
que les artèles russes. 

En dehors de ces divers groupes, ont été organisées, 
sous deux influences politiques contraires, d'autres associa- 
tions coopératives, les unes empreintes de socialisme, les 
autres catholiques; mais l'influence socialiste domine. Elle 
a pour premier organe le Vooruit de Gand, immense bou- 
langerie coopérative, qui a fondé une succursale importante 
à Bruxelles. Le Vooruit ne compte pas moins de 10,000 
associés. Ses bénéfices moyens sont de 290,000 à 300,000 fr. 
Il fournit le pain avec un abaissement moyen de 0,11. 
Il forme un centre socialiste considérable, presque révo- 
lutionnaire, centre politique, centre économique, centre 

(1) Restent en dehors les 9 Unions de crédit de Belgique, quoi- 
qu'elles aient un caractère mutualiste certain. (Revue des Banques, 
novembre 1886.) M. Godwin a fait en mai 1890, à la Société d'Éco- 
nomie sociale, une remarquable conférence sur les coopératives 
belges. — Comparer Revue d'Économie politique, août 1893. 

(2) Particulièrement l'Imprimerie Bruxelloise, 1878. 



■V 



LA COOPÉRATION DANS LES ÉTATS SCANDINAVES 



403 



international, force de recul et de progrès, fondée sur le 
premier besoin, le pain quotidien : panm quotidianum 
da nobis hodie. Viennent ensuite cinq groupes socialistes : 
le Vorwarts à Gand ; le Progrès à La Louvière; la Maison du 
Peuple à Bruxelles; YOuvrier à Anvers; la Nation à Lùttich. 
M. H. Cruger rattache à ces cinq groupes 53 sociétés de 
consommation, 30 boulangeries, 19 banques populaires, 
'18 sociétés de production, 15 sociétés agricoles, 6 phar- 
macies, 10 sociétés d'industrie et de commerce, 5 sociétés 
de crédit et 17 coopératives diverses. 

Sous l'influence catholique se sont formées quelques 
coopératives dont la plus importante est le Volksbelang à 
Gand avec 8,500 sociétaires. 



: 



III. — ÉTATS SCANDINAVES 

Les peuples Scandinaves, coin me les Allemands, sont 
naturellement portés à l'association < 1 >. Ils doivent, en 
grande partie, leur formation, leur prospérité, leur rôle en 
Europe, à leur marine marchande qui a eu pour premier 
élément la piraterie normande, constituée et entretenue au 
moyen de ghildes maritimes, c'est-à-dire d'associations. 
Aussi les associations coopératives, particulièrement les 
sociétés de consommation, ont-elles pris, chez les peuples 
Scandinaves, un développement assez important. En Suède, 
en Norwège, en Danemark, ce développement a élé favorisé 
par le nombre, l'importance, l'indépendance des caisses 
d'épargnes qui, la plupart, font en même lemps fonction 
de banques populaires. 

En 1875, il n'y avait pas en Suède moins de 325 caisses 
d'épargnes dont 93 dans les villes et 232 dans les campa- 

(i) Revue des Banques, décembre 1880; llans Cruo-er » -\\\ 
332, 334. ° ' v ' l ' 



" ï 

I 



404 



LA COOPERATION DANS LES ETATS SCANDINAVES 






gnes. Le montant des dépôts était de 134,119,677 couronnes ; 
entière liberté de s'administrer. Joignez à cela de nombreuses 
banques par actions, avec faculté d'émettre des billets de 
banque au porteur, sur le fondement de la solidarité, sans 
compter les banques privées par actions, les unes et les 
autres pénétrant dans toute la Suède, au moyen de leurs 
succursales. Néanmoins M. Hans Cruger signale pour 1886 
l'existence en Suède : 1° de 28 Yolksbanken dont 20 sur la 
base delà responsabilité illimitée des sociétaires et 8 limitée; 
2 n de nombreuses associations coopératives pour la pèche, 
la construction et la navigation maritimes, et l'exploitation 
des forêts; 3° de 60 sociétés de consommation: 4° de 40 
sociétés de construction de maisons (Baugenossenchaften), 
et o° de plusieurs laiteries coopératives dans les campagnes. 

En Norwège, les caisses d'épargnes, ('gaiement libres et 
faisant fonction de banques populaires, étaient en 1884, au 
nombre de 264 dans les villes et de 64 dans les campagnes; 
dépôts 166 millions de couronnes (la couronne vaut 1 f 40) . 
11 a été établi en Norwège plusieurs sociétés coopératives de 
production pour la petite industrie et le commerce de détail; 
quant aux sociétés coopératives de consommation, elles s'y 
sont multipliées : on en comptait 150 en 1871, 20 dans les 
villes et 130 dans les campagnes, avec 18,000 sociétaires et 
un total d'affaires de 4,500.000 francs. 

Mêmes conditions pour les caisses d'épargnes en Dane- 
mark: au nombre de 440 fin 1880, elles avaient en dépôt 
254,150,412 couronnes (la couronne danoise vaut l f 33). 
831 sociétés de secours mutuels comptaient 115,035 associés 
avec un fonds de 2,148,000 cour. Les associations coopé- 
ratives qui ont le plus grandi en Danemark sont, d'une 
part, les Sociétés de construction, notamment celle de 
Copenhague, 16,241 sociétaires en 1889, avec un fonds 
social de 2,300,000 cour., et, d'autre part, les laiteries 



LA COOPÉRATION EN ESPAGNE 



405 



coopératives. Il en existait plus de 80 («. Elles se sont 
livrées à la fabrication du beurre sur une grande échelle 
et ont trouvé une excellente clientèle dans les coopératives 
de consommation anglaises. Elles ont même fondé une 
coopérative centrale de vente. En outre, il a été établi 
en Danemark plusieurs Vorschuss Vereine et un assez 
grand nombre de sociétés coopératives de consommation. 
M. Cruger en a relevé de 70 à 80 en 1870, dont 36 avec 
4,330 sociétaires avaient fourni des comptes. 

IV. — ESPAGNE ET PORTUGAL 

L'on doit à M. Piernas Hurtado. publiciste espagnol très 
distingué, des renseignements intéressants sur le mouvement 
coopératif en Espagne et en Portugal '->. Espagnols et 
Portugais sont plus portés à l'associa lion que les Français. 

-I . — Espagne. 

Depuis le xv siècle, l'Espagne possède de nombreuses 
banques ou caisses agricoles qui fonl aux agriculteurs des 



(1) U culture du I ► I « - ne rendant plus ee qu'elle coûtait, on l'a 
remplacée par la création de pâturages; des races nouvelles ont 
été créées, perfectionnant singulièremenl le bétail qui existait chez 
nous, et l'on a tiré de la laiterie de gros bénéfices. Comme les trois 
(inarts de la terre son! entre les mains des paysans, avec des 
domaines de 10 a 13 hectares, ils se sont associés pour la création 
de ces laiteries, et milte ou douze cents usines, avec cheminées, 
se sont élevées dans les campagnes. Les neuf dixièmes .le ces 
usines appartiennent a des associations coopératives de paysans. 
(Débats, i juin 1893.) 

(2) Revue des Banques, août 1886; Batbie : Du Crédit populaire; 
L. Durand, ch. \iv: Cruger, p. 339; l»icrnas Hurtado, Revue écono- 
mique, novembre IS'Jri. 






• : 




406 



LA COOPERATION EN ESPAGNE 




avances en argent ou en nature, à un taux d'intérêt modéré. 
A la fin du siècle dernier, il y avait en Espagne 9,604 Positos 
avec un capital de 120 millions. Malgré les épreuves de 
l'Espagne en notre siècle, on constatait encore en 1866 
l'existence de 3,500 Positos avec un fonds de 35 millions. 
Ils ont été l'objet d'une nouvelle loi organique en 1877. C'est 
à peu près à cette époque que le mouvement coopératif 
s'est accentué. M. P. Hurtado a relevé en 1891 36 sociétés 
coopératives de production, 71 de consommation, 3 de 
crédit et 3 de construction. Ces chiffres attestent une certaine 
activité. M. P. Hurtado pense qu'il existe, au moius, 
200 associations coopératives en Espagne. 

Par contre, les caisses d'épargnes n'ont encore pu prendre 
qu'un mouvement restreint. Fin 1888, on n'en comptait en 
Espagne que 42 avec 134,513 déposants auxquels était dû 
un total de 106 millions de pesetas. 

Les principales sociétés de production se trouvent à 
Murcie et en Catalogne (fabriques de tissus, tonnelleries, 
charpentiers, maçons, peintres, armuriers, cordonniers, 
cordiers, corroyeurs, peigneurs, tisseurs). 

Les sociétés de crédit sont : la Protection mutua à Madrid, 
avec un capital de 84,200 pesetas; une société de crédit 
agricole à Talavera Real, et à Badajoz une société d'épargne 
et de prêts des télégraphistes. 

Des sociétés de construction ont été établies à Badajoz 
et à Madrid, El Parvenir fiel Artesano et la Constructora 
benefica. 

Quant aux sociétés de consommation, les plus importantes 
sont : 1° la Coopérative des armées de terre et de mer à 
Cadix et au Ferrol (La Corogne), Valladolid, Valence, 
Badajoz; celles des maîtres cordonniers de Barcelone et 
des maîtres relieurs de Madrid; Et Trabajo à Alcoy, avec 
600 sociétaires; la Igualdad de Tharsis, 288 sociétaires; 






LA COOPERATION EN PORTUGAL 



i07 



la Soeiedad cooperativa de Séville, capital 100,000 pesetas; 
l'Union obrera d'Oviedo; la Société coopérative de Mieres; 
la Bienhechora de Badalona, 900 sociétaires; El Porvenir 
de Cornella, en Catalogne, 300 sociétaires, avec un bel 
hôtel, écoles, jeux; la Mutualidad, fondée à Madrid par 
M. Piernas Hurtado, actions de 100 fr., versements hebdo- 
madaires de 1 fr.; la Mutualidad fournit les denrées 
alimentaires, vêtements, souliers, pharmacie, médecins 
et avocats, avec un rabais de 6 à 20 %; elle paie ses 
achats avec des bons, sur lesquels elle alloue une prime. 
Quelques-unes de ces sociétés remontent à plus de 



B. — Portugal. 

Une loi de 1866 a doté le Portugal d'une organisation de 
crédit populaire par la transformation des anciens établis- 
sements de bienfaisance, qui ont dû vendre leurs biens 
fonciers pour constituer des banques de crédit agricole 
et industriel. A ces banques sont annexées des caisses 
d'épargnes. Les fondions de ces banques consistent : 1° A 
avancer les capitaux nécessaires pour la conservation et 
l'amélioration de la propriété rurale, pour l'achat des 
matières premières et des machines; -2" à recevoir des 
dépôts remboursables par quinzaine avec intérêt à 3 %. 
Elles sont autorisées à prêter, sur gages, sur nantissement, 
sur caution, à accepter toutes lettres de change, à ouvrir 
des comptes courants et à émettre des obligations corres- 
pondant à leurs opérations. En Portugal comme en Espagne, 
le mouvement coopératif a trouvé de bons éléments dans le 
passé. Il existail, en 1891, 40 sociétés coopératives en 
Portugal, 2 de crédit. 6 de production, ?,2 de consommation 
dont 8 militaires. Les plus importantes sont : la Coopera- 









I 



I 
: 

■ 



408 



LA COOPERATION AUX ETATS-UNIS 



tiva industrial social à Lisbonne, société de production, 
capital 95,000 fr.; la Sociedad economica domestica de Porto, 
capital 200,000 fr., société de consommation; et la Caixa 
economica operariri, 810 sociétaires, capital 47,000 fr. 



VII. — Des associations coopératives aux États-Unis. 

Le mouvement coopératif est très considérable aux États- 
Unis, sans y présenter encore l'importance extraordinaire 
qu'il a prise en Allemagne, ni l'ampleur des résultats de 
l'Angleterre. 11 semble néanmoins appelé à y acquérir, 
plus tard, de tout autres proportions, à raison de l'étendue. 
et des ressources du territoire, de la nature des populations, 
du caractère des institutions, et principalement de la pra- 
tique de l'association sur une échelle inconnue à la plupart 
des peuples de l'Europe continentale. Quelques États, 
le Massachusetts, le New-Jersey, le Minnesota, le Wisconsin, 
New- York, ont établi une législation spéciale pour les 
associations coopératives, fixant le minimum du nombre 
des associés, celui du capital et même son maximum, la 
cotisation sociale, la réserve, etc., etc. A ces diverses causes. 
il faut joindre l'élévation des salaires et le bon marché relatif 
de la vie, qui permettent aux classes laborieuses de faire et 
d'accumuler des épargnes, tout autrement puissantes même 
qu'en Angleterre, qu'en Allemagne et qu'en France' 1 ). 



(1) Consulter : Revue des Banques, mai t S,S7 : Hans Cruger, 
p. 340-371; Rabbeno, Renie économique, décembre 1888; John 
Hopkins : Annual Séries, série vi : Histqry nf Coopération in (lie 
United States; American Economist Association, vol. I, n<" 1 p.1 . : i. 
vol. H, n° "2: Foreign Reports publiés par t'Offlce of Labor de 
Londres, 1892, vol. 1; Economiste français, 28 juillet el 5 août 1893. 



^EKl ~ t ~!lv,.;v 



CAISSES I) ÉPARGNES 



409 



A. — Caisses d'épargnes. 

Fin 1889, on comptait aux États-Unis! 1 ) 849 caisses 
d'épargnes, dont 637 étaienl de véritables mutualités coopé- 
ratives. Elles devaient une somme de 1,425,230,349 dollars 
à 4,021,523 déposants. Leur avoir total s'élevait à -1 milliard 
622,612,215 d., représentés par : dettes des Étals, comtés et 
communes, 280,1 39,404 d.; dettes fédérales, 138,923,630 d.; 
actions diverses et hypothèques, 101.819,419 d. ; obligations 
et actions de chemins de fer, 101,443,381 d.; avances sur 
garanties, 160,816,153 d.; avances en comptes courants, 
74,551,588 d.; actions do banques, 42.203.054 d.; dépôts 
de banques. 61,534,576 d.: prêts mutuels, 507,373,144 d.: 
immeubles, 29,052,572 d.: espèces, 29,928,832 d. Ces divers 
articles de placement indiquent que les caisses d'épargnes, 
tout en disposant de 8 milliards de francs, jouissent d'une 
absolue liberté. 

Elles exercent la fonction de banques populaires, mais 
elles sont loin de l'exercer seules. 

B. — Banques et Sociétés coopératives de en-dit. 

A coté d'elles se trouvent 1rs banques nationales, les 
banques d'État et les sociétés de prêts qui, sans être, comme 
les caisses d'épargnes, basées sur la mutualité, distri- 
buent néanmoins le crédit comme des banques populaires 
Fin 1889(2), il y avait aux États-Unis : I" 3,290 banques 

(1) Fin 1890, 860 caisses; 1,461 millions de dollars; réserves 
1-j.j millions do dollars: capital i-l\ millions de dollars. 

(2) Fin 1890 : 3,759 banques nationales; actif 3,465,853,467 d - 

1,801 banques d Etal (State Banks/; actif 812,024 300 d ■ 242 bai .< 

privées (Private Banks): actif 27,413,505 d.: ÎOO Trust Compares- 
actif 369,913, 170 défaisant avec les 860 Saving Banks 6 385 617 970 ri ' 
SOÏ1 :ji milliards de francs. 









410 



BANQUES POPULAIRES 






nationales; capital 612 millions d.; dépôts 1,822 millions d.; 
2° 1,671 banques d'État; capital 166 millions d.; dépôts 507 
millions d.; 3° sociétés de prêts, 1*20; capital 59 millionsd.; 
dépôts, 299 millionsd. Par suite, les banques populaires 
coopératives n'ont pas la même importance aux États-Unis 
qu'en Allemagne ou qu'en Italie. Néanmoins, il a été fondé, 
dans divers États, plusieurs groupes de banques coopéra- 
tives. Viennent au premier rang : les banques coopératives 
du Massachusetts qui, en 1877, étaient au nombre de 35 
avec 10,000 sociétaires et un capital de 12 millions de 
francs. On peut citer : la Corporative Bank de Waltham, 
avec 232 sociétaires; la Workmg Men's Bank, 485 socié- 
taires; et la Pioneer Corporative Bank, 720 sociétaires. 

C. — Caractère général du mouvement coopératif. 

Les idées et les projets de coopération ont été apportés 
aux États-Unis par de nombreux disciples de R. Owen et 
de Fourier, peut-être même par des colons ou émigrés 
français, au courant des théories socialistes du xvm e siècle 
et de la Révolution française. Us ne pouvaient pas trouver 
de terrain plus favorable. Aussi les expérimentations n'ont- 
elles pas manqué. La première parait remonter à 1847, 
Working Men's Protective Union, qui s'est divisée en trois 
autres Unions : Worcester dans le Massachusetts avec 130 
membres; Salmon Faits dans le New-Hampshire, et Natiek 
(Massachusetts) 375 associés. On peut considérer les États- 
Unis comme un vaste laboratoire d'expériences sociales. 
Ces expériences ont été faites et se continuent maintenant 
sous deux influences : 1° celle du socialisme, plus ou moins 
européen, exercée tantôt par des associations spéciales, 
souvent religieuses, tantôt par des associations politiques, 
telles que celles des Patrons of Husbandry (propriétaires 






COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION 



411 



ruraux), des Sovereigns of Industry (manufactures) , ou 
des Knights of Labour, Chevaliers du Travail (*), ouvriers 
de fabriques, — associations instables malgré leur puis- 
sance; 2° celle de la liberté économique, moins éclatante, 
mais plus durable dans les résultats. Ces influences générales 
révèlent un autre fait, c'est que le mouvement coopératif 
aux États-Unis ne s'est pas renfermé dans les villes; il s'est, 
de très bonne heure, étendu à la production agricole. 
M. Hans Gruger cite une société de consommation agricole 
établie en 1831. En 1874, les Patrons of Husbandry avaient 
fondé 24,296 groupes avec 763,263 sociétaires; et les Sove- 
reigns of Industry comptaient 450 sociétés (Vereine) avec 
40,000 membres et la millions de dollars d'affaires. 

1rs Patrons of Husbandry el les Sovereigns of Industry 
ont particulièrement favorisé les sociétés de consommation. 
Ce sont, par suite, celles qui ont pris d'abord un grand 
développement; au contraire, les Knights of Labour ont 
provoqué la formation des coopératives de production. 

D. — Sociétés coopératives de consommation. 

Avec le concours des Patrons of Husbandry et des Sove- 
reigns of Industry, les sociétés de consommation se sont 
répandues dans toutes les parties des États-Unis. En 1888, 
on relevait l'existence de 53 Consumvereine dans la Nouvelle- 
Angleterre avec 0,000 à 7,000 sociétaires; mouvement 
d'affaires 10 millions de dollars; 20 à 30 dans les États de 
l'Ouest, et 155 dans ceux du Sud. Les plus considérables 
de ces sociétés sont celles de Philadelphie. 2,355 associés: 
affaires 171,278 d.; Rugby dans le Tennessee; Webster 



1 






(1) Consulter spécialement le livre de M. Hans Cruger p 349-371 
et Foreign Reports, vol. I, [802; Économiste français, 22 millet 

et 5 août 18113. ' J 



412 



COOPERATIVES DE PRODUCTION 



dans le Massachusetts, 330 associés: affaires 866,000 d.; 
New-Britain (Connecticut), 200 membres; affaires 75,000 d.: 
Beverley (Massachusetts), 280 membres; affaires 124,900 d. 



E. — Sociétés coopératives de production. 

Elles semblent avoir pris beaucoup plus d'importance 
aux États-Unis que celles de consommation, à cause du 
nombre des sociétés coopératives agricoles. Les premières 
ont été établies par les tailleurs en 1849, puis les tondeurs 
en 1867, puis les cordonniers, principalement dans le 
Massachusetts et le Minnesota. M. Habbeno en a relevé 
jusqu'à 110, dont 62 subsistaient encore en 1886. M. Hans 
Cruger, après avoir constaté l'existence en 1884-1887 de 
20 coopérations de production dans la Nouvelle-Angleterre, 
affaires 850.000 d., signale particulièrement les tailleurs 
de Boston réunis en 1849, la fabrique coopérative de 
chaussures de Spencer, les imprimeurs de Boston, les ton- 
deurs de Nashua et de Bochester, les magasins coopératifs 
de Troye, les chapeliers de Philadelphie, les cigariers de 
Beading et de Chester, les coopératives de New-York, 
surtout les couturières, la Martha de Washington, reliées 
par le bureau central des Knights of Labour, les tonneliers 
du Minnesota et du Wisconsin, les plombiers de Milwaukee, 
les potiers de l'illinois, les peintres de Minneapolis, les 
cordonniers de San Francisco et ceux de Saint-Louis, les 
ouvriers en glaces, machines, meubles de Baltimore, avec 
20 coopératives diverses. Il a été également établi des 
coopératives de production dans l'illinois, l'Ohio, l'Indiana. 
le Missouri. On peut citer les charpentiers de Decatur, 
affaires 90,000 d. : les ouvriers el ouvrières en tabac 
dans le Maryland, le Kentucky. le Tennessee, la Virginie, 
la Caroline. Dans l'Iowa. la colonie communiste d'Amana 



COOPEBATIVES HE CONSTRUCTION 



413 



a organisé plusieurs sociétés coopératives de production. 
La plupart dos coopératives qui viennenl d'être indiquées 
sont commanditées et contrôlées par les Knightsof Laboura 

II. — Sociétés coopératives de construction 
(Building Societies). 

Les associations coopératives de construction ont pris un 
très grand développement aux États-Unis. Elles ont le grand 
avantage dYire indépendantes des Ordres de tout genre. 
M. Hans Cruger en compte 4,000 pour 1888 avec 872,000 
membres; montant des actions ou parts 5,500,000 d.; 
valeurs actives 336,500,000 d. Les Liais où elles oui le plus 
d'importance sont : la Pensylvanie, 1,000 sociétés en 1886 
avec 218,000 sociétaires; actif 84 millions d.; New-Jerse?, 
200 sociétés, 52,587 membres; actif 14 millions d.; Massa- 
chusetts, 66 sociétés, 27,943 membres; Californie, 60 sociétés, 
dont 17 à San Francisco; [ndiana, 400 sociétés; Ohio, 000: 
Illinois, 450. 

C'est un grand mouvement qui répond aux progrès et 
aux épargnes des classes laborieuses en Angleterre. 



K. - S 



ociétés agricoles coopératives. 



M. Hans Cruger évalue à 5,000 le nombre des laiteries, 
avec les fabriques de fromage et de beurre, qui se trouvaient 
dans les États de New- York, Massachusetts, lowa, Minnesota, 
Illinois. Il signale, avec raison, l'importance aux Llats- 
Unis de la production du lait et des aliments en dérivant. 
C'esl un fa il général sur le globe. Le lail et ses produits 



(1) Les Chevaliers Un Travail onl prêté aussi I ■ concours à la 

formation de sociétés coopératives d'assurances, 



u 



414 



COOPERATIVES AGRICOLES 



alimentaires ont, de tout temps, été exploités en sociétés; 
Ils représentent une valeur annuelle de plus de 2 milliards 
de francs W. 

Les coopératives agricoles ont été surtout fondées par les 
Patrons of Husbandry ou Grangers, dans ITowa, le Maine, 
le New-Hampshire, le Connecticut, le Kansas, le Texas, 
le Massachusetts, l'Ohio, l'Indiana, le Michigan. Principales 
sociétés : société des Moines; société du Texas, avec 156 
branches; affaires 1,977,579 d.; les Chevaliers du Travail 
ont même fondé à Minneapolis une coopérative territoriale 
et une autre en Californie : achat et culture en commun. 

M. — Observations générales. 

En somme, les associations coopératives de construction 
et les caisses d'épargnes mutualistes des États-Unis sont 
seules à comparer aux grandes coopératives allemandes, 
italiennes et anglaises. Il y a encore aux États-Unis trop 
d'instabilité, trop de brusques changements dans les cou- 
rants, pour que les associations coopératives y présentent 
les mêmes caractères qu'en Allemagne. 



VIII. — Des associations coopératives en Australasie. 

La race anglo-saxonne, qui s'est réservé, avec une ardeur 
extrêmement jalouse, la colonisation des diverses parties de 
l'Australasie, n'a pas manqué d'y implanter les associations 
coopératives qui la caractérisent. M. Hans Cruger a relevé 
plusieurs sociétés de consommation à Melbourne dès 1872, 
avec 50,000 livres sterling de capital et 29.191 1. s. de 
réserves, en même temps que diverses associations coopé- 

(I) Le Foreir/n Report 1892 donne beaucoup de renseignements 
sur les coopératives agricoles aux Etats-Unis. 






LA COOPÉRATION EN AUSTRALASIE 41 O 

ratives de production, notamment dans la cordonnerie. 
Fin 1883. il existait -48 associations coopératives dans l'État 
de Victoria avec 20,077 membres et un mouvement de prêts 
de 3 millions 1. s.; et 21 dans la Nouvelle -Galles du Sud 
avec 2,500,000 I. s. de prêts. 

Voici quelques autres renseignements, appartenant à peu 
près h la même époque, sur le crédit populaire et la 
mutualité en Âustralasie. 

I. Caisses d'épargnes privées et postales. — Au 30 juin 1884 
le total des dépôts des caisses d'épargnes s'élevait à 
10,394,522 1. s. dus à 360,731 déposants, savoir : 

Livres sterling. Déposants. 

New-South WaJes 2.895.456 liO.noo 

Victoria 2.818.432 137.009 

South Australia 1.500.949 ifi.388 

Queensland 1 .086,685 26.642 

Tasmania 380.343 li'.i:il 

New-Zealand t. 687. 779 69.966 

Western Australia ii.sTs 1.904 

Au 31 décembre 1885, l'ensemble des dépôts s'élevait à 
12,370, 427 1. s., dus à 480,232 déposants. 

II. Building Societies. — On en comptait 21 dans le New- 
South Wales seulement en 1885, au capital de 942,200 1. s.; 
dépôts 1,322,200 1. s. : avances 2,664,300 1. s. 

Dans l'État de Victoria elles étaient au nombre de 48 
en 18S3 avec 20,033 membres actifs; capital 3,075,941 1. s.; 
dépôts 1,336,956 I. s.: avances 3.082.794 1. s.; revenu annuel 
1,326.933 I. s. En 1885, il y avait 02 sociétés avec 22,804 
membres; dépôts 2,500,250 1. s.; avances 2,073,1X9 1. s. 

III. Friendly Societies. — Dans l'Étal île Victoria, il en 
existait en 1883 32 avec 709 succursales, 55,140 membres, 
21 1,102 1. s. de revenus et un capital de 480,7 42 I. s. 

4 nouvelles ont été établies en 188 4 avec 25 succursales. 



416 



LA COOPERATION EN FRANCE 



En 1884 le revenu s'est élevé à 227,936 1. s. avec un 
excédent de 16,787 1. s. des recettes sur les dépenses. 

Dans la Nouvelle-Zélande les sociétés diverses avaient 
18,813 sociétaires avec un capilal de 232,321 1. s. 

IX. — Des associations coopératives en France. 



A. — Histoire et éclipse des associations. 

Quelle part la France a-t-elle prise dans ce mouvement 
extraordinaire, qui appartient particulièrement à la race 
anglo-saxonne et qui t'ail tant d'honneur à. l'Allemagne? 
Nous allons l'expliquer rapidement, avec une entière impar- 
tialité, car la cause des associations coopératives de toute 
sorte, et même, à un point de vue plus général, celle de 
l'association elle-même, rencontrent toujours, en France, 
d'intraitables adversaires, à raison, tantôt des préjugés 
antireligieux, surtout anticatholiques, des traditions monar- 
chiques et centralisatrices, des passions révolutionnaires 
et des systèmes socialistes (*). 

L'ancien régime, dès ses lointaines origines, se montra favo- 
rable aux institutions populaires, précisément sous l'action 
du christianisme. Ayant l'association pour élément géné- 
rateur et vital, le christianisme ne pouvait leur être hostile. 




(1) M. Hiernaux a consacré tout le livre lit de son ouvrage, 
le Crédit au Traçai/, à l'histoire de la coopération, de la mutualité 
et du crédit populaire en France. — Comparer : Reçue des Banques, 
juin et juillet 1887; Gide : Du Mouvement coopératif en France: 
Revue économique, janvier I SiK-S : l'Almanach de la Coopération, 
1 893 : Hubert Valleroux : Des Associations coopératives en France 
et à l'étranger; les articles de M. Brelay dans l'Economiste français, 
et ses brochures diverses: II. Valleroux : Les diverses Législations 
sur les .Sociétés coopérai ires, 189] : Grilner : conférence a la Société 
d'Économie sociale, mai I811U. 



ÉCLIPSES DES ASSOCIATIONS EN FHANCE 



417 



Ce n'est guère qu'au xvn" siècle que l'attitude de la royauté 
a changé, sans aller cependant jusqu'aux injustices et aux 
violences de l'Assemblée constituante et de la Convention. 
Bien qu'on ait cru pouvoir soutenir le contraire, il est 
aujourd'hui reconnu que les classes laborieuses, ouvriers et 
paysans, non propriétaires, n'ont eu aucune part dans la 
Révolution française: elles n'en ont recueilli que vingt- 
trois ans de guerres civiles ou extérieures; elles en oui t'ait 
les frais. Comme l'a dit Lafayette en 181,';, elles uni. couvert 
l'Europe de leurs cadavres, sans même conserver à la 
France ses frontières naturelles. Il suffit d'ouvrir nos codes, 
tous achevés sous le premier Empire, et à peine remaniés 
depuis, pour acquérir la certitude que les classes laborieuses 
n'ont été pour rien dans la Révolution : elles n'en ont reçu 
que la loi île juin 1791, œuvre des disciples de Turgol, 
déiruisanl el spoliant toutes les associations ouvrières cl 
autres eu France. Cette destruction a été d'autanl plus 
douloureuse qu'elle a eu lien au moment où allaient se 
produire des grands progrès qui devaient gravement modifier 
les conditions du travail et rendre plus nécessaires encore 
aux travailleurs les avantages de l'association. 

L'esprit d'association a reçu en France, soi) des édits 
royaux sous l'ancien régime, soil des diverses lois de la 
Révolution, soit des codes impériaux, maintenus par les 
monarchies parlementaires, une blessure qu'il a fallu près 
d'un siècle pour cicatriser ; blessure d'autant plus grave 
que, depuis longtemps, à raison peut-être d'un indivi- 
dualisme excessif, peut-être des épreuves qu'ils oui, eu à 
subir dans leur longue ei pénible carrière historique, telles 
que la conquête romaine, l'occupation arabe, les invasions 
germaniques, les persécutions religieuses (guerre dos Albi- 
geois et expulsion des Protestants), les Français paraissent 
moins aptes et moins portés à l'association que la plupart 






I 



418 



LEUR RENAISSANCE 1830 




des peuples qui les entourent, surtout que les peuples d'ori- 
gine anglo-saxonne. Toutes les associations se dispersèrent, 
disparurent, liquidèrent devant les décrets de l'Assemblée 
nationale et de la Convention; seules les sociétés de compa- 
gnonnage parvinrent à échapper, grâce à leur éloignement 
et à leur dispersion. 

Fourier, par ses théories, Saint-Simon, par ses écrits et 
les essais de son école, ont eu le grand mérite de rappeler, 
en France, l'association, en quelque sorte, à la vie, tant le 
Code pénal de 1808 l'avait étranglée; dès la Restauration il 
s'est produit, sinon dans les faits, du moins dans les esprits, 
une réaction énergique contre la loi de 1791, les articles 
du Code pénal et leurs appartenances. Mais à côté de ce 
courant favorable à la liberté d'association, deux autres 
courants ont bientôt apparu, l'un complètement révolution- 
naire, l'autre socialiste, d'abord séparés, aujourd'hui réunis. 
Si l'on tient compte de ces deux derniers courants, de la 
longue éclipse de l'association en France, des dispositions 
hostiles de l'ensemble de la législation et de la jurisprudence, 
des ferments révolutionnaires qui agitent la société française 
depuis un siècle, des raisons d'inaptitude spéciales des 
Français pour l'association, on reconnaît qu'il était difficile 
que les associations coopératives ne fussent pas exposées h 
de nombreux échecs. Ces difficultés subsistent encore. 

On peut distinguer en France trois périodes dans l'histoire 
des associations ouvrières, qui se confondent presque avec 
les associations coopératives. 



B. — Première période : 1830-1852. 



Les idées de Fourier, les projets saint-simoniens, les 
critiques des codes de .Napoléon, les changements dans 
l'industrie, les remarques des économistes, notamment de 



LEUR RENAISSANCE 1848 419 

Sismondi, les insurrections des ouvriers à Paris et à Lyon 
provoquèrent, sous la monarchie de Juillet, la première 
eelosion populaire du socialisme. Louis Blanc, Proudhon 
Cabet, Bûchez, V. Considérant en furent les interprètes,' 
Bastiat et Michel Chevalier les adversaires. Ce mouvement 
eut une part dans la révolution de 1848 qui revêtit un 
caractère socialiste assez accentué. Pour y répondre le 
gouvernement favorisa, avec les fonds de l'État, quelques 
expériences d'associations ouvrières coopératives. En 1863 
16 associations subsistaient encore avec 337 sociétaires et un 
capital de 1,116.000 francs. Mais l'opinion publique ne s'y 
montra pas sympathique. Et dans deux rapports, presque 
officiels, MM. Blanqui et Villermé se prononçaient contre 
les associations ouvrières en principe. C'était le moment où 
Schulze-Dehtsch et Raiffeisen imprimaient un essor décisif 
à leurs idées. 

I). — Seconde période : 1852-1870. 

Le Trésor français a perdu environ trois millions dans les 
essais ci-dessus. C'était une bagatelle; néanmoins tous les 
adversaires des associations ouvrières n'ont cessé de s'en 
faire une arme. L'objection réelle n'était pas dans la perte, 
mais dans la nécessité qu'il y avait eu de recourir à l'État,' 
recours très significatif, sur lequel on compte encore! 
Le trait qui marque le mouvement coopératif en France est 
celui-ci : le Trésor public doit procurer ce que la confiance 
privée «refuse W. 

Le mouvement s'arrêta pendant la première partie du 
second empire, époque de violente réaction contre la 



(1) Tout, 



récemment, une délégation de syndicats 



nouveau demandé la fondation d'un Crédit oiin,. 
de l'État, à propos de la Buncpi,. de crédit agricol 



ouvriers a de 
avec subvention 



u 





420 



LEUR RENAISSANCE 1867 



Révolution de 1848, l'insurrection de juin à Paris, le 
courant socialiste sous la monarchie de Juillet. Pas mal 
d'esprits confondaient les associations ouvrières avec ces 
événements. On insistait sur les perles du Trésor; on décla- 
rait les ouvriers incapables de diriger une association. 
Tout au plus acceptait-on, ce qui était vieux de bien des 
siècles en France, des sociétés temporaires pour coupes de 
bois, défrichements, terrassements, laiteries et fromageries. 
Dans la seconde partie, il y eut, sous l'influence de la guerre 
d'Italie et des traités de commerce, un réveil de l'opinion, 
un retour vers les idées d'associations populaires. 

Le gouvernement, qui affectait volontiers des attitudes et 
des apparences démocratiques, s'y montra, d'abord, favo- 
rable. Une grande enquête fut ouverte sur les associations 
ouvrières. Cette enquête aboutit aux articles de la loi du 
27 juillet 1867 sur les sociétés à capital variable. Le gou- 
vernement lit même les fonds d'une Caisse des associations 
coopératives. Bientôt les bonnes dispositions du pouvoir se 
refroidirent. Il redoutait les progrès de ['internationalisme 
qui avait déjà tenu ses premiers congrès de Bruxelles et 
de Gand. Il redoutait bien davantage le réveil de l'esprit 
libéral et du parti républicain, sous l'influence des aventures 
et des fautes, si dangereuses, de Napoléon III. 

Il s'était formé, en effet, une sorte de groupement des 
diverses branches du parti libéral pour promouvoir en 
France les associations ouvrières, MM. Batbie, LéonWalras, 
d'Assailly, Cernuschi, Seingucrlet, llorn, le comte de Paris, 
faisaient connaître à la France, attardée par près de quinze 
ans d'obscurantisme impérial, les résultats de la coopération 
en Allemagne et en Angleterre. Ce fut une révélation. 

M. Beluze fonda le premier la Banque tin Crédit an travail 
dans laquelle MM. Casimir Pépier, Cochin, de Broglie, Léon 
Say, Jules Simon, Batbie, prirent place à côté de Louis Blanc, 



BaHV 



COOPERATIVES DE PRODUCTION' 



m 



de Bûchez, d'Esquiros, de M. Naquet, de M. Clemenceau 
el deBakounine, composant un inexplicable pandémonium. 
Des associations analogues s'établirent à Lyon, à Saint- 
Étienne, à Lille MM. Léon Say et Walras les relièrent par 
la Caisse d'escompte des Associations populaires. Un grand 
congrès fut convoqué à Paris., sous la présidence de 
M. Beluze; MM. Schulze-Delitsch, Vigano, Luzzatti, Horn, 
promirent leur concours. Le gouvernement impérial, déjà 
fort malade, comme son maître, prit peur. L'autorisation 
fut refusée. 

Néanmoins le mouvement ne fut pas arrêté. Selon le 
journal le Crédit au Travail, il existait en France, fin 1868, 
44 sociétés coopératives à Paris, 21 à Lyon, 2S dans le 
surplus de la France et en Algérie! D'après les relevés du 
gouvernement on comptait 4 sociétés coopératives avec un 
capital de plus de 200.000 francs. 120 avec un capital de 
100,000 à 200.000 francs, et 68 avec un capital inférieur à 
10,000 francs. Ces résultats, qui furent contestés, avaient été 
obtenus grâce au concours du Crédit au travail et de la 
Caisse d'escompte des Sociétés coopératives. 

Ces sociétés se divisaient en quatre groupes : I" sociétés 
de production : 2° sociétés de consommation; 3° sociétés de 
construction; 4 ,J banques populaires et sociétés de crédit 
mutuel. 

1 e Les sociétés de production furent celles qui acquirent 
le plus d'importance el qui jouirent de la plus grande 
vogue. Elles laissaient entrevoir des bénéfices; on répandait 
parmi les ouvriers l'idée que l'association coopérative devait 
les enrichir. C'est cependant la forme la plus délicate 
de l'association. Les doreurs-argenteurs, les maçons, les 
typographes, les charpentiers, les bijoutiers, les rubaniers 
de Lyon constituèrent des sociétés prospères; mais les échecs 
furent plus nombreux que les succès. Un désaccord complet 







422 



COOPÉRATIVES DE CONSOMMATION 



se produisit à propos de la gestion : elle fut paralysée par les 
sociétaires. 

2° Les sociétés de consommation, y compris celles de 
vente et d'achat en commun, furent moins éprouvées; 
mais elles s'établirent très lentement. Les plus importantes 
furent des boulangeries ou des sociétés alimentaires. D'après 
l'Almanach coopératif pour 1870, il y avait en France et 
en Algérie 89 sociétés coopératives, sans y comprendre 
23 sociétés à Lyon, les boulangeries de l'île de Ré, la Société 
de Beauregard, celle de Grenoble, quelques sociétés à Paris, 
et un très petit nombre de sociétés pour l'achat et la vente 
en commun. 

3" Les sociétés de construction de maisons consistaient 
dans les sociétés de Mulhouse, deux petites associations à 
Colombes et aux Lilas, près Paris, et l'association de maçons 
dirigée par M. Cobadin. 

4° Sept banques populaires avaient été fondées : à Paris, 
le Crédit au travail, la Caisse d'escompte des associations 
populaires, la Caisse des Sociétés coopératives, les Sociétés 
de Crédit au travail de Lyon, Saint-Etienne et Lille: et la 
Banque populaire de Strasbourg. 

Au 30 juin 1866. la Société de Crédit au travail, à Paris, 
comptait 1,187 sociétaires; elle possédait un capital de 
206,220 francs dont 141,402 francs versés en 33 mois; elle 
avait escompté pour 2,740 millions de francs d'effets. Elle 
avait reçu 263,322 francs en compte courant et avait émis 
pour 156,071 francs de bons a échéances fixes. 

Le Crédit de Lyon avait 278 membres et 66,000 francs de 
capital; la Société de Lille 389 membres et 105,700 francs de 
capital; celle de Saint-Étienne 292 membres et 32,000 francs 
de capital. La banque de Strasbourg était au capital de 
100,000 francs. 

La Société coopérative l'Universelle, de Valence, avait 



COOPÉRATIVES DE CRÉDIT 



413 



fondé une caisse d'épargnes qui comptait 427 membres en 
1867, et une Société de crédit au capital de 40,000 francs. 
D'après VAImanach de kt Coopération pour 1870, 
64 sociétés de crédit mutuel avaient été établies de 1857 a* 
1866. Elles comptaient 2,902 membres avec 262,622 francs 
de capital. 15 de ces sociétés ne comprenaient que des 
ouvriers, 8 ne comprenaient que des patrons: 8 d'entre elles 
avaient plus de 10,000 francs. 

il y eut un moment où les sociétés de crédit mutuel prirent 
une extension réelle; elles réalisèrent des bénéfices notables. 
Elles se répandirent dans plusieurs quartiers de Paris. Deux 
d'entre elles, établies, l'une à Vincennes, l'autre dans le 
faubourg Saint-Antoine, provoquèrent la fondation de petites 
sociétés indépendantes. Moins elles étaient nombreuses, 
mieux elles conduisaient leurs affaires. La gestion était plus 
facile, moins coûteuse. En général, les avances avaient lieu 
moyennant un intérêt de 6 °/ . Elles étaient garanties par 
une caution, et ne pouvaient dépasser le double de la mise. 
La mise était constituée par des versements hebdomadaires 
et une cotisation. En outre, la Société escomptait les effets 
de ses associés. Plusieurs de ces sociétés avaient placé à 
côté de la banque une caisse de secours. A Lyon, des sociétés 
de secours dites « groupes à deux sous » furent formées. 

Ce mouvement était plein de promesses. Les sociétés de 
crédit mutuel reposaient sur les véritables bases des banques 
populaires. Il fut compromis et presque détruit par une 
catastrophe inattendue, quoique inévitable, la chute et la 
liquidation du Crédit au travail. 

Le Crédit au travail, avec des ressources qui dépassaient 
à peine 600,000 francs, dépôts compris, avait, en 33 mois, 
porté le total de ses escomptes à 2,740 millions, soit à' 
1 milliard par an environ. 11 y avait là une grande impru- 
dence; le Crédit au travail était devenu une banque de 



I 






m 



LIQUIDATION GENERALE 



commandite. Il n'était plus le ressort central d'associations 

populaires. La même faille a été récemment commise à 
Paris et a eu les mêmes résultats. La crise ne provint 
pas, cependant, de l'escompte des effets, mais des avances 
en comptes courants consenties à certaines industries. La 
seule Société des fabricants de boulons et fondeurs réunis 
obtint une avance de 300,000 francs. Des avances avaient 
été faites à 48 autres sociétés; 18 étaient en faillite ou en 
liquidation; 18 autres, très gênées, demandaient de longs 
ternies. La liquidation s'imposa. Klle fut désastreuse. Les 
créanciers ne reçurent que 18 j o . Ce sinistre entraîna la 
liquidation de la Caisse d'escompte des Associations popu- 
laires, de la Caisse d'escompte des Sociétés coopératives et 
de l'Universelle de Valence. 

Ces désastres n'auraient pas suffi, malgré le découra- 
gement qu'ils provoquèrent, pour enrayer le mouvement, si 
les événements de 1870. le siège de Paris, la Commune, les 
interruptions du travail pendant plus de six mois, n'étaient 
venus y apporter un élément perturbateur dont l'influence 
subsiste encore. 



E. — Troisième période : 1870-189 1. 



La révolution de 1870, l'établissement du gouvernement 
républicain, le libre jeu du suffrage universel sans le contre- 
poids d'un pouvoir quelconque, ont imprimé une nouvelle 
direction à toutes choses en France. L'influence des classes 
laborieuses, sans devenir prépondérante, a beaucoup grandi. 
Cette influence s'est nécessairement fait sentir dans l'action 
du gouvernement, dans la législation et dans l'opinion 
publique. 

L'envoi à l'Exposition de Vienne de délégués ouvriers 
(1873) peut être considéré comme le point de départ du 



W^M 



REPRISE DU MOUVEMENT 



425 



nouvel ordre de choses. Le mouvement coopératif reparaît, 
mais il n'a plus les mêmes caractères, ni les mêmes propul- 
seurs. Les économistes, les représentants des hautes classes 
en perdent, presque partout, la direction et s'éloignent. Au 
surplus, la direction politique de la France leur est eidevée 
pour passer aux mains des innombrables petits groupes 
des secondes couches des classes moyennes. L'action des 
idées socialistes, communistes, révolutionnaires, est tout 
autre. Les chefs de l'Internationale, les maîtres de la 
Commune, prennent et gardent sur les populations ouvrières 
une influence autrement puissante que celle des anciens 
commanditaires de la Caisse du Crédit au travail. Les 
ouvriers et les meneurs comptent bien plus sur le socialisme 
que sur la coopération et la mutualité pour améliorer leur 
condition matérielle. Qui aurait osé. qui oserait encore leur 
parler d'améliorer leur condition morale? 

D'un autre côté, les travailleurs conquièrent une place plus 
considérable dans la vie générale de la nation. Leur niveau 
intellectuel s'élève; les horizons du travail s'élargissent 
Après Vienne, des délégations ouvrières sont envoyées à 
Philadelphie, à Anvers. Les congrès ouvriers nationaux 
internationaux, se multiplient, les travailleurs v remplacent 
les économistes. Deux courants se sont alors peu à peu 
établis : le premier contraire, le second favorable à la coopé- 
ration et aux associations coopératives. 

Bans le premier courant, dominé par les idées socialistes 
une autre forme de l'association, le syndicat, mieux approprie 
au caractère français, a prévalu, avec l'espérance de trouver 
dans les syndicats ouvriers, dans les chambres syndicales 
une arme de défense, de lutte, de guerre même contre les 
patrons, un moyen pour agir sur les salaires, un instrument 
pour organiser des grèves, un levier de révolution sociale. 
L'association coopérative a été abandonnée, comme inca- 



i 



i 






12.. 






426 



LOI SUR LES SYNDICATS PROFESSIONNELS 




pable de fournir une force de résistance ou de révolution. 
Des grèves importantes, successives, destructives, ont été 
préparées, renouvelées : menuisiers, tailleurs, tapissiers, 
ébénistes, charpentiers, omnibus et voitures de Paris; les 
verriers du Midi; mineurs d'Anzin, Decazeville, Carmaux; 
tisseurs de Roubaix. La politique est intervenue dans ces 
grèves pour les aggraver et les ensanglanter. Elles sont 
devenues des moyens d'agitation. Elles ont fait la fortune 
de plusieurs meneurs. On a même inventé la théorie 
d'amadouer les meneurs. Les théorèmes de Karl Marx, avec 
les projets de Bakounine et de Kropotkine, se sont répandus 
de toutes parts : exploitation du travail par le capital, 
abolition du capital, dépossession par la force de tous les 
instruments de travail, mis en commun, au besoin en tas 
(mines, usines, chemins de fer, domaines fonciers, maisons, 
marchandises). 

Ce premier courant a été favorisé, en France, par 
l'une des plus grandes lois, votées depuis 1870 : celle du 
31 mars 1884 sur les syndicats professionnels, — loi répa- 
ratrice, qui appartient au second courant, mais qui n'en a 
pas moins fourni aux meneurs des grèves et des congrès 
leur plus redoutable arme de combat : le syndicat. Le 
syndicat est une forme de la coopération; détourné du but 
que la loi s'est proposé, il se convertit en moyen d'oppression, 
tantôt contre les patrons, tantôt contre les ouvriers. 

A cet égard, la France traverse, en ce moment, une période 
assez difficile, parce que le gouvernement n'y a pas la 
même puissance qu'en Allemagne, ni la même énergie 
qu'aux États-Unis, et parce que les ouvriers n'y possèdent 
ni la clairvoyance, ni l'expérience des ouvriers anglais. En 
Allemagne et en Angleterre, l'ensemble des institutions 
garantit la production, la richesse, la civilisation, contre 
les effervescences populaires. L'immensité du territoire, la 



PROJET DE LOI SUR LES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES 427 

multiplicité des États donnent la même sécurité aux États- 
Unis. Il n'en est pas de même en France. 

Le second courant est secondé, au contraire, par les 
classes dirigeantes, l'Église catholique, tous les esprits 
éclaires et, dans une certaine mesure, par le gouvernement 
républicain même. La loi sur les syndicats professionnels a 
ete faite dans les meilleures intentions. Elle est la charte 
d'affranchissement des travailleurs. Toute liberté leur a 
été rendue. Ils peuvent constituer toute espèce d'associations 
et même des unions d'associations. La loi s'applique aux 
syndicats agricoles connue aux syndicats d'industrie ou de 
commerce; elle revêt un caractère vraiment général Et 
si on parvient à la l'aire respecter par une démocratie très 
ombrageuse, elle opérera beaucoup de bien. 

A cette première loi, viendra très prochainement s'ajouter 
une loi spéciale aux associations coopératives. Le Sénat 
après une honorable discussion, l'a votée sur le rapport 
de M. le sénateur Lourdes. Elle contient sept titres ■ le 
premier, relatif aux dispositions générales; le second aux 
coopératives de consommation; le troisième aux coopéra- 
tives de crédit; le quatrième aux coopératives de construction- 
le cinquième aux coopératives de production; le sixième 
au transfert des actions et des créances; le septième à la 
participation aux bénéfices. Voici les principales lignes de 
cetteloi : 1° Les sociétés coopératives sont à capital variable 
civiles ou commerciales d'après leur fonctionnement ■ ->« les 
actions sont limitées de 20 à 100 francs; nul ne peut avoir 
dans le capital plus de 5.000 francs; le capital s'accroît ou 
diminue, selon la volonté des actionnaires; un dixième 
doit être versé sur chaque action avant la constitution de 
la société; la responsabilité est limitée à la part sociale- 
3" la société est gérée par des administrateurs, associés 
révocables, salariés ou non; le retrait de la société est 






j 





1 



428 



STATISTIQUE DES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES 




volontaire ou forcé, d'après les statuts ou les décisions de 
l'assemblée générale; 5° les retraits, décès, faillites, inter- 
diction des actionnaires n'ont pas d'effet sur la durée de 
la société ; 6° constitution d'une réserve égale au cinquième 
du capital; limite de la rémunération du capital social à 
5%; 7° les coopératives de consommation ont la faculté 
d'avoir des adhérents avec droit d'entrée; leurs bonis sont 
exempts de l'impôt sur le revenu; mais pour conserverie 
caractère civil, elles ne doivent vendre les objets achetés 
qu'à leurs sociétaires et adhérents; 8° les coopératives de 
crédit n'ont pas d'adhérents; elles ne peuvent faire que 
des opérations d'escompte, d'avance et d'encaissement entre 
associés seulement; 9° les sociétés de construction admet- 
tent des adhérents; elles ne font des opérations qu'entre 
leurs membres et seulement à concurrence de S, 000 francs; 
10° les associations de production conservent le caractère 
civil en ne vendant qu'aux sociétaires les objets produits; 
11° pour la participation aux bénéfices, la loi règle surtout 
les vérifications. 

Celte loi constatera un grand progrès. Elle ne saurait 
donnerlieu aux mêmes difficultés que celle sur les syndicats. 



H. — Statistique actuelle des associations coopératives 
en France. 



Les éléments d'une statistique complète des coopératives 
en France font presque défaut, du moins pour toutes leurs 
branches. La moins incomplète est celle des syndicats. Cela 
tient aux difficultés que ces associations ont rencontrées et 
rencontrent encore. Les plus grandes proviennent : 1° de 
l'accaparement par l'État des fonds d'épargne de la nation. 
L'État recevant ces épargnes avec un extrême empressement 
et leur garantissant un bon intérêt avec un remboursement 



CAISSES D'ÉPARGNES ET SECOORS MUTUELS 



429 



certain et facile, il ne reste à peu près rien pour les asso- 
ciations coopératives, d'autant plus que les rentes de l'État, 
les obligations des départements, des chemins de fer. du 
Crédit Foncier offrent, sans cesse, aux mêmes épargnes, les 
incessantes occasions d'un mouvement deprès de 50 milliards. 
Ce mouvement est aussi dangereux au point de vue de la 
production que brillant au point de vue financier; 2° de 
l'esprit public, toujours sous l'influence d'un particularisme, 
d'une indépendance personnelle tout à fait excessifs; 3° du 
morcellement prodigieux des intérêts et des professions en 
France. La moindre association coopérative menace certains 
intérêts, accoutumés à vivre sur les travailleurs. L'obstacle 
est redoutable; 4° des écoles socialistes, naturellement 
malveillantes pour des formes nouvelles, mais pacifiques, 
du travail, fondées sur la suffisance même du salaire; 5° dé 
la centralisation parisienne et de l'effroyable armée des 
fonctionnaires, ennemis, de tout temps et sous tous les 
régimes, des associations qui les éliminent. 

Avant de donner quelques chiffres pour les diverses 
branches de la coopération, il nous paraît nécessaire d'indi- 
quer les résultats actuels, pour la France, des diverses 
caisses d'épargnes, clientèle future de ses coopératives, 
et des sociétés de secours mutuels, première branche de 
la coopération. 

1. CAISSES D'ÉPARGNES ET SECOURS MUTUELS 

a) Caisses d'épargnes privées. — Elles comptaient fin 1 891 
2,026 établissements divers, dont 844 caisses proprement 
dites, 1,072 succursales et 410 perceptions. Le solde dû aux 
déposants s'élevant à 3,010,034,477 francs, plus 80,197,506 
francs pour la fortune personnelle des caisses. 

b) Caisse nationale d'épargnes. — Fin décembre 1891, les 
dépôts s'élevaient à 506,779,!).') I francs. 

12... 



! 



$ 






■ 





430 



SYNDICATS PROFESSIONNELS 



c) Caisses d épargnes scolaires. — L'ensemble des dépôts 
représentait 11,934,286 francs, fin 1886. 

d) Sociétés de secours mutuels. — Au 1 er janvier 1889, 
elles comprenaient 6,230 sociétés approuvées avec 825,356 
membres, et 2,408 autorisées avec 297,296 membres. Les 
premières possédaient 50.701,112 francs et les secondes 
29,278,264 francs. Elles avaient dépensé en 1888, celles-ci 
6,393,950 francs, et celles-là 17,438,005 francs. Parmi ces 
sociétés, 3,677 possédaient des caisses de retraite. Sur 
1,500,000 mutualistes, 27,787 étaient retraités. Dans ces 
1,500,000 mutualistes on comptait 191,000 enfants et 
340,000 femmes. 

2. SYNDICATS PROFESSIONNELS 

Au 1 er juillet 1892, on a relevé en France et en Algérie 
3,811 syndicats, savoir : 1,212 syndicats industriels et 
commerciaux de patrons, 1,589 syndicats d'ouvriers, 
147 syndicats mixtes, plus 863 syndicats agricoles. 
On évalue que le nombre des syndicats s'augmente, 
en moyenne, de 500 par an. Il a été formé 93 unions de 
syndicats. 24 unions de patrons groupent 429 syndicats; 
47 unions d'ouvriers en réunissent 690; en outre, 14 unions 
agricoles embrassent 653 syndicats. Le nombre des syndi- 
cataires s'élevait à 723,089, dont 331,800 agricoles, 102,519 
patrons et 288,770 ouvriers. 



3. COOPÉRATIVES DE PRODUCTION 



La société coopérative de production est celle qui tente 
le plus les travailleurs. C'est cependant la plus délicate. 
Plusieurs sociétés de production ont été fondées à Paris 
avant la révolution de 1848 et ont prospéré. D'autres parti- 



COOPÉRATIVES DE PRODUCTION 



431 



cipèrent aux avances du Trésor en 1848. Un grand nombre 
tombèrent; d autres tinrent bon. Il a été procédé, en 1883 
à une enquête officielle à Pans. Celte enquête a constaté 
existence de il sociétés de production : G antérieures 
a 18,8 ou contemporaines; 8 remontant au mouvement 
de lbbO; 1 à 1872; toutes les autres postérieures à 1880 
grâce au legs de M. Rampai laissant à la ViH, de Paris 
2 radiions pour en employer les revenus à encourager les 
associations coopératives. Plusieurs distributions ont eu 
heu., entre 35 coopératives, avec peu de discernement, et peu 
de gratitude. Il s'est produit des mécomptes qui ont pro- 
voqué de nouvelles attaques contre les sociétés coopératives 
de production. Bien qu'il y en ait existé depuis bien des 
siècles, a Babylone. en Egypte, en Grèce, à Home, durant 
tout le moyen âge. il se trouve encore des esprits emportés 
par la critique, qui. malgré ce qui se passe sous leurs 
yeux en Allemagne, en Italie, en Russie, en Suisse, en 
Angleterre, aux Etals-Unis, en Chine, partout, persistent 
a mer que les incomparables charpentiers, maçons cou- 
vreurs, menuisiers, peintres, tisseurs en laine, soie coton 
mécaniciens, mineurs, qui oui tant contribué, à faire la 
France ce qu'elle est, parviendront à retrouver les tra- 
ditions de leurs aïeux. Car les ouvriers ont aussi leurs 
ancêtres. Il suffit de lever les yeux sur les monuments de la 

France,construilsparleursassociation.s,pours'enconvainrre 
Comme nous avons plus de confiance, nous sommes plus 
patient. D'après VAlmmach delà Coopération française il 
existait, eu France, en 1892. 81 sociétés coopératives de 
production, dont 36 à Paris; principales d'entre .'Iles • 
ouvriers en voitures, ouvriers tapissiers, ouvriers menuisiers* 
ouvriers paveurs, ouvriers parqueteurs, les charpentiers de 
la Villette, ouvriers en limes, ouvriers d'éclairage, tailleurs 
fumistes, lithographes, serruriers, bijoutiers, etc. Quelques- 



; 



: 




432 



COOPERATIVES DE CONSOMMATION 



unes de ces sociétés ont une certaine importance : char- 
pentiers de la Villette, capital 500,000 francs, sociétaires 
250; ferblantiers, 102 sociétaires, capital 125,000 francs; 
tailleurs, capital 115,000 francs, 158 sociétaires; ouvriers 
de l'Imprimerie Nationale, capital 200,000 francs, 1,000 
sociétaires; ouvriers en limes, fondée en 1848, capital 
155,000 francs (i). 



4. COOPERATIVES DE CONSOMMATION 

Le même almanach a publié une liste intéressante des 
associations coopératives de consommation en France par 
départements. 11 en relève 942 dans 82 départements : 
Seine 84, Charente - Inférieure 113, Rhône 84, Saône- 
et-Loire 62, Nord 38, Loire. 28, Doubs 29, Aisne 29, 
Ardennes 21, Seine-et-Oise 21, Seine-Inférieure 20, Aude 19, 
Indre-el-Loirc 19, Bouches-du-Rhùne 15, Isère 15, Seine- 
et-Marne 14, Gironde 14, Cùle-d'Or 14, Morbihan 13, 
Deux-Sèvres 13, Charente 13, Belfort 11, Gard 11, Pas- 
de-Calais 11, Haute-Vienne 10, Vosges 10. Dans son rapport 
au Sénat, M. Lourdes donne cpielques détails complé- 
mentaires. Il évalue à 1,100 le nombre des coopératives 
de consommation, avec 000,000 coopérateurs. En 1888. 
le chiffre de ventes de 37 de ces sociétés s'est élevé à 
13,627,156 francs. On doit citer parmi les plus considé- 
rables : la Coopérative des armées de terre et de mer; 
la Coopérative de Bercy; la Coopérative des employés 



(1) Les diverses associations de production de Paris ont constitué 
une Chambre consultative. Cette Chambre a publié, en 1833, un 
mémoire intéressant sur -il associations ouvrières de production 
existant à l'aris. Elle y montre les progrès lents, mais réels, de la 
coopération à Paris. Toutel'ois, toutes ces associations ne sont pas 
des coopératives. La Chambre consultative à son siège, 80, rue 
de Bondy. — Consulter Journal des Économistes, octobre 1883. 






COOPÉRATIVES DE CRÉDIT 



433 



civils de l'État, de la Ville de Paris et do la Seine, avec 
8,800 membres; la Moissonneuse, avec 12,130 membres; 
la Coopérative du xvm" arrondissement de Paris, fondée en 
1865, avec 1,550 sociétaires et une caisse d'économies ei de 
prêts mutuels; la Coopérative des aciéries de Trith-Saint- 
Léger, fondée en 1884: l'Abeille ni.noise, 618 sociétaires; la 
Boulangerie coopérative de Roubaix, 1865,2,000 sociétaires- 
les Etablissements de Reims, 1866: la Société coopérative dé 
Bacalan à Bordeaux; la Huche de Lyon, fondée en 1866; les 
ouvriers P.-L.-M. : la Boulangerie coopérative de l'Orléans, et 
plusieurs sociétés coopératives établies par les compagnies 
minières ou les hauts fourneaux, telles que celles d'Anzin 
et de Commentry. Aussi divers essais de fédération, avec 
magasins centraux, comme en Angleterre, ont-ils eu' lieu 
sans donner encore de grands résultats. Par contre' 
plusieurs congrès importants des sociétés coopératives de 
consommation ont été tenus : Paris 1885 et 1889, Lyon 
1886, Tours 1887, Marseille 1890. Le mouvement est très 
accusé. En 1851 on comptait 38 associations en France et 
120 en 1869. En 1886, M. Gide, l'un des apôtres de la coopé- 
ration, évaluait, au congrès de Lyon, à 600 le nombre des 
sociétés de consommation en France; capital 10 millions- 
moyenne d'affaires 80 millions; nombre des sociétaires 
200,000; bénéfice moyen 5,5 %. Le progrès est donc 
important. 

5. COOPÉRATIVES DE CRÉDIT 

Il n'en est pas de même pour les associations coopératives 
de crédit, ou banques populaires; malgré les plus louables 
efforts, elles marchent lentement. M. Lourlies les évalue 
dans son rapport, au nombre de 18, tout en n'en citant que 3.' 
M. A. Courtois, rapport du Jury de l'Exposition de 1889 
n'en mentionne (pie 5. L'Almanach coopératif en compte 18* 






■ *I 



u 





434 



LA PARTICIPATION AUX BENEFICES 



dont 9 sont des syndicats agricoles. Plusieurs expériences 
de crédit populaire ont été faites à Paris, particulièrement 
par des catholiques dévoués ; elles ont toutes échoué. Le gou- 
vernement parait décidé à tenter de nouvelles expériences. 
Pour le moment, les esprits clairvoyants, qui tiennent compte 
des difficultés particulières au fonctionnement du crédit 
populaire en France, se contenteront de faciliter la trans- 
formation des syndicats agricoles en banques populaires, 
type Raiffeisen ; quant aux banques, type des Vorschuss 
Vereine, adaptées au crédit populaire dans les villes, il 
n'est pas possible d'espérer qu'elles s'acclimatent actuel- 
lement dans les milieux urbains français. Les ouvriers 
français, au lieu de chercher en eux-mêmes, par leurs 
épargnes ou leurs qualités morales, les éléments du crédit, 
l'attendent de l'État, c'est-à-dire des contribuables. Ils 
s'imaginent que l'État peut leur procurer le crédit. Ils se 
méprennent sur le grand enseignement de Schulze-Delitsch : 
Ne comptez que sur vous-même; ou sur celui de Raiffeisen : 
Aidez-vous les uns les autres. 

6. COOPÉRATIVES DE CONSTRUCTION 

Encore moins favorisées en France que les coopératives 
de crédit. h'Almanach coopératif n'en signale que 3. D'autres 
sociétés, assez nombreuses, ont été établies en France pour 
faciliter aux ouvriers l'achat ou la location de maisons; 
mais ces sociétés ne sont pas des coopératives ouvrières. 



7. PARTICIPATION ADX BÉNÉFICES 



h'Almanach coopératif mentionne 125 établissements 
divers, dont 6 sociétés coopératives, dans lesquels la parti- 
cipation aux bénéfices a été accordée aux ouvriers. 



^■^H 



LA COOPÉRATION AGRICOLE 



435 



On le voit : la France, en égard à sa population, à sa 
richesse, à l'importance de ses travailleurs dans la pro- 
duction industrielle et agricole, à sa fonction économique 
et sociale, se trouve en retard sur la plupart des nations 
Néanmoins, à l'exception de l'Angleterre et des États-Unis, 
et quant à l'industrie manufacturière seule, les populations 
laborieuses de la France, surtout celles des campagnes 
et de la petite industrie, appartiennent aux mieux traitées 
Elles trouvent de larges compensations dans leur territoire 
qui est devenu un admirable jardin, dans un climat favo- 
rable, dans une richesse ancienne et bien répartie, dans 
toutes les ressources d'une civilisation très avancée. Puissent- 
elles apprécier ces avantages! Puissent-elles s'arracher aux 
passions de l'esprit révolutionnaire et aux entraînements 
des utopies internationales! Elles n'ont rien à v gagner 
Assises, depuis des siècles, sur le coin de la terre le 
plus privilégié, elles n'ont rien à espérer en échange. 
Les chimères socialistes et internationales ne peuvent que 
les déposséder. Toutefois, elles ne conserveront leur lot 
actuel - et ce lot est le meilleur de tous - qu'en multi- 
pliant les efforts afin de s'approprier les progrès des autres 
peuples qui, moins favorisés par la nature, ont trouvé 
dans la nécessité même une excitation pour améliorer leur 
condition par l'association et la coopération. 



; ■' 






K. — Progrès de (a coopération agricole. 

Sous l'influence de ces sentiments, de ces idées de ces 
nécessités, et grâce à la législation du 21 mars 1884 il 
•s est produit, en France, dans le milieu agricole et rural 
depuis 1884. un mouvement extraordinaire, riche de beau- 
coup d'espoir, n'était le redoutable esprit de parti qui 
s attaque à tout et menace tout en France. 



436 



SYNDICATS AGRICOLES 



L'association a toujours été nécessaire à l'agriculture, non 
moins qu'au commerce et qu'à l'industrie. La France doit, 
en bonne partie, sa mise en culture soit à des associations 
religieuses, soit à des communautés de propriétaires. Le 
métayage lui-même, qui est appliqué sur un tiers environ 
du territoire de la France, n'est qu'une véritable association. 
Peu à peu. cependant, l'association a périclité dans la 
production agricole. 11 y a même eu un moment, qui n'est 
pas loin de nous, où le métayage a été attaqué, dénigré 
comme un procédé barbare, arriéré, impuissant, d'exploiter 
le sol. Inutile de l'appeler combien l'ancien régime, dans ses 
derniers temps, et les lois de la Révolution ont été contraires 
à l'association. La réaction a eu lieu peu à peu dans les 
esprits. Cette réaction s'est principalement manifestée parla 
loi organique du 21 mars 1884 sur les syndicats profes- 
sionnels. Une ère nouvelle a été ouverte, avec cette loi, pour 
les associations en France, et par suite pour les associations 
agricoles. 

A l'abri de cette loi, les syndicats agricoles, comme nous 
l'avons vu plus haut, se sont rapidement formés. La statis- 
tique officielle en a relevé 886; d'autres statistiques les 
portent a 1,300. 



I. — SYNDICATS AGRICOLES 

Le premier syndicat agricole paraît avoir été formé en 
1883, sous les auspices de M. Tanviray, professeur d'agri- 
culture du département de Loir-et-Cher. 11 fut organisé 
entre les cultivateurs de ce département une association 
ayant pour but d'acheter les engrais en commun afin de les 
obtenir à meilleur marché et de réprimer la fraude dans 
les livraisons. Cette association s'est approprié la loi de 
1884; elle est devenue le Syndicat des agriculteurs de Loir- 
et-Cher qui compte aujourd'hui 3,700 membres, quoique un 



PROGRAMME DES SYNDICATS AGRICOLES 437 

assez grand nombre de syndicats agricoles aient été établis 
clans le même département (*>. 

De très bonne heure, les syndicats agricoles ont compris 
a nécessité d'élargir le cadre de leur activité. Ils on, m 

^ d 'fté fort bien gddés par la puissante Socié de 
& de *™' 1 Qi -« avenue bientôt le moteu ,, 
le foyer des syndicats agricoles en fondant une association 
Plus générale, servant de lien à tous les syndicats, VUnZ 
des Syndicats agricoles de France. 

Voici le programme modèle qui a été formulé par le 

syndicat des agriculteurs de l'Indre, présidé par M L 

Marchain et comptant 3,500 adhérents : 1» pr0 pL er Vm _ 

eignement agricole sous toutes les formes e par tous 

es moyens; 2 o fonder ^ ^^ ^.^ J «WJ 

taire tous essais et expériences pour les cultures anciennes 

t nouvelles; 3° encourager, créer, administrer toutes m 2 

utions utiles à l'agriculture, telles que sociétés de crédit 

agricole, socetés de production et de vente, caisses de 

secours mutuels, caisses de retraites, assurances contre 

d' m r t ï' 1 ; 01 "' ^ aChatS 6t Ven,PS de l' rodui ^ 

d engrais d animaux, de semences, de machines de travail • 

* suivre les intérêts agricoles auprès des pouvoirs public 

et des assemblées locales, défendre les intérêts de la pro- 
priété foncière, notamment dans les questions de tarifs 
douaniers et d'impôts; 5* donner des avis aux agriculteurs 
e aux propriétaires sur tout ce qui tient à la' propriété 
et a la production. 

On peut dire que le mouvement d'idées qui a abouti à 
ce programme a commencé après 1848; qu'il a amené la 

constitution de l'Institut agricole de Versailles, supprimé 

(1) Les Syndicats agricoles, par M. 1, comte de Rocquigny 1893 
(Perrm et O). Excellent livre, très actuel. 



13 













438 



LA PRODUCTION AGRICOLE EN FRANCE 



par le second Empire, puis la formation de la Société des 
Agriculteurs de France, la multiplication des chaires agri- 
coles départementales, la belle institution des concours 
régionaux, la grande enquête agricole de 1868 et la publi- 
cation de nombreux ouvrages, en tète desquels il faut 
placer ceux de M. Léonce de Lavergne. Ajoutons que, sous 
le second Empire, l'agriculture, bien que privée de l'asso- 
ciation, avait fait de grands progrès, et que ces progrès ont 
continué, malgré la crise politique de 1870 et la crise 
agricole de 1878. La production agricole de la France n'a 
cessé de se développer. M. de Lavergne l'avait fixée à 
5 milliards vers 1850, évaluation déjà insuffisante. Il 
l'estimait en 1876 à 8 milliards. L'enquête de 1882, publiée 
en 1890, a constaté un accroissement nouveau de 4 milliards, 
soit 12 milliards. Une nouvelle enquête a été faite en 1892; 
les résultats n'en sont pas encore connus; mais bien des 
personnes pensent que de 1890 à 1892, il y a eu encore un 
grand accroissement. Dans une étude récente, nous avons 
prouvé, discutant les évaluations de MM. Levasseur et Le 
Trésor de la Rocque, autorités fort en vue, que le total de 
16 milliards était plus près de la réalité que celui de 
12 milliards. 

Nul doute que les associations syndicataires n'aient déjà 
contribué à cet accroissement et qu'elles ne soient appelées 
à lui imprimer une nouvelle impulsion. Beaucoup de jeunes 
gens, avec d'importants capitaux, se dirigent maintenant vers 
l'agriculture; ils ont pu recevoir une préparation technique 
qui n'existait pas il y a trente ans. Même amélioration dans 
nos anciennes et excellentes familles agricoles. Aussi les 
rendements pour les céréales, pour les cultures industrielles, 
pour les fourrages, ont-ils bien changé; avec les rendements 
les profits ont augmenté. L'élevage, le lait, le beurre, le 
fromage, sont devenus une branche agricole de premier 



■H! 



PROGRÈS DES SYNDICATS AGRICOLES 



439 



ordre, précisément l'une de celles qui ont le plus au et pu 
tirer parti des syndicats agricoles cl des sociétés coopératives 
agricoles. Le monde agricole se transforme; la confiance 
lui revient, la science y pénètre, le capital s'y porte. On 
peut en donner une preuve péremptoire : c'est le renou- 
vellement du vignoble français, sans aucun concours de 
l'Etat Ci). 

Le département d'Indre-et-Loire, notre riche Touraine 
est le plus riche en syndicats agricoles. 11 en compte 6o' 
Les plus importants de ces syndicats peuvent être classés 
dans l'ordre suivant : Agriculteurs de la Vienne 13,000 
membres, de la Charente -Inférieure 14,S00, du Loiret 
6,500, d'Anjou 6,000; ceux de la Sarthe, des Ardennes de 
la Loire-Inférieure, des Rasses-Py renées, comptent de 4 000 
à 5,000 membres. Le nombre de 313,800, donné par 
1 Annuaire officiel pour l'ensemble des membres des syndi- 
cats agricoles, parait être tout à fait insuffisant. M. le comte 
de Rocquigny estime que ce nombre peut être fixé en bloc 
a 600,000. 

Les syndicats agricoles ont réalisé, sans y penser, l'idée 
fondamentale des associations Raiffeisen. ils s'établissent 
avec des ressources modiques, une cotisation annuelle qui, 
parfois, ne dépasse pas 3 fr. par an; néanmoins, ils jouis- 
sent auprès des marchands de toute nature d'un crédit hors 
de pair, parce que le milieu agricole est sain, honnête, 
loyal. Les affaires se traitent, non d'après le capital argent, 
mais bien d'après le capital probité; celui-ci, souvent, vaut 
mieux que celui-là. 
A côté des syndicats, il s'est formé deux sortes d'associa- 



(1) Ainsi, le Syndicat agricole de Saint-Genis-Lav 
inspection des vignes et un véritab! 



Il a l'onde un ni 
sont seuls admis 



arche aux vins où le 



al a institué une 

e enseignement de la viticulture, 

chantillons de vins naturels 



M 







I 

l: 



440 



UNIONS DE SYNDICATS AGRICOLES 



tions pour leur donner plus de force par leur union; ce sont 
les unions de syndicats, les unes ayant un caractère général, 
les autres un caractère spécial. Parmi ces dernières, on 
peut citer le Syndicat central des agriculteurs de France, 
président M. Welche (*); le Syndicat économique agricole 
à Paris, président M. Kergall; le Syndicat des viticulteurs 
français à Paris, président M. Paul Leroy-Beaulieu; le 
Syndicat des sériciculteurs à Avignon, président M. Bérenger, 
sénateur; le Syndicat pomologique à Rennes, président 
M. de Lorgeril ; le Syndicat des jardiniers de Paris, comp- 
tant 1,100 membres, et environ 80 syndicats catholiques 
agricoles. 

Les Unions générales de syndicats ont encore plus d'im- 
portance; elles sont appelées à restituer leur rôle politique 
et social aux campagnes, aux propriétaires fonciers et a toute 
la partie de la population française qui vit sur le territoire 
national, qui le met en valeur et qui en a fait le jardin 
de l'Europe et du globe, le paradis terrestre, comme disent 
les Russes. En tète du mouvement des Unions, agissant 
sous l'influence et la direction de la grande Société des 
agriculteurs de France, au nombre de 10,000 associés, 
il faut placer l'Union des syndicats des agriculteurs de 
France, présidée par M. Le Trésor de la Rocque; 430,000 
agriculteurs sont affiliés à cette Union. 

Viennent ensuite l'Union des syndicats des agriculteurs 
de la Drôme,22 syndicats; l'Union des syndicats delà Côte- 
d'Or, 21 syndicats; l'Union des syndicats du Jura, 3 syndi- 
cats, mais avec 3,000 membres; l'Union des syndicats de 

(1) Le Syndicat central a eu en 1890 un mouvement d'affaires de 
4,500,000 francs. Dans les quatre dernières années, il a procuré 
à ses sociétaires 105 millions de kilogrammes d'engrais. 11 publie 
un Bulletin annuel avec un tirage de 7,500 numéros. Les socié- 
taires dépassaient le nombre de 4,000 en 1891. 



UNIONS DE SYNDICATS AGRICOLES 441 

l'Ardèche, 3 syndicats avec 3,000 membres; l'Union Beau- 
jolaise, 4 syndicats avec 5,000 membres; l'Union des 
syndicats d'Armagnac dans le Gers ; l'Union des svndicats 
agricoles du Sud-Est, comprenant 10 départements avec 
50,000 adhérents, président M. Gabriel de Saint- Victor; 
cette Union importante publie un bulletin mensuel et un 
almanach annuel; l'Union des syndicats agricoles et viticoles 
de Bourgogne et de Franche-Comté avec 10,000 adhérents 
président.M. le comte Lejeas; l'Union des svndicats agricoles 
de Normandie, président, M. Delalande, compte 14 syndi- 
cats dans 5 départements; l'Union des svndicats agricoles 
du Nord, fondée à Amiens en 1891, avec 3 syndicats, 
M. Madaré, président; l'Union des syndicats du Centre à' 
Orléans, présidée par M. Deusy, député, 13,000 membres; 
l'Union des Syndicats de l'Ouest, 25 svndicats, 13,000 mem- 
bres, présidée par .M. de La Bouillerie'; l'Union des syndicats 
de Touraine, présidée par M. Houssard, 50 syndicats; 
l'Union des syndicats du Sud-Ouest à Toulouse, présidée 
par M. de Palaminy; l'Union des syndicats de Provence 
à Marseille, présidée par M. de Villeneuve-Flayosc, 25,000 
adhérents. 

Le syndical agricole, telle que son action a été si clai- 
rement définie par les agriculteurs de l'Indre, conduit 
nécessairement à la coopérative agricole. L'agriculteur n'est 
pas seulement le consommateur de ses produits. Il est 
chargé de pourvoir à l'alimentation de la nation. Sous ce 
rapport sa lâche est devenue beaucoup plus lourde qu'au- 
trefois. La population a augmenté d'un tiers en consistance, 
mais de combien plus en richesses et en exigences ? Par 
suite, la production est devenue beaucoup plus active. 
Elle a quadruplé depuis 1789. Les rendements moyens 
ont triplé! Les cultures ont une tout autre intensité, et 
cependant, le cultivateur, dans l'œuvre de la production, 



■ 



*^2 l'oeuvre agricole 

est peut-être bien plus isolé qu'il y a un siècle, parce qu'une 
certaine partie de la propriété foncière a change de forme. 
La petite propriété, la petite culture se sont développées aux 
dépens de la grande propriété et de la grande culture. Le 
petit rural est toujours plus isolé que le grand. Pour lui le 
syndicat agricole est une nécessité absolue. Mais le syndicat 
agricole ne lui suffit pas. Il produit pour vendre; "or, en 
fait de vente, son isolement est encore plus grand. Le 
mouvement qui existe en France, depuis si longtemps, en 
faveur du crédit agricole, est l'expression de l'a nécessité 
pour le cultivateur de sortir de son isolement. La coopé- 
ration répond à cette nécessité. 



n. — I. OKIVRE AGRICOLE 

La coopération agricole se présente, jusqu'à présent, en 
France, sous diverses formes, correspondant les unes et les 
autres à deux objets bien délimités : — la production, la 
vente, la consommation, d'un côté. — le crédit, qui peut 
leur être nécessaire, d'un autre côté. Nous allons indiquer 
séparément ce qui a été réalisé en vue de ces deux objets. 
qu'on peut résumer ainsi : l'œuvre agricole et le crédit dont 
elle a besoin. 

La coopération, dans l'œuvre agricole, c'est-à-dire la 
production et la consommation, la vente se confondant, en 
réalité, avec la consommation, a été expérimentée sous 
trois formes : 1° comme instrument, complément, dévelop- 
pement du syndical agricole, à côté duquel l'association 
coopérative fonctionne; c'est probablement la forme qui 
triomphera, comme s'adaptent le mieux aux nécessités 
agricoles; 2° comme remplaçant le syndical agricole qui 
disparaît; mais beaucoup de propriétaires ont intérêt à 
conserver les syndicats sans pouvoir entrer dans une 



l'oeuvre agricole 



443 



coopérative; 3° comme société simple de production et de 
vente, une boulangerie, une boucherie, une laiterie, forme 
beaucoup moins étendue que les deux autres. 

1. L'exemple le plus curieux de la première l'orme est 
fourni par le Syndicat de la Charente-Inférieure ayant pour 
directeur M. A. Rostand, mort dernièrement. Ce syndicat 
comptait 11,500 membres. II fut facile de lui annexer une 
société coopérative; elle fut fondée le 15 septembre 188S 
au capital de 200,000 fr., par actions de 50 fr., porté 
depuis à 600,000 fr. versés, avec 1.200 obligations de 
500 fr. Celte société s'est faite le fournisseur des 11,500 
membres du syndicat. Les affaires de celle coopérative 
ont représenté 2 millions, dont 600,000 fr. d'engrais, 
en 1890, 1891 et 1892. Malgré des frais généraux de 12 %,' 
la coopérative a eu 55,000 fr. de bénéfices en 1891. Les 
actionnaires ont reçu 10 n / de dividende : 6% intérêts, 4 % 
profil. C'est le type Schulze-Delitsch. Dans le type Raiffeisen, 
la grande pari de ce bénéfice est portée au fonds commun. 
33 succursales viennent en aide à la coopérative centrale. 
Fin 1892, siège central et succursale comptaient 170 employés 
et avaient 1,400,000 francs de marchandises en magasins. 
Les affaires se traitent au comptant. Les succursales onl été 
confiées à des négociants locaux. Tout repose sur la clientèle 
agricole, stable, aisée, exacte ">. 

(Il La Société a son siège dans un bâtiment transformé on un 
vaste dock où s,, centralisent les marchandises destinées àl'alimen- 
tîtion des trente comptoirs ouverts dans chaque chef-lieu de canton. 
Tout est simple, commode, pratique; pas de traces de luxe. 

Comme la plupart des insuccès des coopératives s. ml dus à 
L'indifférence ou à l'indélicatesse des employés, rien n'esl négligé 
pour assurer une inspection et un contrôle permanents. A chacune 
des cases à marchandises est fixé un carton spécifiant les entrées et 
les sorties de la case et permettant un contrôle de ions 1rs instants. 

Au reçu de la feuille de situation que doivent fournir chaque soir 



1 













444 



l'oeuvre agricole 



La coopérative s'est surtout attachée aux engrais et à 
(outillage agricole, charrues, semoirs, moissonneuses 
faucheuses; elle les vend ou elle les loue, elle fait faire les 

les trente comptoirs, le directeur télégraphie à des inspecteurs nui 
ne s y attendent pas, l'ordre d'aller contrôler les déclarations de tel 
ou tel gérant de comptoir pris au hasard. Toute erreur constatée 
dans la situation entraîne d'abord une amende de 500 fr et une 
seconde fois, le renvoi. ' 

Quant au matériel, il comporte tous les perfectionnements connus 
comme ascenseurs, monte-charges, sonnettes électriques, porte-voix' 
téléphone, etc. 

devoir' 16 ° MUPe ~ " ag ° enHeret PSt aSSOrtie en marchandises 
de toute espèce : qu',1 suffise de savoir qu'un produit accessoire 
la moutarde, y est représenté par 22 marques différentes La 
mercerie contient plus «le 1,500 articles. Le magasin d'étoffes 
suffirait à habiller de neuf plusieurs villages : là non plus rien ne 
manque pas même des bouquets de fleurs d'oranger pour mariées 
A 1 étage supérieur est la quincaillerie qui achète la ronce 
art.flc.elle par 500,000 mètres et le fil de fer par 1,000,000 do mètreT 
Sous les combles, travaillent les nombreux comptables nécessaires 
a une exploitation qui occupe 170 employés. Au rez-de-chaussée 
sont les bureaux de réception et d'expédition, des forges des 
ateliers d emballage et de réparation des machines; les caves 
con .ennent de, foudres gigantesques, des vins, des liqueurs en 
Douteilles; des compartiments particuliers rassemblent certains 
produits d épicerie encombrants ou dangereux, comme les fromages 
les huiles, les pétroles. ë 

L'entrepôt était insuffisant : il a fallu placer dans des locaux 
voisins les machines agricoles, les engrais chimiques, un laboratoire 
d analyse d.r.gé par un professeur d'agriculture que rémunère le 
syndicat. 

Mais ce qui surprend le plus dans une visite au magasin 
coopératif, c'est l'extrême bon marché et la qualité supérieure de 
toutes les marchandises, deux avantages compatibles, quoi qu'en 
dise le commerce. Les seuls membres du syndicat peuvent s'appro- 
visionner aux comptoirs de l'association et ont à payer la cotisation 
de S centimes par semaine, 2 fr. G0 par an, dans le montant 
de laquelle ils rentrent indirectement par le moindi- -'-- 
et directement 



par 



épartition des bonis 



L OEUVRE AGRICOLE 



445 



récoltes à forfait; elle introduit dans les campagnes les 
méthodes et les instruments nouveaux; elle a vendu en 1891 
'10 millions de kilos d'engrais; elle assure contre l'incendie; 
elle a ouvert des stations agricoles; elle a établi à Saintes 
une Bourse de commerce; elle prépare les hases d'un 
orphelinat agricole; encore un effort, elle dotera la Charente- 
Inférieure d'une Banque agricole. Voilà ce (pic ce beau 
département doit à M. A. Rostand; mais ses vaillantes 
populations ont su comprendre le génie organisateur de ce 
négociant émérite et elles en profitent. Le crédit agricole 
ne germera ni tout seul, ni avec l'argent des contribuables; 
il sortira de l'entente commune, de la confiance commune,' 
de l'expérience commune. 

Ce grand exemple, l'un des plus significatifs de notre 
époque, où se préparent de réels progrès, si le gouvernement 
tient tète aux charlatans, aux révolutionnaires, aux acro- 
bates du socialisme, a naturellement trouvé des imitateurs. 
Il y a la contagion du bien comme il y a celle du mal. 
Le Syndicat des agriculteurs du Puy-de-Dôme, dirigé par 
M. Victor Chaboissier, avec 1,750 associés, a constitué en 
juillet 1891 à Clermonl-Ferrand une coopérative de pro- 
duction et de consommation, capital 40,000 fr., actions de 
b0 fr. Elle opère tous achats et ventes pour le compte 
de ses membres et adhérents et même pour les étrangers. 
Elle vend et achète foins, pailles, avoines, pommes de 
terre. Elle a dû doubler sou capital en I Si)r>. Elle est dirigée 
par M. G. Fleury, qui prépare une boucherie et une boulan- 
gée coopératives. On demandai! des changements sociaux. 
Les voilà. Ils se font d'eux-mêmes. Accablé par les trais des 
intermédiaires, le producteur s'approvisionne par l'associa- 
tion. Celle-ci achète en gros et lui procure .30 % d'économie. 



Il 



peut vivre. C'est tout 



le mystère 



On 



commerce. En 



îla t 



liera le 






El 

1 



cas, cela ne 



a pas tué en Angleterre, 



13, 






446 



I. OEUVRE AOIIICOLK 



' 






tiennent se placer à côté de ces grandes coopératives 
agricoles, précurseurs dune ère nouvelle : I" la Coopérative 
d'Hyères ('», fondateur Paul Ballande. capital 10 000 fr • 
affaires en 1891 153,000 fr.; 2° la Coopérative du TonneiTois^ 
fondateur Charles Martenot, capital 4,000 fr.; 3" diverses 
coopératives dans l'Aube, telles «pie Pargues, Les Riceys 
Estissac, Luxeuil, Ville-Morien. Celles-sur-Ource, Avirey- 
Lingey; 4* la Coopérative du Lot-et-Garonne à \gen 
capital 20.000 fr.; 5" la Coopérative du Sud-Esl à Lyon. 
fondateur E. Duport, avec le concours de 05 syndicats^ 
capital 73,000 fr.; la Coopérative régionale de Bourgogne 
et de Franche-Comté à Dijon, et la Coopérative départemen- 
tale de la Côte-d'Or. 

Ces diverses coopératives ont adopté les i s la forme 

commerciale qui leur permet d'étendre leurs affaires, mais 
qui les soumet à la patente et à l'impôt de 4 % ; les autres 
la forme civile. Le choix entre ces deux formes dépend .1rs 
milieux. La première est plus délicate, ell,. exige des agents 
plus capables. Selon nous, elle ne doit pas être préférée a 
la seconde qui nous paraît plus en rapport avec la produc- 
tion agricole. 

2. A coté des coopératives complétant, développant le 
syndicat agricole, il faut placer celles qui s'v substituent. 
C'est ce qui a eu lieu dans le département ,1,. Lot-et-Garonne, 

Le Syndicat île Villeneuve-sur-Lot, avec 2,500 ,, bres 

sans mouvement sérieux d'affaires, a été remplacé par une 
Société coopérative fondée par M. A. Fabre, au capital de 
25,000 fr., actions de 50 h. C'est une coopérative de 

(I) Une notice s„r |,-, Société coopérative d'Hyôrea rient d'être 

l : lll,llr " '""' Al - '"'■"' <''■ Rocquigny. Paris, 1893. Elle émane du 

Byndical agricole d'Hyères qui compte 513 membres . I., plus 
grand service a rendre au producteur rural. ,lii M. de Rocquiem 
consiste a lui faciliter l'écoulement plus avantageux de ses produits.'» 



h OEUVRE AGRICOLE 447 

commerce. Elle traite avec ses membres adhérents; même 
avec les étrangers tenus à une cotisation de 2 fr. Ventes 
d'engrais et d'outils, ventes de tous autres objets à sa 
clientèle: expédition de ses produits, fruits, légumes. Le 
Lot-et-Garonne est un des plus riches fournisseurs de Paris. 
La Coopérative lui offre un instrument précieux pour l'aire 
ses expéditions. C'est un élémenl nouveau, indispensable à 
la production agricole qui manquait de tout, non seulement 
de bons eagrais, d'outils, mais de débouchés. Elle agissait 
au hasard et se sortait d'affaire comme elle le pouvait. La 
Coopérative distributive lui ouvre ses marchés : voilà ce 
qu'il faut comprendre; bientôt elle lui portera le crédit, 
l'assurance contre les accidents, peut-être contre la grêle; 
le cultivateur sort de son isolement. En retour, il donne sa 
clientèle; c'est un grand progrès. 

3. Voici la troisième forme delà coopérative agricole. C'esl 
une forme qui se répand, en ce moment, de tous côtés et qui 
paraît pleine d'avenir. Kilo correspond à la seconde phase 
de la production agricole, à la transformation des produits 
bruis en produits prêts à être consommés : 1° boulange- 
ries; 2° boucheries; 3° laiteries, beurreries et fromageries- 
4° brasseries; 5° tonnelleries; 6° fabriques de vins, de 
vinaigre, de sucre; 7° préparations diverses de lasoie (dévi- 
dage el moulinage des cocons. MM. Hérisson el de Boyve 
ont établi en 1888, à Nîmes, une boucherie coopérative 
capital 50,000 fr.. par actions de 50 fr.; 640 associés affaires 
200.000 fr. en 1802, bénéfice 7 %; baisse du prix .le la 
viande 20 •/<,. Semblables boucheries à Rodez, Langres, 
Caen, La Rochelle. Cambrai. ïurenne. Charleval (Eure)' 
Nogent-le-Rotrou, Gensac (Gironde), Abbeville, Château- 
Renault, Tours, Mont-de-Marsan, Roubaix, Toul, Le Mans. 
Rayonne, Cours (Rhône), Le Creusot, Poitiers, etc. 
Le mouvement est lancé, la coalition des bouchers contre 









i 



448 



l'oeuvre agricole 



1 



les consommateurs l'a rendu inévitable. Le mouvement est 
encore plus accentué en ce qui concerne le lait dont la 
production est devenue si considérable et si rémunératrice. 
Les laiteries coopératives se répandent dans toute l'Europe ■ 
Suisse, Hollande, Belgique, Danemark, Allemagne où on en 
compte 900, Angleterre. La France suit le mouvement. Dans 
l'Aisne 12 laiteries, dans la Charente-Inférieure 17; dans 
les Deux-Sèvres 5, en Bretagne 11. Au dernier congrès de la 
Société d'Économie sociale, M. Fougerousse et M. Nicolle 
ont donné de très curieux renseignements sur les laiteries 
coopératives dans l'Aisne et dans l'Anjou »>. Les unes se 
fondent sans capital et n'opèrent qu'avec les produits de 
leurs membres qui partagent au prorata de ces produits; les 
autres sont des sociétés commerciales. Les unes et' les 
autres donnent de bons résultats. 

Les boulangeries coopératives sont plus nombreuses que 
les boucheries, quoique moins nécessaires; elles ont un 
véritable modèle dans la boulangerie de Boubaix. On en 
compte en France plus de 300, dont un grand nombre 
dans les campagnes. Les boucheries sont beaucoup moins 
nombreuses. Nul doute que les distilleries, tonnelleries m, 
fabriques de vins coopératives, ne réussissent également! 
Dans un grand nombre' de départements, il s'est fondé des 
sociétés coopératives pour le battage des céréales. Breil, 
en Maine-et-Loire, Saint-Claude (Loir-et-Cher), Montrerai 
et Haudivilliers (Oise), Valencey (Indre), Jallanges (Côte- 
d'Or), et, pour l'achat et l'usage en commun des'machines 
agricoles, Anglure (Marne), Saint-Florentin (Yonne). Les 

(1) Sur les Beurreries coopératives, consulter Coopërateurs fran- 
çais, 18 juin 1893. 

(2) L'industrie de la tonnellerie parait offrir un vaste champ à la 
coopération, qui a très bien réussi dans la tonnellerie aux litats- 
Unis. (Economiste français, 5 août 1893.) 




H 



LE CRÉDIT AGRICOLE 



19 



maraîchers d'Angers ont établi une coopérative au capital 
de 50,000 fr. 

^ 11 s'est également établi des coopératives agricoles pour 
l'exploitation de brasseries, pour le nettoyage et la livraison 
des toisons à Reims. En un mot, le producteur agricole 
trouve dans la coopérative agricole un moyen de sortir de 
son isolement. La coopérative lui ouvre tous les marchés. 
Elle reçoit, expédie, vend pour lui. Elle fait ce que seul il 
ne peut faire. Elle est un organisme nouveau. 



; IH I 






m. 



CREDIT AGRICOLE 



Ce mouvement prépare les véritables éléments du crédit 
agricole en France. On s'est mépris sur la nature de ces 
éléments. Il ne s'agit pas d'hypothèque, de gage, d'anti- 
chrèse. Tout cela est le vieux bagage des temps et des 
besoins d'autrefois. 11 s'agit de faciliter aux propriétaires, 
aux fermiers, aux métayers, leurs travaux agricoles et la' 
disposition des produits, surtout la vente. La coopération s'y 
prèle à merveille, par l'établissement de magasins où ces 
derniers seront portés. Des avances pourront alors être 
faites; au surplus l'association vendra blés, avoines, vins, 
bois, tout comme elle vend le lait. Le producteur ne sera 
plus isolé. 

L'association prépare le crédit en permettant de se 
connaître et au besoin de s'améliorer soi-même au contact 
et sous l'œil d'autrui : car elle crée des devoirs nouveaux 
qu'il faut remplir.. C'est ainsi qu'a marché et réussi le Crédit 
agricole de Poligny (Jura). Prêts : en 1885, 5,000 fr ■ 
en 1892, 212,000 fr. Ce petit crédit est maintenant admis à 
1_ escompte par la Banque de France. Il n'a pas fait de perle. 
Etablissements du même or 



capital 2,500 fr., sous 1 



Ire : Crédit mutuel de Besançon. 
es auspices du Syndicat acricole du 




450 



LE CRÉDIT AGRICOLE 



Doubs, comptant 800 membres; Crédit agricole de Genlis 
(Côte-d'Or). Divers syndicats agricoles, tels que ceux d'Indre- 
et-Loire, des Deux-Sèvres, de Lunéville, de Délie, de 
Compiègne, ont établi des caisses mutuelles agricoles, 
précurseurs de crédits agricoles. Plus hardi, le Syndicat 
agricole du Cher a fondé la Banque de Saint-Florent-sur- 
Cher, capital 9,100 IV.: actions 50 fr. Elle a eu, en 1892, un 
mouvement de 658,000 fr. Elle est administrée gratuitement. 
La Banque de France l'a admise à l'escompte.' 

Ces résultats sont bien modestes, à côté de l'importance 
des syndicats et des associations coopératives agricoles en 
France; mais ils accusent toute l'attention que mérite le 
mouvement syndicataire et coopératif agricole. 

Le crédit agricole semble avoir été une sorte de formule 
vague derrière laquelle se manifestaient, peut- être sans se 
clairement expliquer, et, en tout cas, sans se faire comprendre, 
les besoins nouveaux de l'agriculture française, besoins 
croissants comme elle-même. Combien avons-nous connu 
d'excellents esprits, notamment M. Thiers, M. Léonce de 
Lavergne, contester la rapidité et la puissance de l'accrois- 
sement de notre production ! 11 y a trois ans, devant la Société 
d'Économie sociale* 1 », nous avons présenté des résultats, qui 
furent contestés (ils ne le sont plus aujourd'hui). La belle 
statistique de 1882 - et des progrès sensibles ont eu lieu 
depuis 1882 — ne laisse aucun doute sur le mouvement qui 
anime notre agriculture nationale. Sous cette formule : crédit 
agricole, on entendait certainement tout autre chose que de 
nouvelles facilités d'emprunter. D'abord le crédit hypo- 
thécaire est très abondant en France, même tout à fait 
facile, malgré les accusations de novateurs, en général sans 
compétence. Le Crédit Foncier ne le refuse à personne; les 



(I) Congrus île 1890. (Réforme sociale de novembre 1890.1 



LE CRÉDIT AGRICOLE 



4SI 



notaires sont encombrés de capitaux disponibles. Quanf aux 
avances, tantôt pour engrais et semences, tantôt sur bétail, 
ce sont de si déplorables extrémités pour tous les peuples, 
sur tous les territoires et sous tous les climats, comme l'a 
surabondamment établi la grande enquête des consuls des 
États-Unis de 1884, qu'il est fort difficile d'admettre que 
l'agriculture française, dont les ressources extraordinaires 
oui apparu dans la reconstitution du vignoble, en soit 
réduite, pour ses travaux annuels, à emprunter sur gages 
remis ou non livrés. Aussi, en général, se méprenait-on sur 
l'élément fondamental du crédit agricole qui ne saurait être 
ni la semence, ni le bétail, ni même l'engrais, mais la récolte. 
Avec la récolte, l'association coopérative peut intervenir. 
Elle peut, tout autrement que le producteur, la réaliser; 
elle peut aussi consentir une avance. C'est là que le crédit 
agricole intervient; c'est là qu'il est efficace. 11 est illusoire 
de laisser supposer qu'on peut prêter avant la récolte. Pour 
ce prêt, il faut s'adresser au crédit hypothécaire. Proprié- 
taires, fermiers, métayers, qui engagent leurs semences, leurs 
bestiaux, leurs instruments avant la récolle, ne se trouvenl 
pas dans les conditions de la production. Le crédit les 
sauvera-t-il ou les accablera-t-il ? En tout cas, s'ils ont besoin 
d'assistance, combien seront-ils mieux servis par une asso- 
ciation mutuelle, telle que les Barlehmskassen Vereine, 
que par un prêteur sur gages ! 

C'est ce qui est très formellement résulté des trois 
derniers congrès des banques populaires tenus à Bour- 
ges (1891), Lyon (1892), Toulouse (1898). tous favora- 
bles au développement des associations coopératives, type 
Raiffeisen. en France. 

Pour la production agricole en France, le crédit est 
accessoire: ce qui importe, c'est la vente, c'est la réalisa- 
tion des produits. L'association coopérative, surtout pour 



452 



LE CUÉDIT AGRICOLE 




la petite et la moyenne propriété, y répond. Loin de nous 
la pensée que des banques, telles que les banques d'Ecosse, 
les banques de Suède, les National Banks des États-Unis,' 
même les Positos, ne seraient pas susceptibles de rendre 
des services spéciaux à l'agriculture française. Mais ces 
banques appartiennent à des Étals où la circulation fiduciaire 
est décentralisée et où, depuis fort longtemps, personne ne 
songe a contester à la matière agricole le droit de trouver, 
dans la circulation fiduciaire, au moins à autant de titres 
que l'industrie et que le commerce, le crédit qui peut lui 
être momentanément nécessaire sans gager sur semences, 
bestiaux ou instruments aratoires. En France, la circulation 
fiduciaire étant absolument centralisée au profit exclusif 
du commerce et de l'industrie, la tradition étant que la 
production agricole n'y a aucun droit, c'est surtout à la 
mutualité, telle qu'elle est pratiquée par les associations 
Raiffeisen, qu'il faut avoir recours, tant que sera maintenu 
l'absurde monopole du commerçant et de l'industriel. 
Sous ce rapport, les sociétés d'agriculture de l'Yonne et de 
l'Allier sont entrées dans la véritable voie du crédit agricole, 
celle-là en faisant des avances à crédit en nature, —'comme 
les Positos, les Monti frumentari et les Darlehenskassen,— 
celle-ci en préparant les éléments d'une assurance mutuelle 
contre la mortalité du bétail. 

Le mouvement et la graduation d'idées et d'habitudes qui 
conduisent les agriculteurs du syndicat à la coopérative, et 
de la coopérative a la banque populaire, ont été heureuse- 
ment exprimés par M. Luzzatti. « Le syndicat éveille chez le 
» cultivateur le désir d'améliorer, d'intensifier et de varier 
» ses cultures, cherchant à tirer du moindre coin de terre 
» le plus grand revenu possible. Après avoir éveillé ce désir, 
>> il le fortifie, l'éclairé el donne la meilleure direction tech- 
» nique à suivre. La banque populaire fournil les moyens 



LE SOCIALISME ET LES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES 453 

» d'agir aux conditions les plus favorables (*). » L'agriculture 
française, disposant de tout autres ressources que l'agriculture 
italienne, trouvant dans le notariat des capitaux abondants, 
pourra préférer l'association coopérative de production et 
de consommation a la banque populaire. Les instruments 
doivent varier avec les milieux et leurs conditions. 



| 13. — LA LUTTE CONTRE LE SOCIALISME 

Quels sont les résultats de cette revue comparative des 
associations coopératives chez les divers peuples? Nous les 
résumons ainsi : 1° L'idée et la pratique de la coopération 
remontent bien loin dans l'histoire de l'humanité; 2° leur 
persistance et leur succès varient avec les civilisations, les 
races, les formes de gouvernement ; 3° elles se sont particu- 
lièrement développées chez des nations et à des époques 
prospères pour les classes laborieuses; 4° elles n'ont jamais 
exercé qu'une influence fort indirecte sur la destinée histo- 
rique des peuples, apparaissant, disparaissant, renaissant 
parfois avec les changements dans les institutions politiques, 
le plus souvent avec les modifications dans les éléments 
sociaux, étant par leur nature même tout autrement 
en rapport avec ceux-ci qu'avec celles-là; 5° après avoir 
tenu une place considérable dans les anciennes civilisations. 
à côté et sous l'influence même de l'esclavage, elles ont 
presque disparu sous l'Empire romain pour refleurir au 
moyen âge et disparaître de nouveau avec la période 
monarchique, mais elles sont demeurées toujours nécessaires 
a la Chine et à la Russie. Elles ont même conservé dans le 
milieu, essentiellement latin et catholique, de l'Espagne et 
de l'Italie, une tout autre vitalité que dans le milieu celtique 

(1) Citation de M. le comte de Rocquigny, p. 239. 



454 




LA LUTTE CONTRE LE SOCIALISME 



ou anglo-saxon ; 6° tout à coup, elles se sont reconstituées, 
d'abord en Angleterre, puis aux États-Unis, puis en Alle- 
magne, progressivement chez tous les peuples de l'Europe, 
au fur et à mesure de l'accroissement des centres urbains,' 
de la transformation industrielle, du progrès du bien-être] 
de l'intensité de la lutte pour l'existence en Europe, sous 
l'influence d'un développement extraordinaire de la popula- 
tion; 7° cette reconstitution se montre plus active dans le 
milieu anglo-saxon que dans les autres, particulièrement 
remarquable en Allemagne, particulièrement restreint en 
France. 
Tels sont les résultats. 

D'une certaine correspondance entre les institutions 
coopératives et les diverses périodes des idées ou des 
mouvements socialistes ou communistes, aux différentes 
époques de l'histoire, nous n'avons trouvé aucun témoi- 
gnage, aucune trace autre que le concours momentané 
apporté par le christianisme primitif aux tendances 
communistes, qu'il a bientôt répudiées, et à la pratique 
de l'association, à laquelle son existence même est liée. 
Cette séparation formelle montre combien toute correspon- 
dance manque entre la coopération et le socialisme. On est, 
par suite, obligé de reconnaître que Schulze-Delitsch s'est 
trompé en s'imaginant que les associations coopératives 
constitueraient, soit un moyen de combattre les utopies 
socialistes, soit un ensemble d'institutions propres à satis- 
faire les hommes mécontents de leur condition. Le succès 
des associations Schulze-Delitsch a été extraordinaire; mais 
ce succès n'a nullement empêché les livres, idées, projets, 
plans, traités socialistes, de se répandre de toutes parts, 
spécialement en Allemagne; il semblerait même, pour un 
observateur inallenlif, qu'il y ait comme une sorte de 
parallélisme entre le développement des associations 



LA LUTTE CONTRE LE SOCIALISME 



iSS 



coopératives et le développement du socialisme. En réalité 
le mouvement coopératif et le mouvement socialiste' 
quoique contemporains pour nous, et sortis l'un et l'autre 
des mêmes milieux sociaux, sont indépendants l'un de 
1 autre, sans action l'un sur l'autre. La clientèle de Sehulze- 
Dehtsch. laborieuse, parcimonieuse, silencieuse, améliorant 
son sort modestement par l'effort simultané du travail et de 
l'épargne, n'a jamais été celle ,1e Collins, de Lassalle et de 
Karl Marx. II est dérisoire d'espérer que les Landschaften 
des propriétaires, les Darlehenskassen Vereine de Raiffeisen 
les Genossenschaften de Schulze-Delitsch, calmeront jamais 
les ardeurs de Bebel et ,1e Liebknecht. Lassalle et Karl 
Marx leur ont octroyé le même mépris avec lequel p a 1 1 ] 
Lafargue, gendre de Karl Marx, Guesde, Paul Brousse ou 
Allemane. considèrent les syndicats agricoles, les positOS 
les artèles ou les dislrihulive stores 11 y a antinomie totale 
entre le monde paisible qui économise et les sophistes 
bruyants qui veulent contraindre à un collectivisme obliga- 
toire, fonds ruraux, fonds urbains, usines, banques, chemins 
de 1er. capitaux mobiliers, métaux précieux, pour les faire 
gérer par des omniarques, selon les uns, et selon M. Schieffle 
le moins extravagant des socialistes actuels, par, les Berufs- 
anstaltliche (pardon d'employer un si terrible substantif) 
organisations professionnelles ou plutôt établissements 
d'Etal, congrégations de fonctionnaires. 

L'association coopérative n'est point, ne saurait être un 
instrument de lutte ni de démonstrations scientifiques; sous 
ce rapport, Railfeisen, plus modeste, a mieux vu que Schulze- 
Delitsch; il a évité des polémiques inutiles et quelque peu 
ambitieuses: il a essayé de rapprocher les hommes et les 
intérêts, sans avoir aucune prétention de les convaincre, 
m de leur apporter une panacée quelconque. Améliorer le 
milieu agricole, voilà son véritable but : c'est déjà beaucoup 









436 




LA LUTTE CONTRE LE SOCIALISME 



Au surplus, que pourraient essayer aujourd'hui les 
associations coopératives pour combattre le socialisme? Du 
terrain scientifique d'où il a été irrévocablement expulsé (*>, 
le socialisme s'est transporté sur le terrain révolutionnaire, 
où seulement il peut jeter des racines solides et trouver des 
f coopérateurs sérieux. A l'exception des quelques esprits 
chimériques qui se sont complus à rêver pour les sociétés 
humaines des conditions autres que celles auxquelles elles 
sont soumises : Çakya-Mouni, Platon, certains Pères de 
l'Église, Th. Morus, Fénelon, Rousseau, R. Owen, Fourier, le 
socialisme n'a toujours été qu'une des formes de l'esprit 
révolutionnaire. Rien de moins nouveau que les doctrines 
socialistes dans l'histoire de l'humanité, c'est-à-dire que les 
tentatives des esprits de révolte pour exploiter les souffrances, 
les malheurs, les fautes, les sentiments d'envie et de haine 
des classes inférieures à l'égard des autres, pour se soulever 
contre le fait d'inégalité qui est la loi même de l'apparition 
des êtres contingents et de la création tout entière. Car c'est 
à cette fondamentale erreur que ces doctrines se ramènent : 
la négation de la différenciation des êtres, la possibilité par 
l'homme de refaire, non seulement lui, d'abord, mais toutes 
choses. Aussi, chaque fois que les docteurs socialistes ont 
essayé de passer de la théorie à l'application, chaque fois 
qu'ont apparu les omnîarques ou les Berufsanstaltliche, elles 
ont été arrêtées par l'immense déconvenue de tous ceux 
dont la foi, qui cependant transporte les montagnes, était 
accourue vers elles. 

Le socialisme ne peut être pris au sérieux et ne peut 
devenir dangereux que comme moyen d'action des partis 
révolutionnaires. Une changera pas la condition de l'huma- 
nité; mais il pourra contribuer à faire subir de redoutables 

(I) Le Collectivisme, par M. l'an] Leroy-Beaulieu, 1884. 




LE SOCIALISME EN CHINE 



4f)7 



épreuves aux sociétés politiques, exposées aux passions et 
aux partis révolutionnaires. Dans ses ouvrages si remar- 
quables sur la Chine, le Père Hue a tracé une histoire des 
plus curieuses du socialisme qui a ravagé la Chine et 
préparé la conquête des Mongols. « Dans le xi e siècle de 
» notre ère, sous la dynastie des Song, le peuple chinois 
» présentait un spectacle à peu près analogue à celui qu'on 
» a vu se produire en Europe et surtout en France dans 
» ces dernières années. Les grandes et difficiles questions 
» d'économie politique et sociale préoccupaient les esprits 
» et divisaient toutes les classes de la population. » Wang- 
Ngan-Ché, chef du parti socialiste, fut porté par l'opinion 
publique même au pouvoir. D'après ses idées, l'État 
« devenait a peu près le seul et unique propriétaire du 
» sol : il s'emparait de toutes 1rs ressources de l'empire 
» pour devenir le seul exploitant universel; il se faisait 
» commerçant, industriel, agriculteur, dans le but unique 
» de venir au secours des classes laborieuses et de les 
» empêcher d'être dévorées par les riches ") ». L'empereur 
Chen-Tsoung maintint Wang-Ngan-Ché au pouvoir durant 
tout son règne; mais la condition générale de la Chine devint 
déplorable. Le Père Hue n'hésite pas à croire que ce règne a 
préparé les conquêtes des Mongols. Les socialistes perdirent 
le pouvoir en 1129. 

Le socialisme se retrouve à certaines époques du Christia- 
nisme et même du Mahométisme. Il a tenu une place dans 
les agitations de la Réforme. Il a contribué à détourner et 
à altérer les véritables courants de la Révolution française. 
Il a longtemps essayé de dissimuler, sous un aspect scienti- 
fique et théorique, auxquels seuls les novices en histoire et 
en politique ont pu se laisser prendre, les agissements, les 



(1) L'Empire chinois, t. II, ch. H. 






458 



LE SOCIALISME AGRAIRE 



espérances des partis révolutionnaires qui se forment se 
renouvellent au sein des sociétés démocratiques, au nom de 
l'inégalité des conditions, en vue de changer l'assiette du 
pouvoir et la distribution de la richesse. 

Après diverses transformations de Morellv à Fourier de 
Fourier à R. Owen, de R. Owen à Saint-Simon, à Cabet à 
Collins, aux diverses écoles allemandes, il s'est dernièrement 
condensé, en quelque sorte, sous deux formes, momenta- 
nément définitives : le socialisme industriel avec Karl Marx, 
le socialisme agraire avec H. Georges. 

H. Georges vit et écrit aux États-Unis où la moitié du 
territoire — 460 millions d'hectares sur 920 millions — est 
à peine appropriée; un tiers seulement en culture. La partie 
appropriée a été distribuée ou vendue par lots, sauf les 
attributions aux chemins de fer, aux écoles, aux routes, à 
charge de travaux et de dépenses si lourdes que le colon 
abandonne souvent le lot payé et défriché (*). 

Il y aurait cependant accaparement; aussi, après avoir 
soutenu que l'accaparement du sol condamne le système de 
la propriété foncière individuelle, le socialisme agraire se 
contente, comme réparation de cet accaparement, d'attribuer 
à l'Etat la rente du sol, c'est-à-dire le revenu, en tout ou 
partie, des propriétaires fonciers; il respecte la part des 
métayers, des fermiers, des bordiers et des salariés. Dans 
ces conditions, on a répondu que le défrichement du sol aux 
Etats-Unis s'arrêterait illico et qu'en France, par exemple 
les vignes phylloxérées n'auraient jamais été reconstituées.' 
Aussi, les véritables socialistes sont-ils d'avis que l'exploi- 
tation collective doit partout remplacer la propriété et 
l'exploitation particulière, collectivisme qui ramènerait peu 

(1) Comparer notre étude sur la colonisation américaine dan. le 
Nebraska. (Economiste français, 8 juillet 1893.) 









LE SOCIALISME INDUSTRIEL ',,,';<) 

à peu la partie de l'humanité qui a dissous la tribu à la 
rétablir. L'humanité actuelle, telle que nous la connaissons 
(Europe, moins la Russie du Nord, les deux Amériques 
toute 1 Inde, la Chine. l'Asie Mineure, l'Australasie, la plus 
grande partie de l'Afrique), va-t-elle renoncer à la propriété 
et à l'exploitation particulières pour revenir à la tribu ? 
Dételles hypothèses ne méritent pas d'arrêter des esprits 
sérieux. 

La doctrine de Karl Marx se présente sous une autre forme. 
Dans la production, soutient Karl Marx, le travail est tout. 
Sans lui rien. Donc le travail doit tout recevoir. 0]', en t'ait 
il ne reçoit même pas de quoi vivre. En tout cas. en admet- 
tant que la production ne soit pas son œuvre exclusive, il ne 
lui revient pas la part à laquelle il a droit. D'autres ont tiré 
les conclusions comprises dans ces raisonnements et sont 
d'avis que pour parvenir à une répartition équitable des 
résultats de la production, il faut collectiviser tous les 
capitaux, la terre comme les outils et les machines, les 
matières premières comme l'intelligence. 

On a soumis les affirmations et les raisonnements de Karl 
Marx à une critique sérieuse. On a démontré : 1» que ses 
idées, aboutissant à la suppression de l'individualité person- 
nelle de l'homme, anéantissaient l'agent par excellence de la 
production; 2° que le travail manuel n'était nullement le 
seul élément actif de la production; 3° que le collectivisme 
intellectuel constituerait une extravagance monstrueuse. 

Ces observations n'ont pas arrêté le développement du 
socialisme, mais elles l'ont dépouillé de son apparence scien- 
tifique. Le prince Kropotkine, dans un récent ouvrage <D, 
ne s'en embarrasse plus. Il déclare que, avec le collecti- 
visme universel, l'humanité vivra sur le tas. Pain, fromage, 

(1) La Conquête du Pain, 1891. 






460 



IMPUISSANCE DE LA COOPÉRATION DANS CETTE LUTTE 



légumes, chemises, châles, souliers, parapluies, robes de 
soie, truffes, huîtres, tout sera porté au tas. 

Voilà l'avenir de l'humanité. Jugez par là de ce que 
pourrait être sa condition en cas de disette ou de choléra. 

Les socialistes ont le sentiment secret d'être définitivement 
condamnés par les faits et par la science. Aussi, d'une part, 
amoindrissent-ils toutes leurs expositions théoriques pour 
donner plus de place aux satisfactions immédiates et, d'autre 
part, se rapprochent-ils des partis politiques révolution- 
naires. Du domaine de l'idée, ils passent au domaine du 
devenir, c'est-à-dire à la force et à la violence. Ils sont 
prêts, pou- parvenir au pouvoir, à accepter toutes les tran- 
sactions. 

Que peuvent opposer les associations coopératives, tra- 
vaillant et opérant dans le silence et la paix, à de pareilles 
passions, qui, plus ou moins, agitent les classes laborieuses, 
surtout dans les grandes villes? Est-ce raisonnablement sur 
elles qu'il faut compter pour les atténuer, les combattre, 
les vaincre ? 

A cet égard, l'Allemagne se trouve dans une meilleure 
condition qu'on ne le pense en général. Il est bien vrai qu'en 
Allemagne, principalement dans les villes manufacturières 
et dans les États du Sud, le courant des idées socialistes 
a acquis, parmi tous les travailleurs, aussi bien dans l'indus- 
trie que dans l'agriculture, mais principalement dans 
l'industrie, une intensité redoutable. Beaucoup d'ouvriers 
peuvent se croire prêts à tenter des expérimentations. Mais 
ils rencontrent dans le gouvernement, dans les institutions, 
dans la prédominance des idées, des goûts et des aspirations 
militaires, dans la cohésion, la force et la puissance intel- 
lectuelle des classes supérieures, des obstacles qu'on doit 
considérer actuellement comme insurmontables. 
Le gouvernement prussien n'a aucun rapport avec ceux 



■■ 



■■ 



DES EXPéfilMENtAWONS SOCIALISTES 

que possèdent, la Russie exceptée, la plupart des États 

-vts, notamment tous les intérêts militaires etTonde 
^«ums Contre cette formidable citadelle g2 
jne rare vigdance, le socialisme théoricien germante 
malgré Rodbertus, Karl Marx, Liebknecht el Bebel se tZvè 

ae Drochures et do prophéties dont les travailleurs auron 
out le temps de faire la digestion. La force d t ? 
la chan ce de survie du gouvernement prussien son, ,11 
quelles peuvent suffire pour faire face à toute l'ampKtud 
de 1 oscillation socialiste en Allemagne. Ce ne serait , 
surplus, la première lois dans l'histoire de rhum ar , éaùZ 
grand mouvement se serai, produit et n'aura,, pa X 
parce qui] aura,, rencontré devant lui des forces don, 1 
n aurait pu triompher. Qu'est-ce qui a empêché, au eÏÏème 
^^protestantisme de Importer en F^ce avec C fn 
vec Lohgnv. avec les Estienne, avec une aristocratie 
dévouée e supérieure? Une seule force. Le protestant 
s est heurté à une monarchie dans sa période ascendante 

Les élections mêmes de juin 1893 ont montré que le 

O0nrf° Cml,Sle n ét&it ra,e,lt, • El enc0re ' dans les 
; 8o0,000 voix qu'il a obtenues, combien à retrancher 
opposants réels à Bebel, Liebknecht et de Volma d on 
touche pour ainsi dire, la vérité du doigt. C'est ch le 
P-P e le plus envahi par les théories sfcialist que 
socialisme présente le moins de périls, parce que, force 
POtoque, i rencontre devant lui une force politise 
supérieure. Les associations coopératives n> sont pour rien! 

13.. 




a 









462 



OU AURONT-ELLES LIEU 



Leur rôle, leur l'onction réels apparaissent bien à nu : 
Organismes nouveaux, plus complexes, plus délicats, mais 
très précieux, de conditions sociales, de besoins économiques 
différents. 

Où pourront donc bien avoir lieu ces expérimentations 
socialistes, à peu près inévitables pour mettre un terme au 
déluge de sophismes des prédécesseurs et des disciples de 
Mardochée? Il semble qu'on est autorisé à affirmer qu'elles 
n'auront pas lieu en Angleterre, parce que le génie anglais, 
qui se retrouve dans les classes ouvrières de l'Angleterre, 
est particulariste à un trop haut degré pour en accepter 
les charges. En Russie, rien ne parait disposé, quant 
a l'industrie, pour ces expérimentations et, quant à l'agri- 
culture, les populations qui n'ont plus le Mir ou qui ne 
l'ont jamais eu, n'éprouvent aucune velléité soit d'y revenir, 
soit de le subir. En Autriche, en Italie, en Espagne, 
les populations laborieuses, principalement adonnées à 
l'agriculture, accordant toujours une place notable aux 
influences religieuses, ne sont pas mieux disposées pour 
ces essais. Il en est de même des États Scandinaves et de 
la Hollande. Rien n'y est agencé pour des expériences 
de communisme pratique. L'énergie, la promptitude que 
le président Harrison, bien qu'à la veille de sa réélection, a 
déployées pour accabler les armées des grévistes d'Home- 
stead, de Buffalo, de Cœur-d'Alène, du Kentucky en 1892, 
la rapidité de la répression, une armée de 30,000 soldats 
levée en un seul jour dans l'État de New- York, ne laissent 
aucun doute sur le caractère du gouvernement américain. 
Et, au surplus, que peuvent hasarder des amateurs révolu- 
tionnaires sur 920 millions d'hectares ? 

La situation n'est pas la même en France. Au point de vue 
du socialisme théoricien, il est bien vrai que le mouvement 
a eu beaucoup moins de force en France qu'en Allemagne. 



EN ALLEMAGNE ? 463 

Lassalle, Kari Marx, y jouissent d'une popularité inférieure. 
Nul ouvrier français ne les prend pour des rédempteurs. 
La plupart en dissertent sans en avoir jamais rien lu. En 
outre, les socialistes français, fidèles au génie français, ne 
peuvent pas marcher d'accord. Rien de curieux (*), parfois 
rien de plaisant comme la division et la classification des 
socialistes français : broussistes, anarchistes, allemanistes, 
possibilistes. On s'y perd, les ouvriers s'y perdent eux- 
mêmes. Le mouvement socialiste est. par suite, bien moins 
puissant en France qu'en Allemagne. Mais combien sont 
plus favorables en France les conditions de ses expérimen- 
tations? C'est ce qu'il faut considérer. 

1° Les gouvernements ne sont pas les mêmes; on ne saurait 
nier que la forme républicaine est pins accommodée à des 
expériences communistes que la forme monarchique j 2° pins 
la forme républicaine est bien récente, encore contestée en 
Franco. Comment en comparer la vigueur et la résistance 
à une monarchie dans sa pleine maturité', entourée d'une 
glorieuse popularité? 3° derrière la République, les classes 
supérieures, les plus riches et les plus éclairées, sont bien 
loin de se ranger en un faisceau compact. Le feraient-elles, 
qu'elles seraient tenues à dislance, avec un souci inexorable, 
par les classes auxquelles les événements de 1870-1871 ont 
attribué le pouvoir : les dernières couches de la bourgeoisie 
et les premières couches des travailleurs; 4° sans doute, la 
France est parvenue, avec beaucoup d'effortset de dépense-,, 
à refaire ses armées. — et elle n'en a même jamais eu de plus 
formidables: — mais ces armées ne sont pas constituées 
dans les mêmes conditions, ni animées du même esprit que les 
années allemandes. Ce sont des instruments bien différents; 
. r >° en Allemagne, avec une centralisation modérée, tous les 



(I) Journal des Débats, article de M. Chailley-Bert, 3 août 1893. 



464 



ELLES AURONT LIEU EN FRANCE 



agents du pouvoir sont dans les mains du gouvernement et 
lui obéissent avec un respect, illimité; en France, avec une 
centralisation excessive, beaucoup d'agents du pouvoir lui 
échappent et ne lui obéissent pas; ils dépendent directement 
tels que les maires, du suffrage universel. Ces agents 
emanent-ils des classes conservatrices, sur lesquelles le 
gouvernement ne compte pas et ne s'appuie pas, il les 
révoque; émanent-ils des classes populaires, parfois révo- 
lutionnaires, qu'il redoute, il les respecte et leur laisse 
le champ libre; 0° enfin, il existe, en France, un courant 
révolutionnaire, prenant toutes les formes, qui a montré sa 
redoutable puissance en 1789, en 1830, en 1848 et sous la 
Commune ; ce courant est étranger à l'Allemagne. C'est le 
résidu d'une vieille civilisation. 

On est donc obligé d'avouer que les conditions d'expé- 
rimentations socialistes ou communistes se trouvent bien 
plutôt réunies en France que chez les autres peuples. Parmi 
les esprits prévoyants qui suivent, avec attention, le déve- 
loppement des destinées de la société française, si incertaines 
depuis les écarts de la Révolution française, il règne peu 
d'incertitude sur le fait que c'est la France qui sera le 
théâtre des premières expérimentations, qu'elles sont inévi- 
tables, assez prochaines, mais qu'elles suffiront très rapide- 
ment pour créer une oscillation en sens contraire et ramener 
le calme et le bon sens dans la grande majorité des esprits. 
L'incident, si dramatique, de la grève de Carmaux a jeté 
sur cette situation une lumière décisive. Les socialistes ont 
nettement déclaré leur but : « Pour réaliser nos espérances 
» et donner satisfaction à nos besoins, nous aurons recours 
» à la force quand nous le pourrons, comme on a eu recours 
» à la force pour renverser la Restauration, la monarchie de 
» Juillet et le second Empire. » 
Le gouvernement a abdiqué devant eux. Il a refusé aux 



A B.VS LA FRANCE ! 



465 



officiers de l'armée le droit de défense personnelle. La 
société a été livrée à l'abandon. Aucun gouvernement, 
nulle pari, n'a montré une pareille faiblesse. Le champ 
des expérimentations est libre, ouvert, évidemment"). 

Aussi, depuis cet incident, les socialistes français et même 
étrangers, surtout allemands, ont-ils redoublé d'ardeur en 
France. Congrès, grèves, menaces, conférences, émeutes, 
rien ne lui a été épargné. Elle est devenue le centre, le foyer] 
le carrefour, le porte-parole des socialistes internationaux.' 
Ellea mèmeeu l'honneur de provoquer leurs contradictions! 
Tandis qu'à Marseille Bebel et Liebknecht faisaient cause" 
commune avec les sans-patrie français, ils déclaraient 
très hautement à .Mulhouse et à Berlin qu'ils se tiendraient 
toujours prêts à prendre le casque et le fusil pour maintenir, 
malgré elles. I Alsace et la Lorraine rivées à l'empiré 
prussien. Ils récoltaient, pour prix de leur duplicité, les 
acclamations des frères de Roubaix : ^1 bas la patrie! A bas 
la France! Le soldai qui sert la messe est puni; le polisson, 
qui menace el insulte la pairie, goguenarde joyeux dans les 
rues. Le conspirateur, entretenu par l'argenl allemand, est 
élu député. 

Il importe donc de séparer avec rigueur les institutions, 
ayant un caractère exclusivement économique et social 
comme les associations coopératives, de tout contact 
politique, et particulièremenl dans un milieu aussi agité, 
aussi troublé que la France. Ainsi les meneurs socialistes 
redoublent, depuis quelque temps, d'activité pour pénétrer 
dans le grand massif rural français, massif solide, presque 
immuable, sur lequel sonl établis en France, de tout temps, 

(I) Les tendances actuelles «lu socialisme en France viennent 

iêtre etabhes ayee autant d'indépendance qu sagacité par 

M. Y\es Guyol {la Tyrannie socialiste, 1893). Voir Messager il,' 
Paris du 26 juillet, et mm article sur « l'Abandon social», par 
m. I . Leroy-Beaulieu {Economiste français du \± novembre 181)2). 

18... 




466 



LA RÉVOLUTION AGRAIRE 



la société, les institutions, l'armée, la marine, l'Église, la 
magistrature, le gouvernement, puisque son territoire incom- 
parable est le principal élément du travail, de l'influence et 
de la richesse. En tenant compte des industries diverses, 
dépendant de la production agricole, les populations 
rurales représentent au moins 60 °/„ de la nation. Avec 
le sol, les propriétés bâties qui lui sont attachées, les 
animaux, les réserves en approvisionnements, les biens et 
valeurs mobiliers, ces populations ont en mains les trois 
cinquièmes de la fortune nationale, soit 150 milliards. Ce 
serait une belle proie pour le socialisme agraire, celui 
auquel le propre gendre de Merdochaï (Karl Marx), M. Paul 
La fargue, publiciste non moins distingué que son beau-père, 
donne des soins particuliers. Le mouvement a commencé 
par les coalitions et les grèves des bûcherons de la Nièvre 
et du Loiret qui exploitent le massif forestier du Centre, 
comprenant 800,000 hectares de bois dans cinq dépar- 
tements : populations violentes, promptes à l'exaltation, 
promptes à l'action. 

Le programme d'attaque a été formulé, en 1892, dans le 
Congrès international de Marseille, celui-là que Liebknecht 
a honoré de ses déclarations <>>. 

Producteurs, au nombre de deux millions et demi, dépossédés de 
leur instrument de travail, le sol, et réduits, comme leurs frères 
de l'industrie, à la vente de leur force-travail pour vivre; 

Producteurs, encore propriétaires, au moins de nom, cultivant 
. terre qu'ils possèdent, ou qu'ils croient posséder, et dont il ne 
sont que les esclaves; 

Fermiers, métayers qui mettent en valeur la propriété d'aulrui 
avec des bras loués ou salariés; 

Tous ces exploités, à titres divers, ont été appelés à se coaliser 
contre l'ennemi commun, legrand propriétaire, le capitaliste foncier, 
et ses complices du gouvernement. 



(1) Syndicats agricoles, p. 157. 



LE PROPRIÉTAIBE, VOILA L'ENNEMI 



467 



Point de doute sur le caractère de ce document : c'est un 
factum politique, un factum révolutionnaire. Que peuvent 
les syndicats agricoles, les Unions de syndicats, les coopé- 
ratives agricoles qui s'occupent des paisibles travaux des 
champs, engrais, semences, faneuses ei batteuses, vignes et 
laiteries, sériciculture et horticulture, croisement des races 
de bétail, sylviculture, contre de pareils libelles, dissimulant 
fort mal les plus dangereuses convoitises? C'est la guerre 
sociale"». La guerre sociale, dans un État centralisé au plus 
haut degré comme la France, ne peut être réprimée que 
par le gouvernement même. 

Or, depuis 1878, le gouvernement poursuit, bien plus 
qu il ne les défend, les propriétaires, ceux mêmes que le 
parti socialiste signale comme féminin commun île Ions 
les esclaves, condamnés à vendre leur force-travail. Dans la 
plupart des départements, les préfets, c'est-à-dire les agents 
despotiques du pouvoir central, sont les adversaires déclarés 
de tout propriétaire qui, sur le terrain politique, n'obéit 
pas à ses injonctions. Transformés en meneurs électoraux 
hier opportunistes, aujourd'hui radicaux, demain ils endos- 
seront le costume socialiste, si le téléphone le leur ordonne 
La révocation téléphonique du préfet de Versailles le dit 
catégoriquement. 

Que les socialistes, portes par un coup de vent du suffrage 

universel, niellent la main sur le téléphi , l'heure des 

expérimentations aura sonné. La France n'a point à sa 



premier essai, 



., (1 l r L( ? IDeute ''" :; .i" 111 " 1 1893 à Paris a été .,„ p. . 

M. Maujan, ancien député radica] a, Paris, mais m soaialiste 

révolutionnaire, ayant convoqué u ■éunion publique, ,■ rendre 

r ;""''": '" son ™ H.-3 août 1893, _ a été enlevé du bureau 

'' ''"'"' '''' r 3 ' "" '•' d û le 'ter meurtri el sanglant chez I,. 

P hai ™acjen. C'est un premier ac terreur. Voilà le véritable 

socialisme. Au Congrès international de Zurich (aoûl 18IW) tous le* 

'''' l ''-" rs " nl v " 1 '' I ■' l'exclusion des anarchistes. Les délégués 

français seuls se seul abstenus avec les délégués hollandais 



468 



DEFENSE DE LA FRANCE 



disposition, comme la Russie, comme les États-Unis, des 
champs d'expérimentations libres. Tout est occupé, tout est 
pris; tout a été chèrement payé, même plusieurs fois. Depuis 
dix ans, un tiers du territoire a changé de mains. Les 
propriétaires de moins de 6 hectares possèdent 25.79 % du 
territoire, ceux de moins de 50 hectares 38.94 %, ceux de 
plus de 50 hectares 35.27 °/ . 

Chez aucun peuple, la propriété rurale n'est aussi bien 
répartie, aussi parfaitement garantie, mieux cultivée en 
moyenne; nulle part les salaires ruraux ne sont plus équi- 
tables; nulle part, au moyen du métayage et du fermage, 
l'association ne pénètre plus à fond dans l'économie rurale; 
nulle part les populations rurales ne sont plus libres, plus 
vaillantes, plus aisées, plus heureuses. C'est l'opinion de 
tous ceux qui connaissent la France. Et c'est pour cela que 
les amis sincères de notre pays et du progrès pensent que 
ces belles populations de nos campagnes, pépinières de ces 
soldats que la France peut opposer avec fierté à tous les 
autres soldats, allemands, anglais, russes, espagnols, seront 
peut-être l'élément régénérateur de la patrie, de même 
qu'elles en sont depuis si longtemps l'élément conservateur. 
Faut-il encore qu'elles ne soient pas écrasées sous le poids 
et sous le joug de cette formidable centralisation, œuvre 
destructive de l'ancien régime, capable de tout broyer, la 
France elle-même. 

C'est pour cela que les associations coopératives se déve- 
loppent rapidement dans les milieux ruraux et y préparent 
une nouvelle ère de prospérité pour l'agriculture française, 
à la» condition absolue que, puisqu'il a successivement 
corrodé, avili, détruit, pulvérisé tous les organismes indé- 
pendants, capables de tenir tète aux révolutionnaires, para- 
sites inévitables, microbes fatals des nations riches et très 
civilisées, le pouvoir central maintienne l'ordre public et 
la paix sociale. 



CHAPITRE SEPTIÈME 



De la richesse de l'Allemagne 

comparée 

à celle des Etats-Unis, de l'Angleterre 

et de la France. 



1 1. — DES PROGRÈS DE LA RICHESSE AU XIX-» SIÈCLE 

La richesse s'est développée avec une intensité extraor- 

Jit decisil qui [ e caractérise : résultante, expression do 
f ^causes dont l'efficacité se maili ,, sje » £ 

dance, la variété, la puissance des ressources actuelles de 
^«.Tnus^ns.oMn.s,,,,,,,,, s ;issll , ln , 

^-"^ènie une suprématie éclatante sur les autres siècles 

émoignentde l'accroissement prodigieux de ces ressource? 
M augmentation de h population. D'après les chiffres 

m,ms Pf r *; Lev ». la population du globe serai 

^f%del800àl886,de682àl,483mmioL:suÏÏ 
801 millions «> ; 2* l'amélioration dans les conditions*^ d 
bien-être dune population qui a plus que doublé: alimen- 
ta Fnstitu) international de statistique, Mémoires, année ,887. 



-f :• 



V) 






470 



PROGRÈS DE L APPROPRIATION" DC GLOBE 



tation, vêtements, logement, éducation, bien-être, vitalité, 
faits se ramenant tous à deux : la diminution des famines, 
l'accroissement de la vitalité; 3" le peuplement du globe, 
précisément par les excédents d'une population devenue 
trop nombreuse pour les territoires où elle était fixée. De là, 
les colonisations de la race anglo-saxonne aux États-Unis, 
dans l'Afrique australe, en Australasie; de la race française 
en Algérie; des Espagnols, des Italiens et des Allemands 
dans l'Amérique du Sud; des Russes en Asie; des Chinois 
dans l'Extrême-Orient. 

Les immigrations, presque jusqu'à la fin du xvii siècle, 
s'étaient opérées par les violences et la conquête, témoin 
l'occupation de l'Amérique centrale et de l'Amérique méri- 
dionale par les Espagnols. Leur caractère change peu à peu. 
Le refoulement, la juxtaposition, l'occupation de territoires 
inhabités, se substituent progressivement au massacre, à la 
spoliation, à la superposition. Aux États-Unis le refoulement 
et l'occupation; en Australasie, sauf la Nouvelle-Zélande, 
l'occupation; dans l'Afrique australe l'occupation, le 
refoulement, la juxtaposition; en Algérie et en Tunisie la 
juxtaposition; dans l'Asie centrale l'occupation et la juxta- 
position. Ce mouvement dans le peuplement du globe, la 
dissémination des races supérieures, ont été très favorables 
à l'accroissement de la richesse, soit en conservant, au lieu 
de les compromettre, parfois de les détruire, les richesses 
acquises, soit en facilitant la recherche et la formation de 
richesses nouvelles. 11 est bien certain aujourd'hui que les 
infiltrations, les colonisations, les prises de possession, les 
entreprises de tout, genre de la race blanche en Afrique, 
s'effectueront sans donner lieu aux massacres effroyables, 
aux atroces pillages, à la terrible servitude qui ont marqué, 
d'un souvenir indélébile, les colonisations en Amérique, 
dans les quatre derniers siècles. 



COLONISATIONS ET DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES 



m 



Or, ces nouvelles colonisations, non seulement ouf. contri- 
bué, dans une large mesure, à l'augmentation de l'espèce 
humaine, par l'établissement de nouveaux centres de peu- 
plement, de production, de richesse, qui oui absorbé les 
excédents des centres anciens et ainsi singulièrement accru 
l'aisance et la sécurité de ces centres; mais, par l'exploita- 
tion de territoires nouveaux, plus étendus, plus fertiles, plus 
variés, elles ont fourni de grandes ressources aux vieilles 
populations, pressées les unes contre les autres, de l'Europe. 
Ces ressources ont mis, à peu près définitivement, l'Europe 
à l'abri des diselles, toul en lui fournissant de nouveaux 
moyens pour améliorer son alimentation, son vêlement, son 
confortable. Sans les blés des États-Unis, de la Plata. de 
l'Australie et de l'Inde, l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, 
la Suisse ne pourraient entretenir leur population actuelle. 
De même, sans le colon américain, égyptien, indien, sans 
les laines, les cuirs de la Plala et de l'Australie, sans les 
soies de la Chine et du Japon, la grande majorité des popu- 
lations de l'Europe ni' vivraient pas dans l'aisance dont elles 
jouissent: leur hygiène, leur vie moyenne ne seraienl pas les 
mêmes. Combien l'or et l'argenl des Etats-Unis, du Mexique, 
de Bolivie, d'Australasie, n'ont-ils pas, depuis quarante-cinq 
ans seulement, ajouté indirectement à la richesse des divers 
peuples en leur fournissant les métaux qui permettent de la 
faire circuler, «le la transmettre et de la conserver! 

A ces trois faits d'ordre supérieur, il importe d'en ajouter 
un autre qui a exercé sur chacun d'eux uni' influence 
considérable, sans en être la cause promotrice : nous 
voulons parler des découvertes et inventions scientifiques. 
L'application, so us diverses formes, de la force élastique de 
la vapeur a été, de beaucoup, le plus fécond de ces progrès 
scientifiques. Néanmoins elle n'a eu qu'une action indirecte 
sur l'accroissement de la population, l'amélioration de sa 






472 



DE LA RICHESSE DANS LES PREMIÈRES CIVILISATIONS 



condition générale, le peuplement du globe; la voile aurait 
suffi à porter les émigrants, les canaux et les routes à 
échanger les produits: si pour le vêtement, les découvertes 
nouvelles ont obtenu du colon, de la laine, du chanvre, 
de la soie, des produits presque merveilleux, de même que 
pour les métaux, leur part est tout autrement restreinte en 
ce qui concerne l'alimentation, le logement, l'éducation. 

Ces divers facteurs n'ont montré toute l'efficacité de leur 
action que dans la seconde partie du xix e siècle, à partir du 
moment où l'essor des colonisations est devenu tout à fait 
puissant. Nous allons le prouver par des chiffres fort 
curieux. 

L'Allemagne n'est pas venue la première; elle ne tient 
pas encore le premier rang dans ce développement de la 
richesse; les États Unis, qui, au contraire, marchent en 
tête aujourd'hui, ne comptaient pas encore au siècle dernier. 
A vrai dire, il n'y avait, à la fin du xvm<= siècle, que deux 
peuples en possession d'une certaine richesse, l'Angleterre 
et la France. Et encore. était-ce un fait assez récent. 

g 2. — DES MOUVEMENTS DE LA RICHESSE CHEZ LES DIVERS 
PEUPLES AVANT LE XVIII SIÈCLE 

Comme les très grandes richesses contemporaines sont, 
du moins pour les peuples qui les possèdent actuellement,' 
des faits tout récents, il est intéressant de jeter un coup 
d'œil sur l'histoire ou plutôt sur les mouvements de la 
richesse chez les divers peuples. 



!■ — Premières civilisations de l'Orient. 

A. L'opinion que la Chine et les Indes étaient les 
contrées les plus riches de la terre a longtemps prévalu. 



■HH 



l'inde et la chine 



473 



On confondait Ja rareté de quelques productions, spéciales 
aux terres équatoriales, notamment : l'or, l'argent les 
pierres précieuses, la soie, les épiées, avec les véritables 
éléments de la richesse. Vasco de Gama, Christophe 
Colomb en cherchant, l'un à l'est, l'autre à l'ouest la 
route des Indes, poursuivaient, avant tout, la prise de 
possession, par le commerce ou la force, des richesses des 
Indes. Cette opinion leur a longtemps survécu. Aujourd'hui 
on est tout autrement renseigné. Malgré les palais les 
temples, les monuments admirables dont l'Inde est cou 
verte, en partie, malgré les fêtes que les prêtres ou les 
maharajahs y ont données à lady Dufferin, qui en a publié 
une très piquante description, on sait que l'Inde est pauvre 
rès pauvre depuis longtemps (D. On peut se faire facilement 
une idée de cette pauvreté. La France paie, en moyenne 
sans en être accablée, plus de 4 milliards d'impôt ' 
fournis par 38 millions d'habitants. L'Inde anglaise avec 
221 millions d'habitants, acquitte difficilement ljoOmi'llions 
de roupies, soit 2 milliards de francs 

B. Certaines parties de la Chine, particulièrement dans 
les grandes vallées du Houang-Ho et du Yang-Tse-Kiana 
possèdent une richesse territoriale ancienne; néanmoins^ 

\Zm -t ta ïl\ méëS aU £°™ement impéria 
par 400 mil ions d habitants, ne dépasse pas de beaucoup 
80 mil ions de taels-haikwan. Le haikwan-tael d'argent vaut 

3 AmS1 * 40 ° milhons de Chin ™ ne produiraient 
que 580 millions de francs. La Chine serait par sS 
d une productivité fiscale très inférieure. Capacité fiscal 
du Français, sans souffrance moyenne, lOo francs- de 
1 Hindou anglais, 9 francs; du Chinois, 1 fr. 40. 






(1) Le fait de la pauvreté de 
cations sui 



le depu 



e est attesté par toutes les publi- 



is au moins un quart de siècl 



14 



474 



ETATS MESOPOTAMIENS 



Faut-il accepter qu'autrefois l'Inde et la Chine ont joui 
d'une plus grande richesse qu'aujourd'hui? Nous ne le 
pensons pas. Jamais l'Inde et la Chine n'ont été aussi peu- 
plées. Elles paraissent avoir gagné, pendant le xix e siècle, 
100 millions d'habitants chacune. Ce seul fait permet 
d'affirmer que la richesse ancienne de l'Inde et de la Chine 
était loin d'être supérieure à leur richesse actuelle. 

C. Il est moins facile d'être fixé sur la richesse des 
anciens grands États de la Mésopotamie, Ninive, Babylone, 
la grande monarchie des Perses, la Phénicie, la seconde 
monarchie persane, les rois de Syrie, les plus puissants des 
successeurs d'Alexandre, comme le remarque Montesquieu G), 
l'ancienne Arménie, toute l'Asie occidentale. Nul doute, 
toutefois, qu'à l'inverse de l'Inde et de la Chine, l'Asie 
occidentale n'ait été autrement peuplée, riche, prospère, 
que maintenant; mais cette richesse, plus ou moins impor- 
tante, n'a point eu le caractère de stabilité qu'elle a affecté 
dans l'Inde, en Chine, en Egypte. Elle semble avoir eu 
trois périodes : 1° celle des grands centres mésopotamiens : 
Assyriens, Babyloniens, Perses, Phéniciens, période militaire 
pendant laquelle Babylone principalement a rempli la fonc- 
tion de centraliser et de distribuer les capitaux; 2° celle de 
l'occupation gréco-romaine, probablement la plus impor- 
tante des trois; le christianisme n'a pu se développer qu'au 
milieu de populations jouissant d'une certaine aisance, 
arrachées en partie à la servitude. Les grands actes de 
la politique de Dioclétien et de Constantin, qui reportent 
d'Occident en Orient la direction de l'Empire romain, 
indiquent qu'à cette époque la richesse a dû être bien 



(1) Les rois de Syrie étaient les plus puissants des successeurs 
d'Alexandre, car ils possédaient presque tous les États de Darius, 
à l'Egypte près. (Grandeur et Décadence, p. 189, cli. v.) Montesquieu 
s'étend longuement sur l'importance de la Syrie ù cette époque. 



ÉTATS MÉSOPOTAMIENS 



475 



autrement considérable dans l'Asie occidentale qu'en 
Europe. La production agricole, l'industrie, le commerce, 
avaient leur foyer en Asie. La révolution monétaire du 
in» siècle correspond à ce mouvement. Les métaux précieux 
qui, un moment, à la suite de la constitution de l'Empire, 
avaient afflué d'Orient en Occident, reprennent la direction 
vers l'Orient. Ce mouvement économique provoque en 
Europe une crise monétaire terrible qui accable l'Italie, 
déjà très appauvrie; 3° la période à la fois byzantine et 
arabe, période mieux connue depuis que les historiens 
byzantins et arabes ont été traduits et mieux explorés. 
Cette époque commence à l'apparition du mahométisme 
(vn e siècle), et se prolonge jusqu'à la fin des croisades 
(xiv 9 siècle). L'histoire des empereurs byzantins et des 
califes de Bagdad atteste la prospérité des contrées qu'ils 
gouvernent. Les croisades accrurent cette prospérité. Il y 
eut un nouvel afflux de capitaux dans l'Asie occidentale. 
Constantinople, Bagdad, le Caire, sont à cette époque les 
véritables foyers de la science, des arts et de la richesse. 
Ces formes diverses de la prospérité des nations et de la 
civilisation ne se séparent pas. Les sciences, les lettres, les 
arts, supposent toujours des loisirs assez grands et des 
excédents de revenus avec une certaine sécurité. A l'époque 
des croisades, l'Asie mineure, la Syrie dans sa plus grande 
extension, les vallées du Tigre et de l'Euphrate, jouissaient 
encore d'une prospérité réelle. La richesse s'y était conservée 
depuis longtemps. Sans les invasions des Turcs, des 
Mongols, des Tartares, qui ont tout détruit, la France aurait 
pu garder la Syrie et y créer une colonie, comme l'Algérie 
et la Tunisie actuelles. 

D. Les grands empires mésopotamiens, Chaldée. Assyrie, 
Babylonie, Perse, ont dû être les foyers où se sont formés,' 
accumulés, conservés pendant au moins trente siècles' 



476 



BABYLONE 



les premiers grands capitaux dont l'humanité ait pu dis- 
poser. Il nous est parvenu beaucoup de documents, soit 
par les historiens grecs ou romains, notamment Hérodote; 
soit plutôt par les briques, séchées au soleil, de Ninive et 
de Babylone; mais les détails, les chiffres de statistique 
générale, manquent. Les Orientaux, même au contact des 
Européens, n'y attachent aucun intérêt aujourd'hui. 11 
n'en était pas différemment autrefois. On est par suite 
obligé de se contenter de renseignements indirects. Ainsi, 
il est certain que, pendant bien des siècles, Babylone a 
été le centre de capitaux considérables : fait attesté par 
l'invention de la lettre de change et par les premiers essais 
de titres au porteur. Ce sont les banquiers de Babylone 
qui ont dressé les banquiers de Phénicie, de Judée et de 
Grèce. Les inscriptions relatives au droit privé, contrats de 
mariage, successions, comptes divers, ventes de terres, 
ventes d'esclaves, sociétés diverses, accusent un état social 
complexe où la richesse, déjà ancienne, était entourée de 
sérieuses garanties. Babylone formait, en outre, un centre 
monétaire important, surtout pour l'or. Elle possédait à elle 
un système complet de mesures et de monnaies. Ce système 
s'est très longtemps conservé. Mais il ne faut jamais perdre 
de vue, soit pour ces premières sociétés, soit pour celles de 
la Grèce et de Rome, qui en ont hérité, que tous les 
avantages de la richesse et de la civilisation ne concernaient 
alors qu'un très médiocre nombre de personnes, exposées 
elles-mêmes, de temps immémorial, à tous les caprices 
d'un pouvoir arbitraire. Aujourd'hui toutes les parties de 
la société, dans la plupart des États civilisés, profitent de 
ces avantages, et avec une tout autre sécurité. Les vastes 
travaux, les grands monuments de ces diverses civilisations 
ne doivent pas non plus laisser d'illusions. Ils attestent 
l'excès de souffrance et d'oppression, ainsi aue la 



que 



BABYLONE 



477 



profonde résignation des populations qui les ont faits, que. 
l'étendue des richesses employées. 11 est vrai que le travail 
est le premier fondement de la richesse : mais nous 
recherchons les manifestations du travail libre, qui dispose 
de lui-même, qui conserve le fruit de ses efforts et qui le 
conserve pour améliorer sa condition. 

On ne peut rien préciser, signaler aucune donnée particu- 
lière en ce qui concerne les Assyriens, malgré leur impor- 
tance militaire si grande. Toutefois, comme leur empire 
s'est étendu sur les mêmes régions que celui des Perses et 
que leur gouvernement était le même, on peut leur appli- 
quer, dans une certaine mesure, les détails qui nous sont 
parvenus sur les Perses. 

Le second empire de Chaldée n'a point eu la même 
importance que l'empire assyrien; mais il avait pour 
centre le foyer par excellence des premières civilisations. 
Babylone. Avant Darius, Babylone n'avait pas moins de 
93 kilomètres de tour et une superficie beaucoup plus 
grande que le département de la Seine. Elle formait plutôt 
une province qu'une ville. Les Perses la taxèrent à 
5,500,000 fr. par an en numéraire et à des fournitures en 
nature évaluées à 40 talents par jour, soit 220 000 fr par 
jour ou 80,300,000 fr. par an, total 85,800,000 fr. par an. 
Ces chiffres, acceptés par Movers, doivent être exagérés, 
car on en possède de plus certains et de bien plus modérés,' 
concernant les taxes imposées par les Romains. Toutefois 
les ressources de Babylone étaient considérables, puisque, 
sous les Perses, le gouverneur de Babylone en tirait pour 
lui seul deux millions de francs par an. 

L'imagination des Orientaux ne se contentait pas de ces 
chiffres. Nulle ville n'a laissé de plus extraordinaires 
souvenirs dans la mémoire des hommes que Babylone. On 
a, à cet égard, un bien grand témoin, c'est le livre de Daniel. 



1 

hiî; 



1 



478 



BABYLONE 



Ce livre est non seulement une sorte de philosophie de 
l'histoire de la succession des empires formés par les 
civilisations mésopotamiennes, mais une sorte de roman, 
ou plutôt d'Apocalypse, comme le démontrait M. Renan dans 
ses belles leçons sur Daniel, où l'on trouve le reflet de 
l'influence de Babylone, de sa fonction dans les légendes 
de l'Asie, tout comme Rome au moyen âge. L'immensité 
de la ville, son mur d'enceinte ou Imgur-Bel de 93 kilo- 
mètres de circonférence, assez large pour la course des 
chars, ses cent tours, ses cent portes, les jardins, les champs, 
les bois qu'elle contenait, ce qui a fait dire que Babylone 
seule était plutôt un pays qu'une ville, la cité royale avec 
sa triple enceinte, ses palais, ses temples, ses tombeaux, 
sa population bien plus grande que celle de Rome sous 
Auguste, tout cela devait faire croire que Babylone conte- 
nait des richesses incalculables. Diodore et Ctésias se sont 
faits les interprètes de la foi populaire. Ctésias attribue à 
Sardanapale, dernier roi, selon la légende, de Babylone, 
10 millions de talents d'or et 100 millions de talents 
d'argent (i), avec 150 tables et 150 divans d'or. C'est tout 
à fait dans le goût de l'auteur du livre de Daniel. Diodore 
de Sicile, de son côté, raconte, ainsi que Ctésias, qu'il 
existait à Babylone, dans le temple de Bel, une statue du 
poids de 1,000 talents d'or i 2 ), une autre de même poids 
dans celui de Rhéa, avec deux petites statues chacune du 
poids de 30 talents d'or; dans le temple de Beltis une statue 

(1) Movers : Dos Phœnizische Alterthum, 4° vol., 1856, ch. ni 
Ce chapitre est très curieux. Movers évalue ces deux 'sommes 
énormes à 52 milliards de thalers (ou 193 milliards de francs), sans 
dire d'après quels talents. 

(2) « Nabuchodonosor rex fecit statuam auream altitudine cubi- 
torum sexaginta et latitudine cuhitorum sex, et statuit eam in campo 
Dura, provinciu? Babylonis. » (Daniel, m.) 



PREMIER EMriRE DES PERSES 



479 



de 800 talents d'or, une table de 500 talents d'or, deux 
coupes de 15 talents d'or chacune, deux autels de 300 
talents d'or chacun, trois cratères dont l'un du poids de 
1,200 talents d'or, les deux autres de 600 talents chacun : 
ensemble 6,390 talents d'or, soit 447,300,000 fr. Strabon, 
ordinairement exact, mais se conformant à la légende, 
dit qu'Alexandre aurait réuni 180,000 talents d'argent à 
Ecbatane, soit 990 millions. Les légendaires Israélites, non 
moins excessifs que les autres, pensaient que, du temps 
de Salomon, le trésor du temple de Jérusalem contenait 
100,000 talents d'or et 1 million de talents d'argent : total 
7 milliards d'or et 5,500 millions d'argent (*>. 

D'après Arrienet Quinte-Curce, Alexandre, qui s'empara à 
Damas du trésor de Darius, y trouva 2,600 dariques d'or 
et 600 talents d'argent; à Arbelles, il ne prit que 3,000 talents 
d'argent, et 800 à Memphis. Ces chiffres nous replacent sur 
le terrain des faits. Varron réduit les cratères de Babylone, 
pris par Cyrus, à un cratère de 15 talents. 

On possède, grâce à Hérodote et à Strabon, sur les res- 
sources de l'empire des Perses, des renseignements et des 
chiffres qui permettent de faire justice de la statue d'or de 
l'auteur de Daniel, des statues, autels, cratères et trésors de 
Ctésias et de Diodore <»>. L'empire des Perses, comme ceux 
d'Assyrie et deBabylonie, était partagé en grandes satrapies. 
Chaque satrapie avait un forfait financier avec le (Irand 
Roi. Elle devait fournir, depuis les réformes de Darius, fils 

(1) Hérodote ramène 1rs trésors de Babylone à un trône d'or 
valant 800 talents d'or, soit 56 millions. 

(2) Rawlinson : The fève great Monarchies : Persia, 4" vol., p. 42 
à 424. M. Rawlinson rapporte l'opinion de Croie (History of Greece 
t. III). Grote élevé à 4,254,000 I. s. le revenu en argent du Grand 
Roi. M. Rawlinson avait d'abord 6xé ce revenu à 10 millions I. s.; 
il l'a ensuite réduit. 



480 



PREMIER EMPIRE DES PERSES 



d'Hystaspès, une certaine quantité d'argent et une certaine 
quantité de produits divers chaque année, d'après une sorte 
de cadastre ou census des biens et des personnes, comme 
1 ancienne taille française. M. Rawlinson estime que la 
population de l'empire des Perses s'élevait à 50 millions 
d'habitants et que cette espèce de taille devait représenter 
3,500,000 1. s. en argent et 2,500,000 1. s. en nature, - ou 
150 millions de francs; — prorata par tête 3 francs. Il évalue 
que ces 150 millions pouvaient équivaloir à la dîme de tous 
les revenus. Mais qu'était cette dîme? Il ne pense pas, de 
même que M. Lumbroso, qu'elle correspondit au dixième, 
mais à une moyenne entre le dixième et le vingtième. Les 
revenus de l'empire persan pourraient être ainsi calculés à 
2 milliards pour 50 millions de têtes, soit 40 francs par tête. 
Mais ce revenu était loin d'être net. Les prélèvements 
d'impôts dépassaient de beaucoup la somme de 150 millions. 
D'abord il existait d'autres taxes assez lourdes, notamment 
celles d'irrigation et d'entretien des canaux. Ces taxes étaient 
communes à l'Egypte. Elles y ont toujours été levées, à 
l'exception de quelques époques, notamment sous les Mame- 
louks, aux xvn e et xvnr 3 siècles : ces époques correspondent 
au plus grand dépérissement de l'Egypte. Quant aux canaux 
des vallées du Tigre et de l'Euphrate, dont on aperçoit 
encore les restes, les taxes cessèrent d'être exigées dès que 
le centre politique de Babylone fut transporté ailleurs. Nous 
touchons ici à la grande cause de la ruine de la Chaldée. 
L'Egypte a toujours conservé, sous les Perses et sous les 
Romains, une certaine indépendance. Elle n'a pas cessé 
d'être un groupe particulier. 

Après ces taxes, venaient les dépenses des satrapies sur 
lesquelles les renseignements manquent. On sait seulement 
par les historiens grecs que les satrapes ne valaient pas 
mieux que les pachas ottomans du siècle dernier et que 



LA RICHESSE DANS L ASIE MINEURE 



m 



certains de notre propre siècle. Ils se révoltaient comme 
Tissapherne, le complice deCyruslI. L'auteur de Daniel fait 
allusion à leurs excès et aux inspecteurs chargés de les 
surveiller (*). 

En réalité, la misère devait être grande et sans l'esclavage 
la société orientale n'aurait pas pu subsister 121 . L'esclavage a 
presque toujours eu un fondement économique. Cependant 
l'Asie mineure, l'Arménie, la Mésopotamie, la Syrie, l'Egypte, 
sont demeurées, jusqu'au xvi° siècle de notre ère, le foyer 
de la richesse pour tous les peuples méditerranéens. L'Italie 
romaine, de la République ou de l'Empire, même la 
Grèce, étaient pauvres, mal peuplées, ainsi que les Gaules, 
l'Espagne, l'Afrique du Nord. Dès que Rome a eu fait la 
conquête de l'Egypte, de la Syrie et de l'Asie mineure, les 
influences asiatiques ont prévalu dans l'Empire romain. 
Vespasien a été porté à l'empire par les légions d'Egypte; les 
Antonins ont surtout séjourné, combattu, voyagé en Orient; 
puis arrivent les Syriens eux-mêmes. Dioclétien vit à 
Nicomédie; Constantin obéit à la force des choses en 
transportant le siège du gouvernement sur le Bosphore. 
L'Italie et la Grèce continuent de se dépeupler et de s'appau- 



(1) « Placuit Dario et constitua super regnum satrapas centurn 
et. viginti ui essenl in regno loin suo. ICI super eos principes très 
ex quibus Daniel anus erat, ut Batrapœ illis reddsrenl rationem » 

(eh. vi). 

{•2} Los descriptions <}p Xénophon el d'Athénée doivent être lues 
à peu prés eonmie des romans historiques. Xénophon, découragé 
à l'endroit de la démocratie, penchait, comme Unis les philosophes 
grecs, en faveur de la monarchie. Canin cite un passage d'Athénée 
pour donner- une idée de la richesse du Grand Roi; mais il se 
trompe sur le sens .le ce passage. Apres une splendide description 
des fr<iin^ royaux, Athénée déclare que le soldai grec était payé 
en argent el le soldat persan en nature. Ce .seul détail tranche leurs 
conditions respectives (3 e vol., p. (i-2). 



H. 



482 



LA PHÉNICIE ET CARTHAGE 



vrir. L Empire romain d'Occident s'écroule au v« siècle- 
ce m d'Orient lui survit pendant neuf cents ans. Toutes les 
belles réformes fiscales de Dioclétien sont calquées sur les 
institutions des peuples orientaux. 

H. La Phénicie et Carthage ont dû accumuler de grandes 
richesses. Nous n'avons toutefois aucun fait précis à leur 
égard, non plus que sur le rendement de leurs impôts 
Les Romains, peut-être même les Grecs, ont détruit avec 
un véritable acharnement tous les livres de Phénicie et de 
Carthage. Lors du traité qui termina la première cuerre 

d P rXn\ C , art t ha f dUt PayCT Une «««bition militaire 
de 3,200 talents d argent, soit 17,600,000 fr., dont un tiers 
comptant et le reste en dix ans. Après Zama, la contribution 
de guerre fut fixée à 200 talents d'argent par an pendant 
cinquante ans, - soit 1,100,000 francs par an. Ces deux 
contributions sembleraient indiquer que Carthage était 
moins riche qu'on ne le suppose (D. 

H. 11 en était autrement de l'Egypte. Elle a été le centre 
de la richesse dans les premières civilisations. Les canaux 
irngateurs du Nil ont pu être négligés par les Turcs 
Us n ont jamais été abandonnés, comme ceux du TWe et 
de TEuphrate Plusieurs civilisations se sont superposées 
en Egypte ; de nouveaux centres comme Alexandrie et 
Memphis ont remplacé d'autres centres comme Thèbes et 
Héhopohs; mais les fondements de la richesse n'ont pas 
été détruits, les populations massacrées, les villes rasées 
les moyens de culture ruinés, tandis que tout a été anéanti 
en re lEuphrate et le Tigre, en partie dans l'Asie Mineure et 
des Mn T- yÎ^T a PU écha PP er au * dévastations 

vLlrt t d6S Tartar6S - Par Suite ' la ™ h ^ ^ 
1 Egypte est très ancienne; elle a résisté, sous l'influence de 



(1) Mommsen : Histoi, 



re romaine, 2- vol., p. 239; 3" vol., p. 71. 



RICHESSE DE l'ÉGYPTE ANCIENNE 



483 



circonstances plus favorables, aux diverses révolutions qui 
ont accablé les grands empires mésopotamiens; elle est 
même devenue le foyer de la richesse dans les anciennes civi- 
lisations, surtout après la décadence de Tyr et de Babylone. 
Menacés de toutes parts, les capitaux se sont réfugiés en 
Egypte. A sa richesse propre, résultant de son sol, de son 
agriculture, de sa position commerciale, sont venues s'ajouter 
les richesses des autres peuples. Banquiers et riches mar- 
chands de Babylone et de la Phénicie, de la Judée même, se 
sont réfugiés en Egypte Ce mouvement, facilité à toute 
époque parles relations commerciales et politiques de l'Egypte 
avec Babylone et avec tonte la côte méditerranéenne, s'est 
accentué particulièrement sous les Ptolémées, les plus puis- 
sants et les plus intelligents des successeurs d'Alexandre. On 
peut dire qu'avec la fondation d'Alexandrie s'est ouverte 
pour l'Egypte une quatrième époque de son histoire qui s'est 
prolongée jusqu'au xvr 3 siècle de notre ère. Pendant cette 
longue période, l'Egypte est restée le centre de la richesse 
en Orient et même de la civilisation. C'est avec les capitaux 
de l'Egypte que Carthage, la Macédoine, Antiochus le 
Grand, Mithridate même, ont, essayé de lutter contre le peuple 
romain. Les Égyptiens n'avaient plus de soldats, niais ils 
avaient des capitaux. Leurs institutions fiscales, qu'Auguste 
essaya d'introduire dans l'empire romain, sont la preuve, 
certaine d'une très grande richesse. La réalité de cette 
richesse est attestée par l'impôt sur les successions qui n'a 
été sérieusement implanté en Europe qu'au xix c siècle, 
particulièrement en France et en Angleterre, paire qu'ils 
sont les États les plus riches de l'Europe. Auguste, qui en 
comprenait tous les avantages, sans se rendre compte de ses 
conditions, voulut l'appliquer à l'Italie, puis aux autres 
parties de l'empire: mais il devançait les temps et les 
ressources. 



484 



RICHESSE DE l'ÉGYPTE ANCIENNE 



Toutefois il imp orte de ne pas exagérer, comme nous 
venons de le montrer pour les grands empires mésopota- 
nnens, la richesse même de l'Egypte. Pour en donner une 
idée assez exacte M. Lumbroso, dans son excellent Mémoire 
sur la condition de l'Egypte sous les Lagidesd), rapporte 1 
textes comparés de Diodore de Sicile, qui évalua 8 000 
talents d argent les revenus annuels des rois d'Egypte soit 
44 miHions de francs, et de saint Jérôme, qui fe'stim 

ilooooT ' P , U > 1 ' 500 ' 000 artabes de M--** 

81,400,000 francs d'argent et 3,000,000 de francs en blé 
M. Lumbroso cite une autre estimation de 68 millions 
de francs en tout. César ne fixa qu'à 10 millions de francs 
une fois payés, la contribution militaire de l'Egypte II esi 
vrai que, en dehors de cette contribution, Auguste s'empara 
du trésor royal. «Il circula alors, ajoute M. Lumbroso, 
dans toutes les parties de la ville, une telle quantité d'argeni 
que es propriétés augmentaient de prix jusqu'au douJble et 
que les intérêts qu'on payait volontiers un drachme aupara- 
vant descendirent à un tiers de drachme (2) >, 

Il y avait nécessairement un rapport direct entre la 
richesse de la nation, dans les anciennes civilisations, et 
soit le revenu soit le trésor du prince. Faut-il rappeler 
combien de siècles le trésor du prince a personne les 
ressources financières de la nation? Chez beaucoup de 

La confus.on monétaire actuelle n'est pas pn^isemenl nou^îè 



niCHESSE DE L'ÉGTPTE ANCIENNE 4gg 

peuples, le trésor, tel qu'ils l'entendaient autrefois, a 
disparu, — le nom a subsisté. 

L'Egypte devait, en partie, sa richesse au maintien de ses 
antiques institutions, respectées par les Grecs, au dévelop 
pement de 'industrie et du commerce, sans parler de sa 

S e T Z ture ' et > un ensemWe dc dis p° siis «- 

bat ves supérieur à ce qui a existé dans les anciennes 
civilisations. Les Romains en comprirent toute l'importance 
ls soumirent donc l'Egypte à un régime spécial fâugu te 
en fit une dépendance directe des empereurs, une sorfe de 
métairie destinée à nourrir Rome et à alimenter le so 
"Bpéml Non seulement l'Egypte dut verser à Rome ou 
le produit de ses impôts, mais elle fut tenue de fou n 
Rome la presque totalité de ses blés a des prix désastreux^» 
C eu une exploitation, de la même nature, mais combien 
P terrible, que celle sous laquelle l'Angleterre a courbé 
1 Inde et 1 Irlande. Par une coïncidence singulière, l'Égvpte 
vient de tomber elle-même sous le même joug, 1 est v 
avec certaines garanties. Ainsi il fut interdit à 'Égyl de 
frapper de la monnaie d'or. Les Romains se réservSe le 
profits du change, tout comme les Anglais l'ont aï s 
longtemps pour l'Inde. 

Malgré cette oppression, l'Egypte conserva, sous l'empire 
romain, une portion de sa richesse, par suite de 
avantages économiques : bonne culture du sol, avances de 
1 industrie, situation commerciale et maritime, afflux des 
capitaux orientaux. Par contre, elle devint le grand fove 
d agitation et d'opposition contre l'empire. Tacit & e est fonïï 

*£L L ?ïïtïï X* r ,a T q T G mois ,a ^ «° 






486 



RICHESSE DE l'ÉGYPTE ANCIENNE 



à cet égard W. Cette opposition a eu une très grande 
influence sur l'histoire de l'humanité. L'Egypte n'était pas 
seulement un centre d'activité économique et de richesse; 
elle était encore un puissant foyer religieux. Perses, Grecs^ 
Romains, ont été unanimes à s'incliner devant ses temples,' 
ses cérémonies, son sacerdoce, ses doctrines C'est en 
Egypte que le Christianisme, d'abord, et que le Mahomé- 
tisme ensuite, l'un et l'autre les deux implacables adversaires 
du monde romain, ont puisé, organisé, trituré leurs 
principaux éléments d'action. Pendant huit cents ans, 
Alexandrie est restée le milieu où se sont élaborées les 
idées qui allaient modifier tout le bassin de la Méditerranée. 
A cet égard, son action a été tout autrement puissante que 
celle de Rome. L'Egypte s'est faite musulmane pour se 
séparer des Césars de Byzance, comme elle était devenue 
chrétienne par haine de Rome. Elle a salué dans Omar un 
libérateur; et, en fait, l'Egypte musulmane a été plus 
prospère, au moyen âge, que sous les Romains. Elle a 
gardé ses impôts et ses blés. Saint Louis ne se trompait pas 
en entreprenant de la conquérir. Il n'en soupçonnait même 
pas les forces. La décadence définitive et l'appauvrissement 
de l'Egypte ne datent réellement que de l'occupation des 
Turcs, sans qu'ils aient jamais pu y dominer et tout détruire 
comme en Anatolie. Dans cette décadence de l'Egypte, il 
faut encore faire la part à la révolution commerciale du 
xvi e siècle et au changement de direction du commerce avec 
l'Inde et la Chine. 

En s'en tenant aux évaluations de saint Jérôme, acceptées 
par M. Marquardt, le budget moyen de l'Egypte sous les 
Lagides peut être fixé en recettes à 84,400,000 francs. Si 



(1) « Lascivia discordera ac mobilem, insciam legum, ignaram 
magistratuum. » (Histoires, liv. I", ch. n.) 



91 



RICHESSE DE L'EGYPTE ANCIENNE 487 

l'on admet, avec M. Lumbrosc, que ce revenu représentait 
probablement le t/„ du revenu national, on trouve que 

ï\mZ f T* ' , 1,m millions "- - Ré P arti '<*** 

/. 500.000 Egyptiens, le prorata donne 168 francs - Ce 
prorata quelle que soit son incertitude, était bien supérieur 
à celui des 50 millions de sujets du Grand Roi et justifie la 
haute réputation de richesse de l'ancienne Egypte. Nous 
allons voir Bœckh ne porter qu'à 30.000 à 40.000 talents 

d'A r thènes C ' eSt " ;Vdire qU ' à 16 " à 22 ° m ' lli0nS ' t0Ut le ca P ital 
D'après des calculs, dus à M. Mulhall et qui méritent 
considération, le prorata du revenu par tête était pour 
1 Angleterre même en 1664 de 19S francs, en 1780 de 
407 fr. 80 et de 152 fr. 50 en France. Ces résultats concor- 
dent fort bien avec ceux relatifs à l'Egypte. De même que 
1 Angleterre au xvm° siècle, l'Egypte était, sous les Lagides, 
un Etat riche grâce à un revenu assez élevé et à une popu- 
lation restreinte. La France, au contraire, n'avait pas un 
prorata favorable à cause de sa population. 

Cette richesse relative de l'Egypte explique fort bien les 
exploitations dont elle a été victime, la résistance qu'elle v 
a opposée, son curieux système d'impôts, notamment les 
taxes successorales, la jalousie et la dureté avec lesquelles 
Rome la traita, l'esprit de révolte qui se maintint en Éçvpte 
et le concours qu'elle a prêté au Christianisme et au Maho- 
metisme, les deux forces qui ont préparé et achevé la 
destruction de l'empire romain. 

,/"ïï,! e bud ** de ^Pte * été fixé en recettes à 
10,010,000 livres sterling, soit plus de 250 millions de francs 
Ce prélèvement doit correspondre à une richesse assez 



(1) M. Marquardt (in fine. p. 376) pense que sous .'Empire romain 
1 Egypte payait beaucoup plus que 84 millions. 



488 



RICHESSE DE LA GRÈCE ANCIENNE 



élevée et à un revenu annuel important. L'Egypte, avec ses 
7 millions d'habitants, doit être plus riche que l'Inde et que 
la Chine, toutes proportions gardées. On peut juger par là 
de la gravité de la faute d'Arabi Pacha qui a fourni a 
l'Angleterre le prétexte de mettre la main sur cette prodi- 
gieuse colonie. Mais sous le contrôle anglais, malgré tout 
ce que l'Angleterre saura s'adjuger. l'Egypte sera autrement 
prospère que sous les Turcs les plus libéraux. 



II. 



La Grèce ancienne. 



La richesse de la Grèce ancienne n'a jamais été considé- 
rable. La Grèce ne formait qu'un territoire très restreint, 
en général très montagneux, très pauvre. D'où la nécessité 
du commerce, de la marine, de la piraterie et des mar- 
chands d'esclaves. Ces Grecs que nous admirons, sur la foi 
de leurs poètes, de leurs orateurs, de leurs historiens, étaient 
essentiellement des pirates et des trafiquants de chair 
humaine. Leurs qualités militaires, qui étaient très grandes, 
tenaient beaucoup à leur pauvreté. Centre de la civilisation 
hellénique, Athènes a été également le rendez-vous de tous 
les pirates et le plus grand marché d'esclaves blancs qui ait 
jamais existé. Malgré cette piraterie et ce trafic, la Grèce n'est 
jamais devenue un État riche. Les hommes extraordinaires 
qu'elle a produits nous ont fait illusion. Tous, même les 
plus grands, Aristote, Platon, Thucydide, Socrate, avaient 
l'esclavage pour condition. Les aristocraties esclavagistes 
peuvent porter de bons fruits. La société américaine, qui a 
fondé les États-Unis, avait également la servitude pour 
fondement. Sous ce rapport, Rome reste bien supérieure à 
Athènes. Elle ne s'est transformée que tard en nation escla- 
vagiste. Pour elle, l'esclavage est résulté de la guerre. 
En Grèce, l'esclavage se confondait avec la société même. 






LA RICHESSE D'ATHÈNES 



489 



Athènes vivait de l'esclavage. Le recensement fait par Anli- 
pater donna 21,000 Athéniens libres, dont 12.000 n'ayant 
pas 2,000 drachmes furent transportés; 40,000 métèques 
ou étrangers, et 360,000 esclaves. Jamais il n'y a eu dans 
Rome même une pareille proportion servile. 

Quant à la richesse d'Athènes, Bœckh en a fait, avec une 
sagacité merveilleuse, l'inventaire G), d'après des textes 
positifs : domaines agricoles, 7,500 talents; maisons, 
1,600; esclaves. 6,000; capitaux prêtés, 650; navires, 500 ■' 
biens de l'État, 500; divers, 2,000; biens mobiliers de tout 
genre, 1,000 talents. Bœckh arrive ainsi à 20,000 talents 
en se fondant sur les résultats du cens, qui servait a 
établir l'impôt sur le capital (Etayopu). Il double le total 
et l'élève à 40,000 talents à raison des fraudes. L'avoir de 
la république, citoyens et État, aurait donc représenté 
40,000 X 5,500 = 220 millions. Si on ne tient pas compte 
des esclaves, le prorata était de 3,666 fr. ; mais en en tenant 
compte, comme nous avons fait plus haut, le prorata n'est 
plus que de 555 fr. - de capital. — Quant au prorata de 
revenu, en le calculant sur un taux de 10% en moyenne, 
proportion assez élevée pour les maisons et les terres, on 
trouve 22 millions à répartir entre 60,000 part-prenants, si 
on ne tient pas compte des esclaves, — soit 366 fr., — à 
charge d'entretenir 360,000 esclaves; ou entre 400,000 si 
on en tient compte, - soit 55 fr.; - résultat fort curieux, 
mais fort probable. Même situation dans l'empire des 
Perses ou en Egypte quant aux esclaves; seulement le 
nombre en était moins élevé relativement qu'a Athènes 
premier marché d'esclaves. Mais sur le revenu total il 



(1) Économie politique des Athéniens, vol. II, p. 272 traduction 
Lahgant. On doit à M. Franck, une nouvelle édition 'très remar- 
quable, 1881. 



490 



hk RICHESSE A LACÉDÉMONE 



aurait fallu prélever, comme dans les autres États, la part 
des grandes fortunes. On en comptait quelques-unes à 
Athènes. Pasion, banquier, avait 50 talents; Nicias en 
avait 100; Thucydide près de 4,000. Les Caillas I II m CD 
étaient aussi fort riches. De là cette plèbe terrible qu'Aristo- 
phane a dépeinte; ces 6,000 juges qui ne rêvent que 
confiscations et qui descendent de leur grenier le Ion* des 
tuyaux d'égout; de là les distributions de pain- de là le 
bonheur de recevoir l'opson de trois oboles quand on avait 
le pain. Socrate était très pauvre : son esclave lui était à 
charge. 

Il faut passer au crible nos idées et nos traditions sur la 
société grecque. Plutarque, Fénelon, Rollin, Mably. Duruy 
Grote même, peut-être Curtius, l'ont habillée d'habits qu'elle 
n a jamais portés. Combien Bœckh en apprend davantage 
avec une science d'une exactitude que rien n'a encore 
égalée! Thucydide est trop parfait; il a voulu nous laisser 
un idéal. On y voit plus clair avec Démosthènes. Le mieux 
est de nous figurer que les Klepthes de la guerre de l'indé- 
pendance étaient bien les descendants de Thémistocle 
et d'Agésilas. 

On ne pourrait comparer à Athènes sous le rapport de la 
richesse que Lacédémone; mais que de différences! La 
richesse d'Athènes provenait toute de ses colonies qu'elle 
traitait fort durement, de son commerce, de sa marine, de 
ses mines, de ses esclaves; celle de Lacédémone était 
exclusivement territoriale, agricole. Pendant longtemps les 
Spartiates ont refusé l'or et l'argent. Toute la classe militaire 
vivait en commun, entretenue par les Pénestes. La richesse 
s'est introduite à Sparte avec le temps, plutôt par la dimi- 

(1) Bœckh : Économie politique des Athéniens, traduction Laligant 
vol. II, p. 272 et suivantes. 



LA RICHESSE SOUS LA RÉPUBLIQUE ROMAINE 491 

nution de la classe militaire que par l'accroissement de 
1 aisance. 

Aussi, dès que les grandes générations dont Hérodote, 
Thucydide, Xénophon nous ont raconté les gloires et les 
épreuves, ont décliné. - elles ne se sont maintenues sur la 
scène que pendant deux siècles tout au plus, — l'effondre- 
ment a été complet, tel que Polybe n'a plus voulu revenir 
en Grèce. Elle s'est dépeuplée, elle est devenue déserte. 
Quand Pausanias la parcourait au n« siècle, elle n'était 
déjà plus qu'un cimetière où les tombes se tenaient encore 
debout. Que comptent deux ou trois siècles dans l'histoire de 
la Mésopotamie ou de l'Egypte ? 



III. — Époque romaine. 

« Aucun document public de la nature de ceux que nous 
possédons sur la matière financière grecque, n'a échappé à 
la destruction.... Un état tixe, exposant parallèlement les 
recettes et les dépenses de l'État, parait n'avoir jamais été 
dressé à l'époque de la République.... Auguste fut le premier 
qui établit un budget et, en même temps, régularisa pour 
l'avenir le fonctionnement de l'administration. » Mais sur 
ce budget et ceux qui suivirent, il n'est parvenu que des 
renseignements, des faits et des documents de détail : il 
n'est, par suite, possible de reconstituer aucun ensemble. 
Un ouvrage sur l'économie financière, les impôts, les 
recettes, les dépenses, la richesse publique, tel que celui de 
Bœckh relatif à Athènes, est impossible pour Rome, Répu- 
blique ou Empire W. 



(1) Marquardt : Administration financière des Romains 1888 
traduite par M. Vigie, p. 9S et 374. - Au point de vue .le Ia'popu! 
lation et du nombre de eitoyena capables de porter les armes, 



492 



LA RICHESSE SOUS LA RÉPUBLIQUE ROMAINE 



On possède toutefois pour deux époques, le dernier siècle 
de la République et l'ère des Antonins, quelques chiffres que 
l'on peut utiliser. 

'1° On sait que César estimait le revenu de la République 
à 71,500,000 francs, sans compter les blés destinés aux 
lois frumentaires, pourvoyant à la nourriture de la plus 
grande partie de la population de Rome. Cette fourniture 
était évaluée 7,800,000 francs. Quelques autres chiffres 
viennent à l'appui de ces évaluations. En 61, Pompée se 
félicitait d'avoir élevé le revenu public de 54,380,250 francs 
à 92,446,425 francs. Ce revenu avait nécessairement baissé 
après les guerres civiles. Nous avons mentionné plus haut 
les contributions de guerre imposées à Carthage après 
la première et la seconde guerre punique; Philippe de 
Macédoine fut taxé à 1,000 talents, Antiochus le Grand 
à 3,000, la province d'Asie, après la défaite de Mithridate, 
à 4,000 talents, portés à 7,000 sous Hadrien; la Gaule dut 
payer, en une seule fois, 10,525,000 francs (*). Après avoir 
dilapidé le trésor, César y laissa 200 millions de francs. 

Ce dernier renseignement a beaucoup d'importance. Le 
peuple romain, à partir de l'établissement de la République, 
a toujours vécu par la guerre (2), — bien plus encore que 
Lacédémone, dont l'organisation, quoique essentiellement 
militaire, était très différente au point de vue économique. 
La guerre devait remplir le trésor; le trésor payait la part 
de l'État dans les frais militaires. Pendant longtemps 

on possède quelques détails provenant des census, en particulier 
sur celui qui eut lieu en 208, année de la bataille du Métaurc; 
mais les détails financiers font défaut, de même que les détails 
économiques. 

(1) Marquardt, ibid. 

(2) « Les Romains se destinaient à la guerre et la regardaient 
comme le seul art. » (Montesquieu, ch. h, Grandeur et Décadence.) 






LA RICHESSE SODS L'EMPIRE ROMAIN 



493 



chaque citoyen, sous les armes, s'entretenait lui-même. 
Même système en Grèce. On ne recourait aux impôts, 
surtout au tributum civium romanorum, que de temps à 
autre, dans les conjonctures graves. L'impôt était tempo- 
raire. Il en était autrement à Athènes. Le trésor y exerçait 
une fonction moins importante. Les impôts s'y levaient par 
année et régulièrement. Au contraire, à Rome le trésor 
avait la même fonction que dans l'empire des Perses. Bien 
qu'à la chute de la République Auguste ait établi deux 
trésors, celui de l'État et celui de l'empereur, cette absence 
d'institutions financières caractérisées a facilité l'établisse- 
ment de l'empire. Le trésor de la République se trouvait 
dans le temple de Saturne : il était administré par le Sénat, 
au moyen de questeurs et de fonctionnaires spéciaux. 

2° Sous l'Empire, il y a eu certainement plus de régu- 
larité; les guerres extérieures n'ont plus suffi à alimenter 
les deux trésors; on eut alors recours aux impôts, aux 
confiscations W, et à l'accroissement des contributions des 

(1) « On est fatigué de voir dans l'histoire des empereurs le nombre 
infini de gens qu'ils firenl mourir pour confisquer leurs hiens. » 
(Montesquieu, ibid., cli. xv.) — Sous ce rapport, 1rs Romains, et 
parfois les Grecs, procédaient comme les rois d'Egypte et ceui 
de Perse. Le chapitre de Bœckh sur la confiscation à Athènes est 
très curieux. On trouve dans Cantu (t. V, p. 259) l'énumération des 
cas de confiscation; il faut y joindre les suivies de successions 
ci donations de toute nature. L'insécurité de la richesse est une très 
antique tradition que les légistes romains enseignèrent aux rois 
de France. Les sultans ottomans la portèrent au plus haut point. 
Botta, nommé consul de Djeddah, rend visite au banquier de la 
ville. Ce banquier le reçoit tout nu suc un tapis cl lui dit : « Je n'ai 
rien. » 11 prend confiance peu à peu quand il apprend que Botta est 
consul. Biehtôl on apporte le café; après le café, le banquier, fort 
riche, exhibe à Botta un écrin splendide, en ajoutant : « Si le pacha 
de Djeddah voyail cet écrin, il me ferait couper la tète dans la 
nuit. » L'histoire dos Templiers n'est pas autre chose. 







494 



LA RICHESSE SOUS L'EMPIRE ROMAIN 



provinces. Peu a peu le trésor de l'empereur a absorbé 
celui de 1 État; on est revenu à l'unité du trésor. Dioclétien 
et Constantin ont pu accomplir leurs grandes réformes 
fiscales, jusqu'au moment où un bouleversement extraor- 
dinaire allait ruiner jusqu'à la notion même de l'impôt 
Cette notion, il ne faut pas l'oublier, a toujours été moins 
nette pour les Romains, peuple militaire et conquérant qui 
arriva bientôt à confondre l'impôt avec le tribut, que pour 
les Grecs. En fait, sous l'Empire, Rome et l'Italie n'ont pas 
paye d impôts directs, tout en se faisant nourrir par les 
provinces. ^ 

On a essayé quelques évaluations au sujet des revenus de 
1 Empire. Gibbon, Moreau de Jonnès et M. Duruy les ont 
estimés approximativement de 400 à 500 millions de francs 
Mais ces évaluations, ne s'appuyant sur aucun fait, ont été 
rejetees. Il en est de même du chiffre fabuleux de 450 mil- 

Z^^fi liXUit leS impÔtS ^ en Gau] e P" 
500,000 contribuables. On sait seulement que Tibère laissa 

en mourant 575 millions de francs après d'affreuses confis- 
cations. Cette somme fut si rapidement dissipée que les 
confiscations devinrent plus intolérables encore; les dénon 
ciateurs furent comme des rabatteurs du fisc CD 

La pénurie des faits et des documents est donc à peu près 
absolue pour connaître la situation financière de Rome 
sous la République comme sous l'Empire. Or la situation 
financière a des rapports très étroits avec la richesse 
générale. 

Il ne faut pas s'exagérer la richesse de Rome sous la 
République, pas plus que sous l'Empire romain, du moins 



(1) Tacite 
criminc, nec mina 



HUtoires Hv. I». ch. i et x„. , Nobilitss, opes pro 

lelatorum invisa quam scelera Unicnrmn 

cupidités lp sa Galb* facilitas intendebat. » - CI,. xx 7> ^ ' 
pecumœ cura b,s et vicies sestercium donalionibus Ne^ eflude aTî 



LA RICHESSE SOIS 1/EM1MRE ROMAIN 



495 



quant à l'Europe. La richesse se trouvait alors en Asie 
en Egypte el môme dans la Bysacène d'Afrique 

Les Romains ont été, avant tout, des consommateurs des 
dévastateurs de la richesse, soit en s'en emparant par la 
force, soit en en détruisant la source, l'homme lui-même 
.Notre éducation classique, les traditions latines du midi de 
la France, les influences catholiques, les lois romaines pro- 
venant toutes d'une société en pleine décrépitude, nous ont 
tait absolument illusion sur le caractère des Romains leur 
action en Europe, leur part dans la véritable civilisation de 
1 humanité. Nous tenons César pour un initiateur, bien qu'il 
ait ruiné, spolié, écrasé la Gaule, après l'avoir couverte de 
cadavres. Les Allemands ont conservé un plus vivant souve- 
nir des luttes de leurs ancêtres contre les légions de Rome 
« ioute la science économique des Romains, dit Cantu 
consistait dans la conquête; ils ignoraient comment se crée' 
se conserve, s'échange et se répand la richesse. Cicéron' 
recherchant, dans son traité de la République, le principe 
du gouvernement, sa forme la meilleure et les éléments 
capitaux de la vie des peuples, traite de la famille, de l'édu- 
cation publique, de la justice, de la religion; mais il ne fait 
mentoon qu incidemment de l'économie; bien qu'il compte 
^agriculture parmi les premières causes de la richesse 

JZTiï U dlt:N ° l0 mmdm P°P ulum MPeratorm 
me et par Utorm : maxime en opposition directe avec le 
système des modernes "). » 

et !£ é,al "'T S c deS triom P h ^ ^s talents, les couronnes d'or 
et d argent de Scipion, de Paul Emile, de Pompée, de César 
on t pu servir aux développements oratoires de Cicéron et de 

m .t? 6 ! ,T P '' C6S hmngUes des Conci °™ dont les 
ma.t, es de rhétorique, à l'instar des Jésuites, alimentent les 

(1) Histoire universelle. 4° vol., p. 28. 



Il 
9 







n 



496 



CARACTÈRE DU PEUPLE ROMAIN 



élevés de I Université; mais ce pillage général, accompagné 
du massacre ou de la mise en vente de populations entières 
rédmtes en esclavage, et de servitudes alimentaires effroya- 
bles pour nourrir gratis les citoyens romains, ne pouvait 
comme le dit Montesquieu, que dépeupler l'univers. « On 
me demandera, dit Tite-Live, où les Volsques ont pu trouver 
assez de soldats pour faire la guerre, après avoir été si 
souvent vaincus. Il fallait qu'il y eût un peuple infini dans 
ces contrées, qui ne seraient aujourd'hui qu'un désert sans 
quelques soldats et sans quelques esclaves romains. » Les 
Romains ont si bien tout détruit, que dix-neuf siècles après 
Iite-Live, le désert existe encore l 1 ). 

Il semble qu'on doive partager les peuples de l'antiquité 
— quant au bassin méditerranéen — en deux groupes : les 
peuples qui produisaient la richesse et ceux qui la détruisaient 
Les Romains marchent entête des peuples destructeurs, avec 
les Perses, les Mèdes, les Assyriens, tous les grands peuples 
militaires. 

. Venaient ensuite les peuples qui travaillaient, trafiquaient, 
économisaient, formaient et conservaient les capitaux On peut 
les classer ainsi : les Égyptiens, les Chaldéens, les Phéniciens, 
es Carthaginois, les Hébreux, les Grecs d'Asie Mineure, 
les Arméniens; quant aux Hellènes de la vieille Grèce, ils 
étaient moins destructeurs que les Romains et moins 
producteurs que les Égyptiens. Us ont une situation mixte, 
ce qui explique leur grande part dans le développement de 
la civilisation. N'en déplaise aux vieux juristes qui se 
consument sur les Pandectes ou les Institues, comme sur 
des. monuments de la raison écrite, les Grecs ont été 
d autres civilisateurs que les Romains. Marcellus laissa 
égorger Archimède. 



(1) Esprit des Lois, ch. xxm, p. 19 et 23. 



CARACTÈRE DU PEUPLE ROMAIN 



497 



Et comme la conquête romaine clôt l'histoire du monde 
antique, ce monde se termine par un effondrement total 
une crise effrayante, un appauvrissement général et la 
dépopulation de tout le bassin de la Méditerranée. Que de 
temps, que d'efforts seront nécessaires pour le repeupler et 
lui rendre la vie, l'aisance, la richesse dont il a joui après 
Alexandre ! r 

A la grande époque de Rome et de l'Italie, c'est-à-dire 
pendant les deux premières guerres puniques, les Romains 
n étaient encore qu'une confédération de petits proprié- 
taires habitués à vivre par l'agriculture et à s'enrichir par la 
guerre (i). Tous les anciens peuples ont considéré la guerre 
comme un moyen fort légitime et fort efficacexle s'enrichir 
Leurs idées ontmême dominé en Europejusqu'au xviii<> siècle • 
elles sont encore partagées par la plupart des nations. C'est 
en France, seulement, sous l'influence des idées et des 
chimères des philosophes, des économistes, des socialistes 
que s est produit un courant différent dont les Français ont 
pu sonder la valeur en 1870. Aucun peuple n'a 'poussé 
plus loin que les Romains la pratique lucrative de la guerre 
exploitation des vaincus et la vie à leurs dépens. Maisilsles 
laissaient subsister, tout en les épuisante. Les Arabes et les 
Turcs, quoique très inférieurs aux Romains, ont procédé de 
la même manière, comme avaient fait avant eux les grands 
peuples militaires. Perses, Assyriens. Au contraire, les 

Jh\" L °^ Utin étaî< n " S ° n comman - et on le distribuait aux 
soldats. „ (Montesquieu, ibid., p. 116); _ c'est-à-dire aux laboureurs, 

(2) « Maîtres de l'univers, ils s'en attribuèrent tous les trésors 
Ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants qu'en qualité 
de lépslateurs. , (Ib.d., eh. „.) - C'est en ce sens-là qu'il faut Tinter- 
pieter les passages de l'Esprit de. Lois, liv. XXIII, cl,, xx et xxin 
et hrandeur et Décadence, ch. xv. 



14.. 



498 



LA SOLDE A ROME 



1 



Mongols, les Tartares et les Espagnols en Amérique ont été 
destructeurs. Dans les grandes invasions du v e siècle, les 
Germains ménageaient leurs conquêtes : les autres les 
accablaient. 

Pendant cette grande période de l'épanouissement du 
peuple romain, l'Italie était prospère, riche, relativement 
assez peuplée, quoiqu'elle eût déjà souffert des guerres 
provoquées, chaque année, par les Romains. 

Montesquieu a tracé de main de maître (il écrivait plus 
de cent ans avant les découvertes et les documents qui ont 
servi à Bœckh, à Mommsen, à Dureau de la Malle, à 
Marquardt pour préparer leurs travaux), une histoire de la 
solde du légionnaire romain. C'est un chef-d'œuvre, parce 
que les mouvements de la solde sont utilisés par Montesquieu 
à montrer les mouvements de la richesse. Pour des peuples 
militaires, la solde est un véritable thermomètre des 
ressources de l'État. 
^ « La paie que la République donnait aisément lorsqu'elle 
n'avait qu'un petit état, que chaque année elle faisait une 
guerre, et que chaque année elle recevait des dépouilles, elle 
ne put la donner sans s'endetter pendant la première guerre 
punique, qu'elle étendit ses bras hors de l'Italie, qu'elle 
eut à soutenir une guerre longue, et à entretenir de grandes 
armées. Dans la seconde guerre punique, la paie fut réduite 
à cinq onces de cuivre, et cette diminution put se faire sans 
danger dans un temps où la plupart des citoyens rougirent 
d'accepter la solde même et voulurent servir à leurs 
dépens W. » 

C'est la belle époque romaine. La guerre est faite par des 
citoyens dont une partie est assez à l'aise pour se passer de 
solde. Ils n'en étaient que plus redoutables. Montesquieu 



(1) Montesquieu, ibid., eh. xvi. 



LA GUERRE ET LE TRAVAIL A ROME 



499 



continue : « Les trésors de Persée, et ceux de tant d'autres 
rois que l'on porta continuellement à Rome, y firent cesser 
les tributs. Dans l'opulence publique et particulière, on eut 
la sagesse de ne point augmenter la paie de cinq onces de 
cuivre. Quoique sur cette paie ou fit une déduction pour le 
blé, les habits, les armes, elle fut suffisante, parce qu'on 
n'enrôlait que des citoyens qui avaient un patrimoine. » 

Ce passage de Montesquieu donne une idée complète du 
véritable peuple romain : soldats propriétaires qui font la 
guerre eux-mêmes, pour leur propre compte, qui en suppor- 
tent les frais, qui en partagent les profits. Il en était de 
même des Athéniens et des Spartiates. Démosthène a été 
plusieurs fois triérarque. Pour ces peuples, la guerre était 
le moyen principal de s'enrichir; au maître la guerre, le 
travail à l'esclave. Interprètes de deux civilisations diffé- 
rentes, Aristote disait : « Tant que la navette ne marchera 
pas toute seule, l'esclavage sera nécessaire »; saint Paul 
répondit : « Qui ne travaille pas n'a pas le droit de manger o 
La richesse réelle est fondée sur le travail. La guerre décou- 
rage le travail et la formation de la richesse. 

La décadence de l'Italie se montre cependant bientôt ">. 
Les guerres ont détruit cette race merveilleuse de soldats 
laboureurs, les véritables légionnaires, qui ont repoussé 
Annibal. Leurs petits domaines ont été vendus aux riches 



EB 






(1) Montesquieu, ibid. « L'Italie, pleine <io maisons de plaisance 
n'était que te jardin de Rome; les laboureurs étaient en Sicile 
en Afrique, en Egypte; les jardiniers ,-n Italie; les terres n'étaient 
presque cultivées que par l, s esc la ves dcs Romains, et lorsque le 
Siège de l'Empire fut établi en Orient, Rome presque entière v passa. 
L Italie fut privée de ses habitants. » 

Dureau de la Malle a Ires bien montré cette décadence profonde 
de 1 Italie romaine. (Économie politique des Romains, I 1" i 
Consulter aussi Momnisen, 3° vol.. liv. III, c h. mi; liv IV éli n ■ — 
6° vol., p. 248. 



500 



RUINE DE L'ITALIE 



sénateurs qui les exploitent avec des esclaves provenant 
des guerres. L'Italie, des Apennins à la mer d'Ionie se 
dépeuple lentement. Le mouvement de dépopulation et 
a appauvrissement s'est prolongé jusqu'au x* siècle de 1ère 
chrétienne, pendant 1,200 ans. Le moment vint bientôt où 
l Italie ne put plus nourrir le peuple romain, ni se nourrir 
elle-même. Elle fut dispensée de tout impôt, elle fut exemptée 
du service militaire, qui durait trente ans sous l'Empire- 
rien n'y fit. C'est alors que le désert, la malaria et la misère' 
par une sorte de châtiment, ont entouré Rome de cette 
terrible ceinture de marais, de plaines fiévreuses et désolées 
qu on appelle, par dérision, la campagne romaine W. 

Marins dut enrôler des prolétaires et augmenter la solde- 
nouvelle augmentation avec César; puis sousDomitien- puis 
par Caracalla. « L'Empire, continue Montesquieu, fut mis 
dans cet état, que, ne pouvant subsister sans les soldats il 
ne pouvait subsister avec eux. » 

Et après avoir tant admiré les instruments et les actes de 
I œuvre romaine, Montesquieu est obligé de s'écrier ■ « C'est 
ici qui] faut se donner le spectacle des choses humaines. 
Qu on voie dans l'histoire de Rome tant de guerres entre- 
prises, tant de sang répandu, tant de peuples détruits, 
tant de grandes actions, tant de triomphes, tant de politique 
de sagesse, de prudence, de constance, de courage • ce 
projet d'envahir tout, si bien formé, si bien soutenu, si 
bien fini, à quoi aboutit-il ? (2) » 

Une seule chose a manqué : mais, il est vrai, la chose 
essentielle; la chose qui a fait la grandeur extraordinaire 

jl) Açeue des Deux Mondes, 1" août. 1893. Comparer un bel 
article de M. René Bazin. Aux misères anciennes viennent se joindre 
les .mpôts actuels, 42,000 lires pour un domaine qui en donne 86,000. 

(2) Grandeur et Décadence, ch. xvi. 




ROME ET LA PRUSSE 



501 



de l'Angleterre, le maintien surprenant de la France après 
tant d'infortunes, la chose qui rend l'Allemagne si redoutable, 
sous la main de la Prusse, — le travail. 

Depuis le peuple romain, aucune nation n'a poursuivi un 
projet, ne l'a mieux soutenu, mieux réalisé, en moins de 
temps, que la Prusse, par le développement de ses institu- 
tions militaires et un remarquable esprit de conduite. Elle a 
fait de l'Allemagne le premier peuple militaire, bien autre- 
ment formidable que le peuple romain, non seulement par 
l'énormité de ses armées et la perfection de leur organisation, 
mais encore par l'importance des ressources économiques 
que lui procure le travail. Le travail ! voilà ce qui explique 
comment la Prusse peut à la fois augmenter ses années et 
sa richesse. Les Romains ne subsistaient que par la force, 
la violence, la rapine. L'Allemagne militaire est riche par 
elle-même. Elle n'en est que plus dangereuse. 

Si vous voulez vous faire une idée des incroyables progrès 
accomplis par l'Europe au point de vue de la richesse, de la 
différence des ressources dont elle dispose aujourd'hui et de 
celles qui ont permis à l'Empire romain de se constituer et 
de durer, tant bien que mal, pendant trois ou quatre siècles, 
il suffit de jeter un coup d'oeil sur les armées de l'Europe el 
sur ses budgets, armées et budgets tout autrement grandioses 
'à la fin du xrx« siècle qu'à l'époque des Antonins, parce que 
la richesse est tout autrement générale et tout autrement 
respectée. Elle est formée par des mains libres : par suite 
bien plus actives; — mais, avant tout, elle est suffisamment 
sauvegardée pour que le banquier arabe de Botta puisse 
passer une chemise et montrer son écrin. Les congrès 
mêmes où les disciples de Karl Marx prédisent et préparent 
la disparition de la propriété sont tenus publiquement, sans 
faire baisser de cinq centimes les fonds publics. 
Montesquieu lui-même, auquel nous devons de connaître 

11... 






y 



502 



DÉCADENCE DE L'EMPIRE BOMAIN 



les Romains, et la plupart des grands publiâtes du 
xvn,e siècle n'ont eu qu'une idée fort imparfaite des 
gigantesques progrès que l'Europe allait accomplir en un 
siècle, comme population et comme richesse; ils croyaient 
quelle se dépeuplait; ils condamnaient les armées de 
Louis XV et de Frédéric II. Depuis 1789, l'Europe s'est 
accrue de 180 millions d'habitants; sa richesse a, au moins 
sextuplé. Aussi tient-elle sur pied et en réserve des armées 
bien plus immenses que celle que Darius conduisit à 
Arbelles. 



IV. - Décadence et partage de l'Empire romain. 

Il est très vrai qu'une grande diminution de la population 
et de la richesse en Europe a correspondu à la décadence et 
au partage de l'empire romain, puis à la dissolution de 
1 Empire d Occident. Mais ce serait une erreur que de porter 
cette diminution au compte seul des invasions des peuples 
du Nord. Lest la conquête romaine qui a commencé par 
dévaster, ruiner, épuiser les anciennes nations et par tarir 
les sources de leur richesse. Quand les empereurs ont 
ensuite essayé de soutenir et de faire durer l'édifice élevé 
sur tant de ruines, ils n'ont plus trouvé d'éléments. L'insé- 
curité était déjà universelle, après les Antonins. Marc-Aurèle 
en avait le sentiment. Elle devint affreuse quand aux guerres 
civiles et aux exactions vinrent se joindre, au nord, les 
invasions successives des Germains, des Huns, des Slaves 
des Northmans; et au sud, celles des Sarrasins, puis des 
Arabes. Il y eut alors un effondrement total de la civilisation 
en Occident. Grégoire de Tours en a été le témoin et 
1 historien, comme Tacite de la décadence de Rome, comme 
Polybe de sa grandeur, comme Thucydide et Xénophon de 



LA RICHESSE AU MOYEN AGE §03 

la civilisation des Grecs, comme Saint-Simon de la France 
sous Louis XIV. Le travail se ralentit, quoique encore 
servile; les villes se dépeuplèrent; les métaux précieux 
accentuèrent leur émigration vers l'Orient, déjà forte au 
«!• siècle. Cette crise a duré jusqu'au n- siècle, jusqu'après 
Charlemagne. On peut l'exprimer par un fait monétaire 
décisif. L hectolitre de blé, qui, sous les Antonins, valait 
y», Jl grammes d'argent, n'en valait plus que 12.37 en 794 
Le pouvoir de l'argent, par suite de sa rareté, avait augmenté 
nuit fois. s 



û 



V. — Moyen Age. Période féodale. 



Au contraire, la richesse a beaucoup augmenté au 
moyen âge, ainsi que la population, à partir dû ix° siècle 
mais avec des oscillations diverses. Cet accroissement 
provient d'un des grands changements, certainement le 
plus grand, qui aient eulieu dans la civilisation économique 
de 1 Europe. C'est le mouvement féodal, mouvement qui a 
revêtu un double caractère : 1" militaire; 2° agricole. 

Rien de plus extravagant que les absurdités accumulées 
par les pubhcistes de la fin du xvme siècle et les folliculaires 
contemporains contre la société féodale. On peut les placer 
sur le même rang que les polissonneries de Voltaire à 
endroit de Jeanne d'Arc. Jeanne d'Arc appartenait à une 
famille féodale; il est peu probable que les policiers de 
Frédéric II lui eussent inspiré l'épouvante comique qu'ils 
occasionnèrent au héros de la Pucelle. 

Jusqu'à la décadence de l'Empire romain, la civilisation 
européenne avait eu un caractère presque exclusivement 
urbain. L histoire de la Grèce se ramène à l'histoire de 
quelques villes, l'histoire de l'Italie à l'histoire de Rome 



I 



504 



LA RICHESSE ET LA FÉODALITÉ 



La richesse était surtout mobilière, en comprenant les 
esclaves dans les meubles. Elle était par suite instable 
comme elle tend à le redevenir. Les immeubles étaient prin- 
cipalement urbains. Sans doute, l'époque romaine a été 
précédée, en Italie, d'une belle période rurale, surtout 
dans le centre de l'Italie; mais les Romains ont précisément 
détruit tous les peuples cultivateurs qui les enveloppaient 
La campagne romaine est l'œuvre de leurs fouailleurs 
d'esclaves, y compris Caton l'Ancien. On ne sait pas assez 
quelle terrible dépopulation l'Empire romain a imposée à 
l'Italie tout entière. 

Avec la décadence de l'Empire, l'insécurité, les exactions 
fiscales dans les villes, les populations se portèrent dans les 
campagnes,, où Germains, Northmans, Slaves, se fixèrent de 
préférence. Ce mouvement fut favorisé par l'Église chrétienne 
et ses grands ordres religieux. L'occupation , le défriche- 
ment, la mise en culture de l'Europe, se développèrent alors 
au moyen de vastes domaines ou de communautés dont 
on retrouve les types aux États-Unis comme dans les 
républiques de l'Amérique du Sud. Sur la plupart de ces 
manses ou haciendas furent élevées des habitations fortifiées, 
en terre ou en pierre, pour servir d'asile aux populations' 
Ainsi se sont constitués d'abord les villages, puis les forte- 
resses de la Gaule franke, de l'Allemagne occidentale, de 
1 Italie du Nord et de l'Angleterre. 

Ce sont ces villages fortifiés qui, en arrêtant les invasions 
des peuples du Nord, ont rendu la sécurité au travail, à 
l'agriculture". Bientôt se sont. élevés les châteaux, et la vie 
rurale du moyen âge, si différente de celle d'aujourd'hui, 
s'est épanouie. La richesse changea alors complètement dé 
caractère. De mobilière et urbaine, elle devint immobilière 
et rurale. Les bénéfices se firent dans la culture du sol 
bien plus que dans le commerce. Les familles furent plus 



LA BICHESSE TERRITORIALE 



505 



stables, comme la richesse (*). C'est la vraie époque féodale. 
Elle commence au rx« siècle < 2 ). Micheletcn a tracé un admi- 
rable tableau h la fin du premier volume de l'Histoire de 
France. Elle se prolonge jusqu'au xm e siècle. Pendant cette 
époque, la population de la France a plus que doublé de ce 
qu'elle pouvait être sous Charlemagne et triplé de ce qu'elle 
était au v siècle. La richesse a marché du même pas. Le 
pouvoir de l'argent qui était de 8 au rx« siècle s'est abaissé 
à 5 ou à 3. Mais les faits monétaires ne correspondant pas 
toujours exactement aux progrès de la richesse. Lorsque 
le commerce et l'industrie sont les facteurs principaux de la 
richesse, les faits monétaires se manifestent plus rapidement 
par les mouvements des métaux précieux. Durant cette 
période, l'agriculture a été le facteur de beaucoup 1,. p l us 
considérable; non pas une agriculture industrielle comme 
celle de l'Angleterre et de la Belgique, mais la pris.; de 
possession du sol, le défrichement des landes et des pâtis, 
l'accroissement des céréales et du bétail. La constitution,' 
la répartition des seigneuries, la vie seigneuriale, ont mis 
en valeur le territoire entier, plus de 50 millions d'hectares. 
Un pareil élan ne s'est répété qu'au xvni» siècle et de nos 
jours. Cet élan n'a pas été spécial à la France; il s'est étendu 
à toute l'Europe occidentale. Adam Smith y a fait allusion, 
mais sans en montrer toute la portée ni toutes les suites.' 

(1) M. d'Avenel (Revue des Deux Mondes, 1« août 1892) a établi 

la comparaison entre la destinée d'un ci al prêté au iv siècle el 

m autre placé en terre. Le premier disparait, se dépense.! 000 francs 
deviennent 3 fr. 70. Le second décuple, vingtuple en trois cents ans 
; a °. ,,t cela est encore vrai. La Bourse est un abîme insondables 
la terre reste. Combien ,1e familles conservées parla terre ! Combien 
déracinées par le eapilal mobilier ! 

(2) Les ,,,-ix que nous possédons au ,x» siècle font ressortir 
l'hectare de terre à francs intrinsèquement, avec des chiffres quj 
varient de 5 a 342 francs l'hectare. (D'Avenel : lîevue des Dru- 
Mondes, 15 août 1893.) 






506 



LA FÉODALITÉ ET LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 



Il donnait, au surplus, comme les économistes anglais, plus 
d importance à l'industrie et au commerce qu'à l'agricùt 
ure 1 a v é cu à Glascow . a n>a pas ^ ^ ^ J^ 

U était enclin, comme beaucoup de publicistes du siècle 
dernier, à exagérer l'influence des droits féodaux, devenus 
depuis un simple tremplin révolutionnaire 

C'est ainsi que les grands banquiers, industriels, ingé- 
nieurs, négociants, qui ont contribué si efficacement, comme 
le reconnaissait Saint-Simon, aux progrès de la richesse et 
au développement de la civilisation depuis la seconde moitié 
du ^vine siècle, sont aujourd'hui accusés de faire partie de 
la féodalité financière : accouplement de mots extravagant 
La eodahté n'est autre que la propriété foncière. Les droits 
• teodaux, pour la plupart, étaient des démembrements de 
cette propriété. Leur abolition, sans indemnité, a été une 

simple confiscation au profit d'autres propriétaires. Fermiers 
métayers, bordiers, laboureurs, vachers, colons partiaires' 
pnxfaiteurs, bûcherons, jardiniers, n'ont eu rien à v voir 
De Tocqueville s'est absolument trompé en prétendant que 
cette abolition avait été la cause principale de la Révolution 
Dans des travaux tout récents, M. d'Avenel a mis ces 
divers faits en évidence; M. Léopold Delisle les avait déjà 
signalés, il y a trente ans, dans son savant ouvrage sur 
la Normandie au xn° siècle. Analysant, pour en rendre 
compte à l'Académie des sciences morales et politiques qui 
les a couronnés, les travaux de M. d'Avenel <*), l'honorable 
M. Levasseurdit : « Au xw» siècle, la population augmente- 
les seigneurs créent des villes neuves et des villes franches ■ 
de toutes parts, on les voit bailler à cens des terres aupara- 

(1) De la valeur et du revenu de la terre en France, par 
M. Levasse», 1893. Ce travail remplace tous les mémoires anté- 
rieurs sur les mêmes questions. Comparer les études .le M. d'Avenel 
rtans la Revue des Deux Mondes, surtout celle du 15 août 1893 






LA RICHESSE FÉODALE 



507 



vant vagues et infertiles: la superficie des labours s'étend 
considérablement aux dépens des bois et des landes » Le 
prix des terres s'élève à 260 fr. l'hectare pour le labour, 
à 790 fr. pour la prairie, à 721 fr. pour la vigne, à 100 fr 
pour les bois. Ces prix attestent un pas en avant énorme 
dans ta formation de la richesse. 

Ces résultats répondent à ceux auxquels est arrivé 
M. Thorold Rogers pour l'Angleterre au xrv* siècle époque 
décisive dans l'histoire économique de l'Europe dans 
1 accroissement de la richesse qui n'a plus son fondement 
principal ni dans le commerce, ni dans l'esclavage, ni dans 
la guerre comme chez les peuples anciens, mais dans la 
culture du sol. Ainsi se préparent les ressources inattendues 
dont disposeront plus tard les peuples de l'Europe et leur 
extraordinaire accroissement de population. 

Au surplus, la grandeur de cette époque' est attestée par 
un mouvement d'ordre supérieur. Les idées coloniales en 
vogue actuellement, permettent de l'apprécier tout autre- 
ment que les publicistes des derniers siècles : ce sont les 
croisades, mouvement très complexe, mal étudié mal 
connu, qui a disparu de la mémoire de la France dans cet 
oubli général auquel la guerre de Cent ans, la Renaissance, 
la Reforme, les salons du xvm« siècle, la Révolution ont 
condamné tout ce qui les avait précédés. 

Pour suffire aux dépenses des croisades pendant plus de 
deux siècles, il a fallu aussi des capitaux. Ces capitaux se 
sont formés dans les seigneuries, répandues de toutes parts 
grâce aux progrès de la production agricole, puis de là 
petite industrie, puis du commerce. Nos cathédrales les 
églises romanes et gothiques de nos campagnes, ne sont pas 
sorties de terre toutes seules. C'est alors qu'ont été fondées 
ces multitudes de petites villes et de bourgs qui caracté- 
risent l'Europe occidentale, tout particulièrement la France. 









508 



RICHESSE DE LA FRANCE FÉODALE 



La France rurale, si belle, si riche, est le fruit de la 
féodalité, n'en déplaise aux politiciens qui en parlent sans 
la connaître. Quand on a parcouru la Russie, l'Allemagne 
du Nord, la Hongrie, l'Italie du Centre et du Midi on se 
rend compte de tout ce qu'a eu d'important, au point de 
vue de la civilisation, le mouvement féodal. Aussi la France 
de Philippe-Auguste et de saint Louis a-t-elle exercé en 
Europe une suprématie incontestée. 

C'est un spectacle qui n'a aucun rapport avec celui de la 
République romaine. Les temps, les mœurs sont militaires 
Les guerres privées ont remplacé les grandes guerres des 
peuples anciens; mais les populations en souffrent bien 
moins. Elles ne sont plus arrachées à leur territoire 
vendues comme esclaves, mises en croix, traitées plus mal 
; que le bétail. Elles trouvent dans la seigneurie, l'Église, 
les idées de l'époque, des garanties nouvelles. Aussi, à la fin 
du xiii» siècle, la France avait une population de 13 à 
14 millions d'habitants, - au moins le triple de l'époque 
romaine. 

Les croisades n'ont pas eu seulement un caractère reli- 
gieux et militaire; elles ont eu aussi un caractère colonial. 
Elles auraient abouti à une colonisation française, à une 
expansion de notre race (elle a conservé Chypre, Rhodes 
Candie pendant plus de trois siècles), sans une coïncidence 
fatale, la descente du plateau de l'Asie centrale des Mongols 
des Tartares, des Turcs. Mais les Français oublient vite Ils 
ignorent même leur histoire. « Chez les peuples démocra- 
tiques, disait de Tocqueville, la trame des temps se rompt 
a tout moment et le vestige des générations s'efface. » 

VI. — Moyen Age. Période monarchique. 

Les croisades sont suivies d'une époque de recul et 
d appauvrissement pour la France et pour l'Allemagne 




APPAUVRISSEMENT AU XV" 



SIECLE 



509 



^ Sud, tandis qu'au contraire la richesse s'accroît en 
Angleterre, dans l'Allemagne du Nord, eu Italie eu 

riT^f' àraiS0D dGS ™ rès de l'-gricïïtSt. 
del [occupation d'une partie de la France; dans l'Allema Je 

Nord, sous l'influence de la Hanse; en Italie, à S„ du 
dével0 PP«nen1 des ré, liques italiennes; en Esple 

Par suite de l'industrie des Arabes et des Jui s. Néanmoins 

^^onde période d, yen âge n'est pas aussi prospère 

'I ' la premire. Le sv* siècle est ,„, siècle de recu^L 
Sf 15 d ; Ia ^ntremontede3à M/ 2 , puis à 6 d 
klSOûX Lereve ; u ^en de Charles VU était évalué 
-, ; 2 ' 3 °0.0001ivres-dont500,000données P ar S ondomaine 

Wans les conditions du gouvernement de Charles VII c'était 
une som idéM . m ^ ^ . « «£ 

J2E à ^»P™da. Perses, à l'Egypte et à la République 

1 h :T ''" P artie de « ^Pôts était, en outre, 

perçue aans tes seigneuries. 

autron e rA7 UbHCS "? *** S6Uls movens d'information 

J uelon Possède, r se faire quelque idée sur la richesse 

et so accroissement, pendant la longue période qui sï, nd 
?" V. an XVI9 slècIe - La vie réelle de l'Europe, le progrès 
la richesse, se trouvent dans,,, campagne . cCau^ 
polyptiques, aux terriers, qu,'il faut s'adreler. Eux seuI 
connennent des documents et des faits. Tout est locaUsé 

^^^*ss^cwAiir? , " sa "" 

•",;;- u- * •.«oo.éoo * sïoï fl S b ^ ts ) ' etceUe 

«faut contrôler tous les calculs de Leber par ceux de M d'Avenal 
livres tournois, soit 62,630,000 fr. ou.ooo 



n 



15 



510 



RICHESSE SOUS l'eMPIRE DES ARABES 



Sanuto, qui devait être assez bien renseigné pour son 
temps, évaluait les revenus des rois de France à 2 millions 
de ducats; ceux du roi d'Angleterre à autant; ceux du roi 
d'Espagne à 3 millions de ducats, le duc de Bourgogne 
même total, Venise 1,100,000 ducats, Florence 400,000, 
le duc de Milan 1 million de ducats, il réduisait ces chiffres 
de moitié ou d'un tiers à raison de la crise du xv° siècle. On 
peut leur accorder une certaine créance. Us sont confirmés 
par les évaluations vérifiées pour Florence par Sismondi; 
pour l'Espagne et Milan par Ranke, el pour la France par 
Leber W. 

Pendant la première partie du moyen âge, le khalifat 
d'Orient — Damas et Bagdad — est devenu l'État le plus 
riche. Ce retour du commerce, de l'industrie, des capitaux, 
des métaux précieux vers la vallée de l'Euphrate, à côté de 
Ninive et de Babylone, est extrêmement curieux. Il prouve 
que les éléments des anciennes civilisations de la Chaldée, 
de l'Assyrie, de la Babylonie, n'avaient pas été détruits,' 
mais conservés par les Perses, les Grecs, les Romains. Les 
Arabes les retrouvèrent et les mirent en œuvre. Cette destruc- 
tion a été l'œuvre des Mongols et des Tartares. Les revenus 
d'Haroun al Baschid, contemporain de Charlemagne, étaient 
évalués, année moyenne, à 272,303,800 dirhems d'argent 
— le dirhem valait 0,60 — et à 4,420,000 dinars d'or — le 

(1) Hallam : V Europe au moyen âge, 2° vol. p. 201. Le ducat valait 
13 francs ; il faut calculer le pouvoir à 6. — Sismondi : Républiques 
italiennes, 4« vol. : « Revenus de Florence ». — Ranke : l'Espagne 
au seizième siècle, p. 345. 

On sait qu'Edouard III entreprit la terrible guerre de Cent ans 
grâce à un prêt de 1,200,000 ducats que lui firent les banquiers 
Bardi et Peruzzi de Florence. Edouard III, malgré les profits de la 

guerre, ne put rembourser les banquiers; ceux-ci firent faillite. 

Cette faillite entraîna une crise affreuse. Les Lombards furent 

chassés de France et tous leurs biens confisqués. 



RICHESSE DES ARABES EN ESPAGNE 



Prestations en rature „,, T ,■ S '" IS f °" ,| " M ' les 

C<Jtte prospérité fut ébranlée par les attimn». i . -, 
iraniennes, qui on, toujours été e fléau ' ' e s / 
des vallées du Tigre et do Vf,,, i , Populations 

' .; ïZT;;z'::": :h r! e " -~— 

■p- -;t2an, d ;ï";i^ to r i ' 

««strie, le commerce de Àr I ' Sl "" 1 """' 

c :oora des Juifs mi,.,,,, i„ , d '-■■!•»?■"•, avec le 

.Catalogne. CondenSél* l""" 1 ™' 6 ' M " rci aj Mme en 

â-W„,illi„„, 1 ■'',. '«"«"^"almM décident 

™enradnroide ( -ZllZiïVT" "'l"™" : ™ 

VU- - Les grandes monarchies. XVI» et XVIL siécles . 
An point de vue dp la »;,.i, i . . 

(IJSëdUlot : Histoire des Arabes, liv. IV ,-l, w 

(2) Perrens : Histoire de Florent J i 

7^er le tableau dressé par ïï^ï'^ 881 - "- Po " Venise, 

(3) Rosew Saint-Hilaire : #iw , )v > r ,p 

mstoued Espagne, 3> vol., p..i 36i 



■ 

■RI 

fjfa 









512 



LA RICHESSE DE l'eDROPE AUX XVI e ET XVII e SIÈCLES 



xvii" siècles, est une époque intermédiaire entre le moyen 
âge. pendant lequel elle a eu un caractère essentiellement 
territorial, et les temps actuels où la tendance est à l'accrois- 
sement de la richesse mobilière. Les documents sont plus 
nombreux, mais ils manquent encore de précision Les 
revenus des Etats, devenus presque partout ceux des sou- 
verains, demeurent presque le seul baromètre à consulter 
On doit toutefois tenir compte de trois faits considérables ■ 
\" l'extension du commerce maritime après la découverte 
du passage du cap de Bonne-Espérance et des deux Amé- 
riques; 2° l'afflux extraordinaire des métaux précieux par 
suite de l'exploitation des mines d'Amérique- 3° l'aug- 
mentation des ressources des États au moyen des impôts 
Les conditions économiques de l'Europe tendent à changer 
complètement; la population s'accroît, les villes reprennent 
de l'importance, l'industrie manufacturière grandit- les 
moyens de crédit, propagés par les banques italiennes, la 
Hanse, les marchands hollandais et anglais, s'améliorent- 
les capitaux deviennent moins rares; l'intérêt baisse: mais 
cest encore l'élément agricole des siècles précédents qui 
demeure le principal facteur de la richesse W. Par suite la 
France tend a devenir le territoire le plus riche de l'Europe' 
Il compte 20 millions d'habitants à la fin du xvn» siècle 
La prépondérance politique de la France est fondée sur 
sa population et la productivité relative du territoire. Au 
contraire, la richesse diminue en Espagne, malgré ses grandes 
colonisations et la production de ses mines; elle diminue 
en Italie, en Hollande, même en Allemagne; elle grandit 

(1) La période de 1651-1675 fut on France l'une des plus fécondes 
pour I industrie agricole ; la (rire passa de 308 à 4SI francs l'hectare 
(D'Avenel, ibid., l.i août 1893.) 

La terre française était, en 1790, la plus chère du continent et du 

monde entier. (Ibid.) 



• 



LES GRANDES MONARCHIES COMPARÉES 



513 



cependant en Angleterre où les progrès de l'agriculture e1 
du commerce continuent. 

Jl n'est pas possible, à raison de la pauvreté des documents, 
d'exprimer ces faits par des chiffres; mais ils ne peuvent 
être mis en doute. Le principal de ces faits, c'est la richesse 
agricole de l'Europe, richesse d'une tout autre nature que 
celle qui a pu exister à l'époque romaine ou dans les anciens 
empires de l'Asie occidentale, parce que la culture est bien 
autrement intensive et bien autremenl garantie. 

Les revenus publics peuvenl cependant servir d'élément 
d'appréciation et de comparaison. A la fin du xvr siècle, 
les revenus de la monarchie d'Henri IV étaienl évalués à 
28 millionsde livres, représentant réellement 70 millions 
avec un pouvoir de 2 '/,>: ceux de Louis XIII, à 70 millions. 
en réalité 140 millions de francs avec un pouvoir de -• • 
ceux de Louis XIV, a 120 millions, en réalité 2i.it; millions, 
pouvoir 2. Ces chiffres indiquent un fort accroissement 
dans la richesse nationale' 1 ). 

Il en était de même en Angleterre et en Hollande, surtout 
en Hollande. 1,' coin de l'Europe où la richesse s'est le plus 
rapidement accumulée au xvu° siècle. La richesse de la 
Hollande, eu égard à sa population et à son territoire 
est encore considérable. C'est contre cette richesse que 

deux grandes monarchies, celle de Philippe |J e1 celle ,1e 

Louis XIV, sont venues se heurter. Toutefois richesse limitée 
à raison de l'exiguïté du territoire. 



Quant 



'Esj 



lagne, incontestablement très riche au 



moyen âge, elle s'appauvrit dès le xvi« siècle, malgré les 
mmes d'or et d'argent de l'Amérique du Sud. Au milieu 
du xvi» siècle, avec les Pays- lias, le Milanais, la Pelle 
vice-royauté de Naples, les revenus de Charles-Quint et de 

II) Leber, ibid. 



;: : 






■ 



514 



LES GRANDES MONARCHIES COMPARÉES 



Philippe I ne paraissent pas s'être élevés à plus de 4 à 5 
millions de ducats d'or, soit 65 millions de francs, pou- 
voir 2 '/s, soit 150 millions. Henri IV avait un evenu 
supérieur. Restaient les lingots d'or et d'argent. D'après 
Ranke ils aurait donné 400,000 ducats en 1550 et 800 000 
en 1570 C était médiocre. La vice-royauté de Naples 
donnait davantage : 1 million de ducats chaque année*' 
Ainsi s explique la décadence politique de l'Espagne, malgré 
ses succès militaires, malgré l'or et l'argent de Bolivie, du 
Pérou et du Mexique. A la fin du xvn- siècle, les revenue du 
roi de France avaient triplé; qu'étaient devenus ceux de 
I Espagne, malgré les galions d'or et d'argent ? 

On se rend facilement compte de la suprématie de la 
France au xvn* siècle. Sa population est passée de 14 
a 20 radiions; sou revenu a triplé. Ces deux éléments 
richeTe P ° Ur manifeSter Un grand développement de la 

Ces faits comportaient un autre enseignement très impor- 
tant don les esprits ne se sont pas rendu compte à cette 
époque Ils ont assisté a de très grands événements politi- 
ques .découverte de l'Amérique, fondation des colonies 
progrès du commerce et de la navigation, Renaissance', 
Réforme longues guerres. En outre, ils ont été les témoins 
d une perturbation monétaire extraordinaire, la plus pro- 
fonde certainement de celles subies par l'Europe Ils n'en 
ont pas compris la portée. Au surplus, sous nos yeux, les 
Américains, en partie, montrent le même aveuglement. Ils 
ont vu seftondrer l'Espagne, avec d'admirables colonies et 
un afflux prodigieux d'or et d'argent; la France dominer 

(1) Ces chiffres sont également donnés par Ranke : l'Espagne 
auseizteme siècle, p. 345, et par Rosew Saint-Hilaire : ,L,,L 
dEspagne, t. VIII, p. 330. aiswire 






SUPRÉMATIE DE LA FRANCE 



olo 



sans colonies, sans mines d'or ni d'argent, et surgir l'Angle- 
terre avec un territoire inférieur h la France. Ces faits 
si catégoriques n'ont pas suffi pour leur démontrer en 
quoi consistait la richesse, quelles étaient ses origines, ses 
causes, ses variations, ses conditions. Ils ont, a fort peu 
d'exceptions prés, persisté a confondre la voiture qui trans- 
porte la valeur, en la garantissant, avec la valeur même. 

Ils auraient pu le reconnaître cependant à une autre 
indication. Plus or et argent arrivaient d'Amérique, plus il 
fallait d'argent et d'or contre les marchandises. Donc, le 
pouvoir des métaux précieux baissait. Et c'était le moment 
où l'on pensait qu'ils constituaient seuls la richesse. Ce 
pouvoir, après avoir varié de 4 à 3 au xm" siècle, était 
remonté à 4 en 1400 et à 6 en 1500; mais il ne valait plus 
que 2 >/o a la fin du xvi" siècle, sauf certaines oscillations. 
Dès la lin du xvu" siècle, les prix reprenaient leur niveau (*). 
Seuls, les gouvernements semblaient l'ignorer, atîn de se 
procurer des bénéfices illicites sur les changements de 
monnaie. 

§ 3. — DE LA RICHESSE DES PRINCIPAUX PEUPLES 
AU XVIII e SIÈCLE 

Le xvm e siècle, au point de vue de la formation de la 
richesse, est marqué par un fait nouveau : l'invention 
de la machine à vapeur, qui modifie complètement les 
conditions de l'industrie el du commerce. C'est l'Angleterre 
qui profite le plus de ce progrès. Sa richesse se développe 
rapidement, sans cependant égaler encore la richesse de la 
France. En 1789, la France n'est plus l'État le plus peuplé 

(!) Prix ,\n blé à l'hectolitre : xra» siècle, a 07- — xiv» s i 78- — 
*YI' s. (15S0), S 14: _ 1600, 15 8:!: - 171:1, 18 fia. 






516 ÉVALUATION DE LA RICHÏS8B AU XVI,,' sifen.E 

de l'Europe; mais c'est toujours le plus riche, parce que | a 
culture de son admirable territoire s'est encore accrue Ta ce 
point (I „e des observateurs imparfaits, à la vue de cel 
accroissement, font accepter en Europe la théorie que le 
sol est le seul facteur de la richesse. C'eût été une bien 
singuhère théorie pour les Phéniciens, les Juifs, les Grecs el 
même pour les Romains. Elle était, au surplus, démentie 
par le développement de la richesse en Angleterre à raison 

des progrès de l'industrie. Oi ssède quelques données 

intéressantes sur la richesse en France el en Angleterre à la 
fin du xv„,« siècle. Elles sonl les deux seules nations riches 
J ce temps. Russie, États-Unis, ne comptent pas encore; 
Ho Uande, Espagne, Italie, sonl en décadence, .1. même que 
lAUemagne, à l'exception de la Prusse, - mais la Prusse 
de Frédéric II n'a pas plus ,1,. t; millions (l'habitants 

Apparaissent pour la première Lus des publicistes oui 
aventurent des évaluations, «ans avoir crainte de révéler 
des secrets d'État; aussi ces novateurs appartiennent à 
I Angleterre. 

Davenant estimait, à h, tin du xvn» siècle, le revenu de 
In nation anglais,, à 44 millions 1. st; ou 1. 100 millions de 
francs, provenant : 350 millions de la production agricole 
250 millions du commerce et 500 millions de l'industrie 
et des salaires. A la fin du xvm« siècle, le revenu total de 
I Angleterre avail doublé. Cela Lient à l'immense prospérité 
de l'Angleterre à cette époque, par suite de la colonisation 

des Etats-Unis et de la guerre avec la France qui lui assure 
l empire des mers, le monopole des transports el le dévelop- 
pement delà grande industrie. Le revenu de la nation était 

évalué à 124 millions 1. st.. dont 57 millions I. st. de revenus 
fonciers el 67 millions 1. s t. de revenus mobiliers. La popu- 
lation ne dépassanl pas alors M million, de personnes 
(Angleterre seule), l'aisance était grande. 






RICHESSE DE LA FRANCE ET DE l' ANGLETERRE EN 1789 517 

Les travaux de Lavoisier cl 'do Tolosan, précédés des 
évaluations de toute nature que l'on doit aux physiocrates, 
permettent de porter à plus de 4 milliards de francs le 
revenu national de la France en 1789, savoir* 1 ) : 2,750 mil- 
lions de revenus agricoles, 1,500 millions de revenus urbains, 
industriels, commerciaux. 

Le capital de l'Angleterre, en 1800, a été évalue par Pitt 
à 1,125 millions I. st.. ou 28,125 millions, cl par le docteur 
Becke à 005 millions 1. st. Quant au capital de la France, en 
1789, il devait représenter 38 à 40 milliards dont 30 milliards 
pour la propriété foncière, rurale et urbaine, celle dernière 
pour un quart, ci S à 10 milliards pour le capital mobilier. 
Eu égard à la population. l'Angleterre ét;iii déjà plus riche 
que la France, surtoul en capital mobilier. De même qu'au- 
jourd'hui, le territoire constituait l'élément principal de la 
richesse de la France. 

Bien que nous disposions maintenant de moyens loin 
autrement certains de connaître la richesse de quelques 
peuples, ces évaluations n'en ont pas moins nue grande 
importance, d'abord, parce qu'elles ont éié confirmées par 
des évaluations postérieures, ensuite parce qu'elles sont les 
premières, de celle nature, que nous possédions. 



§4- 



DES MÉTHODES D ÉVALUATION DE LA RICHESSE 



Les moyens d'évaluer la richesse remontent fort loin. Il 
n'en est pas de même des méthodes scientifiques d'évalua- 
tion, eu dehors de toute préoccupation fiscale. La plupart 
des grands empires de l'Asie occidentale ont, de bonne 
heure, établi des cadastres, destinés à la perception cl au 



(I) Ces renseignements el ces chiffres oui été réunie et appréciée 
dans mon livre : l'Impôt sur le pain, 1885. 

15. 



518 



PREMIERS MOYENS D'ÉVALUER LA mcHESSE 



contrôle des impôts. L'Éa-vDte on; «n„ c i„ 

et fiscal, comme sous celu d h H • "^ ' inancier 

Etals grecs, particulièrement à Athènes m, il'T , 
devant aucune espèce d'inina n„ „•! a rec " le 

confise.,™, mème.lés.tèn •,.': 1 T° ^" im ' h 
de; o e«re,„c„, „e ,. %£Z%2£ ,1 rScT 

Les charges publiques étaient sévèrement répars d très 
la richesse. La richesse Hoc „>,.♦■ r JC ^' mie; > a api es 

étaient connues, fanl^r *< f lle de rÉtat 
ments épars à leur Z Z P °f ^ d ° S rensei g"e- 

Démosthènes e m § '- g 6 ™ X ° rateurs > sur t<>Ut à 
entière ' UX mSCnptl ° nS tr0Uvées di '«« h Grèce 

^Seî'rr^ 

„. j>„ • , - 0I)n,utlc, cs ressources de l'Rtaf 

et furent remplacés mr «T / ™P arnren * Peu à peu 
te taxes sur les capton* „ les reveM ™ ^ »" M «™ 

les propriétaire, on contribuantes L™? t ,' P " 



DÉGRADATION ET DISPARITION DE L'IMPOT 



519 



les Burgundes, les Angles, les Saxons, les Lombards, les 
Franks, eurent la prétention de s'en servir pour alimenter 
leurs divers fiscs. Les textes de Grégoire de Tours et de 
Frédégaire sont formels. Cette destruction n'a été, d'ailleurs, 
que la conséquence de la grande révolution sociale et fiscale 
qui se produisil à cette époque, mais dont les causes 
remontent à l'établissement même de l'Empire romain et se 
confondent avec les dislocations dont il a toujours été 
menacé. 

La chute de l'Empire romain fut suivie d'un changement 
complet et très significatif dans la notion publique de l'im- 
pôt. On peut môme reconnaître, dans les derniers temps de 
l'Empire, les lointaines origines de ce changement. Dans les 
États libres de la Grèce et sous la République romaine, le 
paiement de l'impôt était tenu comme un devoir et le service 
militaire comme un honneur. Le citoyen libre acquittait ses 
impôts et taisait son service. Tel a été le cas de Socrale, 
quoiqu'il fût très pauvre. Mais, lors de la décadence de la 
société hellénique connue de la société romaine, d'autres 
idées tendirenl à prévaloir, d'abord en Grèce à raison de 
l'oppression des riches par les pauvres, puis à Home sous 
l'influence des empereurs et du courant monarchique. En 
Grèce, les riches multiplièrent les efforts pour échapper 
à l'impôt, qui aboutissait souvent a la confiscation. Pour 
sauver leurs biens, ils se firent les alliés de Rome. A Rome, 
l'idée que l'empereur devait être exempt d'impôt se fit 
nécessairement jour; exempt, l'empereur exempta les 
autres. 11 devint le maître, le propriétaire de l'impôt, comme 
celui de l'État. Ce fut un titre d'honneur d'être exempt; 
bientôt ce fut une tache de payer. 

Os tendances forent singulièrement accusées par les inva- 
sions, les guerres, les conquêtes, aussi bien celles des peuples 
germaniques que celles des musulmans. II suffit d'ouvrir 



520 



DISSIMULATION DE LA BICHES8B 



Grégoire do Tours pour s'en rendre conmte « .« 
affront. II en ét-iit ,1p pot comme M 

citoyen romain ^ COmme on traifai ' ta 

SîSaïsSsSsss 

11 d s flCUlté ' ^ I,im P— ilité même où a 

plupart des gouvernements se sont trouvés et se trouva 
encore pour la connaître et la constater. Mène au É a s 
Un s ou la pratique du census est séculaire, où es W " 
cains sont en possession des institutions les plus ïiW^ 
les mœurs poh, Iq ues n'ont pas subi l'influence de lat;;^ 






LE PÉRIL DE VIVRE AU GRAND JOUR 



52J 



réaction de la décadence grecque et romaine, la fraude 
s exerce publiquement et, comme nous allons-le voir, sur une 
échelle gigantesque. Aussi peut-on considérer la piquante 
anecdote des Confessions de Jean-Jacques Rousseau relative 
au paysan bourguignon qui lui sert un pain si dur que ses 
dents u, peuvent y mordre, - ce paysan 1. prenait pour un 
agent du fisc royal, — comme donnant la note exacte au 
milieu du siècle dernier, sur la nécessité pour les populations 
laborieuses de cacher leur aisance. Voltaire eu a donné une 
"Ntre, aussi parlante : c'est celle du manant qui se laisse 
tramer en prison plutôt que de révéler le dernier sa,- de 
fèves qui lu. restât. Si les choses en étaient encore à ce point 
d y a un siècle, eu France, qu'avaient-elles dû être, dans les 
siècles précédents? 

Le lai! de vivre au grand jour selon ses moyens est 
entièrement nouveau, du moins dans l'histoire de l'Europe 
occidentale. Il n'était pas plus prudent de faire voir sa richesse 
dans la République athénienne qu'à un satrape persan 
ou a un proconsul romain. Qui a oublié les candélabres 
dont Verres s empara chez son hôte? Sous les empereurs 
la dissimulation devint une condition absolue d'existence 
et une cause d'indifférence économique. A partir de la con- 
quête musulmane, les chrétiens et les juifs durent se mettre 
au régime du banquier de Djeddah, si admirablement dépeint 
par Botta Même situation au moyen âge, non seulement 
pour les Juifs, mais pour tout le monde. Le roi lui-même ne 
tenait pas à étaler trop de splendeur. Les vassaux redou- 
tent 1 œil du seigneur, et dans chaque seigneurie les 
tenanciers quelconques, libres, serfs questaux ou autres se 
gardaient bien de laisser voir leurs économies. Mais de tous 
les Uses le plus ombrageux devint le lise royal. Saint-Simon 
«conte quun jour de chasse Louis XIV s'égara dans la 
forêt de Samt-Germain.il parvint cependant à gagner une 
habitation très retirée où il fut reçu avec grand £ Ii se 



522 



LA RICHESSE EST DN SECHET d'ÉTAT 



montra charmant. Toutefois, ce luxe le mordit d'envie 
Il se rappela que son hôte avait été frondeur. Mal-ré 
1 amnistie, il le lit arrêter le lendemain, traduire devant le 
Parlement et décapiter. De plus, il confisqua tous ses biens 
Cest l'histoire de Fouquet. Mais Fouquet put sauver sa tête 
Aussi l'idée de rechercher, d'étudier, de comparer les 
ressources des États, leurs richesses acquises comme les 
moyens de les accroître, a-t-elle été, dans son premier épa- 
nouissement, tout empirique. Elle ne prend corps et ne se 
manifeste en dehors des arcanes diplomatiques qu'à la fin 
du xvn= siècle. Machiavel, lui-même, parait aussi considérer, 
avant tout, la richesse comme un instrument de guerre. 

Cette idée ne se heurtait pas seulement aux' habitudes 
invétérées et entièrement justifiées de dissimuler la richesse, 
tant les garanties étaient incerlaines: elle rencontrait encore 
une invincible opposition de la pari des gouvernements qui 
considéraient les finances comme un secret d'État, de même 
que les renseignements sur les ressources des peuples, qui. 
d'après les théories en cours, n'étaient autres que celles 
des souverains. Au xvne siècle, la plupart des souverains 
adhéraient de cœur aux doctrines de Louis XIV sur son 
droit de disposer de fous les biens de ses humbles sujets 
trop heureux de les lui offrir. Faire connaître ces biens' 
c'était révéler un secret d'État. 

Vauban est l'un des premiers qui se soient occupés de 
ces recherches. Il y apportait les habitudes scientifiques de 
ses travaux, un esprit investigateur, la curiosité des temps 
nouveaux qui allaient s'ouvrir, le goût du bien, même une 
certaine dose d'utopie. Son livre la Dîme royale confient 
bien des renseignements qu'on utilise encore. Jl le présenta 
à Louis XIV qui aimait beaucoup le maréchal et qui lui 
fit bon accueil. Quelque temps après, Louis XIV changeait 
d'opinion; il disgraciait Vauban; il faisait détruire tous les 






1 



VAUBAN ET r.A DÎME ROYALE 



523 



exemplaires de la Dîme royale. Vanban fut consterné II 
mourut de chagrin. On aurait fort rie penser que Louis XIV 
ait été seulement mécontent des détails que le maréchal 
donnait sur la situation. financière de son royaume ei sur 
les réformes a taire. Louis XIV avait L'esprit plus élevé 11 
savait fort bien qu'il y avait bien des changements a accom- 
plir. Ce qui 1 irrila contre Vauban, ce fut surtout la pensée 
que Taliban empiétait sur son domaine. Il en était de même 
de Napoléon, de même de la par! de lous les souverains' 
dominés par le principe de leur autorité, fnterdil de s'occuper 
de leurs affaires. Elles ne concernent qu'eux: bien heureux 
qu ils vous permettent de subsister, encore plus d'écrire - 
mais ne vous mêlez pas de leurs secrets. Pour élamir ce 
cercle, pour lever ce voile mystérieux, il taul quelque 
* n "". ^énement qui fasse sentir au souverain même 
une force supérieure. Le Napoléon de 1815 n'était plus 
le Nabuchodonosor de 1811. 

Ce sont, en effet, les grandes guerres de la fin du règne 
de Louis Xl\ qui non seulemenl provoquèrent des évalua- 
tions, mats conduisirent les esprits à chercher, à étudier 
des instruments, des méthodes d'évaluation. Sur les trois 
méthodes qui sont utilisées aujourd'hui, deux ont été 
employées, ou plutôt réemployées, à celte époque- car elles 
remontent, à vrai dire, beaucoup plus loin. La première 
n est autre que le recensement, le census, officiel ou parti- 
culier, tel que les Romains et même les Athéniens l'ont mis 
en œuvre, tel qu'il est actuellement pratiqué, il est vrai 
avec de grands progrès, aux États-Unis. Vauban, avec ses 
seules ressources, dans les premières années du xviii* siècle 
est arrive à un véritable census de la France. La secondé 
méthode est celle de l'impôt sur les revenus. Les revenus 
étant constatés, on peut en déduire la richesse. A l'époque 
ou Davenant a écrit, le fonctionnement, déjà ancien, de la 









524 



MÉTHODES SCIENTIFIQUES D'ÉVALUATION 



taxe des pauvres, les rôles de la Land tax et même les dîmes 
ecclésiastiques, donnaient les moyens de faire une éva- 
luation, assez exacte, de la richesse foncière en Angleterre. 
De ces deux méthodes, la seconde est en rapport direct 
avec les systèmes fiscaux des États, elle en est le résultat. 
Il n'en est pas de même de la première, indépendante de 
, toute organisation fiscale, quoiqu'aux États-Unis le census 
soit l'un des éléments employés pour établir les real and 
property tares. 

Pendant le xvme siècle, les impôts du dixième et du 
vingtième, les tailles elles-mêmes, s'ils avaient été généra- 
lises, auraient pu permettre des évaluations de la richesse 
tout aussi précises et même plus complètes que celles de 
l'income tax. S'il avait même été possible de conserver et 
de comparer les rôles des tailles, dans les pays d'élections, 
ils seraient encore aujourd'hui utiles. 

L'organisation de l'income tax en Angleterre, à la fin du 
xvm e siècle, a produit un instrument régulier, une méthode 
définitive pour évaluer la richesse et surtout la progression 
de la richesse. Mais les résultats de l'income tax sont 
nécessairement incomplets, puisqu'ils ne s'appliquent pas 
à tous les revenus de l'Angleterre. 

Les deux impôts combinés, la Classensteuer et YEinkom- 
mensteuer, en Prusse, peuvent fournir des moyens d'éva- 
luation, sinon plus parfaits, du moins donnant des résultats 
plus complets. 

C'est la France qui, à divers points de vue, a trouvé, 
dans son système fiscal, les procédés les plus complets et 
les plus sûrs d'évaluer la richesse et de montrer la pro- 
gression de son accroissement. Les droits de mutation par 
décès sont le premier de ces procédés. Dans aucun État 
de l'Europe, l'impôt successoral n'est aussi ancien et aussi 
fortement organisé qu'en France. Tous les capitaux, toutes 






L IMPOT SUCCESSORAL 525 

les richesses tangibles, sont soumis, sans exception, à 
l'impôt successoral. Il y a plus d'un siècle que cet impôt 
fonctionne, puisqu'il figure parmi les réformes de l'Assemblée 
constituante; et bien que certaines valeurs, certaines formes 
du capital, lui échappent encore, notamment les titres au 
porteur, on peut dire qu'en général il atteint, toutes les 
fort unes, il frappe l'ensemble des richesses. Ses bases 
d'évaluation, quant aux valeurs mobilières, sont suffisantes 
et sûres; celles pour les immeubles sont établies d'après 
une capitalisation, peut-être quelque peu élevée dans ces 
dernières années, mais à laquelle il est apporté des tempé- 
raments. 

Dans les autres Étals, ou bien l'impôt successoral est de 
dale trop récente, ou son application est faite d'après des 
procédés trop incertains, pour qu'on puisse établir des 
comparaisons fructueuses, sauf pour l'Angleterre, quoique, 
même en Angleterre, l'impôt successoral soit organisé sur 
des bases différentes qu'en France. 

Cette méthode se rattache à d'autres branches de la 
statistique. Elle revêt ainsi un caractère véritablement 
scientifique, lui effet, l'impôt successoral ne fournit une 
évaluation de la richesse d'un pays que pour une année 
donnée, que pour 1rs valeurs transmises pendant cette 
année. Comment apprécier la richesse d'une nation d'après 
les résultats d'une seule année ? La réponse est fournie par 
la branche de la statistique qui s'occupe de la population 
el de la vitalité. Il s'agit de calculer le nombre d'années 
nécessaire pour que le droit successoral ait atteint toutes les 
fortunes particulières; il faut connaître la durée moyenne 
d'une génération. On admet qu'un laps de temps de 34 à 
36 ans peut être considéré comme le cycle nécessaire pour 
que tous les patrimoines paient leur contribution à l'impôt 
successoral. Par suite, en multipliant par le coefficient 34, 
3o ou 3G, le total des valeurs successorales d'une année, on 






1 









826 



LE OENSUS ET l'iMOME TAX 



foncier est, en P,, nco „„ '.;",' ""P" 1 '»"««'■ L'imp« 

We de ces revenus pour les imm! i V 5 Sur ' e nsem- 

Pour Jes immeuble M ti Tf S non bât * et en 188fl 

ne saurait contester l'importa 1 vale »'' vénale. On 

■» "cond, plus exact en T?« 'n"?" 1 '* 1 e " «*■ 
des valeurs mobilières Cet i m , PÔt SU *' les reve ™s 

Plus d'incertitude. Le ha ardS ' P T tent beaucou P 
census. Quant à VincoZ^ ^ T/> dom «a„s le 
gnement sur un élément rnmi i - T* aucun "»*&■ 
les revenus et Jt^TÎTlt * ^^ "" 
assujetties à l> imp ôt. Au lieu d t qm ne sont P a * 
^Posable, elle n'atteint anpL P ^ SUr la m ^™ 

les personnes ne CenfuV'CT ^ ^ ^ ^ 6 
richesse. Le moment vienr 11 „ " eS im P°"ant delà 

permettra d'évaTu h Du Ls n '"f qUe deS P rofessio ^ 

L p : , que les vaIeurs v ffi c à qu : a ^s 

IS. --d E l'a CCR0ISSEMENTdela richesse 

EN ALLEMAGNE 



DE LA HICHESSE EN ALLEMAGNE 



527 



économique, connue de sa grandeur historique. Nous avons 
déjà donné quelques renseignements el quelques chiffres 
importants à ce sujet en traitant du commerce et rie la 
navigation maritime de l'Allemagne, de la richesse de Berlin, 
des associations coopératives et de la puissance d'épargné 
du peuple allemand. Nous voudrions les compléter el mon- 
trer, dans la mesure où le permettent les moyens d'investi- 
gation, quelle esl approximativement la richesse ac Ile 

de l'Allemagne, quelle la puissance de son accroissement; 
puis nous les comparerons à la richesse des principaux 
peuples ci à son pouvoir d'accroissement pour chacun d'eux. 
Les progrès de la richesse en Allemagne ont été très 
considérables, surtout depuis 1866 et 1870. En 1866, à 
l'invitation et avec le encours flagrant de Napoléon, plus 
Germain et plus Italien que Français, plus aveugle que 
Crésusou que Persée, la Prusse brise les traités de Vienne, 
auxquels personne ne s'intéresse des que ce n'est pas là 
France qui les attaque; elle déséquilibre l'Europe à là 
satisfaction de la Russie el à la grande joie de Napoléon III. 
comptant, sur son prestige pour y substituer un édifice 
nouveau, mais chimérique; elle expulse l'Autriche dr la 
Confédération germanique qui, obéissant désormais à la 
Prusse seule, formera, dans ses mains, un terrible instru- 
ment de guerre. Ces événements prodigieux, destructifs de 

la politique et de la sécurité de la France, dr l'œuvre 
collective et nationale, si péniblement construite, si labo- 
rieusement maintenue, de Louis XI. François l"'\ Henri If 
Henri IV, Richelieu, Louis XIV, Louis XVIIL s'accom- 
plissent en moins d'un mois. Le personnage extravagant, 
qui y a criminellement prêté la main, s'en congratule; il en 
féli cite la Franc,, il s'applaudit lui-même, dans un document 
accablant par le degré d'imprévoyance et de mensonge, 
d avoir sur ses flancs un voisin plus puissant (pie lui. Jamais 






528 



LE BUTIN DK 1870 



- rne un texte do Montesquieu à L main, „,,, , ^ 

ce qu fallai pour y réussir, au contraire en accumulant 
fauteur tantes pour y succomber. lui d'abord, la Fran£ 

De là le démembrement de l'Alsace-Lorraine oui aioute 
à Al emagne 1,500,000 âmes, avec un trèsrichetrritS 

évalue à 7 milliards, et diverses indemnités de , e ' 
vaut à 6 milbards au moins avec les accessoire 

qu met \™ZV vT T' ***** PUbHdsteS ^ 

qui, mettant en application le proverbe « nue l e bien mal 

S55SïS5rÎT?= 

pillage a ete commis avec le silence religieux de tous 
le peuples jamais un transfert aussi fabuleux de riche 

de M *JZ?t 7 T° n : bl ' en qU ° ^ tr ° iS Pirates ( Rism - 
deMoitke et de Roon) qui) en compagnie du juif Bleich 

rœder préparaient, dès 1867, dans les salons mêmes de 
Compiegne, ce fameux coup, n'ont pas pris tout ce Tu4 
pouvait prendre; ils se sont trompés, o'u le Sux sém 
b mois les a trompés sur les ressources de leur vi m 
qu ils croyaient saigner à mort ' 



h • , "*- ' '»"uiiiayiie, pour 

d anciennes dettes, pour faire de Berlin la troisien, 



e grande 













LA GUERRE, 


FACTEUR DE LA 


RICHESSE EN' ALLEMAGNE M29 




ville du globe, 


pour donner ; 


toutes les branches de la 



production en Allemagne un élan extraordinaire. C'a été 
comme L'infusion d'un sang nouveau qui a tout vivifié et 
tout transformé. Nos vieux jurisconsultes d'autrefois, en 
cela suivis par les juristes allemands, enseignaient que la 
richesse s'acquérait par les armes. Il eût fallu soutenir ce 
paradoxe devant nos Facultés de droit. Tous les humani- 
taires de 1789 seraient sortis de leur suaire pour protester. 
Les Allemands de 1870 ont tout simplement fait comme les 
Romains, les Espagnols et les Anglais. Michelet. voyageant 
en Angleterre en 1834, rapporte, dans un livre qui vient de 
paraître, que la plupart des splendides demeures féodales 
de l'Angleterre ont été construites avec les protils de la 
guerre île Cent ans. 

Cette rançon de 6 milliards est donc pour beaucoup dans 
les progrès considérables accomplis par l'Allemagne depuis 
environ vingt ans. Aujourd'hui, le commerce extérieur de 
L'Allemagne est plus important — nous ne disons pas plus 
lucratif — que le commerce extérieur de la France. De 
même. l'Allemagne a pris le troisième rang, quant à la 
navigation maritime; de même, quant à la production 
industrielle, il est à présumer qu'en Europe, du moins, 
l'Allemagne vient au second rang, après L'Angleterre. 

La guerre, la conquête, le pillage d'autrui ont donc élé 
pour l'Allemagne un premier facteur très important de 
l'accroissement de sa richesse, un stimulant tout à fait 
extraordinaire. Toutefois ce facteur n'aurait pas suffi, même 
très judicieusement employé; il faut y ajouter les divers 
éléments du développement économique de l'Allemagne, qui 
aurait certainement marché plus lentement sans l'adjonc- 
tion de l'Alsace-Lorraine et sans la pluie d'or des G milliards, 
mais qui se serait produit néanmoins. L'industrie, le com- 
merce, la navigation maritime, l'agriculture, la faculté 



Zs m : facteurs de la ■*-» - — 

épargne, le pouvoir d'association do l'Ai. 
recevozr un bon coup do Cet en ii£ T^' ° nt P u 
posent cependant sur de meîlLl ? V" 187 ° ; ils 
naturelles de l'Allemagne, e S oû U t ^ ta reSSOUrces 
J a Pratique de l'épanme I f , SC1C ' nce etdu travail 
—, la voloïï i 'Ï Clté Î S ha ^'desetde 
d'élever de nombreuses faS s d ° ""*" ** Patent 

de Hambourg. L'industrie e 1 ^ T' Pr ° P ° S du P ort 
relard sur le commerce a § ncu "ur € ne sont point en 

I. Population. — n'flhmvi i 

*■»«* de population de r A f ,r iUeS m ° lS SUr ^re- 
constituée aujourd'hui t IA,le f^ ne - Telle qu'elle est 

45 millions; 1890, 48 million v V " ,Jl0ns; 188 °- 
gêneur à l'esprit de cZuête P t "" faC(eur bie " 

Pendant ce même lins (]f ,1 , ™ S ° ùt du Pliage. 
^ 38 millions. Sans cet a !T' ' ftMoe S ' élerait *> « 
grande STS?* .Allemagne, la 



grande part. De 180 Ta 1831 T^ h 
ons: de 1831 * -i J . '3 e J Je P as «* 



Pi'usse avait 

^ 7 à 13 milwTe iS ^S° /' 183l « elJe P assa * 
<* en 1890 à 29 niilii oi s Su *? ' 3 à 19 m ^ 

l'Allemagne de 25 Sons a aCCroisse nients totaux dé 
P- Plus de 2 millio" 1 ^ n 9 ^J» **» -présente 
dont 11 millions échoient à Z' r Ù s " e ^^ Ct demi 

11. Agriculture. — En 1831 la p 
ficie territoriale de 277 789 m« 1 ' ave c une super- 

débitants, avait m^^T*?"** * 13 milJj0 '« 
31,847,000 hectolitres FI Pr ° 1 dUCtl ° n de c «<* de 

^40,000 bétest: f V^tr/' 751 ' 000 »»*»* 
Porcsd). En 1880 sur un t II ° 00 chcvatlx ct 1,736,000 
' SUI M femt0I "> augmenté d'un tiers, 



LA PRODUCTION AGRICOLE 



531 



les céréales représentaient 110 millions d'hectolitres/j bêtes 
à cornes, 8,737,000; chevaux, 2,417.000; moulons, 
14. 700. 000; porcs, 5,800,000; pommes de terre, 14 mil- 
lions do tonnes. 

Voici, quanl à l'Allemagne toul entière, quelques chiffres 
comparatifs, empruntés au grand Dictionnaire de M. Mulhall, 
qui permettent de se l'aire une idée des progrès agricoles de 
l'Allemagne et de ceux des autres nations dont nous allons 
rapprocher les accroissements de la richesse. 





PRODUCTION 


Valeur 


Froment 


Rende- 




des céréales en millions de bushels 


1.000.000 


1.000.000 




ETATS 


Le bushel égale 38 lit. 1/2. 














liv. st. 
1887 


Jjusliels 
1888 


par 
acre. 


1840 


1860 


1884 


1887 


Etals-Unis.. 


640 


1.053 


2.325 


2.5S0 


243 


442 


12 




1.090 


1.270 


1.401 


1.851 


181 


209 


9 




610 


550 


687 


729 


129 


295 


16 


Allemagne.. 


200 


410 


G85 


700 


93 


104 


19 


Angleterre.. 


403 


390 


334 


311 


41 


76 


35 



Il résulte de ce premier tableau que l'Allemagne de 1840 
à 1887 a t'ait de grands progrès quant à la culture des 
céréales, plus grands que ceux de la France. 

Le second tableau, composé d'éléments variés, concerne 
l'ensemble de la production agricole. 



ÉTATS 

! 


Valeur de la pre 


duction agricole 


Détai 


s du capital 


Capital 
1.000.000 liv. st. 


Production 
1.000.000 liv. st. 


terre 


bétail 


divers 


1840 


1887 


1840 


1887 


1887 


1887 


1887 


États-Unis.. 

i Angleterre.. 
j Allemagne.. 


596 
1.743 
1.968 

630 

517 


3.690 
3.209 
2.287 
2.307 
2.090 


184 

209 
218 
170 
248 


770 
460 
261 
424 

563 


2.560 
2.688 
1.873 
1.815 

1.305 


501 
21X 
185 

262 

570 


095 
323 
229 
230 
209 



_ 



, 



532 



j 

H" 



'^INDUSTRIE 



Si on en juge d'après la France ces <n-,i„ ,■ 

de francs en <I8<M n„ >• , ? T 1 ue 10 millions 

En 18S9 n '■ IGU d(? '^O.OOO fr. en 1805 

avec 6, n* ns „ u ^ ^XL^ê 

en 1892 a ete évaluée à 760 millions ri* f ™ ema *> ne 
92 millions t*, au lieu de 38 ,niin e S?» a /' ec 

306 m liions de fmnnc r„ i 18r1 ' vala "t 

1891 m. Les minpr a ;< a- 7 ôo ° m,, '»ons en 

• i^es minerais divers, obtenus en <liW> » • , 

"ne valeur de 4ik m tn; n k ° yj » avaient 

*££* a„e m , de en à* iM^TS, 

la guerre plus encore avec les produits le sotavï ££ 

ce'Sr^S ia XlTïïYï S0U,C ""**• *« 
215,925,000 fi-., ceUe ,l„ fJe ,, et P,af,w fo "<'» a été de 

» « «wuh. les f „ ■,' , 'irrs t'u I lfl ' i69,ooofr -" uf 

»;»« tonnes de rails et 300,700 en m" 1AUema 8™ «P«tait 



PROGRÈS COMPARÉS DE l [NDDSTRIE 



533 



ses canons. Toutefois, elle a beaucoup à faire pour enlever 
à la France et à l'Angleterre leurs clientèles traditionnelles. 
Ses profits ne sont pas en rapport avec son activité. De là 
des mouvements saccadés dans la production, îles mécomptes 
ei même des moyens déshonnètes et coupables pour s'em- 
parer du bien d'autrui. C'est toujours la guerre. 

Sous ces réserves, dont nous allons montrer la portée. 
quant à l'accroissement de la richesse en Allemagne, le 
développement industriel de l'Allemagne n'en reste pas 
moins extraordinaire. M. Mulhall en a résumé les princi- 
paux résultats, en les comparant avec ceux des autres 
grandes nations. 

M. Mulhall présente, dans un premier tableau, le déve- 
loppement comparé de l'industrie depuis 1780 en millions 
de 1. si. 



ÉTATS 


1780 


1800 


1820 


1840 


1860 


1888 


Etats-Unis 


15 


2.7 


55 


90 


392 


1.443 




177 


230 


291) 


::S7 


577 


820 




50 


00 


85 


150 


010 


5 s:: 




117 


190 


820 


20i 


380 


486 


Russie 


in 


15 


20 


40 


1 55 


303 



En ce qui concerne la France, ces chiffres sont inférieurs 
à la réalité. Le mouvement industriel de la France est 
Largement supérieur à 12 milliards. M. .Mulhall, dans tous 
ses travaux, que nous n'entendons pas déprécier, se montre 
défavorable à la France, comme tous les Anglo-Saxons. 
En 1873, M. Maurice Bloch évaluait ce mouvement à 12,783 
millions. Il a singulièrement grandi depuis. Quant à nous, 
nous pensons qu'il n'est pas inférieur à 18 milliards, peut- 
être à 20 milliards, y conquis la petite industrie, plus 
importante en France qu'en Allemagne, même qu'en Angle- 

15,. 



■_*rt 



I 



' 



■ ■ 






534 



INDUSTRIES MINIERE ET METALLURGIQUE 



terre. De même, nous ne pensons pas que le mouvement 
industriel de l'Angleterre atteigne 20 milliards, ni celui de 
l'Allemagne 14.500 millions sans la petite industrie. 

Quoi qu'il en soit, la progression de l'activité industrielle 
de l'Allemagne n'en est pas moins des plus remarquables. 
Au point de vue de la grande industrie. l'Allemagne a 
dépassé la France, bien que la France, en 1800, eût un 
mouvement industriel triple de celui de l'Allemagne. 

A l'appui de ces résultats, nous reproduisons quelques 
chiffres, empruntés aux tableaux de M. Mulhall. 

1" Industrie métallurgique (en millions de livres sterling). 



ÉTATS 


1780 


1800 


1820 


1840 


1860 


1888 




États-Unis 


2 

15 

3 

8 

a 


3 
20 
4 
9 
3 


7 
30 

6 
10 

4 


10 
40 

7 
12 

5 


29 
85 
40 
30 
11 


194 

155 

91 

42 

14 













Ainsi, dès 1860, la production métallurgique de l'Alle- 
magne était supérieure d'un quart à celle de la France. 
Actuellement, elle représente plus du double. Les différen- 
ces sont plus grandes encore quant à l'industrie minière. 



2° Industrie minière. 



ÉTATS 


Valeur de la production en millions liv. st. par période 


1801-20 


1821-40 


1841-50 


1851-60 


1861-70 


1871-80 


1881-88 




123 

4 

12 

13 


204 

7 

23 

27 


194 
25 
22 
26 


267 
54 
45 
37 


410 

113 

2G 

61 


658 
205 
151 
101 


471 

357 

178 

86 





TEXTILES ET MACHINES A VAPEUR 



535 



.9° Industrie textile. 





Valeur de la 


production en 


millions 


liv. st. 


par période. 




ÉTATS 






















1781- 

1800 


1801-20 


1821-40 


1841-50 


1S51-60 


1861-70 


1871-80 


1881-87 




Angleterre. 


820 


980 


1.538 


970 


1.265 


1.546 


1.872 


1.218 




France. . 


S 80 


C80 


921 


634 


740 


958 


915 


672 




Etats-Unis. 


50 


80 


208 


201 


375 


628 


706 


651 




Allemagne.. 


160 


210 


334 


318 


39G 


486 


607 


520 




Russie . . 


70 


90 


172 


250 


29 i 


352 


486 


301 





Les variations si curieuses de ce tableau proviennent de 
la baisse des prix. L'annexion de l'Alsace-Lorraine fait 
sentir ses effets quant à l'Allemagne entre 1860 et 1880. 

4 e Steam-power. 

Complétons ces renseignements par le tableau comparé 
de la puissance mécanique (steam powerj des principales 
nations. 



ETATS 



États-Unis ... 
Angleterre . .. 
Allemagne. . . 

France 

Russie 



1840 1850 1860 1870 1880 1888 

1000 chevaux de force (horse-power). 



par 
100 h. 



760 

620 

40 

90 

20 



1.680 

1.290 

260 

370 

70 



3.470 
2.450 

850 
1.120 

200 



5.590 
4.040 
2.480 
1.850 
920 



9.110 
7.600 
5.120 
3.070 
1.740 



I 1 . 400 
9.200 
6.200 
4.520 
2.240 



25 
18 

11 
3 



Il résulte encore de ce tableau que l'Allemagne a l'ait les 
plus grands progrès de 1860 à 1870. 



536 



FORCES MECANIQUES COMPAREES 





1840 1850 1860 1870 1880 1888 


1840 


1870 


1888 


ÉTATS 


E 


ri 1.00 


c.he\ 


aux t 


e fora 






Nombre 


États-Unis. 




















Macliiues fixes. 


300 


G00 


800 


1.210 


2.186 


3.300 


» 


» 


60.300 


Locomotives... 


200 


COO 


1.800 


3.300 


5.700 


9.300 


)) 


» 


31.000 


Steamboats.. . . 


200 


500 


900 


1.100 


1.200 


1.800 


)) 


» 


5. 920 


Angleterre. 




















Machines fixes. 


350 


500 


700 


949 


2.000 


3.208 


» 


» 


110.000 


Locomotives . . 


'180 


700 


1.350 


2.100 


3.200 


3.500 


)> 


» 


16.000 


Steamboats 


70 


90 


350 


1.000 


2.400 


3.500 


» 


» 


6.870 


Allemagne. 




















Machines fixes. 


20 


40 


200 


900 


1.680 


2.000 


» 


)) 


55.100 


Locomotives . . 


20 


200 


000 


1.500 


3.020 


3.070 


» 


» 


13.000 


Steamboats. . . . 


» 


20 


50 


80 


490 


500 


» 


» 


810 


France. 




















Macliiues fixes. 


84 


07 


181 


341 


492 


695 


2.501 


27.o;.s 


50.980 


Locomotives. . . 


42 


291 


930 


1.452 


2.363 


3.290 


142 


4.835 


9.15.". 


Steamboats.. . . 


11 


22 


37 


00 


169 


530 


2G3 


973 


1,240 


Russie. 




















Machines fixes. 


10 


» 


60 


» 


237 


300 


» 


» 


8.930 


Locomotives.. . 


10 


u 


100 


» 


1.400 


1.S00 


» 


» 


6.000 


Steamboats.. . . 


10 


» 


40 


» 


100 


140 


» 


» 


930 



Empruntons encore quelques chiffres aux statistiques de 
M. Mulhall, afin de réunir le plus d'éléments possible de 
la richesse des peuples et de les comparer entre eux. 

IV. Valeur de la propriété bâtie. 





NOMBRE DES MAISONS 


Valeur 


Revenu 


ÉTATS 
États-Unis . 




1.000 


1.000 


1840 


1860 


1880 


1890 


liv. st. 


liv. st. 


2.430.000 


4.970.000 


8.956.000 


11.400.000 


2.850.000 


,, 


Angleterre.. 


3.447.000 


4.139.000 


5.571.000 


7.100.000 


2.424.000 


134.700 


France 


7.146.000 


7.811.000 


8.800.000 


9.081.000 


1.704.000 


SS.000 


Allemagne.. 


» 


» 


a 


5.770.000 


1.232.000 


» 




» 


» 


J> 


11.456.000 


704.000 


." 



REVEND GÉNÉRAL COMPARÉ 



537 



Y. Revenu général. — Voici le tableau dressé par 

M. Malhall. Nous le reproduisons sous toutes réserves. Dans 
tous les eas. il doit fournir une certaine approximation 
de la vérité. Par suite, il peut être utilisé pour établir la 
richesse comparée des peuples auxquels il s'applique 
pour 1889. 

























"s 


3 
-3 


o 

'3 


» S 

ë S 

s £ 


c 


3 

C 


O 
03 


o 




ETATS 


te 

< 


a 


" 


9 ** 




CQ 


£ 




5 
s. 






En 


tu i 1 lie 


ns de 


livres 


sturl 


"S- 






Et: Ils- Puis 


698 


958 


157 


263 


12 


52 


211 


2.338 


39 » 


Angleterre 


286 


545 


135 


187 


3(1 


4b 


117 


1.285 


33.7 


414 

382 


3(10 
372 


93 
68 


127 
141 


4 
4 


13 
12 


95 
98 


1 046 
1.076 


27.8 
22 . 2 




Russie 


507 


159 


34 


106 





5 


89 


075 


11.5 



Comme nous l'avons déjà l'ail remarquer, les tendances 
de M. Mulhall sont de rabaisser les évaluations relatives à 
la France. Nous considérons que son revenu général est 
supérieur a 26 milliards, total de M. Mulhall; mais quelques 
changements ne modifieraient pas le résultat général de ce 
tableau. Le prorata par tète correspond assez exactement aux 
constatations acquises, depuis quelque temps, sur l'aisance 
comparée des populations des grands États. 

Nous pouvons indiquer également, d'après des statistiques 
dressées à diverses époques par M. Mulhall, la progression 
di' ces revenus depuis 1870. 





1688 1780 1800 1820 


1840 1870 1880 1889 


Pro- 




ETATS 


1 1 ' 












I 


in mill 


ions de 


livres sterling. 




1870 




Angleterre. 


45 


122 


230 


2S0 


504 


901 


1.156 


1.285 


30 




France .... 


, 


160 


216 


315 


480 


788 


927 


1.046 


20 




Allemagne. 


i 


i 


H 


■ 


B 


702 


851 


1.076 


18 




Russie 


D 


„ 


» 


» 


» 


506 


632 


975 


7 




Etats-Unis. 


» 


• 


" 


D 


» 


1.062 


1.406 


2.338 


27 





15.. 



538 



RICHESSE GÉNÉRALE DE l' ALLEMAGNE COMPARÉE 



Si on rapproche les prorata de 1870 el de 1889, on 
constate une bien grande amélioration; mais cette amélio- 
ration est bien plus curieuse si on remonte plus haut. 



ÉTATS 


1664 


1688 


1780 

Livres ï 


1800 

terling. 


1820 


1840 




Angleterre 


7.8 

S 


8.2 

■ 


16.3 
6.1 


26 • 

7.7 


19.8 
10. i 


19.2 
14.1 









Les revenus de la France étaient cependant supérieurs à 
ceux de l'Angleterre; mais la population de la France était 
alors plus forte que celle de l'Angleterre. La progression 
ascendante depuis '1820 est très remarquable. Bien que la 
population s'accroisse, le revenu marche encore plus rapi- 
dement. Quelle réponse aux attaques des socialistes ! Depuis 
1664, la population de l'Angleterre a plus que quadruplé. 
Le prorata par tète a presque quintuplé. Le revenu est donc 
vingt fois plus considérable. 

VI. Richesse générale et son accroissement. — Dans une 
circonstance récente, M. Miquel, ministre des finances de 
Prusse, a évalué à 82 milliards de marks, soit 102 milliards 
et demi de francs, la richesse générale de la Prusse,, en la 
décomposant de la manière suivante : propriété non bâtie 
32 milliards de marks; propriété bâtie 36 milliards de 
marks; capitaux mobiliers divers li milliards de marks. 
Ce dernier chiffre a paru plutôt très au dessous qu'au dessus 
de la vérité. On peut considérer que la richesse de la Prusse 
représente les trois cinquièmes de celle de l'Allemagne 
entière, ce qui élèverait à 170 milliards la richesse totale 
de l'Allemagne. 

Ces évaluations, émanant d'une source officielle, vont 



RICHESSE GÉNÉRALE DE L ALLEMAGNE COMPAREE 



539 



nous servir de moyen de contrôle pour celles produites 
successivement par M. Mulhall dans ses divers ouvrages. 





























cS 








,23 




O 


















.j 






(B 


as 












TZ 


o 


aj 


-= 


a 


T3 


S 




•3 


3 
1 


ÉTATS 


'C 


M 


'5 


X5 
O 


1 


s 


ri 

u 
ri 


o 

38 


S 


S 




























a< 








5 




r*ï 








cl 






18! 


38. - 


En n 


lillion 


s lii 


;res 


atei 


ling. 




£ 


Étals-Unis . 


2.560 


1.136 


2.850 


1.425 


1.949 


60 


100 


22S 


2.456 


12.821 


210 


Angleterre . 


1.541 


414 


2.424 


1.212 


865 


134 


343 


1 2 S 


2.340 


9.400 


247 


France 


y . Usx 


541 


1.704 


852 


570 


15 


L55 


328 


1.745 


8.598 


224 


Allemagne . 


1.815 


492 


1.232 


616 


495 


16 


184 


107 


1 . 420 


6.437 


140 


Russie 


1.507 


853 


71)1 


350 


314 


/ 


50 


53 


1 .245 


5. 088 


55 



Certaines différences assez importantes sont à signaler. 
M. Miquel a évidemment tout à fait amoindri la richesse 
mobilière de la Prusse, à tel point qu'il doil y avoir une 
erreur dans les chiffres publiés, comme venant de sa part. 
Nous sommes porté à préférer ceux de M. Mulhall à cet 
égard. D'autre pari, les estimations de M. Miquel, quant à 
la propriété bâtie, nous semblent exagérées : .">6 milliards de 
marks pour la Prusse seulement, ce qui porterait, d'après 
la proportion de la Prusse à l'Allemagne entière, la valeur 
de la propriété bâtie en Allemagne à 60 milliards de marks, 
soit 75 milliards de francs. Même désaccord quant à la pro- 
priété non bâtie, estimée par M. Mulhall à 57,675 millions 
de francs avec le bétail, et qui représenterait, d'après le 
chiffre de M. Miquel pour la Prusse, 54 milliards de marks 
pour l'Allemagne entière, ou 67,500 millions de francs. 

Toutefois, la différence principale se trouve dans les 
évaluations de la richesse mobilière, que M. Miquel ne 
porte qu'à 14 milliards m. pour la Prusse, chiffre qui 









I 



540 RICHESSE GÉNÉRALE DE [/ALLEMAGNE COMPARÉE 

donnerait pour l'Allemagne entière 23 à 24 milliards m 
soit 30 milliards fr., lotal difficile à accepter («. M Mulha'lî 
donne les divers éléments de la richesse mobilière de 
Allemagne : Mobilier 616 millions 1. st.; chemins de fer 

4% millions; marine 16 millions: marchandises 184 millions- 
nionnaiel67 millions; divers -1,420 millions: le tout en livres 
.sterling; ensemble 72,456 millions fr. Il existe partout une 
certaine proportion entre la richesse mobilière et la richesse 
immobilière. D'après M. Mulhall la propriété non bâtie de 

I Allemagne, avec le bétail, représenterait 57,675 millions fr 
et la propriété bâtie 30,780 millions, soit 88,455 millions de" 
richesse immobilière et 72,456 millions de richesse mobi- 
lière. Ces résultats concordent autrement que ceux attribués 

îmJti^v La / iCheSSe de VMem »S™ ^ière ^mit de 
lbU,921 millions fr., avec un revenu de 20 milliards 

La grande différence entre l'Allemagne et la France 
M. Mulhall le reconnaît lui-même, provient de la richesse 
rurale. Entre la richesse foncière urbaine de l'Allemagne et 
la richesse foncière urbaine de la France, la différence 
n est pas très grande, de même que pour la richesse 
mobilière; mais elle est très sensible quand à la richesse 
foncière rurale estimée 92 milliards en France et seulement 
45,3 milliards sans le bétail en Allemagne. Il en est de même 
pour 1 Angleterre. La France ne pourrait être comparée à 
1 Angleterre quant à la richesse sans son territoire agricole 
C'est ce territoire qui constitue sa force, sa richesse et sa 
puissance. 

II est vrai que c'est le premier territoire agricole du globe 
Les variations des prorata par tète ont beaucoup dW 

(1) Pour le budget de 1893, les contribuables taxés à plus de 
3,000 m. de revenu ont été reconnus jouir de : 1« mi 721 20 m de 
revenus provenant de capitaux; 2° 431, .180,201 „.. de' revenus pro- 
venant de rentes et intérêts. " pro 



ItlCHESSE DES ÉTATS COMPAREE 



oil 






portance. Elles ne sont pas 1res sensibles entre l'Angleterre, 
la France el les États-Unis, mais elles deviennent très 
marquées entre ces trois nations et l'Allemagne d'abord, la 
Russie ensuite. Avec une population supérieure à celle de 
l,i France el de l'Angleterre, l'Allemagne possède une 
riclie»e moindre d'un quart pour celle-là et d'un tiers pour 
celle-ci. Les différences ne sont pas aussi grandes pour le 
revenu que pour le capital. 

Voyons ensuite comment se comporte le pouvoir d'accrois- 
sement. Le tableau ci-dessous nous renseignera à ce sujet. 





1789 I 1826 1833 1 1840 1865 1870 1875) 1882 | 1888 


ÉTATS 


' iii 




En minions 


de hvi 


JS 6161 


ling. 






États ! 


[29 


3ffi 


662 


1.484 


3.361 


5.418 


„ 


0.07? 


1:2.821 


Angleterre. 


l .420 


2.600 


8.750 


4.10U 


6.113 


s. 31(1 


8.548 


8.720 


0.100, 


France . . . . 


1.600 


2.580 


2.828 


3.240 


5.580 


7.331 


» 


7.11? 


8.598 


Allemagne . 


» 


» 


» 


» 


» 


5.350 


» 


0.1175 


6 i::; 




» 


» 


» 


)> 


)> 


8.290 


" 


8.640 


5.088 



Ce tableau donne lieu à diverses observations : 

1" Le grand accroissement dont l'Angleterre profite pen- 
dant la Révolution : 

2° Le relard qu'inflige à la France la guerre de 1870. en 
remarquant toutefois que les setimalions de M. Mulhall, 
de la richesse de la France en 1888, sont inférieures à la 
réalité; 

3° La lenteur des progrès de la richesse en Allemagne 
el par suite l'importance exceptionnelle qu'ont eue pour elle 
l'apport des 6 milliards extorqués à la France et l'annexion 
de l' Alsace-Lorraine; 

4° La grandeur des progrès des Flats-Unis depuis LS70; 

o° Le développement de la Russie depuis la même époque. 
Ces deux puissantes nations marchent de conserve. 



542 



HICHESSE DES ÉTATS COMPARÉE 



U résulte aussi de ces chiffe m, Q 
de juillet 1870 dans 1 q Sam le tra q^nard 

Napoléon III IuLZ i "" C °? parses ont P^é 

une longue ^Teton^ZT T^ 1 ™ PU S0Ute " ir 
aurait fort ? f , ra " Ce ' Méme aujourd'hui elle 

™ irs s s * 6 r r»- r ,87 °- ^ 

aue celle Hp i'ah„ « grandi, depuis lors, aussi vite 

i'ai.™ ;„ ut r^ d rt pte , ™ ,893 ■>"''"' is ™. 

sa Tour s ';; J "r ; Ba2aine ' R °" h --' «*«n, 
',. es P 10ns ' ses généraux, tout ce monde aerolv, 
t^que a disparu pour toujours, faut-il du .noins " , ei 
^Allemagne appartient encore aux États où IWoïse 

dément. On peut répondre, il est vrai? que le noie Z 
IZZIZT* ^ PI ' emiè,T d6S richRSS ' S : -ponse n on 
umne, i Inde et même la Russie. 

Il n'existe pas, quant à l'Allemagne dans son ensemble 
le moyen cer.am, d'instrument spécial, avec lequel m p isse' 
contrôler exactement les évaluations qui préeMent S 

successorale française, m l'income tax anglais On doit se 
contenter de vérifications indirectes 

Les taxes successorales, établies par la loi de 1873 ont 
et i remaniées en 1891 : l'i mpot a été étendu fc * 0H 

c Sr ne connau pas encor<; ies *»*££ 

cette taxation qui ne concerne que la Prusse. 



RICHESSE DE r.A PRUSSE 



543 



La Prusse, il es1 vrai, possède dans l'Einkommen et dans le 
Classensteuer doux instruments fiscaux qui ont de nombreux 
rapports avec l'income tax et peuvent fournir d'utiles rensei- 
gnements sur la consistance et l'accroissement de la richesse 
en Prusse, malgré les remaniements dont ils sont sans cesse 
l'objet. Le docteur Soetbeer, de Hambourg, d'après les 
documents et chiffres fournis par les deux impôts, a succes- 
sivement évalué les revenus de la Prusse à G.969 millions m. 
en 1872, 7,857,192.300 m. en 1876, 8,301,511,064 m. 
en 1881 . 9.88',. millions m. en 1890 ou 12,400 millions fr. (*) 
11 y a donc un grand accroissement. Dans un autre mémoire, 
M. Soetbeer a établi que de 1876 à 1887 le produit dé 
l'Einkommensteuer avait augmenté de 43 °/ . 

M. Maurice Bloch a présenté quelques chiffres non moins 
frappants. Ils se rapportent à une période plus étendue 
de 1853 à 1890. 



Contribuables jusqu'à 900 marks de revenu . 

— de 900 à 1.500 — . 

— de 1.500 à 3.000 — 

— de 3.000 à 7.200 — 

— de 7.200 k 12.000 — 

— de 12.000 à 30.000 — 

— de 36.000 il 00.000 — 

— de 60.000 à 120.000 — \ 

— de plus de 120.000 — 



1853 

4.773.358 

212.954 

91.530 

35.559 

5.499 

2.905 

284 

115 

45 



1890 

10.480.259 

950.109 

352.598 

150.378 

24.954 

15.410 

1.961 

1.070 

469 



(l) M. Soetbeer distribue ces 12,400 millions IV. de la manière 
suivante : nombre «1rs revenus 10,207,892. — Groupe A (revenu 
inférieur à 525 fr.) : nombre de revenus 1,094,428; 40 11 •/„■ 
8,383,559 personnes; — groupe B (revenu de 525 à 2 062 f r ) : 
nombre 5,527,838; 54.05 ■/.; 18,502,145 personnes; - 'groupe C 
(de 2,062 à 0,000 fr.) : nombre 490,541; 4.81 ->/„• 1 778 155 per- 
sonnes; — groupe D (de 0,000 à 21,000 fr.) : revenus 91 :'li>- 
0.90 -'„: 317.193 personnes; — groupes E et F (de 21 ooo fr et âii 
dessus) : revenus 13,583; proportion 0.13 -/„: iT.osi personnes 

Bien que cette classification soit arbitraire et mal faite elle suffi! 
pour montrer combien sont grandes les erreurs contemporaines 
sur la répartition des revenus sociaux. 



544 

RICHESSE DE LA PRUSSE 

de°43 y ? f v Vf'' h l,0pUla,i ° n d - h P — ■«•*»«* 
£ /.. il î a donc eu un grand enrichissement 

revenus dp In «, v „ . ob ' ' e "semb e des 

nus ue la fcaxe royale était évalué à I ^a Ma km . 
au heu de 98-"> 138 /i^- ■ '>-oo,Mb,o49 marks 

ue »8^-id«,41o marks en 1880 

4ïïrs2rc •«"■**«-.<■— 

Assuré. C«ïtoM. 

18fi7 ~ marks. 

1876........'. 267.721 768.289.260 

1880. 544.27S 1.757.986.094 ' 

1886 608.648 5.132.703.590 

fchalla, ses richesses, surtout ses richesses m bim' ^ "î 
France est en possession d'une richesse bien n ^ i* 
•J '"oms 80 à 90 milliards de plus, cela o ^ ti 

I 6- — DE l'accroissement de la RICHESSE 

ÀJJX ÉTATS-UNIS 

dtoïi ? atS ", Unis 0nt avantage de posséder un instrument 
toct dévaluai de la richesse. Cet instrument n'est 



PROGRÈS 



DE LA BICHESSE AUX ÉTATS-UNIS 



545 



autre que le census. Tous les dix ans, il est procédé depuis 
1800. par les ordres du Congrès et sous le contrôle de 
fonctionnaires qui relèvent de lui, à un inventaire général 
de tout l'avoir national, de tous les biens des citoyens. C'est 
le census. Ce census caractérise les États-Unis. Il forme à 
la fois une institution économique, au moyen de laquelle on 
peut être fixé sur les progrès ou le recul de la richesse 
générale, et une institution fiscale, fondement du principal 
mipôl qui existe aux Etats-Unis. Cet impôt n'est cependant 
pas une (axe fédérale; c'est une taxe locale, ressource 
essentielle des budgets des États, des villes, des comtés et 
des communes. Elle porte directement sur le capital biens 
immobiliers (on realproperty), biens mobiliers (onpersona > 
property). 

Comme le census fédéral n'a lieu .pie tous les dix ans il 
est procédé également chaque année, par des fonctionnaires 
spéciaux, à d'autres recensements qui ont pour but de 
relever les changements à opérer dans le census général 
Cet impôt sur le capital n'est autre que l'ancien tributum 
acfflwde la République romaine, transformé plus tard en 
capitatio terrena, devenue elle-même, avec les siècles, la 
taille teodale et la taille royale. 

Si l'opératmn du census décennal avait lieu avec toutes 
les garanties désirables, le census pourrait être le plus 
complet des moyens d'évaluer la richesse d'une nation 
Mais ces garanties, sans faire défaut absolument aux États- 
Unis y sont néanmoins, comme nous allons le voir 
insuffisantes, particulièrement en ce qui concerne la richesse 
mobilière. Quant aux biens immobiliers, l'aléa des évalua- 
bons est nécessairement extrême, eu égard àl'immense 
étendue et a 1 étal de culture du territoire 

Aussi les évaluations du census n'ont point de caractère 
définitif. Chaque année, les villes (cities) et même les 

10 



S46 



LE CENSUS AUX ÉTATS-UNIS 



comtes [towmhips) font exécuter des vérifications nouvelles 
On cho.su un certain nombre de répartiteurs („« 
qu. donnent de nouvelles estimation , ou plutôt 7™ ' 

d après ces déclarations contrôlées, qu'ils répartissent entre 
es darses classes de contribnables, les son™ s ZaX 
par les communes, les villes, les comtés et l'État (12 T 
Ces sommes sont additionnées. L'ensemble est di ibïn r 
«es répartiteurs, d'après les évaluations du capital mobiber 
eu capita immobilier. Dans plusieurs État , les lu 
prieures à un certain chiffre ne sont pa taxée Le 
minimum est. en général, de 1 ,000 dollars 
, Dans les évaluations mobilières doivent être compris tous 
leshens et capitaux de nature mobilière, tels que faction" 
obbgations, prêts, meubles, intérêts de commerce e i 

Dans les évaluations immobilières doivent entrer les 
terres, maisons, outils, instruments agricoles, le bétail les 
provisions, les récolles. ' 

Faute par le contribuable, c'est-à-dire tout citoyen de 
|re m-meme et de remettre à temps ses évaluations ,e 
répartiteurs y procèdent d'office. 

On se rend facilement compte des divergences qui se 
présentent dans les évaluations, eu égard à la nature des 
biens qui y sont soumis, car les besoins, les idées les 
mœurs les lois des États et des Territoires sont extrême- 
ment dissemblables. Ces divergences sont naturellement 
plus grandes pour les évaluations annuelles, ayant une 
portée fiscale d.recte, confiées a des agents locaux, que poïr 
les déclarations décennales faites sans conséquences fiscales 
immédiates par des agents fédéraux. Aussi arrivât-il fort 
souvent que les évaluations locales ne cadrent pas avec les 






LE CENSES AUX ÉTATS-UNIS 547 

évaluations fédérales. Les législations de chaque État, que 
les agents fédéraux sont tenus de respecter, son. une autre 
cause très importante de divergence. Les unes, comme dans 
le Massachusetts et l'Illinois. prescrivent que les évaluation 
auront heu d'après la valeur réelle, les autres d'après a 

vjeur de vente La valeur de vente est essentiel 
varanle, aussi les répartiteurs constatent- ils que les 
évaluations sont souvent faites à la moitié, au tiers, parfois 

au quart de la valeur réelle. 
Ces divergences, absolument irréductibles quant aux 

fédtat ? ° CaIe , S * ;,nm,e,1PS ' ° nt C ° nduU les ^Uteurs 
fédéraux a faire deux évaluations pour le census décennal 

évaluations qui souvent se contredisent: mais cette contra 

dicionne eph.it pas aux Américains. La première év a £- 

tion est dite fiscale, c'est-à-dire qu'elle peut être utilisée 

""'y aux vdles, comtes, communes. États, Territoires à 
voir recours à des évaluations particulières la secondât 

eu rapport, les Américains ne connaissent, bien entendu 
que leva nation fiscale, toujours fort intérieure aTautre 
mais vis-a-vis de toute autre chose que le fisc ils né 
connaissent que la seconde; celle-ci satisfait leur amour 
Weqm est excessif; ceUe-là leur résistance, très accusé 
aux taxes directes. Nulle part les dissimulation ne son i 
aussi extraordinaires dans les déclarations fiscales i„, 
«eures qu'aux Etats-Unis. 
Et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les agents fiscaux 
7 prêtent volontiers. Cette r.gueurVadi ioiin he Ue 

r: : e r,r et parfois i ^ nm ^ c ^ **«**£. 

leuse cette lutte a mort avec le pauvre contribuable nui 
françaises, ne sont pratiquées aux États-Unis que par h, 



548 



RESULTATS COMPARES DU CENSUS 



douane fédérale. Toutes les autres administrations se mon- 
trent de facile composition. Le vieux stock fiscal que la 
France doit à l'ancien régime 'et à sa longévité historique 
n'existe pas encore aux États-Unis. 

De tout ceci, il résulte que les évaluations des census 
décennaux américains, malgré l'intérêt qu'elles présentent, 
les détails qu'elles contiennent sur le prodigieux déve- 
loppement des États-Unis, les frais énormes et le labeur 
considérable qu'elles coûtent, n'ont pas le haut degré de 
certitude que l'on doit attacher aux déclarations successo- 
rales contrôlées en France et aux constatations de l'income 
tax en Angleterre. 
On va en juger d'après les chiffres ci-après : 
Depuis 1860, les deux évaluations fiscale et probable sont 
officielles. Nous les reproduisons, à ce titre, en millions 
de dollars. 



ANNÉES 


Évaluation 
fiscale. 


Évaluation 
probable. 

1. 000. 000 dollars 


Différences. 


1850 


)> 
12.085 
14.070 
16.903 
24.250 


7.136 
16.160 
30.000 
45.642 
62.000 


» 

4.075 

15.930 

28 739 
37.750 


1860 


1870 


1880 


1890 





Ainsi l'évaluation fiscale porte à 121,230 millions la 
richesse actuelle des États-Unis, et l'évaluation probable 
élève ce chiffre à 310 milliards. Il en résulterait que 
188,750 millions ne paieraient pas de taxe directe, soit à 
bien peu de chose près les deux tiers de la richesse. Peut-on 
accepter, sans autre preuve, que les deux tiers de la richesse 






DISCUSSION DE CES RÉSULTATS 



549 



'impôt local sur le capital? Cela paraît assez 



échappent 
Difficile. 

Autre difficulté : sur les 121,250 millions d'évaluation 
fiscale, 18,533,013,124 dollars ou 92,065 millions de francs 
sont attribués au capital immobilier (real property) et 
seulement 5,718,341 dollars ou 28,592 millions de franc;, 
au capital mobilier (personal property); mais comment 
admettre que le capital mobilier des États-Unis ne représente 
que 28 milliards et demi? Le capital seul des chemins de fer 
est évalué à 50 milliards. L'évaluation fiscale de la richesse 
mobilière est donc entièrement fictive. 

L'office du census n'a encore donné aucun détail sur 
l'évaluation probable de 1890. On sait seulement qu'il la 
porte a 62 milliards de dollars ou 310 milliards de francs. 
Si on répartit ces 310 milliards entre 65 millions de têtes, 
on trouve un prorata de 4,700 fr., prorata inférieur au 
prorata de l'Angleterre 6,500 fr., et de la France 6,000 IV., 
mais qu'on peut accepter comme suffisamment probable. 

Aussi, dans son nouveau Dictionnaire de statistique, 
M. Mulhall établit ses calculs d'après l'évaluation probable 
de 1890 : propriété rurale 12,300 millions de dollars, bétail 
2,405 millions d., chemins de fer 9,340 millions d., fabriques 
3,500 millions d., maisonsl4.000 millions d., meubles 7,000 
millions d., diverses 13,055 millions d. D'après ces divers 
chiffres, le capital immobilier représenterait (biens ruraux, 
maisons, fabriques) 29,800 millions de dollars ou 149 
milliards de francs, et le capital mobilier 160 milliards de 
francs. 

Le développement de la richesse a suivi, aux États-Unis, 
depuis 1790, les phases ci-après : 1790, 129 millions d ■ 
1800, 222; 1810, 312; 1820, 392; 1830, 552; 1840, 782 : 

1860, 3,361; 1870, 5,413; 1880, 9,077; 

le prorata par tête donne en 1790, 822 fr.; 









1890, 12,824; 






Z , JTT S " " " chesse ra —— 

'W, 1.050 fr • i«m i 

h ., ioiu le même- <i£s>n i„ 

même; 1840, 1 240- i«*n T«™ ' meme; 183 °- le 

» ^-tï^lrr ^-«Pleinement 
^ques des ^.îa^ battre les 

extraordinaire queTdSl" ' ^ CUrieux et «"*« 
richesse dans le\o ^ n n Tf? * ™^ le la 
Ecosse. Sans ào^C^™' ^ Angletme Pt ™ 
entrent pour beaucoup ^ lafeSd^/ 11 ^^ » 
sous-sol; néanmoins ?» ' . U1,tedu s °l- les minerais du 

Prévoyance deTa rTc'e JcT™ ^ traVai '' la Sa ^ esse - ' 
Peut-être pour ^ ^.TiTfif 7' y ^^ 
l 'Angleterre a joui d'une LwK- « ' XV " e siècle < 

d'une prospérité au 1™ ' " eUre Sans méla »ge, 

population est passée de 6 million T^m^^ Sa 
fournissant, depuis 1820 plus TV d I m,lll0ns > tout en 

aux plus vastes colonisaLfauiaiettÏ" 8 "'f'^™ 8 
à l'ensemble de ces causé, a , e ' u J ai «ais eu heu. C'est 
accumulé, sur un ÏÏJ" lA ^terre doit d'avoir 

«e- de la VrJ^Z? E^T* ^ ^ deUX 
supérieure à celle de Ta F™ v ^ '^ment 
haut, d'après M. Mulhali lo % Nous j» vo ^ indiqué plus 
de l'Angleterre. Dan s « évahJ ^ ?' Vm ******* 
les travaux de seY^édTce^T' *" M ? a11 a «*« 



Port 



er. 



COMPARÉS AVEC LA FRANCE 



551 



Giffen. En général, c'est principalement aux pablicistes 
que l'on doit les plus actives recherches sur le problème de 
la richesse des nations. 

Nous avons présenté, avec détails, les divers résultats 
qui onl été obtenus, dans un mémoire lu au Congrès de la 
Société de Statistique de Paris en 1885, reproduit dans les 
Annules de l'Institut international de Statistique et dans le 
chapitre v de notre ouvrage l'Impôt sur le pain. Nous 
n'avons donc qu'à l'aire connaître les chiffres auxquels nous 
nous sommes arrêté et à montrer quels ont été, depuis 
1885. les progrès de l'accroissement de la richesse en 
Angleterre. 



Richesse comparée de l'Angleterre et de lu France. 



ANNÉES 


ANGLETERRE 

En milliari 


FRANCE 

s do francs. 






28 (1788) 
Sans l'Irlande. 

70 

115 

(92 

211 
220 

- 


38 (1789) 

45 

86 
130 
188 

22i ; 




18-12 




18Cô 




1875 




1882 




'— 





Dans ces évaluations, il y a plus de certitude pour ce 
qui concerne la France que pour ce qui regarde l'Angle- 
terre, parce que les moyens, les instruments d'estimation 
sont autrement sûrs et précis pour celle-là que pour celle-ci. 1 

Les taxes successorales existent depuis longtemps en 
Angleterre: elles y sont même plus élevées qu'en France; 
mais elles n'offrent pas un moyen d'évaluation aussi simple,' 



■ 









■ 



5S2 



MOYENS D EVALUATION 



aussi commode et aussi sûr que les taxes successorales en 
France, à raison de nombreux dégrèvements accordés ? 
certaines successions (toute succession inférieure à m liv es 
sterling est dégrevée d'une partie du probaie ,/t y ) d 
surcharges qui en grèvent d'autres (Vestale duty ne porte 
qu sur les successions d'au moins 10.000 liv. si ) e de 
méthodes diverses, selon les taxes, employées pou 'a ut 
es valeurs sur lesquelles les droits sont assis, i exis ttro 
taxes principales et deux taxes secondaires. Nous ne no U 
occuperons pas de ces deux dernières qui ne changent p 
le montant des valeurs atteintes par les taxes P 

1 Le probate duty, taxe la plus générale, légèrement 

élevé de 1,333,396 hv st. en 1860, à 4,800,000 liv. st. en 

12 9W non 7 & SUI ' leSqUdleS le droit est assis ont Passé de 
128,9o9,000 hv. st. en 1882 à 106,389,000 hv. st. en 1891 
Accroissement très sensible 

* iï T' d °""° ™°* emm s ' esl élevé ■ im 

Le Ugacy duty' pouvant faire double emploi avec le 
£** duty, on le laisse de côté pour l'évSluatmn d 
valeurs successorales. Voici, d'après l'abstract de 1891 les 
résultats des probate et des succession duties depuis 1882 



Liv. st. 

1883 169.116.000 

1884 189.707.000 

1885 183.128.000 

1886 185 930.000 

1887 181.865.000 



Francs. 
4.227.900.000 






moyens d'évaluation 553 

Liv. st. Francs. 

1888 201.635.000 » 

1S89 189. 828. 000 » 

1800 201.525.000 >, 

1891 212.585.000 5.314.625.000 

Ainsi, d'après ces relevés, on arrive à constater un 
accroissement de richesse correspondant à 1,086,725,000 fr. 
d'augmentation dans les valeurs successorales. Si on 
multiplie cet accroissement par les coefficient 35, on trouve 
que, depuis 1885, la richesse se serait accrue en Angleterre 
de plus de 38 milliards. Sans garantir ces chiffres, ils 
suffisent pour attester que depuis dix ans, la richesse de 
l'Angleterre a beaucoup augmenté. 

Les chiffres ci-dessus ne nous fournissent pas ceux de la 
richesse réelle de l'Angleterre en 1883 et 1891, mais ils 
suffisent pour indiquer son accroissement. 

L'income tax, instrument plus régulier que les taxes 
successorales en Angleterre, va nous donner une preuve 
très intéressante de la réalité de cet accroissement. Voici 
l'ensemble des revenus déclarés ou reconnus pour servir à 
l'assiette de l'impôt : 

Liv. st Francs. 

1883 612.856.000 15.321.400.000 

1884 628.516.000 » 

1885 631.467.000 » 

1886 629.855.000 » 

1887 629.307.000 » 

1888 636.154.000 » 

1889 645.158.000 » 

1800 669.358.000 16.733.950.000 

11 ne faut pas perdre de vue en lisant ces chiffres qu'une 
notable partie des revenus de l'Angleterre, notamment ceux 
inférieurs au minimum fixé par la loi (3,750 fr.) échappent 
aux évaluations de Vincome tax. 

16. 









RICHESSE ACTUELLE DE L'ANGLETERRE 

j «venus .es, ** *?^ m ° ' J TsT^f 

Appliquant Ja même proportion •„, «S i /o " 

: sursis é£F ---- 

aujourd'hui de 250 milliards. ° enV1, ' 0n 

On peut discuter sur ce fWrnon «!,,•# 

Angleterre depuis 188=) ^oissement de la richesse en 

ilipilil 

-tT^^iTïr év ; iluations de ceiies «~ 

l'accroissent 'de 1 " STîaT * 1873 î 18?9 ' 

l flécÏ CesT^T S , qire d6pUis 1880 ' ï'^oissement 
de 1885' 7 Ce l résultats sont conformes à nos prévisions 

ÏÏt ft nhfs T 0nS a ' 0rS qUC de 1870 à 1880 a F Lee 
880 U800 T / 1 qUe ï** tota ™i ~ au contraire S 
° à m ° ' Angleterre ^ Plus enrichie que la France ■ 



PHOGRES DE LA RICHESSE EN FRANCE 



000 



18. 



DE L ACCROISSEMENT DE LA RICHESSE EN FRANCE 



Un sait que de tous les instruments, de tous les moyens 
d'estimer la richesse d'une nation, les déclarations successo- 
rales, telles qu'elles sont organisées en France, fournissent 
le moins inexact. Aucun peuple ne possède à cet égard 
une législation aussi complètement expérimentée, aussi 
vigoureuse et aussi puissante. On peut ajouter aussi rigou- 
reuse, puisque le passif n'est pas déduit de l'actif, même 
le passif constaté par actes authentiques. C'est là une 
tache dans les lois financières de la France. Comme il est 
possible d'établir une certaine moyenne des décès ou de la 
vitalité, moyenne qui varie de 35 à 36 ans, il en résulte 
qu'en multipliant par ces coefficients le total successoral 
d'une année, on arrive à une évaluation approximative 
de la richesse générale, puisque dans ce laps de temps 
tous les biens ont été ou seront astreints à la déclaration. 
Cette moyenne de vitalité, ce coefficient varie évidemment 
avec le nombre des décès. Si les décès augmentent la 
moyenne de vitalité diminue et le coefficient est moins élevé. 
Tout en montrant l'extrême importance de ce coefficient 
de mortalité dans les calculs auxquels peuvent donner lieu 
les déclarations successorales pour évaluer la richesse géné- 
rale d'un peuple, il ne faut pas l'exagérer. Ainsi de 1809 
à 1872, à raison de la crise de 1870, ce coefficient exerce 
une grande influence dans les calculs, puisque la population 
de la France diminue; il n'en exerce plus entre 1872 
et 1880, et surtout entre 1872 et 1891, puisque la population 
augmente. 

En 1869, le total des déclarations successorales, les 
donations comprises, s'était élevé à 4,567 millions se subdi- 
visant en 3,636,800,000 fr., successions proprement dites, 






MOGRÈS DE LA HICHBSSK EN FRANCE 

lions. On peut cou s dé er ces rLli "*"** 412 mil ' 

perturbateur n'est intervenu. q C ™ element 

Au contraire, l'année 1871 donne un total de 5 729 „ il 

cient de 1871 „w i 7 exa Seiee, parce que le coeffi- 
cient de 1871 n est plus le même que celui de ISfiQ v 
peu à peu la crise de 1870 s'ana J ,1 , Mais 

l'ordre- les effet, dn i a Y sa Paise, tout rentre dans 
ua > ies ciieib de la çuerre sur h> .v,^„t„r. • i 

rapprocher de calui de ,869, ,„„, « d^euJ^eL 

Millions. 

1873 ~ 

1874 •••• i - 7ii 

1875... 4 - 92 " 

1876.. . 5 - 32 

S. 769 

rpns notre pays dans l'un des moments de pr p fé w 
plus remarquables de sa vie nationale. Ils n'en Sn D 
tan les sources. Et nous allons voir égalemen 2 ta 

ciere de 1882, tout en marquant leur trace, n'ont pas empêché 






SES ÉTAPES DIVERSES 5§7 

ce mouvement d'accroissement de la richesse de se main- 
tenir, quoique sa force se soit légèrement atténuée. 

Entre 1876 et 1877, après la poussée remarquable entre 
1873 et 1876 qui avait porté le montant des évaluations 
successorales de 4,744 millions à 5,769, soit une augmen- 
tation de plus d'un milliard, correspondant à un accroisse- 
ment énorme de la richesse générale, — certainement plus 
de 30 milliards dans la masse, il y eu tout à coup un recul 
assez significatif. Le montant des déclarations rebaissait 
en 1877 à 5,465,900,000 fr. 

Puis s'ouvrit une seconde période d'élan et de progrès. 

Millions. 

1878 5.802 

\tH 6.106 

18SU 6.382 

L'année 1880 marque une hausse considérable dans les 
déclarations successorales et une augmentation très impor- 
tante de la richesse de la France. Il suffit de rapprocher les 
deux chiffres suivants : 

Millions. 
1869 ~ 

1880 :...:::: ;:2£ 

Au contraire, à partir de 1881, il se produit, jusqu'en 
1884, une certaine diminution dans les évaluations dimi- 
nution qui s'atténue jusqu'en 1888, mais qui s'aggrave au 
contraire tout à coup en 1889. 

Millions. 
!£ M0S 

1883:::::::;:::;:::; ••«» 

i88i :::::::::::::::::::: î:Sf 

Ainsi on retrouve en 1884 le même total qu'en 1879. On 
peut en conclure que le mouvement de la richesse a dû 









SES ÉTAPES DIVERSES 

Que s'est-il passé de 1884 à 1891 ? 

Millions. 
1885. ... - 

1886.. ' "" 6.428 

1887 .'.'.' 6.387 

1888... ' 6.407 

1889.. 6 -330 

6.000 

n'I e mal C Z Ci " q n °T 1,eS anné6S ' le ^' antum de *««> 
celui de 1879 n a pas été maintenu en 1889. Toutefois t'ai 
à noter, de 1879 à 1889 Je minimum n'es, pa S en d 
au dessous de 6 milliards et la moyenne a' été TXl 

î , 83T878 m ° yenne bi0n SUP<;rieUre à Ce,,e de la P^ode 
lo7d~1878, qui n'est crue de S 3KH miiN™» „ • 

moyen 874 millions. ' ^ accrws «"t 

Quant aux deux dernières années 1890 et 1891 elles 

accusent une très forte augmentation sur 1889 et même su 
moyenne de 1879 à 1889. 

Successions. Donations. Total. 
, lsqn Millions. Millions. Millions. 

91 S-792 1.008 6.800 

Peut-être faut-il faire une part à la mortalité supérieure 
causée par l'mfluenza en 1890; néanmoins la totalité de 
accroissement n'en provient pas; il faut y voir, comme pou 
les périodes précédentes, un accroissement de la richesse 
S. on remonte à 1869, on trouve trois étapes dans cet 
accroissement. ^ 

Mill ^ ns - Millions. 

H~l 4-567 correspondant à 165.412 

lBIA 4.744 _ 170 70» 

1879 fi . nfi 1/0.798 

IM , ° 10b — 219.944 

1891 6 - 8 »<> 244.800 



PROGRÈS DE 1869 A 1891 559 

Si on opère avec un coefficient inférieur à 36, comme 38 
ou 34, on trouvera des résultats moins élevés, mais l'accrois- 
sement n'en demeurera pas moins évident et considérable. 

C'est le résultat définitif auquel on arrive. De 1869 à 1891 
le montant des déclarations successorales et des donations 
s'est beaucoup élevé. 

Millions. 

1801 6.7oO 

1869 _^3C7 

Différence 2 233 

Quelque méthode de calcul qu'on applique à cette diffé- 
rence de 2,233 millions dans les évaluations successorales, 
elle démontre un accroissement de richesse qui a résisté h 
la crise de 1870, qui a eu un grand élan de 1873 à 1879 et 
qui s'est maintenu, de 1879 à 1891, malgré des reculs. 

Ces résultats concordent, au surplus, avec la hausse des 
fonds publics, avec les enquêtes faites sur la propriété 
bâtie et non bâtie en France, ainsi qu'avec les rendements 
généraux d'impôts. 

11 est vrai que le passif n'est pas déduit des valeurs 
successorales, non plus que les diverses dettes publiques 
qui, par contre, figurent à l'actif des créanciers. Il faut 
donc en opérer la déduction, 30 milliards d'après les 
recherches de l'enregistrement pour les unes et 35 milliards 
peur les autres. Cette importante déduction ne change 
cependant pas les résultats, parce que les déclarations 
successorales ne portent pas sur toute la fortune de la 
France : 1° les biens de l'Etat qui sont très considérables ■ 
forêts, musées, palais, arsenaux, flotte, canaux, routes, 
combien d'établissements de tout genre; le tout représente 
plus de 25 milliards. Il faut y ajouter une certaine somme 









560 



méthodes d'évaluation 



pour a nue propriété des chemins de fer : ensemble 
3o milliards, au bas mot. Ces deux masses compense nTl 
prélèvements à faire pour la dette publique et surtout pou 
le passif successoral. l 

On arrive aux mêmes résultats en employant une autre 
mé hode, en utilisant d'autres éléments d'évaluation présen- 
tent une ce.-t.tude réelle. On soumet ainsi à un contre 
contradictoire les résutats obtenus, 

Cette seconde méthode consiste à se servir des évaluations 
directes laites avec les principaux facteurs de la richesse 
d abord deux facteurs de première importance dont â 
consistance a été établie en 1879, 1885 et 1889, contradic- 

S mmi n ards Pr ° Priété "" ** M "^ *»»#" ** 

Les valeurs mobilières que la France possède ont été 
Ltoal Z £ Z n ° mbreuses - M - Neymarcken a porté 

ins if , ti " T dSi ,M1S ° n a pi '° UVé ^ ce totalétait 
insuffisant, car il y a en France beaucoup de valeurs 

mobilières non cotées et presque inconnues. Il n'y a aucune 
exagération à les évaluer à 5 milliards. 

Ajoutez les évaluations acceptées par M. Mulhall pour 
es métaux précieux , 328 miUioM ^ marcha J 

155 mi bons iv. .st.; navires, 15 millions liv. st.; meubles 
852 milhonsbv st.; bétail, 541 millions liv. st. Ensemble 
4 /,27o millions fr. 

Ces différentes masses réunies forment, avec les35 milliards 

le nassTfi? T' ^ "* 3 °° milliards - Sl on déduit 
le passif 65 milliards, il reste 235 milliards. Nous sommes 

arrive en 1885 à 226 milliards. Depuis 1885, maigre e 
Phylloxéra, malgré les incertitudes politiques, les déclara- 
tions successorales indiquent un accroissent successoral 
de 2,2 m.ll.ons, soit 13 milliards, ce qui nous autorise 
a porter a 239 milliards la richesse totale de la France 
nette de tout passif. ' 



I 



EVALUATIONS COMPAREES 



561 



Nous pensons même qu'à moins d'événements politiques 
graves, l'accroissement de la richesse de la France s'accen- 
tuera à raison du développement de la production agricole 
qui a pris un nouvel essor. Le vignoble est reconstitué, les 
cultures pastorales, laitières, fruitières, progressent rapi- 
dement, les rendements des céréales s'améliorent. Nous 
n'acceptons pas les calculs de M. Mulhall portant la produc- 
tion agricole de la France à 11,600 millions. Cette évaluation 
vient d'être l'objet d'un vif débat devant la Société nationale 
d'agriculture entre M. Levasseur et M. Le Trésor de la Rocque. 
Ce dernier avait mis en avant le chiffre de 25 milliards. 
C'était beaucoup prêter à un adversaire aussi compétent 
que l'honorable M. Levasseur. Toutefois, lorsque celui-ci 
s'est rapproché du total de 11,600 millions, il a été contraint 
lui-même de relever ses estimations et d'aborder le qua- 
torzième milliard. Quant à nous, nous n'hésitons pas à 
admettre que le quatorzième milliard est déjà insuffisant, 
peut-être même le quinzième. Par suite, les évaluations de 
la propriété non bâtie, faites en 1879, devront être prochai- 
nement relevées. 

Les ressources du territoire français sont à peine exploi- 
tées. Quand on rentre de Russie, de Hongrie et même 
d'Allemagne, il semble que notre France est un continent 
nouveau fl). 



(1) M. ilo Foville, l'un des premiers statisticiens qui aient indiqué 
l'importance des taxes successorales au point de vue de l'évaluation 
<le ia richesse des États, a inséré dans le 21« fascicule du Dictionnaire 
des Finances un article important dans lequel il discute les méthodes 
d'évaluation et les évaluations elles-mêmes. 11 accepte pour la 
France le total de 225 milliards de capital, et l'estimation de -20 à 
30 milliards quant au revenu. Il relève pour l'Angleterre le total 
«le 250 milliards fixé par M. Giil'en, avec un revenu supérieur 
à 30 milliards. Quant à l'Allemagne, il cite l'estimation de 12,400 
millions comme revenu général île la Prusse, d'après M. Soetbeer, 









KCC) 

LA BICHESSE DE LA FRANCE EN 1892 

Les déclarations successorales rie isqo • 
confirmer entièrement nos prévins F S de 

étape nouvelle et considérât dans & r] ET"*' *"* 
de la richesse en France En Îs4 J ( e t ^ eIo PP e ™ent 
(successions et donation SUr le il es 1 T t l f ^^ 
raies ont été perçues s'est éle2 ? 4 7 S r^ 88 *- 
une avance de 6,7 millions sur 1890. te imTÙmT 

-lliard, en le dépassant de près de motte ' "P**» 6 

S:::: r™""^ •"•-!*-... 

1892.... 7 «7 _ ~ •••238 __ 

— ••• 259.5 — 

La France est maintenant aussi riche nue l'An,** 

m t«b9 a 1892, le total successoral est passé 

M- deFovme : P^^Z^X'^^ *?"* 

et usines 50; numéraire 5; valeurs mnh li ' "' lhards '- disons 
cole 10; autres éléments 15 ToÏÏ l" ^ ; ^"^ ^ 

tient pas compte des b en de 3£j 1?, ^ M " de FoviHe ne 
M. Levasses (De la Poplu^Z^ZlTlr ^T 



LA RICHESSE EN RUSSIE 



563 



de 4,567 millions ou 159.7 milliards à 7,417 millions ou 
259.5 milliards; différence 100 milliards. A quelles causes 
attribuer de pareils progrès? Nous plaçons au premier 
rang le territoire, les forces acquises depuis L81S, l'habi- 
tude de l'épargne; et, au second rang, mais avec une grande 
influence, la liberté, résultant des institutions républicaines. 

§ 9. — de l'accroissement de la richesse EN RUSSIE 



Nous avons indiqué plus haut les résultats présentés par 
M. Mulhall. Nous les examinerons dans nos études sur la 
Russie. La Russie est en voie d'accroître rapidement sa 
richesse pourvu qu'elle conserve la paix. Le siècle prochain 
sera caractérisé par le développement des ressources et de 
l'influence de ce colossal empire qui comprend le cinquième 
de notre planète. Non pas que les États-Unis, l'Angleterre, 
l'Allemagne, la France s'arrêtent eux-mêmes dans leur route- 
mais la Russie marchera plus vite qu'eux, surtout que les 
riches peuples de l'Europe. 

Nous comparerons, en même temps, la richesse de la 
Russie et son accroissement à ceux des autres peuples. Au 
point de vue de la richesse, les États-Unis, l'Angleterre, la 
France et l'Allemagne tiennent actuellement le premier rang. 
avec certaines différences : premier groupe les États-Unis; 
second groupe l'Angleterre et la France; troisième groupe 
l'Allemagne. Après ces trois groupes la distance devient très 
grande entre la Russie, l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. 



1 









CHAPITRE HUITIÈME 



De Berlin à Danzig et à Kœnigsberg. 

1 J T , ' teutonic I U1 ' - Le S Hohenzollern. - Luttes 

• «tacfa, | d France. -Acquisitioa de Stettin, Danzig, KœnS 

Kœn.gsberg. - Schopenhauer et Kant. _ Entrée en Russie. 



I. — 



LA VÉRITABLE PRUSSE 



De Berlin à Danzig on ne quitte pas la plaine du Nord 
Son aspect devient plus sévère; les cultures plus diffiri es 

eaux vers la Baltique qui, autrefois, a recouvert toute la 
pla ne, parsemée encore de sources salées, de flaques d'eau 

"oïï et d7ÏT aVe " deS hanCS de Sab,e > *Z dé P^ê 
cailloux et des blocs erratiques. Apre contrée, plus âpre 

ÎZZ™T e 6 degrés de moins ^ Pa, - is L - £ 

ainsi ut' ! COmmUm< ï uent «*e eux. Il a été créé 

en s tr tZ 6 t °? mUnication P a ^ lustre, partie 
terrestre. Tout cela gelé, se couvre de glace en hiver On 
circule en traîneau. Par ci, par là. de vastes marécages' des 
tourbières profondes. « Vue de haut, toute la contrée avec 



LA BORirssIE 



565 



ses rivières bordées de marais, ses lacs, ses tourbières, 
ses prairies immenses qui remplacenl des bassins d'inon- 
dation, ressemblerait à un labyrinthe de canaux tracé par 
d'anciens déluges ('*>. » Lors des grandes inondations de la 
Vistule, les eaux s'épanchent de tous côtés vers l'Oder, 
l'Elbe, le Havel. jusqu'à la Sprée. La Vistule, le grand 
fleuve polonais, domine toute cette région par ses inonda- 
lions, ses crues, ses glaces, ses débâcles, ses changements 
de lit. On le rencontre à Bromberg pour ne plus le quitter 
jusqu'à Danzig et jusqu'à la Baltique. Contrée aquatique, 
presque paludéenne, qui fait la joie des chasseurs, des 
pêcheurs, des mariniers. 

Au fur et à mesure que l'on s'approche de ce port, qui. 
autrefois, dominait le commerce maritime de la Ballique, 
tout s'adoucit : le climat est moins rude, l'aspect de la plaine 
moins sauvage et moins désert. C'est l'influence de la mer, 
influence qui se maintient, tout le long de la côte, jusqu'à 
Kœnigsberg et Memel. La côte, de Neufahrwasser à Fisch- 
hausen, consiste en une étroite bande de sable mobile dite 
Frische Nehrung, derrière laquelle se trouve une nappe 
d'eau assez étendue, le Frische Haff, véritable lac maritime 
d'eau douce dans lequel se jettent la Nogat, la Passarge et 
la Pregel. Plusieurs villes, Elbing, à quelque distance, 
Tolkemkt, Fravenberg, Braunsberg, Heiligenbeil, Kœnigs- 
berg, la bordent. Le chemin de fer suit le Frische Haff de 
Braunsberg à Kœnigsberg. Toute l'àpreté, la nudité de la 
plaine du Nord, se tempèrent. On traverse des campagnes 
dont la vue repose. A partir de Kœnigsberg, la plaine 

(1) E. Reclus : Europe centrale, p. 785. La grande plaine prussienne 
es) si faiblement inclinée dans son ensemble que l'assèchement se 
produit avec une extrême lenteur; c'est encore par centaines et par 
milliers que l'on peut compter les nappes d'eau de toute grandeur 
qui parsèment le nord de l'Allemagne. 







566 

'a Baltique par le Ss h lîfl K *T he Haff sé P^ de 
« fruste si froid s d V t ™ ng - Ce C ° in de >' Eu ™Pe, 

terrestres, moitié aquatiques les Jh q u Vai6nt ' moitié 
cordial élément de' ^*^£™ u * mm ' pri " 

sud par l'ancienne Pologne » SMr S- Elle es < taitée an 

opposée constitue l'un des fo.J • qu lls ,U1 ont 

«on de la PrussT Les R l! PmcipaUX de ,a fo ™a- 

» la race lithuanten" ^T" a Pf rtenaient ' en réalité, 
la race germants on rS*" '* ^ ^ hosti,e a 
Allemands ; maiï'on inl . Pa '' tie eXte ™ inés P ai ' les 
territoire sur le m i nT S" "° m Gt 1<?U '' souve »i<- au 
d'hui la P, u e ori t- 2 ?"" ? SUCC ° mhé - Au JO"'- 

'a Prusse Z^STtiST kT'^ "*"* - 
Danzig, 120,000 habitants Kœ ^berg 3 162,000; 

§ \^laZ D,OElL SUR LES ° WG,NES ET LA 'oh-ation 

ca^:^ 

nisme les diverse P is J * C ° nVertir au christi a- 






l'ordre teutonique 
en 1226 une entrevue avec le grand-maitn 



567 



Hermann de 
Salza. Les premiers chevaliers de l'ordre arrivèrent en 1228. 
Us trouvèrent déjà établis sur la Yistule les chevaliers porte- 
glaive de Livonie qui se réunirent à eux en 1237. L'ordre 
teutonique entreprit alors la conquête militaire de la Prusse, 
comme condition de sa conversion au christianisme. Cette 
conquête était accomplie à la fin du xiu° siècle, au moyen 
de la destruction des tribus borussiennes et de la transplan- 
tation de populations allemandes venant de la Souabe et de 
la Thuringe. L'ordre fonda les villes de Marienbourg. Culm, 
Thorn et Marienwerder. 11 devint une puissance militaire. 
Cette puissance rencontra deux adversaires parmi les 
descendants des populations conquises, les Borussiens et 
les Lithuaniens. A partir du xiv« siècle, toute l'histoire de 
l'ordre teutonique se ramène à une double lutte contre les 
uns et les autres, la plupart du temps alliés, de même que 
l'ordre teutonique est soutenu par les Allemands. 

La race slave s'étendait au xn e siècle jusqu'à l'Elbe. Elle 
occupait le Holstein, la Poméranie, le Brandebourg, la 
Pomérélie, la Livonie, la Lithuanie. Pendant quatre siècles 
elle résista à toutes les tentatives latines de conversion 
chrétienne. Ces tentatives furent l'œuvre des Allemands et 
des papes. L'ordre teutonique accepta de recommencer la 
lutte. Slaves, Borussiens, Lithuaniens, durent se convertir 
par les excès de terrorisme germanique et catholique ; mais 
ils restèrent anti-Allemands. L'ordre teutonique ne se recru- 
tait que chez les Allemands. Il a été un instrument allemand 
et catholique, plus allemand qu'italien. Toutefois il y eut 
un mouvement de croisade en Prusse. On se croisait même 
en France (xv° siècle) pour convertir les Prussiens; on 
allait en croisade sur la Yistule. 

Dans cette lutte, l'ordre teutonique, après avoir réduit 
les Borussiens, finit par succomber devant les Polonais et 



568 



LUTTE AVEC LES LITHUANIENS ET LA POLOGNE 



les Lithuaniens. Bataille de Tannenberg (U09) l'une d„c 
grandes reneonlres des races du Nord •' 6S 

nique n'exerce pta dltta, J" '^ * !" 

depuis la fin J a in ^ • "dupait Je Brandebourg 

PO^queEUefonneunduchéfeulL^ S Si^ 
Jean-s Igl s m ond, huitième descendant de Fréde^ c "Lit 

en 1618 le duché de Prusse au margraviat ouTc torït de 
B ndebourg, par son mariage avecl'héritière d du ch de 
Prusse, encore feudataire de la Polo-ne CWt t 

Vque où l'alliance de la Suéde ^da ÏÏ^ïR 
former et exercer une grande influence en Ail emlm La 
Suède posséda, la Poméranie avec Stettin, a^ e la 



FORMATION DU ROYAUME DE PRISSE 



569 



Courlande et la Finlande. C'était une autre puissance que 
1 électeur de Brandebourg. 

Alors a commencé cette série de luttes qui ont fait la 
grandeur de la Prusse contemporaine (*). 



S 3. — GUERRES CONTRE LA POLOGNE, CONTRE LA SUÈDE 
ET CONTRE LA FRANCE 

Ce serait une erreur de croire que le caractère militaire 
de la Prusse ne date que de Frédéric 1 er et de Frédéric II ; il 
est bien antérieur. Brandebourg et Prusse, sous l'influence 
d'institutions particulières ayant la propriété foncière pour 
fondement, de la force des races, du territoire, de l'énergique 
impulsion d'une royauté militaire, commencent, des Frédéric- 
William (1640-1688) la lutte contre la Pologne qui, vaincue 
à Varlom en 1656, abandonna sa suzeraineté au traité de 
Wehlau (1657). 

La Pologne rejetée, la Suède est attaquée à son tour. 
Frédéric-William prend parti contre Louis XIV dans la 
guerre de Hollande et marche contre Charles XI. son allié 
Celui-ci est battu à Fehrbellin, le 16 juin 1673. La Prusse 
avait reçu au traité de Weslphalie la Poméranie en deçà de 
l'Oder; au traité de Nystadt (1721 ), elle obtint une autre 
portion. En 181 i, elle prend au Danemark Stralsund et 
lîle de Bugen. 

Déjà la Prusse se trouve eu face de la France. L'électeur 
de Brandebourg avait acquis par mariage les duchés de 

(1) M. Lavisse a publié dans la Revue des Deux Momies (mars- 
avnl-mai 1879) trois remarquables articles sur ces événements II a 

? crit ' mstoiri Brandebourg : Étude sur les Marches de Brande- 

bourgum), cette sablière de l'Allemagne. Le Brandebourg a donné 
a la Prusse ses soldats el la tern s Borussiens son nom. 






1G.. 



570 



°OBRRBS avec u n ^ rE 



»-i US 

Clèves et df FnHerc n •. •. , 

Coalition deS « «dïï?^ ^^'""^ 

1 Empu-e, la lutte entre la FrYnce?. ? ° Iut,on et dp 
constant. Napoléon Ifl seul ZS Si£T ' W "» «« 

J " Payer de reco , S nc , r • ,' ° l "' S '" ,ilr " d " '' oi - p °»<- 

Versailles, dans | , aIa t " m j m(Mre en Proclamant à 
d'Allemagne ' grand roi ' Je D °»vel empire 



^:^;:z:r i : i rance - et -«*«—* 

-'-uiasi,,,^ :;x;;i , ,°v;: rAuti ' iche -' uiii ' i 

Oirini •-, i., d i ' U1!,nit Ut ' Allemagne. 

l«r le vieux maréchal K-.il .. Danzigtm détendu 

honorables qu N n éo, 'l i ^ ^ deS COnditi <™ 
le traité cond a^etn/T ! T' S ,eSallife vio1 ™ 

cela t Personne Evla» 7ÏÏL » , <,U ' S ° ra PP eIait tou t 
'-ce de Ka igsbe " T ,s£ T S ° ^^ h P" dp <^ 
allemand. Une Se' d ' ' ?" *** SUr ,e Nié ™» 

sorte le colossal effort de ^ " m ° Unr en ^elque 

N'était-il p^ex ^ ' ,f ? e ° n | P0Ur d ° miner ^«Pe. 

^«Pranee et ses divers gouvernement divers partis 



DANZIG 57J 

politiques, ont-ils jamais ou conscience de cette grande lutte ? 
Ont-ils jamais saisi le sens, le caractère de la politique delà 
Prusse ? Ont-ils songé à comparer Frédéric II à Louis XV 
Frédéric-Guillaume [« à Napoléon III? Ont-ils quelquefois 
remonte aux origines de cette nation nouvelle? Ont-ils étudié 
ses institutions militaires? Mirabeau et Napoléon seuls 
ont compris la politique extérieure de la Prusse, qui se 
résume dans un seul mot : la guerre, - de même que 
le peuple romain. Sans doute, Napoléon III a été bien 
aveugle, bien coupable; mais les politiciens Marie, Gamier- 
Pages et consorts ifétaient-ils pas allés eux-mêmes s'assurer 
de la fraternité des peuples à Berlin? Ceux-ci se prépa- 
raient à faire la guerre à qui? A Louis XIV. Qu'était pour 
Louis XIV l'électeur de Brandebourg? Déjà, cependant cet 
électeur, très médiocre personnage, avait vaincu les deux 
alliés de Louis XIV, la Suède et la Pologne, et les avait 
spoliés. 



■1 






§ 4. 



DANZIG ET LA RÉFORME 



Les souvenirs de l'occupation française ont à peu près 
disparu de la vieille Prusse; mais il n'en est pas de même 
de 1 occupation polonaise et des influences catholiques 
on peut même dire chrétiennes, incarnées dans la Pologne' 
Danzig est encore plein de ces souvenirs; aussi a-t-il une 
importance historique de premier ordre. Les populations 
du nord de l'Europe, au surplus, sont conservatrices, 
ndeles, tenaces. Résignées aux changements qui accom- 
pagnent le déroulement du temps, elles ne sont pas 
oublieuses, m ingrates, ni destructives. Ce culte du 
passé cette fidélité à ce qu, a vécu, se rencontre par- 
toute 1 Allemagne. Nulle part les ruines ne sont mieux 
conservées ; on les aime, on sait les agencer aux nécessités 






572 



HISTOIRE DE DANZIG 






conservées e. les pl „ s c „ ri ^ ses 7^^' S" 
magne, précisément parce nue se, „„,„h 

de Gidanie, elle devint la capitale de Z?o^ *Z 
est ainsi antérieure à beaucoup de ville. Il 

Danzigest devenu le centre du commerce des c "Les 
des bois dans le nord de l'Europe soit avec I , R, 

1 Ucéan. Elle a du subir successivement la protection ei h 
suprématie du Danemark, de l'ordre teutonne de 

d x^ -s^S^'kT "f UenCe " ---emen 
uu x.v siècle (traite de Rahsch 1343) mais la ressaisit 

au xve et la reperdit peu à peu, lorsque sa lo ,ue d " 

dence se produisit, à la fin du xvi* siècle. La S étS, 



LA RÉFORME A DANZIG 



573 



dès 1523, assez indépendante pour embrasse)' la Réforme. 
Ce fait indique qu'en sécularisant l'ordre teulonique, Albert 
de Hohenzollern obéissait à l'influence du milieu. 

On retrouve encore à Danzig môme les traces de ces 
événements. La grande église de Sainte-Marie, construite 
par les chevaliers teutoniques, renferma m les tombeaux de 
plusieurs des grands-maîtres de l'ordre, esl devenue luthé- 
rienne. La statue de Luther, placée à côté du chœur, adroite, 
indique la prise de possession. D'ailleurs l'église est restée 
telle quelle. On pourrait se croire dans une église catho- 
lique. Toute l'ornementation, draperies, statues, est encore 
en place. Je n'ai vu nulle part une scène historico-religieuse 
aussi vivante. 11 semble qu'on assiste à l'installation de 
Luther, toute pacifique, d'ailleurs, — mais irrévocable. 
A peu de distance, les catholiques ont gardé l'église Saint- 
Nicolas : véritable type latin, profusion de saintes Vierges, 
de scapulaires, de chapelets, de statues des dominicains, 
tout l'apparatus espagnol, transmis par les Jésuites aux 
Polonais. Ce déballage, tout près de la Baltique, produit un 
certain effet. C'est la dernière vague du courant catholique. 
La race des habitants, le climat, le sol, ne le favorisaient 
guère. 11 en est sorti le philosophe redoutable qui devait 
refuser à l'humanité toute preuve de l'existence de Lieu 
et aux religions toute vérité substantielle, el le docteur 
du pessimisme. 

J'ai eu l'heureuse fortune de visiter ces beaux monuments, 
si vivants pour l'historien, avec une famille charmante de 
Danzig, M ma Baum, nièce de Mendelssohn, et ses gracieuses 
tilles. Certes, elles considèrent toutes ces défroques du temps 
tout autrement que les Napolitains ou les belles sefioras de 
Séville. Il est, bien curieux de retrouver sur les bords de la 
Baltique les derniers ex-voto et les derniers scapulaires, 
comme les vestiges de la civilisation latine et du christia- 



16. 






574 



B 



LE PORT DE DANZTO 



proscriptions <| P Lïïlv on 7 n " U0S ' '">""" '<* 

•salle dos L re handft"fir ,laJUnkerh0f ' anden n« 
d'Auguste U ro 1 Po ln P ' Se f MtM,le ' aV6C la stat «e 
La vile possède un assTh aUtre ré ™ e ™e du passé. 

e«se mb le.%„ se e^rL ï mUSée , ^ com P Iète cet 
riche cité flamande MgW da " S Une v * et 

^au pour te't^c des ZiïZtST"™? 1 ^ 6t 
du Nord, si recherchés da s e ^dÎde Pf"' ^ deSb ° ,S 
ment à Bordeaux m,i il , 1 Europe, spéciale- 

rappo r tsactifra ve c^4 "* "^ ■""» deS 

tonnage de sJS/ol' EnX ^ 2 ' 246 à ^ d '«" 
1.278,994 f av c 3 790 , ' m0Uvement ""«t élevé à 

nage 640 wTlî™, *""• d0nt *' 892 à r «We, ton- 

enl872 ^WîîïïTS* ******* qui «**»»*» 
2 571 03fi , 5 ' ' 93 nav,res ' a atteint en 1891 à 

-,o/i,0db tonnes avec 7 59 e ) mviW v> L "' 

'-nent P I US imporfarU '' ™ J »■*•»« *aven est éga- 

quatrième rana g ' q est ainsi tom cé au 

c") * 



ASSAINISSEMENT DE LA VILLE 



575 



Danzig se recommande par les beaux travaux d'assainis- 
sement qui y ont été faits. Ces travaux ont précédé ceux de 
Berlin. M. A. Durand -Claye en a rendu compte <". Dans 
la période de 18(33 à 1869, la mortalité s'éleva sensiblement. 
Elle atteignit les proportions de 36.511; 49,18; cl même 
dans certains quartiers 55.18 par 1000. L'administration 
municipale se décida alors à changer le régime des eaux 
et des égouts de la ville. Danzig est situé 'à 4 kilomètres 
de la Baltique, dans une plaine où coulent la Mottlau 
et la Radaune, qui traversent la ville, partagée en quatre 
quartiers : l'Altstadt. la Vorstadt, la Rechstadl e! la Meder- 
stadt. Quelques anciens égouts apportaient les détritus de 
la ville dans la Mottlau et la Radaune, sans que ces deux 
rivières eussent ni une pente, ni une quantité d'eau suffi- 
santes pour empêcher de dangereuses émanations. Pour 
prévenir des amoncellements trop grands, des voitures 
spéciales circulaient la nuit tous les 'trois ou quatre jours 
dans les quartiers les plus éloignés el emportaient les 
seaux préparés à cet effet. Souvent les habitants les vidaient 
simplement dans les rues. Nos arrière-parents n'étaient 
pas difficiles. Les progrès de la mortalité inquiétèrent 
1 administration municipale. Elle pourvut d'abord la ville 
d'une abondante distribution d'eau soit de source, soit de 
rivière. Nous avons vu que l'eau se trouve de toutes parts. 
153 litres par jour ont été mis à la disposition de chaque 
habitant. Dès 1878. toute la ville avait l'eau nécessaire La 
dépense n'a pas dépassé 1300,000 francs. Toutes les vieilles 
maisons de Danzig. au nombre de 4,500, ont maintenant ' 
leur canalisation intérieure. Les services publics d'arrosage 
et d'incendie, les lavoirs, les bornes-fontaines, les fontaines 



(1) Les Travaux- d'assainissement de Berlin, Dnnzin Brctlau 
1882, avec atlas (Paris 18Si>). 






576 



ASSAINISSEMENT DE LA VILLE 



à jets d eau, l es urinoirs, tout est l.> 
Restaient les égouts. On a énoncé i ^^ P ° urvu - 
à les vider dans la mer On \ H T 7 qU1 etait facile - 
* Berlin, à l'épnmCiS vîda ni " ^^^ C0 ™ 
Mon- Des collecteur Ïi„d D a U f Pa '" ^ SGl Gt ia vé ^ 
étendue de 4,256 mètres n™, ? U seco,ld a<res, d'une 
matières produi.es pa 1 Sîw, "^«"N» et les 
«losets et 12,407 iuÏÏ dW nT**' ^ 17 Water ~ 
es conduisent à une usine élZL^fZ fT"' * 
^ «ube journalier varie de 13 5 oÔ ,' îfii de Kœm P e - 
machines de soixante chel v7h '^ mètres - Deu * 

surleschampsdlrrit a IJ i 1 ? U, : e - ref0lllent ,es eau * 
JeDanzig, dans uif KS^ ^ " UoïBè ^ 
Vistale, tout près de la for ?! P J f CI6n cours de la 
(ace de NeuLrwa s s ï, ^f^ V f "*'->«-de, en 
Vxstule. Les terrains compSut 50fl iT^T de ,a 
a été bien conduite par M Ad ! ^ Lo P é ^ion 

forfait pour un terme de tonte ■?„? ? ^ ™ «^ a 
facile. Chaque hectare n ' absor P»on a été très 

par an. EnllS v^Z^ ^ ^ ^ 
Les habitants v i SI „s Ït ^ enCOre à la tache - 
Les produits ngà^.%^^1^ trieuse. 
colza, recueillis par M d' K"' be " eraVeS ' tabac > 

^portant. « C'est un S pec,ced D ,t 1SSaient "" bé ' létice 
saisissant, dit M. Durand fW P ï CUneux et vraiment 

régulières, où l'on e, e ÏS le" H ^ * "" de dUDes 

H faut cependant ajouter m,, Z % v Weuse. » 

sol, l'atmosphère, if 1*2 e'i ' eSt ^^ Le 

cette expérience. RésE en 1870 , ""'"' '? B S6COndé 
ramenée à 28 59 »/ ' 9 ' la '«o^lité avait été 

"'on, pas enco^i'^X^f 6 * *""* j 



LA BALTIQUE 



377 



Après toute une journée bien employée à visiter Danzig, 
la soirée fui consacrée à une excursion sur les bords de la 
Baltique que l'on gagne en descendant L'un des bras de la 
Vistule. Nous étions encore dans les plus longs jours de 
l'année. Le crépuscule se prolongea jusqu'à dix heures. Les 
vagues de la Baltique déferlaient à nus pieds. « Mer lourde, 
immobile, écrivait Tacite il y a dix-huil cents ans. On croit 
(pi 'elle entoure et ferme la terre. Les dernières clartés du 
soleil couchant s'y prolongent jusqu'à son lever avec un tel 
éclat que les étoiles pâlissent. Les habitants disent qu'on 
entend le bruit du soleil lorsqu'il sort des Ilots, qu'on voit 
la forme de ses cheveux et les l'ayons de sa tête. C'est là, 
et le fait est certain, que cesse le monde"». » Le temps 
était couvert; la Baltique avait des reflets jaunâtres; ses 
Ilots semblaient alourdis. Tout en causant avec la famille 
Baum, cette description me revint en mémoire. Ce n'est pas 
l'extrémité de la terre, comme le pensait le grand historien; 
néanmoins la Baltique, comme la mer Noire, n'a point 
l'aspect joyeux ni les teintes chaudes de la Méditerranée. 
Elle ni a laissé une impression de tristesse. 

§ 5. — KOENIGSBERG 

Le chemin de fer conduit d'abord de Danzig à Marien- 
bourg, par Dirschau. Marienbourg est l'ancienne capitale 
de l'ordre teulonique. Le palais des grauds-maitres subsiste 
encore '-'. Les portraits des grands-maîtres, les stalles des 



(I) De Mpribus Germanorum, eh. ma. 

(i>) « A quelque distance Ue Marient 'g, ou sud d'Osterode, se 

trouve le village de Tannenberg, eu eul lieu la terrible bataille 

de 1400. A cette époque, l'ordre teutoniq somptail 3,000 chevaliers, 

6,000 servants, plus le- paysans soldais, :,:, villes, is châteaux loris, 
18,308 villages. » (Reclus, l'Europe centrale, p. stn.j 



i 



il;**:,,. 






578 

KOENIGSBEBG 

été conservé, respecté nS LT ? ] ° rd, ' e ' tout ceIa a 
Posent, le -^JR^^S "??**« ** ™ 
même temps, pj us CJUe la nation ^^ r^ 6 ' "' est en 
attachée à son histoire aux allemande > religieusement 

en témoignent. TLol^T' 8 ' ""* S ° UVenirS ^ 

jusqu'à Kœnigfw ™n fe ï'"*?' au Fl ' ische Hatf 
sur la droite *' d «*ant Preuss,ch - %!*". Friedland 

Montagne du ££ é^ f w£ ^"^ ^ * ^ la 
Par Ottokar, roi de B oh £? "'^tT^ *" C ° nStn,it 
Prussiens et les Lithuaniens uH-fp 7? M reSpect les 
du Frische Haff. Ce fort e'J ' ^ * peU de dista «ce 

heau château de m mètres ZTT ' C ° D,pris dans <" 
Le château est entoure S , ^ Cfintre de la v '»e- 
de belles allées. C Z c S V , I S"» de U hectares « 
d'eau de cet é^TZ^éT^fj^^ 00 ^^ 
t-te ans, la pJ^^Z ZiSt* '*" * 

no^u?sr^r^r oppé; ^ h -^« 

-ationdesan eus C 0m med SP , am r' * la l * >ans ^ 
''Allemagne, les "crS™ , " 1 ?£"**« ^ ^ de 
et non par superposition Ty^Zll7 ^T°^ 
avec ses 18 faubourg .'«t r n0l, velle (Lœbemcht), 

(Kneiphof) et du 2 1 L,T * aU, ° U '" de ,a viei,le c * 
7 ponts e 8 p tet ÏchÏt 1XClté r° mmUni, î uent P ai - 
des grands-ml„Cde iS?" \^ ' UDe des *&»*" 

ducsdePrusse ; s' 6 ^ "v' qUe ^^ ^ des 
a-t-il tenu à se aire . ,' l em P e <'eur Guillaume I- 

de la Trindé a^^;;;:;:»^"^^ *» ^ 
nouveaux temps aux ^n^nt^ ^ "" **» les 



KOENIfiSBEUG 



.79 



La ville a conservé ses quinze églises, imites consacrées 
au culte protestant. Kœnigsberg est un milieu exclusivement 

protestant; de même un centre militaire et un grand foyer 
scientifique: un port maritime. Il résume, il caractérise 
complètement l'Allemagne du Nord, la vraie Borussie. 

Comme foyer scientifique, Kœnigsberg compte 4 gym- 
nases, diverses écoles d'industrie, de commerce, des beaux- 
arts, des arts et métiers, et l'Université que Kant a illustrée, 
fondée en 1544. Elle n'a pas moins de 82 professeurs! 
avec un millier d'élèves. Observatoire, jardin botanique" 
et zoologique, cabinet d'histoire naturelle, école des mines, 
musée, galerie de tableaux, la bibliothèque Alberline avec 
220,000 volumes, une corporation des marchands, une 
Bourse. 

Quelle transformation depuis les croisades des chevaliers 
teutoniques ! 

Kœnigsberg, ville ducale, ville universitaire depuis long- 
temps, est devenue au xrx e siècle un port maritime important, 
en relation avec tout le nord de l'Europe, de Biga jusqu'à' 
Amsterdam, avec un triple mouvement : 1° mouvement par 
mer; 2" mouvement fluvial; 3° mouvement par chemin de 
fer. La Pregel relie le port au système de navigation intérieure 
de l'Allemagne et à la Baltique par l'ouverture de Pillau 
sur leFrische Haff où elle se jette. En 1891, 2.084 navires 
ont fréquenté le port avec un tonnage de 1,224,378 l x . 

Après Friedland. le maréchal Soult occupa Kœnigsberg. 
C'est une des forteresses où ont le plus souffert les prison- 
niers de Sedan et de Metz. 



«1 



§6. 



KANT ET SCUOPE.NHAUEB 



A cette terre desBorusses, à ces indomptables adversaires 
du Dieu triple, à ces sauvages qui préférèrent mourir que de 



M 



380 



KANT, SCHOPENHAUEB ET TACITE 



des empereurs, i, ,pj de ^J™ JjHJ- « 
«Mon „,;,„„ „„„,.,., „ aajtm iûmi 

cl,'"' deÏ'vtlZ' k T"" 6 f 1S «* « »», 
deux illustres représentants d* i» i , * L , Hat} • «'«" ces 

-;»;.-,; P n 1 .!,, 11 J:;;:;;,;L , ;; c !r;;:::rr^ 

toutefois, les a précédés. A la fin du de Uaritol r ' 

contre les Les ê f 1 s « wlt ""'? nM ' * ref "»" e 
de branche» «.ttfc fe * '' * K fai,es 

„. i,„ , ,-,i, „ • C1S "paient être les Borussiens 

«cite va plus loin que Kant, même que 
i des maisons a grand-peine et d'inquiéter 



KANT 58i 

Schopenhauer. Kant ne voit dans le cours de la vie des 
nations qu une lutte redoutable et sans trêve, avec une 
tendance mystérieuse vers un idéal de paix ; Schopenhauer 
une véntable lanterne magique d'illusions avec une réali é 
de douleurs et de souffrances. Selon Tacite, les sauvages du 
Samland «avaient rien à désirer : sans souci des hommes 
sans souci des dieux, ne demandant rien au travail ils 
vivaient dans une sorte de béatitude. 

Tacite aurait donc jugé très sévèrement la guerre impi- 
toyable que les chevaliers teutoniques ont faite aux Borus 
srens pour leur apporter les bienfaits de la civilisation 
la me II aurait répété la phrase de Galgacus : « Ubi 
sohtudinem faciunt, ibi humanitatem appellant. » 11 aurait 
trouve que c'était payer trop cher le christianisme. 11 eût 
ete d accord avec Kant, Schopenhauer et toute l'Allemagne 
transformée par eux. s ' 



: 



I. — Kant et le droit de guerre. 

11 n'y a pas eu dans le mouvement des idées philosophi- 
ques en Europe de plus grand changement que celui dont 
Kant a ete le promoteur. Après s'être approprié la plupart 
des sciences, les mathématiques, la physique, la mécanique 
la géographie, 1 astronomie, Kant publie en 1755 l'histoire 
naturelle du monde et la théorie des cieux, un quar! de' 
siècle avant de révéler le fond intime de sa pensée à. E ,,ni,' 
a lage de cinquante-sept ans, apparaît son œuvre fonda- 
mentale, son livre : la Critique de (a Raison pure, 1781. 

conLT r ' a Crai " tC 'T ' 0Hune ei Celle *» a " 1 '-- Rassurés 
conta les hommes rassurés conta les dieu* , ils en so m arrivés 
' tose des plus difficiles, à n'avoir plus rien à souhaiter. „ 

(1)' Cet ouvrage a été publié a la suite du livre de M p ave • 
Origine du Monde, mi. y ' 



17 






582 



CRITIQUE DE LA RAISON PURE 



L œuvre, sous un apparatus de formules bizarres, une 
dialectique aussi redoutable que celle de Socrate peut se 
ramener à quelques propositions très nettes et décisives ■ 
1° On ne peut conclure des phénomènes contingents de ce 
monde à une cause nécessaire; 2« ces phénomènes et les 
êtres intelligents qui s'y trouvent compris ont une certaine 
finalité; ils n ont pas de causalité; 3° l'idée de l'existence 
comme une qualité de l'être est un paralogisme; 4° par suite 
1 existence, le fait de l'univers ne prouve rien en faveur d'un 
ordonnateur - ou de plusieurs. Plusieurs ordonnateurs 
de univers! Cest presque le vieux paganisme borussien 
MatremDeumvenerantur, disait encore Tacite. Kant rejette 
par suite, et avec quel dédain, quelle certitude, quelle 
persistance, toute preuve à priori de l'existence de Dieu 
Cela fait, en termes exprès, il se débarrasse facilement de 
1 immortalité de l'âme, le grand dogme chrétien, le fonde- 
ment par excellence du christianisme, et il laisse l'intelli- 
gence humaine sans lendemain et seule dans l'univers 

Kant persiste, jusque dans la dernière page, à arracher 
une à une les incurables illusions de l'esprit; se consolant 
de 1 amertume secrète que lui cause son scepticisme par 
espoir de contribuer au progrès et au bonheur du genre 
humain. Il s'imagine répandre à flots la lumière lorsqu'il 
n accroît que les doutes et que les ténèbres. 

Qu'il y ait un lendemain, surtout un lendemain qui ne 
imira plus, pour un être dont tous les facteurs sont à si court 
terme que l'homme, on comprend que Kant en discute les 
preuves et les probabilités avec quelque sévérité. Mais que 
I homme puisse se considérer comme le seul être intelligent 
dans 1 univers, ou, ce qui revient au même, qu'il lui soit 
refuse toute explication sur l'univers même : c'est tout 
autre chose. Cet univers, Kant en a deviné, révélé les 



profondeurs et les merveilles; 



son vaste esprit a entrevu le 



l'homme seul dans l'univers gSQ 

monde des nébuleuses avanl les grands progrès de nos 
lunettes et de nos télescopes; rien n'a échappé La sagaS 
et a sa curiosité; il a marqué h, p l ace d'Uranus avant 
quHerschell ^ l'ait découvert, par la simple intuition des 
lois du système solaire. Faudra-t-il le réduire, dans son 
immensité, que l'esprit humain mesure cependant, à 'un 
colossal mécanisme, vide de vie et d'intelligence où se 
promènent seuls l'œil et l'esprit du fort modeste habitant de 
notre toute petite planète ? En fera-t-on, connue I, voisin 
de Kant, 1 aimable Schopenhauer, une sorte de miroir 
d images et de représentations qui se succèdent dans le cer- 
veau humain et qui ne prennent d, réalité que par la volonté 
de 1 homme? Gomment s'imaginer que cet incommensurable 
univers naît pour témoin que l'homme admis seul à le 
contempler et que ce soit sur la terre qu'habite l'hôte 
unique de 1 univers ? Autant revenir à la doctrine, détrônée 
par Copernic, que la terre est le centre de l'univers 
réduit a n être qu une sorte de décor destiné à la récréation 
de Ihomme. Qu'est donc la terre dans l'univers? Qu'est 
1 homme sur la terre? « Il naît comme une fleur, chantaient 
trois mille ans avant Kant, les poêles arabes; il fuit et il 
disparaît comme l'ombre; et il ne demeure jamais dans 
le même état «> » Voilà quel serait le seul être intelligent 
dans 1 univers, le seul spectateur conscient de la création 
Schopenhauer prend ici l'avantage sur Kant. N'importe 
qu il ne soit que l'écho de la doctrine bouddhiste • Tout est 
i lusion L'univers n'a quelque réalité que par la passion 
fatale de 1 humanité pour la vie. Sans cette passion il n'y 
aurait pas dans l'univers un seul témoin intelligent de la 
création, qui s'évanouirait en quelque sorte elle-même- 
car elle n a de réalité que par l'homme. Œuvre du hasard ' 



(1) Job, 14. 






S84 



SANS DIEU ET SANS LENDEMAIN 



mmm 

« Dès les premiers „ 10ls du B da E , 
ÏC" '°" S ' M RlïaSK d " ""P**"» : «S 

^rie™xn::^;r;^s d r^r : 

destructive. Il est clair que sans Dieu et sanï e de ai 
de récompense ou de châtiment, le christianisa WuT 

est peu probable que les chevaliers porte-glaiv o7d e 

-e miellée aussi élevée, aussi sincère \TïÏ du 
Philosophe de Kœnigsberg. fl. dénonçaient un excès d 
pessimisme qui devait séduire plus tard l'esprit ambi, eux 
de Schopenhauer, ou un excès de suffisance, ég le„ 3 

(rangers à la pensée calme et pondérée de Kan Ka, 
s efforça donc de rendre une Providence, une main créance 

'^^£££%Sr de la 1Mi9i0 " — *» *■*■ * <° 



CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE 



58S 



el conservatrice à l'univers, une sanction, une fin, un iusre 
une espérance à l'humanité. 

Il publia la seconde série de ses ouvrages • Principes 
métaphysiques de ta Morale, 1786; Critique de la Raison 
pratique, 1787; Critique du Jugement, 1790. Ce que ['intel- 
ligence pure refuse à l'homme de connaître, la conduite 
de la vie. la raison pratique le lui fournil. Si la vue de 
univers, l'ordre incomparable qui y règne, les lois que 
1 intelligence y découvre, ne disent rien ni sur l'ordonna- 
teur, ni sur la destinée humaine, il n'en est pas de même 
de 1 iniperatit catégorique ou nécessitation, force mystérieuse 
et toute-puissante qui conduit l'homme vers sa destinée 

Cette force impose à l'homme le devoir de la connaît] i dé 

lui obéir. Quelle est cette destinée ? C'est le souverain bien 
qui consiste : l<> a arracher l'homme à sa rudesse- 2= h 
cultiver sa volonté: 3° à chasser la misère; 4° à faire le bien 
et à aimer le prochain comme soi-même. La vertu est h 
persévérance de l'homme dans sa direction vers le souverain 
bien. Par suite, elle se suffit à elle-même; elle est sa propre 
recompense et sa fin. Toutefois, dans cette direction ver' le 
souverain bien, l'homme reste responsable, car il doit y 
avoir un autre juge que lui de ses actes. Ce juge a toute 
puissance sur le ciel et la terre, il ne peut cire que Die,, 

Ainsi ce que la raison pure ou l'intelligence refuse à 
lhomme, la raison pratique ou la conscience le lui livre 
Mais la pensée réelle ,1e Kanl est loin d'être aussi nette 
quant aux affirmations de la conscience que quanl aux 
négations de l'intelligence. Ce Dieu auquel la conscience 
conduit lhomme n'a rien d'objectif; il est tout subjectif- il 
se réduit à un acte de foi fl), à une hypothèse; l'impératif 



(il « Je ne peux rien savoir s,„- Dieu au delà des conclusions mie 

fi llcirrii't ,»iil ... i. i i 



me permettent de tirer les [il 



lênomènes sensibles dans le 



îrcli 



586 



LE JUGE UNIQUE 



i-tice. Sans i^^Z^S^^ "* "^ de 
de justice; mais rien ne prouve ^7 ^ aV ° ir Soif 
tout-puissant est hypo JZ Z Vv T * !T Ce iuge 
dans Quelles KanfLnSp^ ££ ,f ^ ™» 
Plissant sa fin, sans admettre ni IV ' ^ ' aCC ° m ' 

l'immortalité de IW , , existence ^ Dieu, ni 

to«-^i.di^aEiiï ni î' ia vioience '' 

la nuit. /^r,W MW ,4 CT ;;,:' / r enL ° SUlt sa «»* clans 

d'un Le hyZhèZeZt r™*™ h béa,U " de au P rès 
certaine béa ud ns'lvT f* ,toB P ° Um trouverune 
de cette ^Jl^V^™^' ^^ ddk 
immuable et en ouvl ni cons «ence d'une intention 

vouée à a i Se u„ P Z S ° UVerain bien ' Une exi *" ce 
rémission s e inX,, np qU1 ."T* et ^ W sans 
C'est vers ce te destin £ T qU1 ^ nM hyP ° thèse - 
chercher a e on, " i/ 1 "' , T 7 " S<? ^^ sa «* 
absolument o , g é "d " tïïl "" ^ I ' h ° n " ne 6St 
mais sans trouver en lu S^utowTf 6 - " ^ "** 
qu'il existe. de lui aucune Preuve 

Kant ; mai» elle ne wT P '° e " ' ' ,0 ' nl écha l'P= * 
règne. Or il ne SMrait °J ','*',, n ^ ° r<,re J 



LA RELIGION DANS LES LIMITES DE LA RAISON 587 

sons se ramènent à une seule gamme. Tous les faisceaux 
du prisme composent une seule lumière. 

C'est fermement attaché à cet ensemble, plus ou moins 
équilibré, d'idées sur l'univers et sur la destinée humaine 
que Kant aborde l'examen des Religions dans son mémorable 
ouvrage : la Religion dans tes limites de la Raison, 1793, 
avec cette épigraphe : « Jl ne faut pas que l'enveloppe de 
la religion disparaisse; car elle peut être utile et nécessaire 
comme véhicule; mais il faut qu'elle puisse disparaître. » 
Montesquieu seul, au xvm e siècle, avait envisagé les 
religions à un point de vue aussi nouveau et aussi profond. 
C'est dire que Kant ne considère les religions que comme 
des manifestations humaines, durables selon les besoins de 
l'humanité. Aussi, à la tin du xvm« siècle, au milieu de 
l'ébranlement général provoqué par la Révolution fran- 
çaise, le gouvernement prussien se montra mécontent. 
Après une exposition très curieuse et, il faut le reconnaître 
très singulière de la part de l'auteur de la Critique de là 
raison pure, de la lutte dans l'homme du bon et du mauvais 
principe en ce monde, première assise du christianisme, 
Kant montre successivement que l'homme, né mauvais,' 
pervers, est plutôt porté vers le mauvais principe que vers 
le bon; que le bon principe doit cependant remporter la 
victoire et que cette victoire sera l'œuvre de la volonté de 
Dieu, par l'intervention du Verbe, du Fils de Dieu, lequel 
qu'il soit, parce que c'est en lui que Dieu a aimé le monde. 
Le retour de l'homme au bon principe, à la sainteté, au 
souverain bien, aura lieu par la rédemption; l'homme sera 
purifié malgré Satan; et alors commencera le règne de 
Dieu sur la terre. Alors l'homme deviendra membre d'une 
république morale, c'est-à-dire d'un peuple de Dieu, 
gouverné par des lois morales, gouvernement représenté 
par une Eglise. 



; 









S88 



LE ROYAUME DE DIEU 



tome" cède 'Z'':" '"™ thH *" i ™ i "i" PO«r fait 
ZL\ T. T " eSl 1"' une so, ' 1<! d » ■*« on de 

r «■»* dom ri ri'r,„„^ "Lit; ^;;- - 

chacun ,' , y -° d ° ™" 1° e ''«'«t individuel de 

n„i„ r; : a r' ,rec " on ' p ° ini *•»**** s » Mm „ e . 

^monies ne sont, sans effort moral, que des S 
'ont antre, maigre ,„,„ M „, elles „„, ^ ^^«' 

devoirs, il est oriif •', ao „ ;" ,ence a Placé; zélé a remplir ses 
a la vol'onté VZ^iï ZZT^ "" ^^ ^' — 



RUINE DES RELIGIONS POSITIVES 



589 



fétichisme, est l'objet des religions, prises dans leur véri- 
table acception; leur objet, c'est de conduire tes hommes 
et les sociétés à la vertu par la piété. Elles ne se proposent 
point, dans leur essence, d'habituer l'homme à la piété afin 
de le déshabituer de la vertu; c'est l'inverse. De là leur 
utilité, leur nécessité, leurs services, leur importance, leur 
part si considérable dans l'histoire de la civilisation. 
A l'époque où Kanl a vécu, l'histoire des religions était, 
pour ainsi dire, environnée de ténèbres. Et quelque supé- 
riorité sur les philosophes du xvni" siècle que Kanl ait 
eue quant au christianisme et aux religions positives, les 
éléments lui manquaient pour suivre, h travers les civili- 
sations et les nations, la formation de cette grande religion 
à laquelle aujourd'hui aucune autre ne peut être comparée 
par l'étendue de sa sphère d'action ou par ses services. 

Néfaste ou non, cette influence de Kant a été profonde 
sur la civilisation de l'Allemagne. On en retrouve les traces 
dans les hommes les plus éminents. De Jlumboldl ne 
nomme Dieu et n'indique son action dans aucune partie du 
Cosmos. 11 se contente de formules telles que celle-ci ; 
« L'ordre dans l'univers et la magnificence dans l'ordre. » 
Cet ordre existerait de lui-même : ce qui était la pensée 
de Kant. Or, l'univers change. Uni y maintient l'ordre? 
Humboldt se tait parce que Kant s'est tu. Goethe subit la 
même influence tout en la modifiant. « L'homme, dit-il. est 
le premier entretien de la nature avec Dieu (« »' : opinion 
contraire à des sciences positives telles que la paléontologie. 
Aussi, repoussant la solitude de l'homme dans l'univers, 
Gœthe ajoute : « Je ne doute pas que sur bien d'autres 
planètes, cet entretien ne se fasse d'une manière bien plus 
haute, bien plus profonde, bien plus raisonnable. ». 

(I) Caro : Philosophie de Go'lhe. p. in.,. 









590 GRANDE INFLUENCE DE KANT SUR ,'ir, 

"' SUR L ALLEMAGNE 

'■elle, le faux culte de Dieu d' le ? ^^ na,u - 
Ie principe subjectif universel t, "* rehg,ons P ositi ves, 
laissé debout des re il, s on , ! SU P ers f^; i] n'arien 
1-ut réserver à l'hum an 7'rZ ïeJn ""? *» V ™™ 

On conviendra one vni eUes 1 m exisf ent. 

fission; „„. col,,,, ïe ^ ] „ i™ """' « e sans 
i«rienrs.nl ro ,ao,ned.Dien '"' '»t»n«ue. ei le culte 

'atine. universellement cathoIim.J i P ^sa&on 
vigoureusement résisté à tout r?! '• ""^ fPanç * ise a 
les éléments vitaux %'££ £ ^ST^T 6 
éléments ne sont pas les m feL a,, e; ces dlver s 

la même énergi .Te cm an h ? ^T* ° U n > 0nt P a * 

sont étendues que jusau'à ITihô ttariemagne ne se 

chnstianisation, malgré les ,„I 1 ' ' œUVre de 

valiers porte-glaive l'ordre Z , em P ercurs < les che- 

insuffisante, fJL^STS^ " m ^^^ et 
époque tardive. H est tout ^S^T * f SOn 
soient nés sur un sol si m^x,. ] *antet Schopenhauer 

* *--, Arxi Ta™ ?^f , si é,o ' sné 

chrétiennes. Ces masses nonnl-iJl? g rMdes sources 

les chants à Berlin a ,în e n "/ n0M aVOns entend « 

sont en correspo date^c "- 'î.? udissent m ™e, 
^'e S iX4-- ïï=S 



LA RELIGION DE LA VERTU 



591 



ont préparés, tous profondément imbus des idées philoso- 
phiques de l'Allemagne dont Kan! demeure, même après 
ses disciples, le grand inspirateur. Les sociétés pour la 
culture morale, d'exportation américaine, mais de provenance 
germanique, réalisent l'idéal même de Kant. ce mélange 
bizarre mais attrayant de résignation stoïcienne e| d'idéalisme 
allemand qui le caractérise, et qui est l'un des traits prin- 
cipaux de toutes les races du Nord. Entièrement détachées 
du christianisme qu'elles accusent, non sans fondement, 
de pessimisme, ces sociétés expriment la véritable pensée 
de Kant et même celle de Spinoza, la résignation à l'ordre 
universel. 

La communauté d'idées entre l'Allemagne et Kant, si 
frappante sur le terrain philosophique et sur le terrain 
religieux, est encore saisissante et curieuse à suivre sur le 
terrain politique. Les philosophes, tout autantque les poètes, 
sont des révélateurs. Les hautes intelligences reflètent, tout 
autant qu'elles forment ou qu'elles éclairent, les milieux d'où 
elles émanent. Kant a fait connaître ses idées sur le dévelop- 
pement politiquedes peuples, sur la marche des nations, sur 
la philosophie de l'histoire, dans deux ouvrages • l'Anthro- 
pologie, 1798, et l'Essai sur la Paix perpétuelle. Il s'y est 
placé à deux points de vue presque contradictoires. 

Kant se représente les nations, non comme des troupeaux 
mais comme des ruches d'abeilles, par suite comme des 
monarchies. Leur caractère indique leur destinée. La nation 
française se distingue par la politesse, la nation anglais,. 
par l'orgueil insulaire, les Espagnols par la gravit,, el 
l'ignorance, les Italiens par le goût de l'art, les Allemands 
par la docilité politique; la Russie n'est pas encore une 
nation, la Pologne ne l'est plus, h, Turquie ne l'a jamais été 
Comment doivent-elles se comporter entre elles? Kant fait 
d'abord observer que l'homme semble destiné à vivre seul 






592 



LES DESTINÉES DES NATTONS 












l'homme ve', SI: ™*> »™ qui dirige 
obéit aux mêmes courais 1 Tott II ^TV" n ^ 0m 
fortifie,- par la cpnauête 11 J? P Pk Cherche h ^ 
ment, ou crainte 2 \ sor£ PaSS1 ° n de **«**+ 
prévient, la guerre sigrand 2« P M aUtr6 ' S>il ne le 
Wtre espèce auïïiCl ? T ^ *" b mal ' est d ™ 
état de nature à ' éÏtsS r 1 ' 1 ^ ^^ d " Z™^ 

par le frottement, mais où cependant ,l£ ' ' aUt '* e 

dans une marche régulière^] ! S S Mn \ maÎQt e™* 

d'autres mobiles (D » P ' th ° C ou la direction 

^éeît^^rtn rr di ce ^ ass ^ d - 

^Pliqae ,a faci% D et n it tt^^î 

de contraindre sont deux choses m , Ia faculté 

dé des doctrines de M le Moite ÎW" aw » Ia 
expliquera comment la for e rte e d- t T^ V ° US 
™>eux dire : La force fait le droit <i ri ' ■? aUra ' L P " 
force. 10It '• Le droit naît de la 

des modernes, Machiavel' Vie» J , eîi, ., '„ " eC cellM 
- de ce, e,a, de ^Wévi^S^^KÏÏ 






LA TAIX PERPÉTUELLE 



593 



dans l'humanité une certaine tendance vers une société uni- 
verselle (cosmopolitisme) pour laquelle les personnes savent 
qu'elles sont faites. Idée sans doute irréalisable, qui n'est 
point un principe constitutif, mais une sorte d'invitation à 
marcher sans relâche vers cet idéal, comme à la destinée 
du genre humain. 

Les Allemands n'ont jamais pris cet idéal au sérieux. 
Les théories de Kant sur le Droit leur conviennent tout 
autrement. La France a pu les abandonner au xviu 1 - siècle; 
mais elles sont, en réalité, les véritables fondements de la 
philosophie de l'histoire. Le droit, impliquant la faculté 
de contraindre, repose sur la force. Il en est des nations 
comme des particuliers. Pour les uns et les autres le droit 
a la force pour matrice. 

Les idées de Kant sur le droit privé et sur le droit public 
ont eu autant de retentissement en Allemagne que ses 
théorèmes sur les preuves de l'existence de^Dieu et de 
l'immortalité de l'âme et sur l'impératif catégorique de la 
vertu. 

Kant, à son grand honneur, ne s'est pas borné à faire 
retentir le son belliqueux de la trompette, pour nous servir 
des expressions familières à M. de Moltke. l'un de ses plus 
célèbres disciples. Cédant, lui aussi, dans son asile de 
Kœnigsberg, à l'influence secrète des philosophes français, 
qu'il aimait beaucoup quoiqu'il les ait, peut-être sans le 
vouloir, jetés par terre: prévoyant, sans doute, les consé- 
quences de ses dogmes sur le droit de la guerre et du plus 
fort, il a rédigé lui-même les articles préliminaires d'une 
paix perpétuelle entre les États (1795). Le moment était sin- 
gulièrement choisi : c'était au début d'une série de guerres de 
vingt-trois ans : 1° Pas de nouvelle guerre; 2° pas d'agran- 
dissement territorial; 3° abolition des armées permanentes; 
i° interdiction des dettes nationales; 5° plus de trahisons.' 









S94 



LES ÉTATS-UNIS d'euBOPE 



bases l'Étft universd 1 P ^ S „S e r T^ ™ ^ 
en si beau chemin. [1 dresse do" fl M SWête P as 

(status naturaUs) d'un Ï^STî.."^ 
constitution civile de cham.P i » \ d el humanité : j« La 
2° elle doit être représentât 1 \ *" ^""^J 

représentative n'est' £^2^1^ T ^ ^ 
ration reliera les Étals libres T'i !? ~~ 3 ° " ne fédé " 
de tous les États une Z£iLl * "*" leS Clt0 >' ens 
En définitive n'est ce T réci P r0( î ue * universelle. 
des États-Unis d'Europe ? P ?l h - "T" pas Ià la fo «»"le 

- tous les philotoX dX"S K aiD ï le P - 
malgré Bismarck mo iL.Ai Mecle! Qui nous dit nue 

les théorieTd tmÏiTT7 tS f ° midables ' °4S 
-Igré la ««^".J^* ^-» la guerre, 
de l'Europe ne marchen 7Z T ^.Tf ^ les > »« Peuples 
elair qu'ils ne poiuTontta on T ^ de Kant ? J1 es < 
unitaires et aux e "r un ^l^TTt^ "" ^^ 
un terme prochain 0, , HV I ' ° ela aUra un te <™e, 

choses entraîne ici Kant nrnhahi COUram des 

supposait quand , fc! 1 """' pk ' S ! ° in 1 u ' i! ™ le 

finalité réelle, une Providèn e "ne d' ? ™ m0Me ' me 
l'action nécessaire dW Zï eStmee ' c est "à-dire 

secrète qui hri^ l^ïï^S Ehbie *' -tte force 
actes de Napoléon et de B i m »r t < ' qU1 déchirera les 



LA LOI DE LA GUERRE 



593 



pouvoir la connaître, sans admettre que nous puissions 
y avoir recours. L'idée d'un concours divin est juste : il faut 
la suivre, bien qu'il n'y ait pas de concours. 

Mais jusqu'à ce moment suprême de la constitution des 
États-Unis d'Europe, que chaque peuple ait la main sur la 
garde de son épée : autrement, il courrait risque de 
disparaître avant le grand jour. Cette constitution naturelle 
d'un État universel de l'humanité qui doit, en donnant la 
paix, préparer l'arrivée du royaume de Dieu sur la terre, 
est peut-être irréalisable; en attendant, les nations demeurent 
régies par le droit de la guerre (*>. Toutes doivent défendre 
leur droit par la force; elles doivent être prêtes à faire ta 
guerre et contre les préparatifs, et contre les agrandis- 
sements, et contre les agressions. Nous voilà fort loin des 
théories de Montesquieu, des contes de Voltaire, des 
sophismes de Rousseau, des déclarations solennelles de 
l'Assemblée constituante, de la paix à tout prix du roi 
Louis-Philippe et de M. Guizot, et des déclamations .les 
congrès de la paix. Apres s'être 1res nettement expliqué dans 
les Éléments de la Métaphysique. <lu Droit, Kant reproduit 
ses idées sur la guerre dans le premier supplément à l'Essai 
philosophique sur lu Paix perpétuelle. La loi de la guerre 
oblige les hommes et les nations à se défendre. Les diversités 
de langue, de religion, de gouvernement, les exposent à des 
luttes incessantes. Non seulement il faut se défendre, mais 
la défense comporte l'attaque. Le courage militaire, les 
institutions militaires, doivent être mis au premier rang. Des 
changements incessants ont lieu dans la condition des 
peuples, surtout à raison du peuplement progressif du 
globe. La guerre a été une nécessité pour les premières 



1 



(1) César fait dire a Arioviste (Bello Gallico, li\. I". ww : « .lus 
esse belli, ul, qui vicissent, iis quos vicissent, quemadmodùm 
vellent, imperarent. » 







596 

SCHOPENHAUEIi 

civilisations- elle IVci «„ 

pour Jour sauvelL? T ^ " a,i ° nS S0 "« ob '^es 

En un J? ' à Se con,rô, e>' les unes les autres 

— - toute IapoM q uTd?, a Z ^ CoUe ^ 
été que Tarent de d „ ^ M " de Risma ^k n'a 

se soustraire depuis la m^Tltù XlY%7 T* 

penchler ses habitudes « c ♦ , V ' E,le a kwé 

militaires. Pendan l^'d tro I T' "" fattftoti »«- 
sacrifice de Jeanne d' rc le "**?■ eIle a 0llbIié le 

J l'Empire n'ont rat^Ï £££ * RéV ° Ul,i0n et 
D e 1815 à 1871. le fondement ' * CGS ' radi,ions - 

'a Fran«e a été toASÏÏS, "? m °" S miHtaires d « 
^nus par des iXïïT^ *^**** 
gouvernement de Napoléon il "v' 1 ^' 1866 ' Je 
de contrôler les actes 2 ses • ™ deV ° ir natio »^ 

-fusé les movenstrt;, 2^1 " **■« * « 
fort cher. P es tautes : cela nous a coûté 

"' "" Sch °P enhau « et le passive altenaand. 

Bibles. Comme ton e t 1 3 > ^T™ > 5lus inacce ^ 

Pasàdescendred si S d t r f " S e, ' S ' " n ' lime 

n'^iste que par rappoS au su L "T" " ** qUe r ° b J et 

que peut être Punivïs non, l'hT qm ** C ° maU; dès ]ors , 

présentation? Le monde cw"' f ° C ^ Sa P ro P r « 

-J, 11 est parce ^'j.^^"»»** ^ * 

phénomènes, les mouvements °™ mS0DS ' Sans nous, les 

^ lois, ses causes ', ? U ' SSe " L Son ordr e, 

Phénomène A?£f⣠'fi***** » 

- ^ suHe, tout ce que n r^r e rren 



LE PESSIMISME ALLEMAND 



597 



dehors de nous-mêmes se réduit m de pures apparences. 

Notre propre être n'est qu'une apparition. [1 ne nous reste 

que notre activité personnelle, notre volonté. Cette volonté 

est-elle une réalité, est-elle libre, spontanée? Non : elle se 

réduit à une détermination occasionnelle, temporaire, d'une 

force universelle, inconnue, inconnaissable, volonté aveugle 

dont les volontés particulières sont des morcellements. 

Cette volonté, d'après Schopenhauer, n'est autre que ce 

vague inconnu, cette providence hypothétique, ce Dieu 

qu'on doit toujours supposer sans jamais l'atteindre, ce 

juge irrémissible mais inconnaissable, que Kant accorde à 

la soif de justice dans l'humanité. Ce sera l'Inconscient 

d Hartmann. Cette force inconnue a produit l'univers; tous 

les êtres sont ses manifestations, ses déterminations. Ces 

manifestations sont le flux des choses. C'est l'illusion de 

tout ce qui est fini et qui doit périr; c'est la Maïa qui nous 

fait prendre pour réel un monde qui est à peine un rêve. 

Existe-t-il? N'existe-t-il pas? Qui le saura jamais. 

Mais la volonté inconnue est affamée d'existence non 
moins que de destruction. D'où une procréation illimitée. 
Tout naît et meurt sans cesse. C'est un mouvement irrésis- 
tible plein d'angoisse et de douleur. L'homme est emporté 
comme un fétu dans ce processus universel. 

Cet ensemble de représentations toujours apparentes, 
mais toujours renouvelées, est détestable et la vie qui 
l'anime mauvaise. De là les fléaux, les pestes, les famines, 
les épidémies, les guerres, les destructions, parce que la 
vie se retrempe dans la mort "». Détruire, c'est revivre. 

(1) « L'âme humaine peut contempler sans effroi cette vaste scène 
du inonde. Heureuse si dans le tumulte des éléments elle a pu 
s'élever à une hauteur d'où elle puisse voir passer avec calme ce 
torrent de ravages auquel sont livrées toutes les choses linies » 
(Kant.) 



o98 

SES OBIGINES 

Qu'a Jamais loin de „ lol]edestinsoit 
Et le malheur ton roi. 

L'homme peut se délivrer de cet tfhvm 
cauchemar, par la mort et nar > P aff ; eux J c ° Urant ' de ce 
concourir à , a transmission d la vie ?' * " V ° ,0nté a 
«ne délivrance. Dans le ,„ , ^ mon sera »'<>» 

applaudissa lt ceuxq afromSt 5 ** g ' adiateu "' on 
^fflait le lâche. Renon on "^ aVeC audace > <* 

Supprimons ainsi l'univers ^ * S ° y ° ,1S ,lbres - 

~T^£^*E? Le ?**-< ' 

cipe du bien doit l'emnôrw ' ? SS1 ' Mais le P™" 

par la rédemption sZuT^V* ^ &don ***. 

enseignement sont"" £^2 THF*- ^ 

Schopenhauer n'est pas res é c l la / hlloso P hie de 

prussien. Elle s'est propag e d^tt ^ S ° n ^ er 

Progrès de l'influence germaniauer Par ' S ay6C les 

est prussien. C'est un TnH peSSim,sme a »emand 

bouddhistes dans Ïlnde se ,o ^T™™ 1 **» vrais 
Thibet. On peut ïcerr tr d'r i' HimaIaya ^" 
tendances pessimistes a,. Commit le ^^ 

développé en Allema^nP ni , ment le Pessimisme s'est-il 

™e je épo j: t: t srsr ,raïme 

une influence du climat ? „„! ■ £". • y reconna «re 



I 



SES DANGERS 



599 



assimilé que le côté pessimiste? une secrète influence des 
vieilles traditions aryennes en faveur du principe du mal 
dans l'univers; traditions qui ont servi de fondement au 
mazdéisme, laissé leur marque dans les cultes brahma- 
niques, inspiré le bouddhisme, coopéré à la constitution du 
christianisme, montré leur persistance par les progrès du 
manichéisme dans le midi de l'Europe au moyen âge, 
provoqué le mouvement si curieux des Albigeois, el contri- 
bué à accentuer les tendances pessimistes de la Réforme :' 

Il ne faudrait pas croire que ces doctrines ne présentent 
aucun danger au point de vue politique. Dans Schopen- 
hauer. même dans Hartmann, le pessimisme revêt une 
teinte de fanatisme. 11 y a eu des doctrines négatives fana- 
tiques. Les Arabes ont dû leurs si rapides succès à un 
fanatisme ardent. Les Mongols, les Tartares, étaient poussés 
par un fanatisme encore plus destructif. Des armées, per- 
suadées que la vie est un très grand mal. pourraient être 
fort dangereuses pour des populations persuadées qu'elle 
est, au contraire, un grand bien. Les sanglantes et affreuses 
scènes des amphithéâtres à Home ne développaient pas 
seulement la soif du sang el de la mort; elles avaient leur 
principe dans une véritable férocité. « lu gladiatoriis pugnis 
timidos et supplices et ut vivere liceat obsecrantes, eliam 
odiosos solemus; fortes et animosos et se acriter ipsos 
morli offerentes, servare cupimus. o 

Mépriser la vie, c'est ne pas y tenir. Que demandent les 
officiers prussiens:' Que leurs soldats marchent sans souci 
à la mort comme les gladiateurs romains. Quant à eux, ils 
jouiront ensuite des conquêtes, ils partageront joyeusement 
le butin, tout comme Guillaume I er l'a réparti entre ses 
associés Bismarck et de Moltke, dûment payés. La guerre 
de 1870 a été une affaire en participation. On parle des 
progrès de la civilisation. Lu 1814 les alliés ne demandèrent 









600 



LA FRONTIÈRE RUSSE 



a profit ses illusion^ ses ,h iP ^«P«*«*r. me«ant 
d ^ Peuples, la ^ ° "I ' a paiX et la f *ni, é 
'a France désarmé 1 J ?*?*"' àyant Sur P™ 
démembrée, to „T e ' iTtÏÏ'des^*,^^ 
auxquels rEurope„' é , t i t ;,: s e 2 tu t ^ * ^^ 

§ "• ~ LA FRONTIÈRE RUSSE 

En quelques heures le chemin ,Ip r„ 
entière, par Insterbourg h , ( ' T* ronduit à 'a 
Wehlau, Friediand. I^o ^tt !"?' * ^ ^ 
bourg, pl us habitée ,,' ' ' ee , ebt ,lante J^qu'à Insler- 

^desquiséparen t e Hi^t e B2r e l PrtU,r r ,,IeS 
mûrs (20 août); on les cm,™ n C ' S sei ^ ,es so »t 

'Europe, la récolte disS^L * f ^ d " nonI de 
monde y prend part I • hn grande réco,te - Tout Je 

allemandes. ' ^ ,il P lu P»« des campagnes 

A partir d'Insterboure les hois i M i - 
de l'importance- les cILlJ, brUyères éprennent 

on sent qu'on app ocJ d f f ^ n ^ J,luS sévè - = 

qui sert de fronti/ie on en P e « '' "" ""* C ° l "' S d ' eau 
Wirballen. ' "^ e " Russie P*r la station de 

Manche, verte, rempl^Tl X fTes^f ^^^ 

—.Chaque espèce d'emp^ ?1 ^ ^ 






PREMIERES IMPRESSIONS RUSSES 



(501 



porte une casquette de forme, de couleur différentes. La 
douane, la police, l'administration, l'armée, ont diverses 
casquettes. Ceux qui ne portent pas de casquette ont des 
bonnets, non moins différents. Grande profusion de cos- 
tumes, tous nouveaux pour un Français. Le bonnet est 
particulièrement la coiffure du paysan et du juif russes. On 
n'a pas besoin de quitter la gare pour faire connaissance 
avec ce dernier. Ce n'est ni le juif français, ni le juif alle- 
mand à lunettes d'or. Le juif russe a la mine sordide, le nez 
très affilé, les cheveux longs, la houppelande traditionnelle; 
aussitôt qu'il vous aperçoit, il vous propose des roubles 
papier et probablement toute sorte de choses si on parle 
russe. Quant au paysan russe, que nous étudierons bientôt, 
il est grand, maigre, bien découplé; bonnet en peau de 
mouton, blouse rouge ou bleue, retenue par une ceinture 
de cuir. Il remplit la gare. Il a l'air vigoureux. 

Le centre de la gare est occupé par la douane et la police, 
fonctionnaires à casquette blanche, ou verte, ou rouge. Par- 
fois ces casquettes produisent l'effet de turbans. Police et 
douane russes sont extrêmement curieuses, à l'inverse de 
la police et de la douane allemandes, qui m'ont paru très 
civilisées. D'abord les passeports, puis les petits colis, puis 
les gros. Des gendarmes gigantesques vous surveillent. 
Toutefois, avec un peu de patience et quelques copecks 
joyeusement distribués, on finit par s'entendre fort bien avec 
ces divers personnages à casquettes. L'un d'eux cepen- 
dant, ayant remarqué à ma main, et trouvé à son goût, 
un jonc charmant à petite épée, avec poignée d'ivoire, se 
l'appropria après m'avoir félicité de pouvoir entrer si facile- 
ment sur la terre des tzars. Depuis, les douanes m'ont fait 
parvenir, en ('change, une sorte de lardoire, avec laquelle 
on pourrait chasser le loup. Les civilisations se différencient 
par les petites choses tout aussi bien que par les grandes. 






602 



" HW « B » U VBAIE RUSSIE 



^es contrastes entre l'Allé 

iu ";"- L * vêtements des So DU î a 1 ? "" mi,ie " ^ 
!**«■. Jes aIiments da e n 8 R^'^nifo^fe 

firent. Ces contrastes o , r ' , ?" ga '' eS ' tout «* 
change^em de langue. pIus sensib,c s par le 

Ce n ' esl Pas encore toutefois h m ■ , 
avec ses bois sans limites et s^r f s Ia sainte ««ssie, 

Pieuses acquisition de L ^2 (T? *"" des P lus 
^«dirait la Prusse orient w^^ Ia L ^uanie 
•«»> On cou,, aussi | ;:^ J^f?"- P»s deux 
* ™ a V 1 aspect est plus pauTc^Tv f"" " 8 d ' ab ° rd 
franca.se débandée, poursuivi h. • ' a ' ,Ue 1,a, ™ ée 
P eu de repos en noveS /«^ ' Pl " PMndw un 

^"s.Ell,,,,^,^: 1 ^ '^'-ns elle y trouva ,e 
Cha "'^'-, ils .,;,,,,, ,,,,,, ";f' V '^ *»■ que l ques 

^ ains ^longdu C nem^ 

rouge et ceinturon de cuir- leur, ' ' - VSiMls en L,ous e 

^ ambe s et pieds nus - aiI olnwJ emmes à jupons rouges, 



LIVRE TROISIEME 



Entraînement politique de l'Allemagne. 



CHAPITRE NEUVIÈME 



La Lutte pour la suprématie en Europe. 



•• Nous réussirons, avec l'aide de Dieu, à gagner 
pour la nation allemande la situation dans le inonde 
à laquelle son importance historique, sa force et ses 
mœurs pacifiques, lui donnent droit. » 

( Discours de Guillaume I", 86 mai 1870.) 






% I. — LA MAITRISE DE LA PltUSSK 

^ Avant de quitter l'Allemagne pour la Russie, comment ne 

ferions-nous pas connaître notre sentiment sur les graves 
problèmes de politique internationale contemporains, pro- 
voqués et portés au premier plan par l'action de la Prusse? 
Quand on visite l'Allemagne, qu'on parcourt ses journaux, 

qu'on suit de l'œil les diverses étapes de son entraînement 
politique, économique, militaire, ces problèmes se dressent 
d'eux-mêmes devant vous; ils vous accompagnent partout; 
ils ne vous quittent pas un seul jour. Mirabeau, le seul 
Français du xvui^ siècle qui ail bien connu la Prusse, saisi 
sa politique eL deviné sa puissance, a dit : La guerre est 
l'industrie nationale de lu Prusse. C'est à peu pires ce (pie 
Montesquieu pensait des Romains : La guerre est le seul art 
<les Romains. La formule de Montesquieu était plus exacte 
que celle de Mirabeau. Jl y a en Allemagne d'autres indus- 













^^ 


1 


1 1 








00(J 






1» l'acquWliM de |° riche™ ,' " < lé do '»™''"l' 
Savait, ainsi ,,« „ C11 , C j ; ; q r '?" 1K J"» Whes dn 
P0«va,eM marcher de front ,i ,, , ?" sc " ,,,ces - *» arts, 

»•<»* XIV, av« , « , t"S * m f.»«s, co„,,„ 

P«"Pa ne s', es, élevé je V ' a "'" ' e " e <"""»" 
!*' ,n »«-.n»|.! ;""»' la direction 

l« peuples, les i„ ïain ""!"■ "rapprochement entre 

linduence de génies tels ,„ e 

»'"'"""".;;::;;;:;-::::-;;::;«•- - .„..«„. 

!"'" - «W M o W n*i™ 1 f*f *•<• 0-. tout , 2K 

; >* ■.■....■;;„' ,:' ;;;:;;;;;*-"■ Ct^ri* 



PACIFICATION DE l/EUROPE 



607 



Montesquieu, Leibnitz. Kant, Gœthe, Adam Smith, Turgot, 
la longue réaction pacifique qui a dominé en Europe de 1815 
a 18S4, avaient profondément modifié les idées sur la guerre 
et l'avenir des peuples européens. Les théorèmes et les 
prédictions de Joseph de Maistre étaient tombés dans un 
complet discrédit. Il semblait que la marche, si rapide et si 
brillante, île la civilisation, les progrés de l'aisance et de 
la liberté, avaient pour conditions la paix et la fraternité 
des peuples. Nulle part ces idées, ces espérances, n'avaient 
plus radicalement pénétré qu'en France au fond des esprits. 
A partir de L815, non seulement les bras, mais les intelli- 
gences et les coeurs, avaient désarmé. Tout ce qui touchait à 
l'armée tombait en oubli. Souvenirs, traditions, institutions, 
mœurs, lois, tout était livré; à l'abandon. Le service militaire 
avait pris un caractère totalement mercenaire. 

La Prusse ne se laissa pas envahir par ce courant nouveau. 
Elle sut conserver les idées, les goûts, les institutions qu'elle 
tenait des siècles précédents, tout en entrant, avec une 
activité- féconde, et des résultats considérables, dans le 
courant économique du siècle nouveau. 

Aussi lorsque le roi Guillaume ["'' s'adressa à elle pour 
continuer l'oeuvre de sa mission historique, elle se trouva 
prête, elle ne marchanda pas son concours, elle se leva loin 
entière au son guerrier de la trompette. Cette métaphore 
appartient à M. de Moltke. Il n'en a pas été de même de la 
France. Il a fallu toutes les amertumes, toutes les douleurs. 
tous les sacrifices, toutes les insultes de la guerre de IK7Û 
pour réveiller dans la vieille race celtique le souvenir de ses 
gloires et de ses devoirs militaires : réveil terrible, mais 
qui, avec l'aide de Dieu, sera salutaire. 

l'as de problème plus ardu, eu effet, que celui de savoir 
quelle place une nation doit tenir dans le monde. [/Europe 
entière, depuis plus d'un quart de siècle, se consume en 



I 






60S 

PACIS IMPONERE Moreji 

en e ^ de mê ma ((U fslf agne * de sa f0 ^; 
^moires de César s'ouvrent ? T" 1 " 8 P aci ««f»<*? Les 
germaniques en Gaule Ce 1*7° ,e récil des basions 
^ Romains; elles se S o„ , \ " S " e cess ^»t P** sous 
e,,es °»< repris pend an ^V^* W «; 

Xv, " e e( ""ois fois en cHui-, ° S ' eC ' e ' à ,a fi " d» 



! 



Giume^1 ,è M r lS p nté *" ,, '"""™"i ^me de 
*«* de l'énigme P0yaJe ^ - "«"s f 0urnil . Je véri(ab]e 

"" ^altérait p« JK io * d ^»»p 
co ^cre dans toute 'Europe aux, ( "°'' mes * ue ^ 
P, USSent êtr « appbguées ^ œ UV res ^ -^ h * mm 
° amv erajamaispa>lavoied esi S7 ' ,m,x? A,;,is <*la 
Je *» vois qui dr C0 : n,S0C,a,,O,lsint «™alionales. 

?''--'- le bu, dési™tS,f U P - UPniit ^'" ,etl - 
* "«e puissance qui. sans n r , ^ Ut ? en Europe 
assez forte pour interdire un t? 1 on 9 uérm ^ serait 

Eh bien 'iecroisquesic^e™r ? ^ la «°«W- 

accomplir, c'est de l'Aile t^T disante doit jamais 

•^'emagne que partira l'initiative ». „ 

«e la guerre est le meilleur li™, ° et essai sur les causes 

ft« précédé et su^riT^ t F *" éHa ^ 
a M " Arsè ne Legrelle. * " e 18 '°- "■*« (1875) l'attribue 

( 2 ) Ibid., p. 49 6 






INTERDIRE LA GUERRE ACX AUTRES 



609 



Pour clairement saisir la portée de cette déclaration, il 
faul d'abord s'entendre sur la parenthèse : sans vire elle- 
même conquérante. Depuis 1815, l'Allemagne et le Piémont 
sont les seuls peuples qui aient fait des conquêtes en Europe. 
Holstein, Slesvig, Hanovre, Saxe. Alsace-Lorraine, la Prusse 
ne s'esi pas refusé d'user du droit de conquête. La pensée 
de M. de Moltke doit donc être rectifiée. Il faul dire : «d'une 
puissance conquérante assez forte pour... » 

Interdire aux autres nations le droit de guerre, le conserver 
pour soi, c'est avoir la maîtrise. Nous n'avons pas besoin 
d'ouvrir Grotius ni Bluntschli. Kant est. à cet endroit, très 
suffisamment clair. Il nous a prévenus de ne pas quitter la 
garde de notre épée jusqu'à la constitution républicaine 
des États-Unis d'Europe. Heine nous a renouvelé l'aver- 
tissement '". 

La Prusse a donc en vue de s'emparer de la maîtrise de 
l'Europe, d'établir sa suprématie militaire, suprématie poli- 
tique, suprématie économique, Elle a pour moyen l'union de 
l'Allemagne, pour instrument, la guerre. Nous avons insisté 
sur les grandes ressources actuelles de l'Allemagne, sans les 
amoindrir, sans les exagérer. 

Derrière ces hautes prétentions de la monarchie prussienne 



(I) o Je vous conseille d'être sur vos gardes; tenez-vous toujours 
armés; demeurez tranquilles à votre poste, l'arme au lu-as. Je n'ai 
pour vous que de bonnes intentions; mais j'ai été presque effrayé 
quand j'ai entendu dire dernièrement que vos ministres avaient 
le projet de désarmer la France, » (Ibid., I" vol., p. 320.) Heine 
ignorait que depuis 1815 la. France avaii désarmé. 

Il faul comparer cet avertissement loyal aux effusions germaniques 
Hé lu presse française aussi bien sous la monarchie de Juillet que 
pendant le second Empire : .Iules Favre, Saint-Marc GirardiA, Pelletan, 
Garnier-Pagès, Lamartine, E. île Girardin. L'auteur de la Prusse 
et In France, I" vol., p. IT.'I -200, est a cet égard impitoyable avec 
raison. Que penser des désarmateurs actuels ? 

17... 



610 

M MAtTRrsE ÉCONOMIQUE 

" mul voir égalernpnf i„. 

y «"npnsl'AaWche allemande de 7? T"' 11 Un «">«» 
Sans doute, les due,, élé ments 7S r f ,lll0nsde Pannes 
élevés à une haute civilisation S Ce grou P e se sont 

'Allemagne, conu Be ^^ïî u,a f n « ' a civiIisati <» 2 

d « Europe-occidentale n V , T"'' 6 à,a «WH-tioi, 
l' 1 "' 3 " 1 '" à subi,, une douloureuse d£ ^ Œ ''° m P a «ie 
«guerre, c'est-à-dire pour S « T* Si ' P ° Ur faire 

,esl «"es économiques, SClT*^™'™ d ™ 

'•^> "nnoins de persista ee V 'i deUr - ,limoi »^« 

P«*-«w davantage. Très £^ C , hampSdebata ^ 

tmnd de gloire militaire j e 

ai™ ii .•„„,.,. '"""«■■■m ,i„„ ,,. . . " "'" quiiq» 

- , ,.;„':: '•-. •"»■ *» h..,™,,, t; 1 "","" "°"'™" 






LA TRIPLE ALLIANCE 



CI 



peuple allemand la pris,, d'autanl plus qu'elle s'épanouit 
en milliards, sans dédaigner aucun accessoire. 

Par suite, les perspectives des États-Unis d'Europe sont 
bien autrement lointaines que Kant ne le supposait puis- 
que huit .1 abord sauvegarder l'Europe elle-même Kant 
ne pensait qu'à une république, une confédération d'États 
libres. L Allemagne entend commandera des États satellites 
de même que le soleil s'impose aux planètes. 

Comment réaliser celte lâche, comment accomplir celle 
mission? Point de doute à cet égard. M. de Moltke, de ce 
chef, est d'une clarté parfaite. Et son élève le général- 
chancelier de Caprivi n'a non plus laissé, tout récemmenl 
rien à désirer au sujet de la constitution d'un ensemble dé 
forces militaires qui mettenl l'Allemagne en mesure par 
son évidente prépondérance, de s'imposer à tous se, voisins 
Œuvre grandiose, mais, au fond, irréalisable, par le seul 
effort, quelque puissant, quelque patriotique qu'il soit des 
Ixermams, avec quelque enthousiasme que tous de la 
Vistule au Rhin et du Danube à la B altique, entonnent le 
Deutschland Uber ailes. 

Interdire >.k la Russie, interdire à la France, interdire à 
1 Au tnche-Hongne de faire la guerre pour graviter humble- 
ment et docilement dans l'orbite allemande, est une pensée 
orgueilleuse, mais chimérique. De là h, Triple Alliance 
qui a pour objet unique de paralyser l'Au triche-Hongrie 
par son dangereux voisin l'Italie. Une l'Autriche-Homfrie 
ait h, velléité de se détacher de l'alliance, elle se trouvera 
de nouveau placée, gl , lce aux hel|( , s ( . oml)illaisons (J( , 
Napolé on III, entre l'Allemagne et l'Italie, contrainte 
d obtenu- l'appui de la France, qui est bien loin, ou de la 
Russie dont la Hongrie a encore peur. 

Avec le concours de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie 
I Allemagne peut se croire suffisamment en mesure d'inter- 









6-12 



LES tLLDSIONS DE l'ïBBOPE 




"I 

!.j 



I" 



dire la guerre soit à la France soit k 1. iw 
et à l'autre réunies- mais -«»' ? , Hussie - S01t d r *™ 
que la Triple EcTon , f F h mterdicti ™< de même 
un état de'chot S b f" 66 * ^n*»» en Europe 

S" 

et en France sur.ou ^" „ u p ^ beaUX eS P rits > à *»* 
-dèle, libérale, d^^^jE^^™!»*-*» 
avenir meilleur- les m „v 1 ' a, ™ geant ' humanité vers un 

reculaient dev an U e ° ml 7" *' ^ qUe les P eu P^ 

défendre «DU fo lk ft ? 6S Sacrifices » ^ire pour se 

a fallu tous les excès de la guerre de 1870, 

montré l'adversaire JS , "««mente de la Prusse; il s'est 
de<re présenté au maïcM^t T ^ f * Ayant e ™sion 
Mant, son camarade ^deSée ITÏ V^ Gharles 
amertume, les larmes aux yeS 8 t' H ■"T"' 1 " 1 rCn ° UVela avec 
de l'opposition et lWewCe hIV ^ C0Dtre les a «"P«« 

f * «-« Uil 3S2T, ' d l7: "f ^ D ^ PO-' 

de douloureux rapprochement, « événements humains 

Quant à l'attitude d Supposez Nie] à Metz? 

en 1866, 1867 et 1868 elle ZT T^' SUrt ° Ut Celle de Paris, 

^ le rellet d'une Ln o„ D S ""' ™ US " si ella "'*™ 

-me P t voulut «J^ JÎÏÏXT"-- ^ " e ° U ™- 

dans plusieurs villes. NapoZïlI recula S TT? V™* ^ 

qui a longtemps dirigé l'onini,,,, , /mfl ' *» ^tete, 

^ance disait, dès 1 ÎavS S Tto f "^ eXtérieUre « ,e ia 

l'Allemagne consolide auss a L " *" UDit et Mn ^We 

Samt-Ma rc Gn.ardi„.Na ol'mm! ;" ^ ''" ait ^P 5 ™* de 

«' ù A»» aecumude £ épreuves e S TV/ '""^ ^^ 

Tristes pages, mais ,,u'd L P f' 68 (p " m ^ { " vo1 -)- 

erreurs comme les individus. ^ PeUpleS ]3 * ient ,eurs 






MOMENT DECISIF 



613 



l'explosion d'ambition et de menaces dont elle a été 
suivie à l'égard de l'Europe entière, l'injonction péremp- 
toire adressée à la Russie de ne pas entrer en 4877 à 
Constantinople, les déboires du traité de Berlin, pour 
mettre nettement, en plein jour, la maîtrise que la Prusse 
entendail s'attribuer sur l'Europe, au nom du peuple 
allemand. La Russie s'est alors considérée comme atteinte 
dans son indépendance, comme gênée dans sa libre action, 
comme blessée dans ses intérêts et sa dignité. Béni soit 
M. de Bismarck d'avoir permis à l'Europe de voir enfin clair 
dans les énigmes de la politique prussienne. A partir de ce 
moment, les principaux États, et même les petits, ont armé 
dans la mesure de leur population et de leurs ressources, 
sans que l'Allemagne, inquiète elle-même de l'éloignement 
de la Russie, ait songé à s'y opposer. 

Moment décisif dans l'histoire de l'Europe contemporaine, 
car. après la guerre d'Orient, après le traité de Berlin, il 
eût été peut-être difficile à la France, toujours divisée par 
les partis, à la Russie, ('puisée par une guerre coûteuse., à 
l'Autriche elle-même, de résister aux attaques de l'Allemagne. 
D'ailleurs, le vieil empereur s'avançait vers le terme de 
sa carrière: il ne se souciait nullement de compromettre, 
dans une aventure quelconque, les résultats obtenus; il se 
complaisait à répéter que le sort de la guerre de France avait 
tenu à fort peu de chose, — ce qui est exact. — Supposez 
(pie Ba/.aine ail résisté deux mois de plus à Metz, ou que 
Mac-Mahon y ail été placé, tous les événements changeaient 
d allure; il voulait mourir au sein d'une paix glorieuse, 
croyant avoir assez fait pour la Prusse. Puis survint la crise 
intérieure de l'Allemagne, la lutte de Frédéric III contre 
M. de Bismarck, sa mort, l'avènement de Guillaume II, 
la mise de M. de Bismarck à l'écart, sa disgrâce, sa 
déchéance, sa décrépitude dont nous jouissons, la mort de 






■ 



614 

LA RÉSISTANCE 

^ISS'S: "*" fl « Enéide, 
joyeux compagnon " COpenhai,P '-' bie " qu'il ft 

scène de l'Europe ' ^^ à *» P rès '» mise en 



§ 3. 



LA RÉSISTANCE 



disparition ou de' la ndlTl* " ■****». delà 
cassement des ^ ^ ^r 80 "^' ^ *«**■ 
f mes. Quel,, résurrection ,n a, , H"" 8 "^ les 
temps sont changés | pourri™,™ ■ rance! Q " e les 
est encore debout. Cmî 1872 fVT Ataer - E,,e 
allemandes, ses richesse 1 ' ^fl leS 8 P 0,iati <™ 
Elle possède des ins, ( 1 *?**?* de J0 ° ffliI «ards. 

-ai, vacillantes .rnrou":st a r émOC '' a,i(ÏUeS ' H est 
volonté d'un dictateur jÏÏÏÏ démocraties - Mais à | a 
J™ illuminé, " m ^; "J* °f ^o-batave, 
diabète, a succédé mm L' déCrépit ' I7,iné Par le 

frises, to^nry^^i ài ^« i - 

La patrie n'est plus gardée n»', " ;,, ' uenai ' ds étrangers. 

dévouée avant ont à Ta JZ T ^ de »««^». 

«ères, mais par 1 ï "^ d „ Une dvnas ^ de condot- 
indépendan.s etpïéîs m ' ,h ° nS d ' hommes bercés, 

Ce ne sera cerles m* L. v. 
l'Allemagne ■ «Te ' n , T' T" Sl ' bii ' a h maftrise de 
«» à un se cou ! ,' ftMcbt *' hac I ue a ™ée davantage- 

Franctbr O " ? '" nS **"*« établis les traitéTde 

'- classes XSes'de" ^f* * '? ""■■*»• « 
fnce de ce il^Z^eT^et T ^ ^ 



LA RÉSISTANCE 615 

Europe ">. Vaines protestations, ovulions qui ne rendront à 
M. de Bismarck ni la vigueur des années, ni l'opportunité 
des circonstances. Napoléon III a plus contribué aux succès 
de M. de Bismarck et aux victoires de la Prusse que M. de 
Bismarck et la Prusse mêmes. Cet étrange personnage 
balayé de la scène politique de l'Europe,' les forces en 
présence ont pu se mesurer face à face. 

La prétention de la Prusse de s'emparer de l'hégémonie 
en Europe, au moyen de l'union allemande, ne peut conduire 
l'Europe qu'à de nouvelles guerres. M. de Bismarck et 
Guillaume I« qui ont su toutes les difficultés de la lutte 
de 1870, malgré tout ce qui a secondé leur fortune, n'ont 
pas voulu les entreprendre. Ils ont laissé cet ouvrage à leurs 
successeurs. La Prusse, l'Allemagne, les Hohenzolîern recu- 
leront-ils comme eux? C'est le secret de l'avenir. Mais il n'est 
pas interdit d'étudier ce secret; c'est un devoir rigoureux de 
ne pas en laisser dépendre sa destinée. 

La race germanique est convaincue de sa supériorité. Elle 
peut se croire appelée à exercer une grande mission provi- 
dentielle. Combien déjà ce sentiment est profondément 
exprimé dans le chant patriotique : Deutschland ttber ailes! 



L'Allemagne, l'Allemagne par dessus 
Par dessus tout dans le monde, 
Si pour se défendre et attaquer 
Elle s'unit fraternellement &). 



tout, 



M. d( 



Mollke se trouvait en parfait unisson avec le 
peuple allemand quand, dès 1868, il attribuait à l'Allemagne 
la force et le droit d'interdire la guerre aux autres nations 
de l'Europe. 



(1) C'est le point de vu, développé avec talent dans un article 
de \Economist du M septembre dernier. 

aSl un S?f " Sf " n rhant de défense : le Deutschland Mer 
unes un cliant d attaque. 






■ 
I 



616 



4. 



DÉ MEUUREMENT DE LA FflANCB 

Mais en attendant de so ma» 
*»*, , e peup le aut^Z^T "l ? ^ 

occasions de lever, de temns , , PaS neg,, ^ er ,e « 

S milliards, avec les accSlt , T' , des indemnités ^ 
revendications traditionnelle délaie^ l '' i0mpher les 
serait donc contre la Fr ^,1 german IqU e. Il ré cla- 

« d'une possession «^SW dl1 droit historique 
et même au delà, le su S ?' ai ' '™ té de Verdun 

'a Franche-Comté, ^ f,^ «- Boulogne, 
départements; même, au besoin it ■ ' *~ U mo,ns se P { 
comme une sorte de tampon **** ''° yaUme d ' Al>1 i 

France après 1815 «i "" 3U rel ™ent de la 

'^PereurAlexan^r 7ni!T S :, eIIemefut 



donnée 



par 



l'empereur Alexandre 



fois pendant les négoJS'» T î™ Wl VOi1 ' Pleurs 
» »'« fit présent ave es 'le" 1 , T n ° M Sé P arames 
^te carte est tracée la wf ^ P - IUS t0UChantes " Sur 
arracher à la France c * ue i ï?™™ *"» voulait 
Alexandre parvint à empêchC Cette H ^ * rempereur 
P^tie de la Franche-c3 tÏÏ fvZ "^^ Me 
partie de la Lorraine, et les Troi F tï^ Une ^' ande 
bières, Givet, tout' 1 Z^ttm ^ ^ 
jusqu'à la mer W. » Ia F,andre française 

(1) Extrait par la Vv»/iW/„ n 
"-"< *> du/de WcïS *"" <J3 ° Clubre !S93 ) <*» rapport 

Le AWw A^r.v de Berlin or»»»» ! , 
s exprime ainsi (octobre 1893) 17 J * < Caprivi ' ch *«c«He r , 

S PaCes don( < les Français sont 



DÉMKMBBEMENT DR LA RUSSIE 



61' 



Il réclamerait contre la Russie : la L'rthuanie, la Courlande, 
la Livonie, l'Esthonie, complément naturel de la véritable 
Prusse; à la Belgique, toute la partie flamande; les deux 
tiers des cantons suisses et les provinces allemandes de 
l'Autriche. Ce serait l'application du principe des nationa- 
lités, ayant pour fondement la communauté de langage. 
Fortifié par ces acquisitions, le peuple allemand pourrait 
parler en maître. En tout cas, on conviendra que la commu- 
nauté de langue — qui n'existe ni quant à lu France, ni 
quant à la Russie — n'est pas sans offrir quelques dangers. 
Ces idées ne sont pas réduites à l'état de théories plus ou 
moins chimériques. Files se traduisent par des projets de 
mouvements territoriaux sur des cartes géographiques, 
exposées dans les écoles et ornant la plupart des cours 
élémentaires. Le gouvernement prussien n'a garde de s'y 
montrer défavorable; car tout cela prépare son œuvre. 
C'est lui qui est chargé ou qui se charge de ramener le tout 
à la réalité. 



'--"- ne contient que 60°/» d'éléments gaulois, 10 •/„ d'éléments 
romains et 30 » „ d'éléments germaniques. Nous avons le droit 
île nous assurer la tranquillité. Il faut remettre 1rs choses en l'état 
où elles étaient avant l'époque île François 1". Entre nous et les 
Français, il n'y a qu'une frontière légitime au point de vue du droit 
international, c'est celle qui a jadis séparé l'Austrasie et la Neustrie, 
sans parler de la Flandre. En un mot., il faut rétablir la frontière 
'I' 1 l'empire allemand telle qu'elle était sous l'empereur Charles- 
Quint. Après une nouvelle guerre victorieuse, nous prendrons sept 
départements à la France : le Nord, la Meuse, la Meurthe, les 

Vosges, la llaule-Seï , le Doubs et le Jura. La population de ces 

territoires est de sang allemand, bien qu'elle ait adopté depuis 
le moyen âge des mœurs welches. » 

Ces idées nous semble extraordinaires. Eh bien! M. Van Praet, 
dans ses essais fort remarquables sur la politique des États aux 
trois derniers siéeles, en est tout imprégné. Il regrette le royaume 
île Bourgogne ! 

Viendra, sans doule, le jour où la France parlera à son tour. 

1S 



r 



'.tri 



618 

LES GR ° Ui>ES E ™ N IQ UES EN EUROpE 

§ ^ • • 

S — HEGEMONIE DF ri n.™ 

DE LA RAC E GERMANIQUE 

t^Zts' ra ° e «■— *" »»»' ™° *«. par 
'««tes parts, te idées. I,1i„ï 1 ^ " ""' ^ de 

t ^p* 1890 

Groupe an Haie 

- SSï:::;;-- ï-jj-s »«.».«. 

- ZT ■■■■'■■■ s$? S:ïï 

- portugais :;;;;: tïï'ï 33 - 400 - 000 

7.480.00Q 13.000.000 

Ensemble... 161 snn nnn ,„■ . 

Joi.suu.000 401.S20.000 

Nota. — Ce tableau n'est guère f«.vn™w 

c»lt n ,;:f™™; ^ c ;; e f «T''»» s r m '^ t «« 

™-s déjà i»si, r '•,"., ï" 6 " tt, «P e » d »"«. Nous 
Mieux ,au, p0 „ j" I àce W !* r '"° d,i ^««ition. 






L KCHIQUIEB EUROPÉEN 



G 19 



a acquis la Poméranie antérieure, la Frise orientale, la 
Siîésie, la Prusse occidentale et, duranl le xix 8 , une partie 
de la Westphalie, le duché de Posen, la Lusace, la Pomé- 
ranie suédoise, une partie de la Saxe ci do la Pologne (l1 . 
Il ne faut pas confondre ces deux forces d'acquisition. 
L'Allemagne prend d'un côté: la Prusse prend d'un autre 
côté. 

4° La revendication historique. Est allemand tout terri- 
toire sur lequel, dans ses pérégrinations, a vécu une tribu 
allemande. Des droits des tiers, nul souci. 

Celte ambition, ces prétentions, celte politique, auraient 
pu exposer l'Europe, la France, en particulier, cl plus lard 
l'Angleterre elle-même, aux plus graves dan-ers, si la 
Prusse n'avait pas. en 1878, commis la même faute que 
Napoléon en 1800, en refusant de donner à h, Russie un 
blanc-seing en Orient. La Russie s'est alors lentement 
détachée de l'alliance traditionnelle qu'à son lit de mort 
Guillaume I" recommandait à sa famille de toujours 
maintenir comme l'ancre de la dynastie cl de la Prusse. 
Elle était déjà compromise. La France aurait-elle pu trouver 
en Autriche-Hongrie un appui solide, dévoué, suffisant? 
Ces! une question pleine d'anxiété, en présence de l'attitude 
de l'Italie. 



1 



$.0. — LA GRANDE LUTTE EU 



ROPEENNE 



Aujourd'hui, sur le damier européen, les places sont 
prises. L'Allemagne peut compter sur l'Italie; la France sur 
la Russie. Mais le concours de l'Italie ne suflil pas pour 
procurer à l'Allemagne le droit suprême d'interdire la 



fl) Voir article « IVu.se » dans l'excellent dictionnaire Vivien 
«11- Saint-Martin. 









620 



FONCTION DE l'autriche-hoxgr^ 



£2 eà toM«s voisins. Le concours même de l'Ant, i 
serait-il assez certain, assez complet „« 7v ,Autnche 
garantir cette suffisance-' ri Z ? • efl,Cace P°ur 

deux raisons. La prit 2^ d 6n douter ' »« 
l'Autriche-Hongrie I s „, '' eSS ° UrCes mêmes d e 

Russie, elle ne% eut ^^ o e n f P T P COntre Ia France et '* 
contre la Russie Sa teJÏÏ?. "^ P3S plus ^' e 

Quand ses armées D0 ~f* a cause des distances. 
Penses de la R^lC L» *" '^ leS masses 
« même pas possSe Z TT* ^^^ i! » e lui 
'^rche des RuLs sur fiS I a T" "' d ' an * te ' Ia 

non militaire, > cèpe nda „ \ L \ SeC0nde ™*>n, quoique 

Azincourt a eu lien JL 7 î J amée française - 
ci nqnante-neuf ans a P r? s Potv neUf aDS a P rès ^cy et 
Russes : que de4ntTi u tri/h ,r * d ' UDe *"*» des 

mque? Il f au , ( , (r( avPM „. h a la Confédération germa- 
'alliance f railc0 . ' s ™STZ ™ ' P" connaître que 

l'indépendance de lTu«ri h rrf '" '* pIUS '' éelle de 
de "«us les petits ne m pp 0ngne ' C ° mme ' au surplus, 

allemand les eng En d J, .? Uro P e - Vlct0 «««^ le peupl 

^ationgermanique a'uf na^Ta p' '?"*' ^ la Con ^ 
ee qui lui conviendra' Z^ * pnffldM elWm e 
R^sie n'auront à égler TeZ'l T™?*' h France et ** 
Leur dualité es, I [T^Tf?^ « u avec 'Allemagne. 
fiance es, une ^Zt ^. Zt"^ ^ 
est une alliance de paix felll ' aIua nce franco-russe 

celle-là prépare l'^^S'^^f'^-^-européen; 
comprendfirtWen ïvl ! emand 'r- C est ce ^ l'on 
ac *«on en Europe I convlu^ BUda - PeSlh - » 
Provinces allemandes de 1<A S e C '"? " COn,me ,6S 
serait un autre don de ioveuv U " e aUX - mix - C e 

de joyeux avènement que la Champagne 



LA GRANDE LUTTE EUROPEENNE 



621 



et même que la Bourgogne. Aussi les insinuations., démar- 
ches, avances de l'Italie à Vienne, demeurent -elles sans 
écho. 

Il résulte de ces considérations que la Triple Alliance 
expose l'Autriche-Hongrie à des dangers bien supérieurs à 
ses avantages, donl le plus immédiat est de la débarrasser 
des menaces de l'Italie, appuyées par l'Allemagne. Ces 
menaces n'ont aucune portée devanl l'alliance franco-russe. 
C'est ce que beaucoup d'esprits, en Autriche et en Hongrie, 
admettent. Ils répudient hautement les rancunes invétérées 
de l'aristocratie hongroise contre la Russie et contre la 
France. Jls comprennent que l'intérêt de la monarchie 
austro-hongroise est identique à celui de la France; ils se 
rendent bien compte que si, vaincue dans une nouvelle 
guerre, la France était saignée à blanc. — c'est ainsi qu'on 
résume les projets des Allemands, — le tour de l'Autriche 
ne serait pas long à arrive']-. 

Nulle part, la littérature militaire ne parait s'occuper 
aussi activement qu'en Autriche des éventualités d'une 
grande guerre, plus ou moins prochaine. On n'en fixe pas 
le moment, mais on la tient comme inévitable. Les uns en 
évaluent le coût à 20. les autres à 30 milliards. On est 
d'accord pour reconnaître que l'acharnement de la lutte 
sera proportionnel à son importance. En général, on en 
traite comme si l'Autriche devait s'en désintéresser. Elle 
n'a, en effet, absolument rien à gagner à y prendre part. 
Son véritable rôle, si elle est habilement conseillée, c'est 
celui d'arbitre qui peut lui échoir comme en 1813. Si 
Napoléon avait écouté les sages avis de M. de Metternich, 
les destinées de la France changeaient. La fonction actuelle 
de l'Autriche-Hongrie est identiquement la même. A elle 
d'aider l'Europe à s'affranchir de l'hégémonie de l'Alle- 
magne. 






622 

LES ARMEMENTS 
S • LES ABMEMEiNTS 

r z r " M " p°»' .»« rr ia Bie """"'« 

depuis 1871, elle a „w ' I Europe. Trois f oi , 

■^«^eidenï/^enSÏÏîfj?^ aCC ''° ftre 1We ' 
f Wel a été fait aux éie cte U ï r] * ""T a été d^ous 
Au mois do juin 1893 la dZl' f' 68 " " de ] ' a '™ée. 
Pf"ple allemand a accept ^6^2^" * *" ^ U 
Rarmée active a été aug ffl n< * "? qi ! on ,ui demandait. 
jvec une dépense annuSedî! mi \t C °'° 00 ho ™s 
doute que la France et la H^ n ?J J °° "N*"" ffl " ^1 
ne P^ se laisser distancer Z?**™ *» mesUre d e 
céments, nouvelles délse Ai,e,lla f e : nouveaux 
JA "'"che et l'Italie essaie,» ^ de ^"emagne 

<*"*• Italie subit uTS« de'ÏJ'of "^ ^ 
™Iation métallique: l a Z t '* "^n'a plus de 
"*'; elle ne trouve plus Tl,' ™ ^ ganda ^ e ' ''envahis- 
Moins ardente, plus p lu n[ °^T 9»'* Allemagne. 
remonté a Vienne à 8 ^^T^^ l '^° * 
énoncer à abolir le coursVorcé La ! ' f momenta «ément 
Peuples devient extrême E lie 'est ^ P ° U '' to " s J es 

F ™ce et pour la Russie 1 1 l T S*™** ^ * 
f e pour la plupart des ÎÙEïï^^****»' de *ême " 
de tels armements, devo JZ, " f Cr °' ent ' au ■*&■ 

E « ««86, de même " ^ <f ^s précautions. 
ava ™ tout, la supériorité n,? /• '* Pnisse s ' e st assuré 
■*P» de prépar£rSe U a Tul Ue " '* ^^^ ^ 
passes immenses : l contre 4 S f 1 ° Pé '' é au mo y en de 






EN ALLEMAGNE 



623 



loppement, les jilans des généraux et le courage des soldats. 
Elle a continué ses armements, non seulement après 
SadowHj mais après la paix de Francfort, comme si elle 
u'avait accompli qu'une partie de sa triche. Et par arme- 
ments, il ne faut pas entendre une préparation, plus on 
moins rapide, à la guerre, mais un entraînement constant de 
toutes les forces vives de la population, de telle sorte que 
ces forces puissent être soudainement levées et immédiate- 
ment mises en marche, avec l'équipement militaire le plus 
perfectionné, comme si elles étaient tenues de tout temps 
sur le pied complet de guerre et prêtes à partir. Seules les 
armées romaines, particulièrement pendant les meilleures 
époques de l'Empire, ont atteint à cette perfection. Mais 
l'Allemagne, bien que ne comptant pas encore une popu- 
lation de oO millions d'habitants, dispose de forces bien 
autrement considérables que l'Empire romain avec 120 
millions. 

En 1870, les forces militaires allemandes dépassaient 
1,200,000 hommes. L'ouvrage du général Chareton, publié 
au moment de la guerre, est explicite sur ce point. On peut 
tenir pour certain , sans rien exagérer, que ces forces 
représentent aujourd'hui le double, au moins, avec une 
organisation plus parfaite encore qu'en 1870, et qu'après 
avoir levé un million d'hommes, à cette époque, l'Alle- 
magne serait en état d'en lever, armer, équiper, entretenir 
deux millions aujourd'hui. M. Mulhall donne le chiffre de 
1,492,000 hommes pour le pied de guerre; mais toutes 
les réserves disponibles ne sont pas comprises dans ce 
nombre. 

Les peuples européens, que le courant pacifique du 
xvm e siècle avait habitués à la paix, convertis même, car 
ils en ont joui de 1815 à 1848, sans interruption, se trouvent 
donc en présence d'un grand danger. Une race puissante, 






624 



l'armée ALLEMANDE 



'. t 



admirable. J Parven " d "ne armée colossale et 

:' ^^^^Z^TTr ^ «-api 

traversée de J'AHema^ne no,, sn ' 18/L Penda » f notre 
f^menls à Berlin. £ s son? r* 8 ™ qU '" n °» *** 
grèves et à Metz, pour ™ « " T ^ de ™-,, me „t 
™ e corps. Qu'on nous perme te d'i ™ e d " V ' I,e et d « 
compte rendu d e , a revue du v, j ^? top * U «** "otre 

Le terrain de la revue Ps , \„ 
^ Longc ham ps. I, es S£ "^ "î" d " ch » m P *> conrses 
Coteaux lui servent de déco, LeT, h 0Se "°' dont ,e * riches 
d °* «» leuve, comme à ££ sont f r^ <1U *" d ° '«™ 
massé entre J a MoseJ , e ^^ ^ L * m- corps éta 
hommes sa consistance so s s a m , °" éVa ' Uait à ^,000 

cinquante ans; mais derrière cn„l 5 ! P ' US de cenl °" cent ' 
£ —ait pas, oomm a«IoS^ " redoul ^e a,,., ne 
dames tout militaire, aimanU'ai P6Uple d ° 50 mii ^™ 



I. ARMEE ALLEMANDE 



625 



malgré certaines dissemblances île tenue, vaut-il mieux; nous 
ne discuterons pas ces questions; nous ne rapprocherons pas 
la cavalerie ni les artilleurs : nous nous contenterons de dire que, 
disposant de IK ou 20 corps, comme celui que nous avons vu, 
l'empereur allemand a sous la main une force comme jamais aucun 
Étal n'en a possédé, même les Ass\ riens, même les Romains, 
même Louis XIV et Napoléon I 1 '''. Demain, un simple ordre de 
Guillaume 11 peut tout mettre en marche. 

C'est donc un immense changement en Europe, un démenti 
absolu aux espérances et aux critiques de Montesquieu, de Voltaire, 
de Rousseau, de Kant. 

Au retour, nous avons dû repasser tout le long de la grande rue 
de Trêves entre deux rangs de vieux soldats médaillés, formés en 
sociétés (Vereiné) militaires, à cote"' d'une multitude de personnes 
accourues pour saluer l'empereur. Il fallait voir avec quel respect 
tous ces braves gens accueillaient le moindre officier! Quelle 
union, quelle confraternité ! Toutes 1rs maisons étaient, pavoisées, 
enguirlandées, — partout des Heurs, des bouquets, des cou- 
ronnes. Toutes les fenêtres garnies de femmes el d'enfants, de 
jeunes tilles en toilette, des fleurs à la main. Dés que l'empereur 
est annoncé, des hourras inouïs ont éclaté île toutes parts. J'avais 
pris place à la lenétre d'un Gaslhof. ("est de là que j'ai vu le 
cortège. L'empereur à cheval vêtu d'une redingote gris clair. 
coiffé du casque, saluait de tous côtés avec une véritable joie 
pleine de cordialité. Rien d'exagéré. La loyale concordance entre 
le souverain et l.i population. Alors seulement, nous avons pu 
comprendre la force du sentiment monarchique allemand et la 
facilité avec laquelle Guillaume H avait pu congédier un aussi 
grand serviteur que Bismarck. 

Derrière l'empereur marchaient plusieurs compagnies à pied de 
la garde, troupe remarquable par le choix, la taille, la santé, la 
jovialité des soldats. On aurait dit des compagnons suivant leur 
chef, comme dans Tacite. 

Le xvi" corps ne le cède en rien an vm". 
Le péril pour l'Europe est donc extrême. Par suite l'Europe 
entière est en armes. De 1865 à 1892 les principaux États 

18. 



626 



ARMEMENTS COMPARES 



ont augmenté dans les proportions qui suivent leur armée 
permanente : 





ÉTATS 


Pied de paix. 
1865 1892 


Pied de 
1810 


guerre. 
1890 




404.155 
613.900 
280.996 
212.631 
220.147 
222.321 
142.477 


572.290 
781.518 
339.330 

507 507 

247.798 
227.321 


570.000 
558.000 
347.000 

160.000 

75.000 
307.000 


1.315.000 
1.720.000 
1.1 50.000 

1.492.000 

940.000 
606.000 








Autres pay 






Angleterre 




Total 


2.096.627 


2.675.764 


2. 017. 000 


7.223.000 



Les chiffres de la dernière colonne sont empruntés au 
Dictionanj de M. Mulhall. Les masses, équipées et armées, 
que la France et l'Allemagne pourraient mettre en mou- 
vement sur-le-champ sont beaucoup plus considérables. 
On peut les porter à plus de deux millions (*) pour chacune 
d'elles. 

(1) On rencontrera dans de bonnes publications des chiffres beau- 
coup plus élevés, mais exagérés. En 1870, l'Allemagne n'est pas 
arrivée à lever tout à fait 1,200,000 hommes. Et cependant elle 
était très fatiguée de la guerre, malgré ses victoires. En portant 
à 2 millions, pour l'Allemagne et la France, les soldats exercés que 
l'une et l'autre pourraient nourrir, entretenir, soigner, solder, nous 
nous tenons dans les limites de la raison. Dans les armées, la 
quantité ne suffit pas. A Mars-La Tour, 100,000 Français ont été 
longtemps arrêtés par 60,000 Allemands, et à Gravelotte, il n'a tenu 
qu'à Bazaine de vaincre 200,000 Allemands avec 130,000 Français. 
La résistance que 32,000 Français à Reichshoffen ont opposée 
à 140,000 Allemands le dit assez. Il ne faut pas non plus s'effaroucher 
de la différence de population entre la France et l'Allemagne. 
La Franco possède 8 millions d'hommes de vingt à cinquante ans. 



FORCES COMPARÉES 



627 



Cel accroissement de forces a été accompagné d'un 
accroissement proportionnel des dépenses. Le tableau ci- 
après en présente le résumé. — guerre et marine comprise. 



ÉTATS 




En caillions de 


Tancs. 




186566 

530.1 
601.2 

472. r, 
247.4 
632.0 

34 
142.3 

45 3 
4.8 


1869-70 


188081 


188687 

901.7 

982.8 

539.4 

312.0 

342.0 

978. 1 

46.6 

200.3 

69.4 

17.2 


1892-93 




54H.3 
015.(1 

573. li 
181.4 
005 . 

30.8 
127 8 

50.5 
4.8 


1.016.1 

872.8 

501.4 

311.4 

237.0 

760.6 

41.1 

171.0 

09.7 

14.1 


897.0 
1.107.1 
822 . ; 
421.1 
355.1 
832.4 

47.0 
170.3 

75.3 












Suisse 


Total 


2.716.5 


2.748.4 


'1.1X11.2 


1.422.5 


4.768.0 



Ces chiffres se décomposaient ainsi qu'il suit entre la 
guerre et la marine en 1892 : 



ÉTATS 


En millions de Francs. 


Guern'. 


Marine. 


Total. 




915.0 
631.0 
440.7 
710 » 
391.2 
247.5 


191.5 
255.1 
391.7 
106.7 
30.2 
107.fi 


1.107.1 
887 » 
832.4 
822.7 
421.4 
355.1 













11 résulte de ces chiffres que l'Allemagne a consacré, 
en 1893, à son armée 84.4 millions de plus que la France, 
y compris le surcroît nouveau qu'elle a accepté. La France 



628 



«PULSION DE L'ALLKMAGNB 






-— «mi 

et Ja Russie devront suit™ i- 
^ France athùui^oo™^^ de '^«gne. 
L'Allemagne redouble " ^ " ,n 1{ussie J niillia, >d CD. 
En 1880, le budget miï^F^^ *™^*to. 
-'lions; eUe l'a pméZ^mYl^y ^^ h ^ 
augmentation a désorganisé les fi "^ Cet,e 8»»*» 
allemands, même celS de ^ST",?? t0 " S les Éta * 
encore emprunter : son crédit ,< ?' LA1,em agne peut 
^mander davantage à VimL v ' ^ mt mô ™ 
toutefois certaines limités a T"^ H taxes ont 

ces sacrifices sont faits en vue de'b T C1 '° ire c P ,e 
Guillaume II à Met/ en «L,?\ Pâ,X ? Latitude de 

P"nce de Naples k^^Z?™**' h V**» du 
cela n'indiquait pas un désir ardlT 8 ' ^ C ° nSeils ' tout 
la volonté de l'imposer. C "etlt T* ** P ^ mais 
Parce qu'elle est contraire fl2 > qUI Sera bris é e > 
donneur des autres nations'. ,ndependance - au droit et a 

Le discours prononcé le 3 mai isqq 
chancelier de l'empire, général S *" *"**»* P ar ,e 
nouveaux armements de l'AlSm.' P ° U1 ' jus,ifier les 
vivant des paroles d 1^3' * COmMaire 

(!) Ces deux derniers (abl ' 
européen, 15 septembre 1893. VoicnL^ctt™^ à ''^~>fe 
Par le Statesman Year Book '' eS f ' 0M, ' ,s P r "»' 1892-93 

et 45.2 millions pour la marine ■' 1 j ' '" lll0ns »«*« P°«r l'armée, 

manne 100 millions ;- Authicb* h "* ""^ 2W mi,,i °ns lires 

marine 12 millions ; - t L ™ B .'' T*' ^ milIio » s ««"S" 

marine 14,240,000; - fITZ ' ^ J7 ' 631 .«00 livres sterling 

^ millions, sans les oSoS.' "»* 670 ■*»«. ,'ranos, SS 



L OFFENSIVE STRATÉGIQUE 



620 



à la paix. C'est exactement la politique du Sénat romain : 
Pacisgue imponere morem. 

« Il s'agit de l'honneur, de l'existence et de l'avenir de l'Alle- 
magne. Nous avons besoin d'augmenter nos forces militaires pour 
maintenir la paix. Mon prédécesseur envisageait aussi une augmen- 
tation de l'armée comme nécessaire. Or, tout le monde le considère 
certainement comme un génie diplomatique tel qu'on n'en voit de 
semblables qu'à des intervalles do plusieurs siècles, tët l'on ne peut 
pas espérer que nous ayons toujours de pareils phénomènes 
diplomatiques à notre fèlc. Nous voulons donc maintenir la paix; 
mais si mus n'y réussissons pas, nous coulons vaincre. 

» Tout le peuple allemand, dit-on, ne craint que Dieu. C'est 
beau et digne; mais l'absence de la peur ne constitue pas une 
garantie, si l'armée et l'armement ne sont pas suffisants. Nous 
n'avons pas l'intention d'entreprendre une guerre offensive, mais 
nous voulons être assez forts pour pouvoir prendre l'offensive au 
point de vue stratégique, c'est-à-dire pour ne pus commencer la 
guerre sur notre territoire, mais sur celui de l'ennemi. 

» Il ne s'agit pas tant de savoir si nous sommes en état de 
prendre l'offensive stratégique en combattant contre la France 
seule, que de savoir si le sort de notre région frontière nous est 
indifférent. 

» Peut-il nous être indifférent que le nord du pays, les provinces 
de la Prusse orientale et de la Prusse occidentale, la Posuanie et 
peut-être aussi la Silésie, soient envahis par l'ennemi ? L'offensive 
seule peut nous préserver do ce malheur. 

» Les demandes que nous formulons sont réduites au minimum 
le plus strict. Ou voit-on là du militarisme ? Nous ne pouvions 
certes pas attendre que les électeurs nous invitassent à présenter 
un projet de loi comme celui dont il s'agit, ou que l'ennemi eût 
pénétré dans le pays. Nous devons être à la hauteur de notre 
tâche au moment de la mobilisation. A ce moment-là, une giberne 
bien garnie vaudra mieux qu'un portemonnaie rempli; la cote de 
la Bourse ne fera pas alors la guerre, mais la guerre fera la cote de 
la Bourse. » 



■ 






630 



DISSOLDTIOK DU HEICHSTAG EN 1893 



Peu -on être plus clair ? L'Allemagne entend maintenir la 
paix, tout en ayant le droit de commencer la guerre afin 
d être toujours en mesure d'attaquer etde porteras ara S 

fS; oism s de pam,les menaces - w éte ™S 

szïml P ^ e ^ RciChStag reCUle - l - iJ devant la respon- 
sabi te de ces armements qu il est dissous sur l'heure et 
sur 1 heure l'empereur Guillaume I" fait ann P l .,, , 
allemand. Le peuple allemand s'est «ÏÏJïïLlfft 

'.t Tu ' a , PrUSS , e - AU SUrplUS ' l6S -lamat^ lu 
il etouidit le cadavre du vieux chancelier en disent assez 
sur ses sentiments. Les armements sont votés sans discuï 
ion; à peine votés, sans attendre l'ouverture d c rSi " 
les nouveaux bataillons rejoignent les régiments (D ' 

Donc point d'illusions. Les manifestations de Metz ne 
peuvent en laisser qu'aux sans-patrie 



ne 



i 8. - dépenses ET RESSOURCES COMPARÉES DES ÉTATS 
EN LIGNE 

Depuis 1868, les ressources de la France, de l'Alluma» 
et de la Russie se sont développées rapidement. C'est ce qui 

compotnUes %£ ££? «***"* * «0.000 hommes 
laidnteno, 5J8 bataillons et 173 demi h a t a ;ii„.,o , 

de fer, 7 bataillons- f,.»in , bataillons : sapeurs île chemins 

A H ri r ,'" GS e 'I UI P a g e s. 21 bataillons. 

autres troupes *"" aM SMS inte ™P"on dans les 



DÉPENSES ET RESSOURCES COMPARÉES DES ÉTATS 631 

explique comment elles supportent de pareilles dépenses. 
Il n'en est pas de même de l'Aulriche-Hongrie, parce que 
les progrès de la richesse ont. été moins grands. Quant à 
l'Italie, il ne lui est plus possible de suivre le mouvement. 

Ces dépenses, toutefois, ne donnent aucune idée du coût 
des prochains conflits, parce que les armées, appelées à 
entrer en ligne, seront au moins quadruples des stocks 
permanents actuels. C'est alors que l'Europe sentira tout le 
poids qui pèse sur elle par la volonté de la Prusse. 

On se demande quels seront les peuples en état de faire 
face à ces dépenses W? Ce n'est pas, d'abord. l'Italie. L'Italie 
avait réussi, après de pénibles sacrifices, à suffisamment 
améliorer ses finances, pendant le ministère de M. Magliani, 

(1) Celte intéressante question vient d'être le sujet d'un article 
de sir Charles Dilke dans la Sortit American Review (octobre 1893). 
Le spirituel reviewer conclut que, saut' l'Italie, les divers peuples 
peuvent entretenir leurs armements. 

De son côté, M. de Kaufmann, publiciste allemand, a établi une 
répartition des charges comparées îles États; mais il a oublié de 
mettre les ressources à côté des charges. Les sommes représentent 
des millions de marks, et les prorata des marks. 



Dette 



Dépense 



Total. 



Prusse 

Par tête. 
Autriche. . . . 

Par tête. 
Italie 

Par tête. 
France 

Par tête. 
Angleterre. . 

Par tête. 
Russie 

Par tête. 



308 


420 


728 


10 


13 


23 


290 


211 


300 


12 


8 


20 


SOti 


294 


800 


18 


9 


27 


849 


772 


1.621 


22 


20 


42 


566 


637 


1 .203 


14 


10 


31 


668 


988 


1.657 


6 


8 


14 






632 



l.'lTALIE 



pour abolir à la fois l'impôt sur la mouture, c'est-à-dire 
sur le pam et le cours forcé. Elle avait pu, grâce à 
sagesse prolongée ,, à la clientèle de la France? emprunt 
bOO millions en or. Mais sa situation restait précaire 
La révolution unitaire l'avait accablée de charges terribles' 
«J»q£l est permis de se demander si cetfe unincaïon 
P°^ra durer. La prudence la plus grande lui était imposée. 
Cette pr ud e n c ej elle ne l'a pas eue. A la suite de l'occu- 
pa .ou de la Junisie par la France, elle s'est séparée de la 
"a. on, pu lavait, peut-être sans y réfléchir assez, unifiée 

ïnpl ' ÎSS" 8 P ^ P0UF fo, ' mer ° 0ntre 6lle la 

Cette alliance lui a fait contracter des engagements 

au dessus de ses ressource, Le crédit delà France lui a été 

mtfhéTn "''^""''"^'"^''^'"««Kne; mais combien 
h MMjjbô de Berli n est-il plus étroit que celui de Paris! 
Nous gavons indiqué plus haut. Au retrait du crédit de la 

part de la France, 1 Italie a répondu en engageant une lutte 
économ, que désastreuse pour eUej ^.^ , ^ pran ne 

Les rentiers français ont dès lors commencé à échanger 
leurs rentes italiennes contre des rentes russes. La r n 
italienne, malgré tout l'appui de l'Allemagne, es. tombée de 

D'être part, il répartit comme suit tes recettes par tête d'habitant : 



Prusse 

Autriche. . 

Italie 

France 

Angleterre. 
Russie 



Taxation 
Par l'État. 

22.80 
30.30 
31.20 
38.40 
39.20 
17.90 



Becettes nettes 
•les exploitations 

industrielles 
et domaines. 

17.43 
2.50 

4.40 
4.12 
3.18 
3.89 




L ITALIE 



633 



102 francs à 78 francs. « L'Italie, disait naguère M. Ger- 
main, fondateur du Crédit Lyonnais, reconnaîtra elle-même 

ce que vaut le crédit de la France. » Tandis que les fonds 
russes montaient, les fonds italiens baissaient. Berlin n'a 
pu les soutenir parce qu'il a fallu suffire simultanément 
aux besoins incessants de l'Italie et aux ventes du marché 
de Paris. D'après les derniers relevés de paiement des cou- 
pons de la rente italienne à l'étranger, le marché allemand 
détiendrait pour plus de 30 millions de rente italienne, 
soit un capital de 500 à 600 millions de francs 1 ''. Il tant 
ajouter à ce capital les sommes avancées sur obligations des 
chemins de fer. Il y a phéthore de valeurs italiennes à 
Berlin. Aussi, lorsque pendant l'automne (1893) il a été' 
question d'un fort emprunt italien en Allemagne, la rumeur 
s'est-elle répandue en Europe que les banquiers allemands 
avaient parlé de soumettre les finances italiennes à un 
consortium germanique de gestion. Celte rumeur a été 
accueillie avec douleur en Italie. Par une bizarre contra- 
diction, les Italiens ne trouvent aucune humiliation à laisser 
inscrire le prince de Naples colonel à la suite au l'i'i" alle- 
mand à Metz, mais ils rougiraient de voir leurs finances 
contrôlées par les Bleichrœder et le Disconto Gesellschaft. 
Ce serait, en effet, fort pénible et fort coûteux. 

11 y a cependant dans l'état économique présent de l'Italie 
un côté plus douloureux encore. Lorsque je visitais l'Italie 
en 1868 et en 1869, le change était à 1 1 °/ . Contre 100 francs 



I 



(1) En IS86, les paiements laits par l'Italie aux marchés étrangers 
pour le service de ses rentes et titres di\ ers formaienl 97,729,445 lires. 
En 1891, ils se son! élevés a 148,500,000 lires, dont 43,459,413 en 
France, 32,818,970 eu Allemagne, 10,052,396 en Angleterre. De 1885 
à 18U3 , les déficits annuels ont fait nu total de liii millions; mais 1rs 
dépenses des chemins île fer oui absorbé 1,172 initiions en plus, 
payés avrr des obligations ou des avances. 



634 



l'italie 



en or on obtenait Ul francs P n „„ • T 

'« Prix n'en étaient p as "rné 1" ^On remarqUaiS ^ 
surtout dans le centre et Z °?' ° H me Calait déjà, 
Florence, bien delà 1 P de "**»• a Ro ™, à 

Laveleye en a tral dfm ' ÏT 6 de la misère - «■ E. de 

^ ses y P , us re^Xéti ;:;r a ; iqu r abieau *- - 
ia ^"rietb4;ncie::::;^n;:;c^ ou v û/o ' car 

Parsa condition monétaire. D'une n a tk " " PreUVe 

qm semblaient solides et nro.Zi V esban< ï«e S italiennes 
à raison des avances a il. T ° nt Pe '' * peU fléchi > s °* 
-it à cause de fS^' ^ et ses agents, 
Napies, qui jouissait d ? * na ' ,0n " Le Banc ° de 

Ro m ana,\tC r ' "o"S o n ' "** ," ^ ta Ba » ca 
contrôle direct II a fïl ' Rendre ou accepter un 

banques de drc ulation e, ÏT? ^ '* ' Bteafa ™ des 
nationale à acce de S Ilr' • C ° ntraindre ,a Ban 1™ 
de ses ressource^ DM, l f :en U, .r U ; em *" M deSSQS 
confiance des Italiens to , ? Prédation de la 

valeurs fiduciaires Lalie Le P '^ T**** ^ ' 6S 
D'a»tre part, cette hauTed^ ^' ^T/" «*■»!»■ 
quences fôcheuses: la nremiérp l>? g ' deux consé " 

italienne qui entrait " ' en ïÏÏT ^ ** h m ° Maie 
pair en France en vertu de l'Union 

(1) Lettres sur V Italie J8S0 s 
financière de l'Italie ierenvm»/ \ ■ sltllation économique et 

Depu> 8 1887-1889, l'état écononrioX nJ , '"*' t0me '"' )8M - 
Parce que l'Italie a continué Zr^T ^^ V ***»< 

' encta annuel, Chaque année e s re * ï, TVéU * ''f' 80 " de S6S 
Elle .sepu.se ainsi. Les fortes dette, 7, !! ■ dlét,a W s'accroissent, 
taux: mais les fortes deS ta^? 8 ^^^ leS ^ 

n est à présumer que les dTpentTnuZ appauvriss <''>' les nations, 
relativement à la roduotio^ hS"" ^ * S ° nt <* Cessi ™ 
a Payé au dehors pour sa «T^^ffi*"» * «M Italie 



l'autriche-honorie 635 

latine et, aussi, par ce fait qu'en France toute monnaie a 
cours; la seconde, l'exportation des coupons de rente 
italienne, payés en or au dehors el en papier déprécié à 
l'intérieur. 

Si, au milieu de cette pénurie, la France avait dénoncé 
l'Union latine, — dénonciation qui aurait dû être faite il y 
a longtemps sans des compromissions inexplicables, — 
l'Italie se serait trouvée presque acculée à la banqueroute, 
car elle n'aurait eu et n'a encore aucun moyeu de rendre à 
la France les 300 à 400 millions dont la liquidation de 
l'Union latine la constituera débitrice. 

Dès lors, avec quelles ressources l'Italie pourrait-elle 
faire la guerre? Il ne lui reste absolument que la suspension 
du paiement de ses coupons, à peu prés 250 millions par 
semestre, le papier- monnaie ou le concours de l'Alle- 
magne. L'Italie ne peut guère compter sur le concours de 
l'Allemagne qui a déjà beaucoup à faire pour elle-même. 
Tout au plus est-elle en mesure de se payer la fantaisie 
d'une promenade militaire. Mais, sans l'appui des capitaux 
de l'Angleterre, concours très problématique, son impuis- 
sance apparaîtrait sur-le-champ; car sou papier-monnaie 
et sa rente seront entraînés, au premier coup de canon, par 
une baisse effroyable. En 1860, le 5 °/ italien fut précipité 
au dessous de 40 francs. 

La situation économique et financière de l' Autriche-Hongrie 

est meilleure. 11 ne faut cependant rien exagérer. En 1866, 
l'Autriche-Hongrie n'a pas pu tenir plus de quinze jours. 
Elle a traité sur-le-champ, à l'ébahissement de iNapoléonlIl 
dont l'arrêt de mort a été prononcé le jour même du traité de 
Nicholsbourg. Dans ces derniers temps, l'Autriche-Hongrie 
a essayé de se débarrasser du papier-monnaie et du cours 
forcé. L'opération semblait en tirs bonne voie. Il n suffi de 
la crise monétaire des États-Unis pour tout enrayer. Et, à la 



II • 










" l'autbiche-hongme 

surprise générale, l'agio a reparu sur-le-champ. Il est déjà 
a 8 %,; il monterait, en cas de guerre, à 50 °/ . Les deux 
budgets autrichien et hongrois présentent, en effet très 
peu d élasticité. L'Autriche-Hongrie est loin de la richesse 
de 1 Allemagne, plus loin encore de celle de la France On 
ne l'estime pas au delà de 80 milliards, la moitié de la 
richesse de [Allemagne, à peu près le tiers de celle de la 
France. En outre, l'Autriche-Hongrie forme une confédé- 
ration sans unité, sans élément prépondérant. M. Brachelli 
en décompose la population en M : 

^ lleman ' ,s io.8o-.ono 

a ^ arS "-- c ; 7.S40.000 

Bohèmes et Slaves 7Aiom 

I'olona.s et Ruthènes 7 '«G 000 

Serbes, Croates, Slovaques L54S.*000 

";"" ainS 2.825.000 

ttaliens et autres mMQ 

Une longue guerre entraînerait rapidement la dislocation 
de ces éléments si peu d'accord en temps de paix. Magyars 
et Germains marcheraient avec l'Allemagne; ils prépare- 
raient ainsi leur réunion. Bohèmes, Slaves, Polonais, 
Ruthènes, Slovaques, Croates, Serbes, Roumains, se sépa- 
reraient. D'ailleurs, ces populations sont hors d'état de se 
p her et certainement hostiles à de grands sacrifices dont les 
Allemands et les Magyars, qui les oppriment aujourd'hui 
profiteraient seuls. Par sa situation géographique, par la 
diversité de ses populations, par la nature de ses ressources 
1 Autriche-Hongrie ne saurait plus être un facteur belliqueux 
en Europe. Elle peut contribuer à y maintenir un certain 
équilibre; mais, quels que soient les engagements de la 

JH f^ ! ' Srf,e Ski <*' *r Osterreiehisch-Bungaritcken Mono,- 



L ACTRICHE-HONGRIE 



037 



Triple Alliance, on ne l'entraînera pas à jouer son existence 
au profit de la Prusse qui l'a expulsée de l'Allemagne, qui 

s'est courbée dans son lit et qui, parfois, la menace encore. 
L'alliance franco-russe donne, au contraire, pleine sécurité 
à l'Autriche même. Point de questions litigieuses avec la 
France : Napoléon III a disparu avec sa bande d'aventu- 
riers. La Russie ne convoite aucun territoire autrichien. 
Elle entend seulement conserver sa part d'influence dans les 
Balkans. C'a été la politique de M. de Bismarck d'offrir 
à l'Autriche des compensations aux dépens des autres. 
Peut-être l'Autriche a-t-elle quelque peu mordu à l'hameçon. 
Elle a besoin d'user de la plus grande prudence. « A moins 
d'un événement imprévu, la situation de PAutriche-Hongrie 
reste absolument précaire et sou avenir inspire les plus 
graves inquiétudes à ceux qui croient le grand État danubien 
nécessaire à l'équilibre de l'Europe W. » 

Aussi les dépenses militaires de l'Autriche-Hongrie sont- 
elles relativement modérées. De 1809 à 1893, elles ont été 
portées de 20o millions à 391, sans la marine. Or, en 189.'!, 
sans la marine, la Russie a eu un budget militaire de 
916 millions, l'Allemagne de 710. la France de 034 millions. 
Le budget militaire de l'Angleterre est supérieur à celui de 
l'Autriche-Hongrie, menu' sans la marine, el celui de 
l'Italie presque égal. 

Les finances de la Bussie se sont sérieusement améliorées 
depuis quelques années sous l'influence des progrès écono- 
miques de la Bussie et du concours énergique des capitaux 
français. Les fonds russes sont aujourd'hui très recherchés 
en France. Ils s'y substituent à la rente italienne. Par suite, 
la Bussie est en mesure de prendre part à une grande 



' 



(1) A. Léger : Histoire de V Autriche-Hongrie, in une. L'ouvrage 
de M. A. Léger est le meilleur en français sur l'Autriche-Honerie. 






638 



LA RUSSIE 



pièces ou en Impôts Ouant *T' , a ( ,nt - Petersbo "'-g, en 
la Russie, elle n 'o t .^ V ', ■ <iUl0n écoa °»»iqw de 

cancténs^elle Xl a /d^hF 110 " " f^ ^ 
terre. La récolte des c é les es't , * de ^S 1 »- 

d'un million ou e de x t fc ïnT 5 ^ Le départ 

disait, il y a cinq u e ! ', man5chal Bu §' eaud 

Welle rapidM se développe* f e „ rces T?/"* 

5ï sera ''"" * s «-<■ <* S^Jt 

*. «*„ de «. desas.es. Les C L i r «!' 



LA FRANCE 639 

et des juifs de Berlin sur le paiement des 5 milliards révé- 
laient leur ignorance en môme temps que leur rapacité. 
Les désastres de la France et l'obligation où elle s'est 
trouvée, au bout d'une lutte de six mois, de signer une paix 
extrêmement douloureuse et humiliante, après les guerres 
de Crimée et d'Italie, ont eu pour cause l'insuffisance de ses 
institutions militaires, ses erreurs sur l'état de la civilisation 
en Europe, l'anarchie politique de la nation depuis plus de 
cent ans. Les ressources étaient immenses, mais il manquait 
à la fois les moyens, l'habitude, la volonté de s'en servir. 
Les Allemands étaient unanimes pour attaquer, les Français 
ne l'étaient pas pour se défendre. Us ne savaient, en outre, 
comment s'y prendre. Ils avaient été élevés dans la tradition 
qu'un garde national valait mieux qu'un soldat. Jules Favre 
a fait désarmer, malgré l'avis de M. de Bismarck, l'armée 
afin de conserver leurs fusils aux gardes nationaux. On l'en 
a accusé. 11 était dans la véritable tradition de 1789 ( 1 >. 

(t) A propos des manœuvres île 1893, te général d'armée 
M. de Cools a donné à la France un très nécessaire avertissement 
sur l'insuffisance des officiers de la réserve. L'un d'eux a adressé 
au Journal des Débals (15 octobre 1893) une protestation : « Nous 
ne sommes pas acceptés, dit-il, parce que nous ne sommes pas 
du métier: et l'on voit souvent ce l'ait qu'un industriel sachant, 
dans la vie civile, conduire, au milieu des plus grandes difficultés, 
des bandes considérables d'ouvriers, est jugé incapable de tenir 
on main une demi -centaine d'hommes disciplinés. » L'argument 
de la garde nationale est là tout entier naïvement exposé. Il aurait 
fallu voir, le 18 août 1870, des industriels conduisant des ouvriers 
sur la route qui descend à Gravelotte. Le feu était si terrible que 
Guillaume I" et M. de Moltke durent s'abriter derrière un pli de 
terrain qui existe encore et où j'ai pénétré. 11 n'y a qu'un Parisien qui 
puisse avoir l'idée d'assimiler un industriel à un capitaine allemand. 
Tout l'avenir militaire de la France dépend de l'erreur que nous 
relevons. Si celte erreur persiste, la France cessera d'être une nation 
indépendante, et sa grande richesse lui sera enlevée. C'est la loi. 
Kant est à cet égard, malgré ses rêves de république fédérale, aussi 
explicite que Thucydide, Polybe, Machiavel et de Maistre. 









I 



CAO 



CAUSES DES DÉSASTRES DE 1870 



Quant aux moyens, les officiers étaient tous prisonniers- les 
généreux, la plupart, appartenaient à la réserve, et quelle 
réserve! Ils n'inspiraient et ne méritaient, à quelques 
exceptions prés, qu'un, confiance des plus médiocres Rien 
-ans les arsenaux. Tout a dû être improvisé. Improviser 
des armées contre la plus redoutable armée de l'Europe! 
Auss. les bons juges ont trouvé que les Français ne s'étaient 
pas trop mal tirés de ce guêpier. Nous oublions, dans 
ce rapide résumé, la situation politique : un gouvernement 
qui s enferme dans une ville assiégée, et qui expédie pour 
fau-e la gue 1T e deux vieillards et un jeune politicien: qui 
entend tout conduire, au milieu des ténèbres. - ténèbres si 
épaisses qu'il ne connaît même pas les armées créées pour le 
délivrer. - Ces péripéties, moitié lugubres, moitié comiques 
ne s étaient jamais produites. Grâce à la Providence là 
France a pu y survivre; elle se trouve aujourd'hui, avec une 
armée formidable et une fort belle marine, plus riche de 
100 milliards qu'en 1871. Si on l'attaque, elle est donc en 
mesure d appliquer aux Allemands une riposte qui sera sévère 
et de la prolonger longtemps, plus longtemps que ne pourra 
durer 1 attaque. C'est eu vue de le faire bien comprendre 
que nous avons dressé les bilans comparés de la richesse 
des principaux peuples. La France est assez riche pour 
lasser 1 Allemagne. Elle se doit à elle-même de redoubler 
ses armements : car il vaut mieux dépenser pour se défendre 
que s exposer à une seconde saignée des pirates et des juifs 
de Berlin. J 

Aussi considérons-nous avec appréhension les projets de 
bouleversements financiers de toute nature que les radi- 
caux, anarchistes et socialistes français multiplient. Rien de 
tout cela ne correspond à la situation politique de l'Europe 
socialisme, radicalisme, anarchisme, ne sont que des formes 
de t esprit révolutionnaire. Devant des gouvernements aussi 



RESSOURCES DE LA FRANCE 



641 



puissants que l'Allemagne e( que la Russie, l'esprit révolu- 
tionnaire est impuissant; mais, nous l'avons déjà laissé 
entendre, il pourrait affaiblir la France à un moment décisif 
dans ses destinées. Les Allemands s'en rendent bien compte; 
ils tendent les bras t't nos sans-patrie; ils paient les frais 
d'élection des députés internationalistes; ils battent des 
mains aux cris de : .4 bas la France! Nous avons fait plus 
haut allusion à la situation politique intérieure de la France; 
nous traiterons prochainement ce si grave problème dans 
une publication spéciale. Nous ne doutons pas que l'immense 
majorité des Français ne soit résolue à défendre jusqu'à 
la mort l'incomparable territoire que la Providence leur 
a départi : c'est le plus beau du globe. Ils sauront donc 
avoir l'énergie d'extirper le cancer qui pourrait détruire la 
France, et conserver leur territoire ('". 

Les ressources pour faire face à une longue guerre 
abondent en France. La réserve d'argent-métal elle-même 
de la Banque de France peut suffire, car une grande guerre 
européenne restituerait momentanément à l'argent-métal 
une bonne partie de sa valeur. Le crédit de la France peut 
supporter une émission nouvelle de billets de banque, car 
chacun sait que le territoire paiera toujours. 

Non seulement la France est en mesure d'augmenter ses 
armements; mais elle doit le faire sans aucun retard, de 
manière à décourager toute surprise. On nous parle du 
poids de notre dette. Qu'importe, puisque la totalité de 






(1) On ne saurait croire jusqu'où l'esprit de parti peut l'aire 
descendre ceux qu'il pervertit. Le Vorwaerts, que nous avons 
rencontré à Berlin, tend la main an Parti ouvrier, feuille îles sans- 
Patrie à Paris, u Pour toute l'Europe, l'idée de revanche française 
est le seul obstacle à la pais. » Sommé de s'expliquer, le Parti 
ouvrier a déclaré qu'il préférait l'alliance allemande à l'alliance 
russe. L'alliance allemande? (Estafette, H et 12 septembre 1893.) 

18.. 



642 



RESSOURCES DE LA FRANCE 




wK 


i ,,;: 


















H 





cette dette appartient à des Français? Pwî • , 

L'honorable sir Charles m i l- o ,, 
France «.„< h; ' peu sympathique à la 

i lance, veut bien reconnaître que la Franc nW , 

veille de faire banqueroute II s'étnleV. , P S !l la 

cesuietd) Op nJ J , etalecoill Pendieusementsur 

France était aussi riche mi P i>a„ i * ,c,Ii eN que la 

1870, de plus de cl T^illLds r> e ?* * CCmG ' ^ 
institutions taandère Nos ™! ? ■"" " e dé "' 0lisse ^ "» 

tei ntoire qui en est le fondement ' 

(0 North-American Iteview, octobre 1813 

'le participants P , ,\, mill»rd« pour 39 millions 

160 miUlard^ aVec un ™Th « ^'"^ f ' e ™ f ~ ^ 



SI VIS PACEM, PARA BELLIM 



643 



la plus favorable à l'Allemagne, il est bien certain que la 
durée des prochaines luîtes sera tout autre que celle de la 
guerre de 1870. Dès le mois de décembre 1870 In guerre pesail 
à l'Allemagne. Elle offrit la paix après Orléans. La défense 
avait été honorable. Il fallait traiter. On manqua l'occasion. 
Une guerre prolongée éprouverait singulièrement l'Alle- 
magne. Si, perdant patience, mais obstinée dans ses projets, 
elle se décidait à agir, tenons pour certain qu'elle procé- 
derait, comme en 1870. par bonds. La distance met la 
Russie à l'abri de toute surprise, comme toute surprise 
lui est interdite. C'est sur la France que se précipitera le 
premier cyclone, fin essaiera encore de l'étourdir, de 
l'envelopper, de la démanteler, de la paralyser. Qu'elle se 
tienne donc prête; qu'elle compte sur le temps, car le 
temps est pour elle. — le temps qui rongera les ressources 
de l'Allemagne et qui permettra aux Russes d'arriver. 

Ainsi, les charges militaires de l'Europe ne dépassent pas 
leurs ressources pour la France, l'Allemagne el la Russie; 
mais elles fatiguent l'Autriche-Hongrie; elles achèvent 
d'épuiser l'Italie. L'Italie sera contrainte, malgré 1 tous ses 
atermoiements monétaires, de s'arrêter. L'Autriche ne tar- 
dera pas. L'Allemagne aura à choisir entre un coup de force 
ou la retraite. Il y a là un aléa, une incertitude qui est une 
sorte de cauchemar. A notre sentiment. l'Allemagne jouera 
la partie. Qu'elle la joue, qu'elle ne la joue pas, le siècle ne 
finira passans qu'elle soit mise au pied du mur, par la force 
même des choses. Soyons donc prêts. Si vis pacem, puni 
bellum "). 



(I) « En traversant ta Prusse, on seul que tout a été créé pour 
de nouveaux massacres, Les baïonnettes e1 les canons poussent 
là-bas comme îles épis dans les champs, **n comprend de suite que 
ce n'est |>as une nation comme les autres, que c'est une formidable 
machine chauffée à blanc el dont il n'y a pins qu'à presser la 
détente pour que loul éclate. •• (Article de Saint-Genest, Figaro 
du 15 octobre 1893.) 



HÉGÉMONIE MARITIME DE l'aNGLETEBBE 



S 9. 























HÉGÉMONIE MARITIME DE ^ANGLETERRE 
(Voir l'Appendice, p. xxv.) 



L ^Angleterre se mêlera-t-elle à ces conflits? Pourra-t-elle 
intervenir comme arbitre? L'Angleterre ne recherche Vas la 
guerre. Elle redoute moins la suprématie sur le coSn d 
Allemagne que celle de la France ou de la Russie" peut 

sa situation le 1 hégémonie germanique. Elle ne la désire 
pas; elle ne la combattra pas. Accordera-t-elle à 1 ,a e 
1 Autriche, des subsides pour soutenir la cause a 1 mande 
C est assez peu probable. Puissance insulaire coToniale 
manume, toujours sous la préoccupation de nZTt 
39 milh „s d'habitants «D, peu disposée à subir le v S 

nh-aire obligatoi,,, l'Angleterre sera débordé p " 
immenses forces qui seront mises en mouvement Elle n'aura 

„ ( L '1 n f le ,ÏÏ' re PeU ' S ' attrihu <* une part notable dans l'état 

actuel de l'Europe. C'est elle qui a repris sur mer la théorie 

omaxne t ressusei(é ];( maxime ; ^ , ^ -- 

1 faut, a en croire ses hommes d'État, que la marke 

"glaise soit toujours et partout supéri ure à la marine 

"•ançaise et à toute marine alliée avec elle « (S T 

™me qu'elle a pratiquée à propos de l'alliance dé la 

ASz!:it b ;z^:^ft cxùture ang,aise *— *■ w 

seulement pour seT X^iâT- Z,?™^ L * viande suffit 
p. 269.)-5are aufcrofis? ' """ *" iV *** *««rf«», 

^MtortÏÏSfc'yS?*»*" 6tre aussi forte *» 'a 
à propos do Toulon P ' ' Lo r ' wft? (13 membre 1893), 



LUTTES DES RACES ET DES CIVILISATIONS 



645 



France avec l'Espagne sous Louis XV l et sous Napoléon. 
Cette maxime n'est autre chose que l'ambition de la supré- 
matie. Comme la maxime est inacceptable, l'Angleterre, 
sans l'abandonner, y a apporté certains tempéraments. Les 
I rétentions de l'Allemagne ont le même caractère. « Bientôt 
rien ne se fera plus dans le continent que sur l'ordre de 
l'empereur d'Allemagne, cl rien ne se passera plus sur les 
mers sans la permission de la Grande-Bretagne a) . » 

5, 10. — LUTTES DES ÉTATS, DES RACES ET DES CIVILISATIONS 
EN EUROPE POUR L'HÉGÉMONIE ET l'i.N IiF.l'EM iANCE 



La race anglo-saxonne aurait ainsi l'hégémonie sur le 
globe. Les œuvres de cette puissante race sont certes des plus 
extraordinaires: nous sommes les premiers à le reconnaître ; 
mais elles ne prévaudront jamais sur les forces et l'activité 
des autres races. A cet égard, le peuple anglais a plus 
d'expérience que le peuple allemand ; aussi montrc-l-il plus 
de modération. Ses prétentions, d'ailleurs, sont bien moins 
menaçantes pour les autres nations. 

Est-il possible aux générations formées, en France, 
avant 1870, de saisir les nouvelles conditions politiques de 
l'Europe et de s'y rompre? Nées, grandies, parvenues à 
maturité dans des temps si différents, nourries d'idées si 
contraires, elles résistent aux faits mêmes. Ces faits sont 
cependant devant elles. L'Europe peut lever, en quinze 
jours, de douze à seize millions de soldats. La France elle- 
même, naguère si pacifique, possède deux systèmes d'armées. 
Chaque système a son infanterie, sa cavalerie, son artillerie, 
ses officiers, son état-major, ses généraux. L'un et l'autre se 
parachèvent tous les jours. 



(1) M. Saint-Genest, Figaro, 15 octofire 1893. 



> 



18. 






646 



LA SOPBÉMATIE EN ETOOPB 



^consututxon avait été respectée. La France a « é *Se 
en 18 4, d acquisitions légitimes pour lavoir méconnue 

fZ E zr, r pecté ei,e - n,éme *»*» *° »ssïï 

d v s^ e ri/ 1 " n ° UV ? aU P e * formé d'éléments 
, S ' , Sest leve> fI a grandi par la guerre, grandi nar 
la Population, grandi par le travail. La vieille cm tmn 

rencontrer de résistance. Après avoir accablé son premier 
complice et sa dupe, il a voulu agir en maître P 

L Europe s'est alors divisée en deux camps ■ l'un 
ennemi irréconciliable; l'autre, allié impuissant ou doute ' 
^W« Rouble ses efforts; car s'il écrase ses ennem£ 
ses_an.es deviendront ses simples serviteurs. Il sera seul 

Cette suprématie d'un seul peuple a déjà été exercée 
sur une notable partie de l'Europe; elle ne hua donne 

^ Xiïzz> 5ï;ï L d :r r si ; r , cctte situauon '>— 

En groupant trois sr« n ^ fit.* Gs successeurs, 

tique et militaÏÏXfcoli Z T* ^ f*"** di P ,on »- 
que la maison de albo'g PenZltutT ^'^ * Ce " e 
promicro moitié du di> <J,r- . seizième siècle et la 

désire pas ac uellelnt ,1T "' " *"*"* daM SM mains - Elle « 
chacun des lat rit b ^7h P T ^ n ' M a ^ bes ™. 
mis la main su co' , "t i T IV " * ^ ^^ ^ "^ 
'les armements Lnsidémb^ t "T J " ,aiS '^ 6ntend - P a '' 

et l'obliger à suWr 1 ', P Perp l tUeIlement ^l'Europe 
13octobr g ed893 " Su '"''™ at - » (Edouard Hervé, Solel, 



FRONTIERES NATURELLES l)K LA FRANCE 



647 



qu'une sécurité incertaine ] >oi 1 1" aboutir à un effondremenl 
effroyable, en grande partie sous les coups de la race 
qui la revendique aujourd'hui. Depuis Rome, toutes les 
tentatives faites pour unifier el dominer les divers peuples 
européens, par Charlemagne, Charles-Quint, Louis XIV. 
Napoléon, mil échoué. La Prusse et les Hohenzollem auront- 
ils meilleure chance? C'est forl peu probable. L'empire de 
Charlemagne s'esl brisé au Lendemain de sa mort; il l'avait 
lui-même partagé. Charles-Quint a disposé de l'Espagne, 
de l'Italie, de l'Allemagne, îles Pays-lias, des galions du 
Mexique el du Pérou. La résistance de la France n'a pu 
être domptée. Louis XIV n'a pas conservé, même au prix 
des plus grands sacrifices, l'héritage de Charles-Quinl dans 
son intégrité. Les traités d'Utrechl onl garanti l'indépen- 
dance de l'Europe, de même que 1rs traités de Vienne ont 
l'amené la France dans ses limites, selon nous, trop étroites. 
L'insurrection de la Prusse contre les traités de Vienne et, 
avec elle, de l'Allemagne, en esl la preuve. Le Rhin est la 
frontière naturelle géographique (*>, historique, nécessaire, 
entre les deux grandes races, la race celtique, la race 
germanique, qui coexistent au centre et à l'ouest de l'Europe. 
La possession de celle frontière par la France aurait 
conservé à l'Europe sa constitution séculaire. Les Bourbons 
des deux Restaurations sonl tombés pour ne pas l'avoir 









(1) « G a 1 1 i .- 1 esl omnis divisa in partes 1res, quarum imam incolunl 
Belgee, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum linguâ Cettœ appellantur. 

m omnes linguà, instituais, legibus inter se differunl Proximique 

(Belgœ) simi Germanis, qui trans Rhenum incolunt, qiribuscum 
continenter bellum gerunt. » (César, liv. I", ch. v.) 

Déclaration des puissances alliées en 1814, avant d'entrer en 
France : « \.<< alliés sont unanimement d'accord sur la puissance 
el la prépondérance que la France doit conserver en si 1 renfermant 

dans se- limites naturelles, qui seul, le Rhin, 1rs Alpes et les 

Pyrénées. « 



648 



FONCTION EUROPÉENNE DE LA FRANCE 



auTrofi't K Vt' P ° Ur ét, ' e allé «*»"** « ^-ée 
au profit de 1 Angleterre, en Italie au profit du Piémont 

an Mexique au profit de la bande Jecker, Morny e.c au 

heu de ressaisir les frontières naturelles conquis par fc 

République, offertes par l'Europe tout entière en 813 d 

elle sorte que le résultat de toutes ces guerres dWn.ur 

Au xvr> siècle, la résistance de la France a suffi; elle pour 
ai être insuffisante aujourd'hui; mais la Russie apporte 
à la résistance un élément irréductible. Cependant maî e 
on immense population et l'étendue de 'ses re« 
la Russie ne constitue pas encore la force principale de h 
résistance. La puissance des nations n'es, pas exactement 
teZZZtÀ l r T il0m 6t à le -PO ulatio^ n" 

vmsafio 1P ; S faCteUrS : Ia richesse ' '' état ^ la 

civilisation, l e développement intellectuel et scientifique 
La Russie complète donc la résistance en y apporta m m 

compriT T H 0011 "' T^ *" ^^k^ 

Cette situation actuelle de l'Europe présente un très vif 
mtérét. Au calme et à l'inertie qui ^marqué k pMode 

kilomètres caVés u ï " ^ s S t ^KUo llem0nt 21 ' 887 '° 00 
est très forte, la disproportion nU^ ' Z^TT " "^ 
augmentera tous les jours Gomme L vainqueur 

animons environ, te LuUct" ^7^^™^ * 
aujourd'hui do 125 millions. En défalanant SRmU, êtf6 

p. 680.) l Cw • Lw,tes (,es Sociétés humaines. 



DIFFÉRENCES ENTRE LES CIVILISATIONS EN EUROPE 649 



de 1815 à 1848 et qui se sont prolongés, en partie, 
jusqu'en 1866, a succédé une période très active et tout 
a fait dramatique. Le xix e siècle peut se clore, comme il a 
commencé, par une série de grandes guerres. Car il est 
bien difficile de supposer que tant d'armées, toutes prêtes, 
ne finiront pas par se combattre. 

Faut-il considérer, avec divers publicistes récents et auto- 
risés, que ces luttes sont le résultat d'oppositions plus 
profondes entre les races, les civilisations, les religions, 
les formes de gouvernement qui se partagent les nations 
européennes:' On peut laisser de côté les religions: elles 
semblent entièrement désintéressées dans ce conflit. L'Alle- 
magne compte presque autant de catholiques que de 
protestants. De môme, les formes de gouvernement, puisque 
le Tsar.de toutes les Hussies a tendu le premier une main 
loyale à la France républicaine. Il y a certainement des 
différences notables entre l'état de civilisation de la France 
et de l'Allemagne, de plus grandes encore entre la civili- 
sation de la Russie et de la France, entre la civilisation de 
l'Allemagne et de l'Italie. Ces différences peuvent exercer 
une action importante sur les rapports que les diverses 
nations de l'Europe ont entre elles. Elles se traduisent, en 
effet, par des oppositions dans les institutions, dans les 
législations, dans les idées, dans les mœurs, dans les 
procédés des unes el des autres. A plusieurs reprises, nous 
avons particulièrement insislé sur le t'ait que la première 
civilisation de l'Europe, la civilisation romaine, n'avait pas 
dépassé le Rhin et le Danube, et que la seconde civilisation, 
la civilisation chrétienne, n'avait pas pénétré beaucoup 
plus loin. L'Allemagne n'a pas été' romanisée; elle a à 
peine été christianisée. Mais d'autres influences, surtout 
depuis le xvi° siècle, ont tendu à associer davantage 
l'Allemagne aux anciens courants civilisateurs de l'Europe. 



i 

I 



, 






650 



DIFFÉRENCES ENTRE LES RACES EUROPÉENNES 



Be nos jours, ces influences - I es chemins de fer le télé 

c™e e ; c a TT ! 6S ^^ Û ° raisanCe ' l'extens! n u 
commerce, le développement des sciences, des arts la 
h Itéra ure - sont devenues plus actives, malgré bi en d 
obstacles, dont nous n'entendons pas „ ier la force lins 
les d*»*, les pratiques, les obligations de la guerr Tne 
sont pas entendus de la même manière en FraC et' en 
Allemagne. Pendant les campagnes de 1813. les a 11 es n'o 
jamais respecté leur parole; en 1814. lesTrussien , ie 

Pe^nt' T t™' '" ^^ Alexa »^- 

Pendant la guerre de Crimée, les rapports des armées 

en présence ont conservé un caractère courtois, qui ne 
sest pas reproduit en 1870. Néanmoins, sont-elles assez 
accusées, assez profondes, pour qu'on les considère comme 
la cause généralisée des conflits qui menacent l'Europe 
Peut-on ta, comparer à celles qui séparaient l'Em ,,'• 
romain des Arabes ou des Barbares ? P 

II en pou, être autrement des races diverses auxquelles 
appartiennent les peuples européens. Ces races cons.it 
encore divers groupes dont quatre sont très netteme 

Ï5TÎ " le groupe slave ' de b ~p le ^ 22 

derable, 2 le groupe germanique; 3° le groupe celtique- 
i° le groupe latin. Le premier occupe l'es" de l'Europe ta 
second le centre, le troisième l'ouest, le quatrième le mid 

i rr" gF0Upe ' ' e gr ° Ulie ^o-s^on, se rattache au 
groupe germanique et celtique. C'est un groupe mixte et 

Europe 1 " 6 ' imP0, ' tam Sl "' 1P ^ ,0he ' m01 ^ ^P ort ^- 
Quand on examine ces cinq groupes qui, par leur îuxta 

de 1 humanité, qui en possèdent certainement -;—»--- 
sinon la - 



îlrise, du moins la haute directio 



"i, surtout 



DIFFERENCES ENTRE LES RACES EUROPEENNES 



quand on étudie leur histoire sur laquelle on possède des 
documents considérables, remontant les uns à vingt-quatre 

siècles, comme Hérodote, les autres à vingt siècles, comme 
Polybe, Tite-Live, César, Tacite, on est surpris que sur un 
territoire aussi restreint que l'Europe, ces groupes soient 
aussi désunis, aussi hostiles. En laissant à part la Russie 
d'Europe, qui tonne un ensemble particulier. l'Europe ne 
compte guère plus de 350 millions d'hectares. Elle n'équi- 
vaut pas à la moitié du Brésil: elle ne dépasse guère le tiers 
des États-Unis. Et sur ce territoire médiocre en étendue, 
coexistent des peuples qui ne sont jamais parvenus a 
s'entendre. Ce que César écrivait, il y a deux mille ans, des 
Gaulois et des Germains, est toujours vrai : Moribus, insti- 
tuas, legibus inter se differunt. Différences qui se sont 
plutôt, en réalité, accentuées qu'amoindries depuis lui. Les 
Romains n'ont pas pu faire prévaloir le latin, ni les 
Germains l'allemand. Lorsque se sont produites, au v e siècle, 
les invasions germaniques, on ne parlait guère dans l'Europe 
occidentale et centrale que deux langues : le latin et l'alle- 
mand. Cinq grandes langues principales, encore pleines de 
vie, chacune avec une littérature importante, français, 
anglais, allemand, italien, espagnol, en ont pris la place, — 
sans compter le russe et les autres idiomes slaves, sans 
compter les idiomes Scandinaves. A chacun de ces groupes 
correspond une forme différente de la civilisation, malgré 
leur fonds commun, plus ou moins chrétien. 

On est autorisé à conclure de ces faits que ces groupes 
répondent à d'anciens centres ethniques primitifs et irréduc- 
tibles. Nous n'avons pas à examiner d'où ils proviennent, 
ni comment ils se sont constitués. Leur existence nous 
suffit, existence qui manifeste sa puissance de bien des 
manières. Nous n'avons pas à insister sur le groupe anglo- 
saxon. Le groupe espagnol a colonisé l'Amérique centrale 






I 



652 



CONCUltuEXCE DES RACES 



et 1 Amérique méridionale; sa langue y est parlée par 
50 millions de personnes. Le groupe italien a produit deux 
belles civilisations. La France a été au xm* et du xv.e au 
xvni« siècle le facteur le plus considérable de l'Europe Le 
groupe germanique a renversé l'Empire romain. Après avoir 
brille d un vif éclat jusqu'au xur 5 siècle, il reparaît sur la 
scène; plus de 73 millions de personnes parlent allemand. 
Donc, il y a dans chacun de ces groupes un fonds de 
vitalité, d'originalité, de force naturelle, particulier, prove- 
nant de ce que l'on appelle un ensemble de faits ethniques. 
M. de Quatrcfages en a conclu à l'action de ces groupes (D 
de ces loyers,- de ces races, les uns sur les autres, car la 
concurrence des forces est une des lois de l'espèce humaine. 
« L'histoire entière, celle de nos jours, celle de l'Europe 
même, ne montrent que trop ce que sont les guerres de 
race. » 

Ainsi M. de Quatrefages, administrateur du Muséum de 
Paris en 1870, signale comme un fait de race que les Prus- 
siens, si sauvages déjà au siège de Strasbourg, aient affecté 
de tirer à boulets rouges sur les hôpitaux et sur les galeries 
du Muséum. En 1812, à Moscou, Napoléon, au contraire, 
avait fait garder les églises et les musées. 

Les événements qui se déploient en Europe depuis 1866 
manifestent par suite une nouvelle entrée de la race germa- 
nique sur la scène. La race germanique a déjà exercé une 
très grande influence à l'époque même de la chute de 
l'Empire romain. Ces deux faits sont parallèles. Dans ses 
études sur l'Inégalité des races humaines M, M. de Gobineau 

(1) La Race prussienne. 1871. 

(2) De l'Inégalité des- rares humaines : 2» vol., ch. m : « Do la 
capacité des races germaniques primitives »:<•!,. rv : „ De la supré- 
matie îles Germains à lu lin de l'Empire romain. » 

Cette partie ,1e l'ouvrage de .M. de Gobineau est très remarquable. 




LES ÉTATS-UNIS l> EUKOPE 



653 



les a mis en relief, tout en exagérant l'importance de 

l'influence des Germains. Cette influence a été, en effet, 
absolument étrangère à la renaissance de l'Italie et à 
l'affranchissement de l'Espagne. La transformation de la 
France féodale en monarchie française s'est faite contre 
elle. En outre, cette influence a été combattue jusqu'au 
xvii siècle par la race slave, le plus important groupe 
ethnique actuel de l'Europe. Le groupe germain et le groupe 
slave ne se sont rapprochés qu'au wm" siècle, par suite de 
l'effondrement de la Pologne et de la suprématie de la 
France. Ils se sont séparés, de nouveau, sous nos yeux. 



1 









1 11- 



LES ÉTATS-UNIS D ECROI'E 



D'après ces considérations, il est bien difficile d'entrer 
dans les idées de Kant sur une fédération de républiques 
européennes. La forme républicain!! pourra plus tard 
convenir à la haute civilisation des Allemands; mais quant 
aux temps actuels, ils ne semblent pas la rechercher. Elle 
est contraire, l'exemple de la Pologne l'a clairement prouvé, 
aux qualités comme aux défauts des Slaves. La république 
est absolument incompréhensible pour les Russes. En dehors 
de la forme républicaine, Kant le reconnaît lui-même, il n'y 
a pas lieu de compter sur une fédération des monarchies. La 
Triple Alliance nous donne une idée assez exacte de ce que 
pourrait être une fédération de rois. Il en a été de même de 
la Sainte Alliance de 1813. La diversité des intérêts l'a peu 
à peu dissoute, comme craque déjà la Triple Alliance elle- 
même. Après la guerre de 1870, M. de Laveleye a proposé 

Toutefois, M. de Gobineau ne maintient pas assez nette la distinc- 
tion essentielle entre 1rs Scandinaves qui ont fondé la civilisation 
russe et la civilisation anglaise, et 1rs Germains mêmes. 

19 



A"/ 

T. ARBITRAGE INTERNATIONAL 

<^t 7 H T C ° Ur des ' Ulti0lls avec "" «>de d'arbi- 
toge . Il existe encore quelques sociétés de la paix qui 
*»»«>* de temps à autre, des congrès où les délLés s 
ton entendre dans des langues différentes, comm 1 
apôtres le jour de la Pentecôte; mais, Haute Cour des 
nations, code des nations, sociétés et congrès de la paix 
ne jouissent heureusement d'aucun crédit ' 

Les nations européennes se sont parfaitement pliées aux 
nouvelles exigences du service militaire; elles ont nu 
Paraître rudes à quelques Français amollis par la richesse 
;.'' ' "«'"-«"•»; 'es réfractaires sont toutefois' fort rares La 
laveur populaire entoure tout ce qui est militaire: jamais un 
Crédit pour année demandé au Parlement n'est discuté par 
1 opinion publique. Elle serait même autrement libérale que 
s- propres députés et elle aurait raison. Chacun est pénétré 
du sentiment que l'Europe traverse une grande crise et que 
«tte crise ne recevra do solution que parla force des armes 
£acu„ répète avec Kant : « Que, jusqu'à ce moment suprême 
de ''a constitution des États-Unis d'Europe, chaque peuple 
f 'a mam sur la garde de son épée : autrement il pourrait 
disparaître avant le grand jour! » 

Le peuple allemand n'est point sous l'influence des mêmes 
chimères que la France. Plus rude, moins christianisé, 
moins civilisé, il a pour objet principal de ses aspirations 
J améliorer sa condition par tous les moyens de l'activité 
économique, même par la guerre. Peut-être est-il moins 
enclin que les classes supérieures qui le dirigent à 
revendiquer, comme un droit historique, la suprématie en 
Europe et à se croire appelé, comme représentant une race 

(1) Des Causes actuelles deguerreen Europe, 1873. M. de Laveleye 
"['" en proposant l'arbitrage, repousse toute idée d'éqnilibre e«T 



L'AMBITION fiERMANIQUE 



655 



supérieure, à dominer les autres nations; mais il se laisse 
volontiers enivrer par l'idée de la grandeur de la pairie 
allemande: peut-être esl-il plus susceptible d'enthousiasme 
et d'entraînement par un sentiment commun. 11 ne supporte 
les charges dont on le pressure qu'avec un espoir quelconque. 

So weit die Deutsche Zunj;e klingl 
Und Gott ira Rimmel Licier singt, 
Das soll es sein, lias soll es sein, 
Das, waekrer Deutscher, ncnne dein ! <" 



Les chansons expriment souvent 
races ( a >. 



a secri 



crête ambition des 



(1) « Aussi loin que résonne la langue allemande, aussi loin 
qu'elle chante te Dieu des deux, cela est à toi, cela est à toi, brave 
Germain, cela t'appartient. » 

(2) Sur la poésie populaire germanique, toujours contre les 
Welclies, voir la Prusse et la France, 1" volume, p. 2H0-300; 
et Novicow, p. 174. 






CHAPITRE DIXIÈME 



Le Relèvement de la France. 



Multa 



renascentur. 






S 1- - 1870 et 1893. 

Reportons-nous, pour comprendre toule la „,„,, , 

«neuts qui se déploient' devant T^Tl > 

'Europe, au 19 lévrier 1871 lorsm, Tl * *™ 

3 départements, monta à la ï^^^ da » s 

du thealrc.de Bordeaux n^ m) u evee sur la scène 

exécutif. Ecrasée dan, ,,„„ >„„ ' esk J " P» 1 ™'' 
elle, huJS a Fran Z J ï" ?"' """' «« "»»• 
peuples de 'E U L TrextlV ^T' "" toB ls 
Grèce. Quelques S „ S T tora , ""T « * ta 

~é auprès des ,-r.e'i .Ï " ;wXtS«°' a,ail 

ou la cramtt, l'indifférence à l'égard Ht! ,n ? ll,ereM e 

. l'égard de Mén,ag„e. TUerfptt^,^ T,'* 



PREDICTIONS DE M. THIERS 



657 



chés et de relever les courages. Nous avons assisté à cette 
séance mémorable. Thiers termina son discours en prédisant 
que la France résisterait aux épreuves terribles auxquelles 
elle avait à faire face et qu'elle reverrail de meilleurs jours, ' 
qu'elle continuerait à occuper une grande place et à remplir 
sa mission dans le monde. Lorsqu'il rapporta quelques 
jours après à la tribune le traité désastreux qu'il avait 
arraché à la sauvage avidité des Prussiens, il renouvela 
l'expression de sa confiance et de son espoir. Thiers montra, 
dans cette douloureuse circonstance, un grand dévouement 
;\ sa patrie et un réel patriotisme. 

A plusieurs points de vue. notamment en ce qui concerne 
sa condition économique, la France s'est relevée depuis, 
longtemps des épreuves de -1870. Nous avons établi, d'après 
un document important et officiel, le registre successoral, 
que, depuis 187-2, la richesse de la France avait augmenté 
de '100 milliards. La crise de 1870. avec ses prolongements 
intérieurs, n'a pas arrêté le développement économique de 
notre pays. L'aisance y est devenue plus générale; les 
capitaux étrangers y abondent; la France exerce, depuis 
1889, une véritable suprématie financière et monétaire si 
réelle, que tous les changes lui sont favorables. 

La condition militaire de la France ne s'est pas moins 
améliorée. Non seulement nous avons consacré, depuis 
vingt ans, des sommes considérables à la réfection de nos 
armées et de nos flottes, mais les populations, malgré 
les traditions et les mœurs contractées sous le mauvais 
et dangereux régime du remplacement, si' sont faites 
sans difficulté aux nécessités de nos nouvelles institutions 
militaires. A cet égard, la déconvenue des Allemands a été 
complète. Ils s'imaginaient que les vieux Welches de 
Bouvines, de Denain, de Marengo et d'Iéna étaient telle- 
ment décrépits, que le service obligatoire leur paraîtrait 









658 



^ALLIANCE FRANCO-B0SSE 



SltfoH ? S ° nt ,, a T urd ' hui ^tièrernent édifiés et ils 
savent fort bien qu'il n'y « aucune comparaison à établir 
entre nos petites iirmpps rlo 4»™ . > ' 

Au noin. , » Pt les ress <>urces actuelles, 

tant or t T lflB » 8 W'™*, des progrès impor- 
tant n été également réalisés dans ces dernières années. 

intTêtS LÏ2T ^ ^^ ^^ iS ° lée et «* 
intérêts réciproques avaient contraint l'Autriche et l'Italie 

à se solidariser avec l'Allemagne; l'Angleterre souvent 
une neutralité plus sympathique à la Triple Alliance qu'à 

TAZ 77 a,liéS; ^ Petits »* «*-E L 
ou moins, 1 influence attractive du groupe puissant que 

eIhU § r tait ParVenUe ' COnStitUer Pa " ^ la F ™ 
semb a.t sans appu, et cette solitude pouvait être d'autant 
P us a C h euse qu , dle est toujours ^ l ain . e des utan 

tions intérieures préoccupantes 

Cet isolement a cessé. Les manifestions récentes, si tou- 
chantes par leur grandeur et leur simplicité, en sont la 
preuve éclatante. Ces journées conserveront par suite , 

cXstadT t0 ''T COnSid " ab,e - Pré P^ bie » «S 
Cronstad signée à Cronstadt même, l'alliance franco-russe 

aét scellée à Paris. Nous ne pouvions, en assistant x 
se es qu, ont e , sup , a place de ^ ^ 

Paris nous empêcher de nous rappeler les paroles et les 

prédictions de Thiers. Ces prédictions se sont accompli 

a la lettre devant nos yeux. 
Une première fois, au siècle dernier, sous l'impératrice 

É hsabeth (1741-1762), , a France et la Russie ont été albÏe 
Elles s 6 séparèrent à l'occasion du partage de la Pologne 
e des guerres de la Révolution et de l'Empire. Puis elles se 
rapprochèrent en 1814. 

En 1814, l'empereur Alexandre I«, et de même en 1815 
a réellement jeté les fondements de l'alliance franco-russe.' 



LES PRÉCÉDENTS DE L ALLIANTE 



659 



Il se montra, avant comme après Waterloo, l'ami dévoué de 
la France. Il fit respecter ses frontières naturelles. Il remit 
lui-même au due de Richelieu, qui a joué à cette époque 
un si beau et si patriotique rôle, lit carte des démembre- 
ments proposés par la Prusse. C'est la même que celle qui 
est encore affichée dans les écoles allemandes. Il y a à peine 
quelques jours qu'un journaliste allemand en a réédité les 
propositions. La France aurait perdu l'Artois, la Franche- 
Comté, la Bourgogne, la Champagne, sans compter la 
Lorraine et l'Alsace. Bien mieux, c'esl grâce à l'intervention 
de Nicolas I er que la France a pu occuper Alger. Sous Louis- 
Philippe, des rapports difficiles dans les premiers temps 
devinrent bien meilleurs en 1848. 

Malheureusement, Napoléon 111 se laissa engager dans la 
guerre de Crimée; il s'aliéna nécessairement l'appui de la 
Russie qui lui a absolument manqué ainsi qu'à la France 
en 1870-1871. 

Toutefois, dès 187S, l'empereur Alexandre II lit com- 
prendre à la Prusse que la Russie ne permettrait pas une 
nouvelle agression. Cette démarche, due à l'intervention du 
général Le Flô et du duc Decazes, a donné à la France le 
temps dont elle avait besoin pour se reconnaître. Elle a 
laissé en Russie la porte ouverte à une entente entre les 
deux peuples. C'est ce que comprirent admirablement 
l'honorable M. de Laboulaye et son prédécesseur le général 
Appert. C'est à eux deux qu'est dû le rapprochement 
intime qui est si précieux pour la France et qui déjà a été 
très avantageux à la Russie. Nos deux ambassadeurs ont 
trouvé auprès d'Alexandre III beaucoup de mains amies, 
l'une surtout d'un dévouement discret et sûr. M. le président 
Carnot v a fait récemment une allusion pleine de tact et de 
respect. 

Cette alliance augmente naturellement l'influence réci- 






I 



660 



FORCES DES ALLIANCES COMPARÉES 



proque des deux contractants, puisqu'elle unit leurs forces 

A len lit T t' ÏT m ' ensemble 385 ^Hards. 
A' emagne 160 milliards, Autriche- Hongrie, 80 milliards 

lahe 60 mdlzards, ensemble 300 milliards! En toutes cet 
alhance assure l'indépendance et la sécurité de parties ' 

les événements auxquels nous assistons, Sans crue tout soit 

repare da ns n OS désastres de im UeTlT^S 

ont déjà relevées, et nous pouvons envisager désorn 

jvemr avec plus de satisfaction. C'est Je sentime, t de 

Europe entière. Elle voit reparaître sur son horizon 

1 influence française. Elle sait que la France e rès r ]e 

râbles elle sait encore que la Russie et la France ont siçné 



I 2. -- l'alliance franco-russe et ses conditions 

L'alliance franco-russe était inévitable <*). Elle réunit deux 
des cinq groupes entre lesquels l'Europe se divise. 

(1) L'importance de cette alliance est attentée nar le, ,,,- i 
^VEconomist y consacre chaque semaine 21 ^ S? 
« L Angleterre, la Russie et la France »; _ * novLbTtm i ' 
France et le Tsar ». novemore 1893 : « La 

VEeonomisl exerce une grande influence politi 



que. 



CONDITIONS DE L ALLIANCE 



661 



Cette alliance, nous en avons résumé les avantages éco- 
nomiques dans notre avant-propos. Les fêtes de Paris, de 
Lyon, de Marseille, de Toulon, l'élan spontané, le concours 
unanime et admirable de la France, en ont mis d'autres en 
relief. La Russie se trouvera associée intimement à une 
civilisation supérieure, à la vie facile et brillante d'une 
nation riche et antique. La France trouvera dans ses 
rapports avec la Russie un exemple nécessaire pour 
comprimer les désordres qui compromettent souvent les 
sociétés démocratiques. Quelles belles leçons de respect et 
de sagesse les marins russes n'ont-ils pas données déjà en 
montrant la vénération que leur inspiraient nos évoques ! 
Ils sont allés réjouir le cardinal Richard, laissé de côté dans 
toutes les fêtes avec un défaut de tact et même de politesse 
incompréhensible. La leçon a été entendue. On ni 1 saurait 
être l'allié des Tsars et, en même temps, faire profession 
d'irréligion, d'athéisme, d'anarchie et de révolution sociale. 
Les alliances ont leurs conditions. La population parisienne 
en a le sentiment profond et la France entière la certitude. 
L'alliance russe n'est pas seulement une garantie territoriale, 
elle est aussi une garantie politique, une garantie sociale; 
elle sera, au besoin, un frein. Car la France a donné sa 
parole et la maintiendra. Les alliances sont, des contrats, on 
est tenu de les exécuter. Et que deviendrait la France 
aujourd'hui si, devant la Triple Alliance, elle perdait l'amitié 
de la Russie ? 

L'Allemagne devra, tout en maintenant son influence 
propre, renoncer à toute hégémonie politique. Elle a devant 
elle, au point de vue économique, assez de conquêtes à 
faire : elle continuera à développer son activité dans la 
navigation maritime, le commerce, l'industrie; elle pour- 
suivra ses belles expériences sociales; elle perfectionnera 
ses grandes associations coopératives; elle aidera les autres 



19. 









I 



662 









LIMITE FIXÉE AUX ALLEMANDS 



peuples à améliorer la condition des classes mn ;„c t 
mées; elle reSto e„ «, d„ dévalo ^SltaS^ 

L'heure de ces expéditions, qu'on peut comparer à celles 
e^ar^^^^ 
Les paroles que M. le général de Caprivi, chancelier a 

dWrl e r dre f d3nS ^ **** Cette ™^ 

le tac e f > ^ l ° Ut en Se réservant Ie droit de 

les attaquer à 1 improviste, sont conformes à ] a tradition 

prussienne Frédéric II „> agis8ait au.remL A ris 

mpoieo, m avait provoqué la guerre de 1870 M de 
B smarck dans un accès de vendetta contre sa patrie s'et 
glorifie d'avoir lui-même, avec la haute approh t on de se 

Il faut être prêts <». Mais les peuples européens suppor- 

un ( ^: P L rsxrï srr no paraii pas désirer 
a ssse z^rz^rtr Qi,eiies «- — 

pas moins sous une perpétuelle menl , ' n ° US "' en viv0DS 

pour la paix, d 'ôtr à P u '1 T T '« gUen ?' D est dangereux, 
souverain jeu le , a j'elT' " e Ia V ° lonlé changeante d'un 
formidables armem nts aue le '"^ ^ ^ &Cmmul ' ,ea P'™ 
-n de ne pas ta ' SS ^ï «* la tenta- 




LA GUERRE DE L INDÉPENDANCE 



663 



teront-ils longtemps qu'un seul d'entre eux les maintienne 
sous cette menace perpétuelle d'invasion, de pillage et de 
conquête? Aujourd'hui, ils savent à qui ils peuvent se rallier, 
sur qui ils peuvent compter. L'Europe aura une nouvelle 
guerre d'indépendance. Inutile d'espérer y échapper. Elle 
ne retrouvera qu'a ce prix une longue période de repos, 
de sécurité, de paix. Seulement, dans les luttes inévitables 
qui se préparent, il faut aux nations qui y prendront part 
un but, un plan, un idéal (1 >. L'Allemagne veut dominer 
l'Europe; la Russie veut la liberté des détroits; quels sont le 
but, le plan, l'idéal de la France? L'indépendance est une 
solution négative. Ce but, ce plan, cet idéal, la monarchie 
les a eus; elle les a presque atteints. D'un seul bond la 



>, l 



» La guerre, d'ailleurs, survient parfois au moment où, après l'avoir 
longtemps prévue, on commence à se rassurer. Qu'on se souvienne 
de ce qui s'est passé en 1870. On avait crainl quelque temps un 
conflit à propos île la question du Luxembourg. L'orage est 
dissipé de ce côté. On ne voyait plus rien de menaçant à l'horizon, 
lorsque l'incident de Hohenzollern éclata brusquement, comme un 
coup de tonnerre dans un ciel serein. 

» 11 tant doue toujours veiller. L'Allemagne, toul en ne parlant que 
de la paix, si' prépare comme si elle dînait nous attaquer demain : 
préparons-nous de notre côté comme si nous avions à nous défendre 
demain. Nous comptons sur l'alliance russe ; c'est un appui précieux ; 
mais nous devons nous mettre en mesure de compter sur nous- 
mêmes. Notre organisation militaire, pour laquelle nous avons fait 
tant de sacrifices, a encore besoin d'être perfectionnée. L'avertis- 
sement donné par le général de Cools, en une forme peut-être un 
peu rude, a eu cependant un utile résultat. L'attention a été appelée 
sur l'insuffisance professionnelle d'une partie do nos officiers do la 
réserve et de l'armée territoriale. On connaît le mal : le remède est 
à chercher. 11 appartient à l'administration de la guerre de le trouver 
et de l'appliquer. » (Edouard Hervé, Soleil, 14 octobre 1S03.) 

(1) Sur le plan romain, relire le chapitre xv de Grandeur et Déca- 
dence des Romains : « Ce projet d'envahir toul, si bien formé, si bien 
soutenu, si bieu fini... » 



! 

i 






664 



LES DROITS DE LA FIUXCE EN EUR0PE 



créer en France un grand courant paS^Ï &J? £ 
chanter à nos enfants les beaux vers d'Alfred de ta 

Nous lavons eu, votre Rhin allemand, 
il a tenu dans notre verre! 



Mais parlez-en moins fièrement 
Ou CTaignez que VQS c ' 

Ne revedlent les morts ( ,e leur repos sanglant. 
Nous n'acceptons pas les tracés de M. de Moltke Tous les 

franc o Sa '"t-P"vat. malgré l'infériorité des forces 

i8 S' Zàr autre homme ( < ue B ™- *»- 

le <I8 an ,M i , ! Remplacez simplement le 16 et 

Ma l î Fe Par U " S ° ldat franc du allier tel nue 

Mac-Mahon, ou un véritable homme de guerre comme 
gani, ou Faidherbe, l'armée allemand e g matré s^ 
mécanisme, aurait été ramenée l'épée dans 1« rei£ 

ae a vaillance de nos soldats, s'est mis a pleurer II n'a tenu 

qu a Bazaine de le prendre lui-même ' "" 

lout dernièrement, nous avons fait notre pèlerinage k 

WPnvat. C'est 1, qu 'i, faut envoyer nos «££"£,! 




LE PELERINAGE DE SAINT-PRIVAT 



665 



Après deux heures de montée, nous atteignons le grand 
plateau qui s'étend de Rieuzerolles à Saint-Privat-la-Mon- 
tagne. Le site est admirable. Ce sont des plaines légèrement 
mamelonnées, entrecoupées de bois, bois qui ont servi 
beaucoup aux Allemands, car l'Allemand, comme du temps 
de César et de Tacite, aime à marcher à couvert, à appa- 
raître subitement et à combattre par surprise. 

Devant nous, la route de Gravelotte, que nous descen- 
dons, puis que nous remontons jusqu'à Rezonville, par 
une journée splendide. Tout a repris l'aspect habituel; la 
nature a tout réparé. Comment l'armée allemande avait-elle 
devancé les Français à Rezonville? Uniquement par un fait 
inexplicable : le. pont de Pont-à-Mousson, d'abord gardé, a 
été abandonné. Les Allemands l'ont franchi comme s'ils 
l'avaient fait construire; et puis, de là, ils ont gagné Rezon- 
ville. C'est le fait décisif. 

Puis nous suivons toute la ligne le long de laquelle a 
combattu l'armée française le 18. C'est une des grandes 
journées de l'armée française. Moulin. Verneville, Aman- 
villiers, Saint-Ail, Sainte -Marie -aux -Chênes, Saint-Privat. 
Partout des tombes. A Saint-Privat nous trouvons des 
témoins qui ont assisté à la terrible lutte. Ils nous accom- 
pagnent sur la route où a péri le 4 e régiment de la garde 
prussienne : un monument spécial l'indique; vient après 
celui des soldats du \i" corps saxon. On s'est massacré 
jusqu'à la nuit. Les maisons étaient remplies de cadavres. 

Cependant Bazaine se tenait à dix kilomètres de là, au 
fort de Plappeville, avec plus de 20,000 hommes. Rien ne 
put l'en faire sortir. Serait-il sorti, il remportait une éclatante 
victoire, il devenait un libérateur, il était placé au nombre 
des grands hommes, il dominait Turenne. Il est mort 
misérable et méprisé à Madrid, et sa place est au milieu des 
traîtres. 



666 



r/HÉRITAGIÎ DE LA FRANCE 



saisi/ £ t n r e , S ^T^ qUelqUe chose c I u ' on ne peut 
saisir, et Sophocle a été bien inspiré : 

Mais le sort est le maître; 
Quoi qu'il semble permettre, 
Rien n'est hors de ses mains! 

Nous revenons alors par la seconde route, celle de Woippy 
La descente est charmante; on se croirait en Provence 
noyers pommiers, poiriers, cognassiers chargés de fruits-' 
de belles fermes, des champs; partout la richesse agrS 

Il faut recommander ces excursions aux jeunes gens 
1, comprendront alors les malheurs dont le second Empire 
a accable a France; ils pénétreront dans la nature d 

les sans -patrie qui vivent des subsides allemands- ils 
s armeront pour les jours où de nouvelles épreuves se 
présenteront, épreuves inévitables. Plus sages, plus ferme 
gueux préparés que leurs pères, ils répareront 1 ur auT-' 
ils reprendront leur héritage. ' 



APPENDICE 



DU TOME DEUXIEME 



NOTES DIVERSES 



CHAPITRE SIXIEME 

Des Associations coopératives comparées en Allemagne 
et dans les autres États. 



I 

§ 4. — DES ASSOCIATIONS COOPERATIVES SCHULZE-DEUTSdl (p. 308). 
ORGANISATION ET STATISTIQUE 

Le Jahresbericht de 1892, publié par le Comité central des 
Sociétés coopératives Schulze-Delitsch, contient une statistique, à 
peu près complète, des associations coopératives en Allemagne. 

I. Sociétés coopératives Schulze-Delitsch. — Pendant le 
dernier exercice 1892-1893, les associations coopératives Schulze- 
Delitsch ont encore augmenté. Voici leur nombre comparé en 
mai 1892 et mai 1893 : 

Mai 1802. Mai 1893. 

Banques populaires ou Creditgenossenschaften . 4.401 4.7111 

Sociétés de production 2.840 2.770 

Sociétés de consommation. 1.122 1.283 

Sociétés de construction 5b 77 

Total 8.418 8.921 



1 



II 



APPENDICE 



Les Sociétés de production ont légèrement faibli; toutes les 
autres associations coopératives ont, au contraire, gagné. Sur 
l'ensemble, il y a eu un accroissement de 503 associations, chiffre 
très notable. 

Banques populaires. — En ce qui concerne les banques popu- 
laires, le compte rendu de 1893 résume les opérations de 1,075 
d'entre elles sur 4,791 ; c'est dire que plus des trois quarts de ces 
banques n'ont pas fourni leurs comptes rendus. Les opérations ont 
légèrement diminué depuis 4 890, du moins quant aux banques 
ayant fourni leurs comptes, qui étaient, en 1890, au nombre 
de 1,072; en 1891, au nombre de 1,076, et, en 1892, au nombre 
de 1,075. 






Avances et crédits généraux 

Crédits des associés 

Réserves 

Dépôts 



1890 ISOi 1893 

En millions de marks. 







1.641.5 


1.561.0 


117.0 


114.4 


28.1 


23.4 


453.8 


439.0 



1.539.0 

116.3 

31.1 

434.2 



Ce n'est pas la première fois que les opérations se ralentissent 
pour les banques populaires, bien que le nombre des banques se 
maintienne ou augmente. Ainsi il y a eu une première diminution 
de 1878 à 1886. 11 fallut huit ans pour revenir à l'activité de 1878. 
De môme il s'est produit en 1888 et 1889 un second recul qui a 
été rattrapé en 1890. Plusieurs de ces banques populaires sont 
devenues des établissements importants, notamment les banques 
populaires de Francfort et de Wiesbaden, dont le mouvement 
d'affaires a dépassé 100 millions de marks. 

Sociétés de production. — Le compte rendu de 1892-93 donne 
en détail les opérations de 3 magasins coopératifs, de 12 Sociétés 
de matières premières et de 15 Sociétés proprement dites de 
production. Les chiffres relatifs à ces opérations ne permettent 



APPENDICE 



pas de se rendre compte de leur importance. On sait seulement 
que parmi les Sociétés de production, les associations agricoles 
tiennent une place de plus on plus considérable. Le Jahresberichl 
en signale 1,496 dont 1,423 étaient des laiteries (Molkoreigenossen- 
schaften). L'industrie du lait tend à prendre partout une place 
exceptionnelle. 

Sociétés de construction. — Elles ont passé en 1892 de 55 à 77, 
ce qui indique un notable accroissement. Le compte rendu résume 
les opérations de S d'entre elles à Berlin, Cassel, Munich, et 
diverses localités : apport des associés 329,884 marks; réserve 
70,000 m.; actif 2,667,324 m. Les Sociétés de Berlin, Cassel et 
Munich ont seules une importance réelle. 

Sociétés de consommation. — Leur nombre a augmenté en 
1892-93 de 164. Le compte rendu présente les résultats des 
opérations de 34 i d'entre elles pour 1892. Ces résultats offrent 
beaucoup d'intérêt sous divers rapports. L'actif général s'élève 
à 18,618,803 m., y compris 4,662,724 ni. de marchandises en 
magasin ; réserves 2,473,992 m.; apport des associés 4,804,816 m.; 
espèces en caisse 1,292,737 m.; nombre des associés 2i5,-'J27. 

La loi do 1889, qui a réorganisé les Sociétés coopératives en 
Allemagne, leur donne le choix entre la solidarité illimitée ou 
limitée. Le compte rendu indique les résultats de cette législation. 
4,049 banques populaires ont opté pour la solidarité illimitée et 
232 pour la solidarité limitée; 1,964 Sociétés de production pour 
la solidarité illimitée ainsi que 506 Sociétés de consommation et 
17 de construction; au contraire, 331 Sociétés de production, 
474 de consommation et 98 de construction ont adopté la solidarité 
limitée. 

11. Sociétés coopératives diverses. — Il existe, à côté des 
associations Schulze-Delitsch, diverses autres Sociétés coopératives 
allemandes sur lesquelles le Jahresbericht de 1893 contient quel- 
ques renseignements. 

1» Les 'associations Raiffeisen. D'après le compte rendu présenté 
le 22 juin dernier à l'assemblée générale tenue à Strasbourg, elles 
étaient au nombre de 1,170 réparties en 47 unions. 

2» L'Union générale des associations agricoles allemandes, ayant 


















IV 



APPENDICE 



pour directeur M Wilhelm Haas à Offenbach, dans le grand-duché 
de Hesse. Cette Union générale comprenait en 1892 : 

69) Sociétés agricoles de consommation. 
524 Sociétés coopératives de laiterie. 
514 Banques populaires. 

31 Sociétés diverses. 

12 Associations centrales. 



1.772 au total, réparties en 21 unions particulières. 

m d° P irp 3980013 " ", 9 P °' 0naiSeS agric0,es des P ro ™<*s de Posen 
et de la Prusse occidentale, 77 dont 75 banques populaires 

4o Les associations agricoles de crédit du royaume de Wurtem- 
berg fondées par le professeur Leemann, de Tubingue, d'après le 
type Raiffeisen, au nombre de 577 P 

nombré'e ^! 08 S ° détéS agriC °' eS '" ""* d ' AsC «Ourg, au 
6° L'Union des Sociétés coopératives agricoles de la province de 
Westphahe, ayant son siège à Munster, au nombre de 229 

<° L Union des Sociétés agricoles du Rhin, ayant son siège à 
Cologne, au nombre de 140. ë 

Il existe d'autres associations coopératives dans le duché d'Anhalt 
et la principauté de Hesse, ainsi que dans plusieurs villes d'Alsace 
dp \™ ^ CeS diVerS6S associatio "s> °n trouve un totai 

ens emb t'i a 7 rr aU !. 8 ' 921 C ^™^ Schulze-Delitscb, 
memw , **"* interessant de «roir quel nombre de 

membres quels apports, quel mouvement d'affaires, quels bénéfices 
correspondent à ces 13,706 associations. Consulter également X 
landhehe personal Crédit, von Eugen Aà ger. 1 893, Berlin. 

II 

VISITE A LA KOCHSTRASSE VOLKSBANK (p. 315) 

M Huit nous a adressé le tableau des opérations de 25 banques 
populaires Berlin pour 1892. Nombre d'associés 7,473; monta 

&«ÎL? p ,34(M97 m - ; mouvement des caiss - 

152,712,346 m.; escomptes 66,344,428 m. - Actif : Caisses 



APPENDICE V 

834,859 m. en espèces, en papier 992,259 m., en effets divers 
13,699,208 m., en hypothèques 285,936 m., en comptes courants 
789,699 m.; dépôts dans les banques 223,028 m.; et divers. — 
Passif : Versements des associés 5,760,235 m.; réserve 963,294 m.j 
dépôts à courte échéance 5,869,097 m., à plus long ternie 3,935,089; 
avances par des banques 425,540 m.; et divers. La Kochstrasse 
Velksbank ou Creditverein de Friedrichstadt est au second rang 
par le nombre de ses membres (764) et au quatrième par son acti^ 
(•1,974,866 m.; mouvement des caisses 10,906,288 m.). La première 
banque populaire de Berlin est le Genossenschaflsbnnk de Stralauer 
avec 1,060 associés; actif 4,196,325 m.; mouvement des caisses 
63,980,700 m. 

§6- 

Sur l'état actuel du crédit agricole en Allemagne, consulter le 
Bulletin du Ministère des Finances (juillet 1890: et le Jahrbûcher 
fiir national Œkonomie und Statistik de Conrad (Iéna, juillet 1 892, 
p. 141-142). 

§ 8. — les caisses d'épargne en prusse 

Leurs dépôts au 31 décembre 1891 s'élevaient à 3,405 millions 
de marks, soit 4,250 millions de francs. 



: 






§ 11. — DES ASSURANCES OUVRIÈRES EN ALLEMAGNE 

L'Office du Travail à Paris a récemment publié un mémoire 
fort intéressant sur les résultats comparés des assurances sur les 
accidents — assurance-accidents — même agricoles, en Alle- 
magne et en Autriche; nous en donnons le résumé : 

Statistique générale des accidents en Allemagne. 

Accidents Accidents 
Etablissements. Assurés. mortels. indemnisés. 



1886. 
1887. 
1888. 
1889. 
1890. 



269 .114 


3.47: j , 135 


2.422 


9.723 


319.453 


3.861.560 


2.9S6 


15.790 


350.607 


4.320.665 


2.943 


18.800 


372.936 


4.742.548 


3.382 


22.540 


390.662 


4.996.672 


3.597 


26 . 495 



VI 



APPENDICE 






En ce qm concerne l'Autriche, l'organisation n'est pas la même 
Les assurances sont faites par région au moyen d'établissements 
ad hoc d assurances. Les sinistres sont réglés chaque année en 
to alite, et leur montant est versé par les assurances en une seule 
fou, tandis qu en Allemagne, il n'est pourvu chaque année qu'aux 
besoms de l'année. Mais il faut observer qu'en Autriche la matière 

on So del m ° indre qU ' Cn A " ema § ne - Elle se ^posait, 



1° Etablissements industriels 



agricoles. 



53.193 

78.133 



Assurés. 

893.324 
338.494 



131.326 1.231.188 
Le tout réparti en 1 5 régions et 50 groupes industriels 

, , V 890 ,-, 1 ' S ' eS ' Pr ° duit S ' 9 cas de mort ' 83 invalidités totales 

1,3o/ mvahdues partielles, 4,458 invalidités temporaires; ensemble 
o,417 donnant droit à indemnité. 

II existe des différences très sensibles avec l'Allemagne ■ 

Morts : Allemagne, 0.60; Autriche, 0.58. 

Invalidité totale : Allemagne, 0.3 1; Autriche, 0.09 

Invalidité partielle : Allemagne, 3.20; Autriche 1 53 

Invalidité temporaire : Allemagne, 0.96; Autriche 4 99 

Accidents déclarés : Allemagne, 26.71 ; Autriche,' 17.48. 

Avec indemnité : Allemagne, 5.04; Autriche, 7 18 

Quels ont été, soit pour l'Autriche, soit pour l'Allemagne, les 

résultats de ce fonctionnement au point de vue des sacrifices 

d argent qu'il a nécessités ? 

1° Résultats financiers en Allemagne. 

Rappelons d'abord que tous les risques sont à la charge des 
corporations de patrons, que les calculs des risques sont faits 
d après la nature des industries, qu'en cas de mort il est dû les 
frais funéraires, une rente à la veuve de 20 % du salaire annuel, 
15 y u a chaque enfant et 20 •/. aux ascendants, sans que le tout 
puisse excéder 60»/ o ; qu'en cas d'invalidité totale, il est dû les 



APPENDICE VII 

doux tiers du salaire, et partielle, tous les frais et une rente selon 
les cas. 

L'importance du risque résulte du nombre des ouvriers et du 
montant des salaires. 

Ouvriers. Salaires. Moyennes. 

1886 3.473.438 2.228.358.866 642 

1887 3.864.560 2.580.346.536 619 

1888 4.320.661! 2.043.002.06:; 012 

1889 4.742.348 2.947.138.404 021 

1890 4.920.672 3.183.82:1.207 040 

Ensemble. Cotisations. 

Recettes 1886 12.381.958 dont 12.231.318 

_ 1887J 22.266.484 — 19.598.696 

_ 1888 29.396.690 — 25.882.098 

_ 18S9 35. 862.634 — 31.385.599 

_ 1890 40.887.685 — 34.236.550 

Ces recettes, formant un total do 117,514,324 marks (moins 
les reliquats de chaque année), ont été employées à payer : 

Accidents. Moyennes. 

1880 9.72:! 1.712.700 170 

1887 25.09:! 7.685.196 276 

1888 44.502 15.747.985 354 

1889 00.842 20.020.457 419 

1890 93.245 ~ 44.356.520 476 

Jusqu'à présent, l'industrie allemande n'a pas plié devant ce 
fardeau parce qu'elle est débarrassée des sacrifices que s'imposait 
chaque établissement 

Les assurances des accidents agricoles ont été organisées à 
partir de 1888, d'après le système coopératif. 4,843,021 établisse- 
ments ont été répartis en 48 corporations. Les recettes se sont éle- 
vées, en 1888, à 463,222 m. dont 456,402 m. cotisations; en 1889, 
à 1,825,214 m. dont \ ,621 ,407 cotisations ; en 1800, à 3,023,552 m. 
dont 3,091,752 cotisations. Dépenses en 1888, 461,796 m. dont 









vin 



APPENDICE 






42,860 m. indemnités- 4889 4 im, ïqq i . .„, 

4890 3 3Q9 7S7 „ a \.J 1 ' /U ' 328 dont 6 7«,250 indemnités- 

i»»o, d,d92,787 m. dont 1,878,458 indemnités 

5,569,94 4 m d0 P nt 2 598 .no f f 8 ™*" "" repréSenlé 1 ue 

2° Résultats financiers en Autriche 

d eU m oi s(no J^^^^:: S - : ^ :3 --ette 
et la dépense de 3,547,413 fl. Sur ces dépenses 2 5 598 ' l 
seuls applicable, aux indemnités. Lo surpfus àr 2 621 7^' ^ 
éU .versé à une caisse chargée de payer ZrïZ d'ues.' "" * 

53 1 93 1 GntS C ° mprennent 'agriculture et l'industrie : industrie 
53, 93 groupes; agriculture, 784,137; assurés 893 39/7 
u» ustne et 338,494 dans l'agriculture; TcSn ts S rÏT 

Ï eu t' ue gn S ', 'Ï aCCidentS • iDdemnités : industrie 6,47: 

S 7 fl 4 P ^ ^^ .' : e P résenlé ' PO» les groupes fad£ 
uieis, 47 ti. 42; groupes agricoles, 4 fl 72 

tro L P e difféSL ai e ; 8 ;,; 111 difficil ,* s parce que ,es c ° nditi °- -< 

en A^iche 1 ne ? agne ',' aSSUranCe eSt S énérale > Partielle 
en Autriche. On peut dire qu'elle se réduit en Autriche à une 
expérience qui n'est pas défavorable. 6 

§ 13. 

| fl n„»T CI f T ,:00PÉRAT1VES «N Italie. - Au 30 mars 1893 






APPENDICE IX 

Commerce, dans lequel sont publiés les statuts fie toutes les sociétés 
coopératives légalement constituées, donne le détail suivant : 

Sociétés coopératives de consommation 324 

Sociétés coopératives <le main-d'œuvre 386 

Sociétés coopératives de production 148 

Sociétés coopératives de construction de maisons 87 

Sociétés coopératives d'assurances 2K 

Sociétés coopératives agricoles , 17 

Laiteries sociales 44 

Syndicats agricoles 23 

Cantines coopératives H 

Fours coopératifs !» 

Pharmacies coopératives I 

Sociétés coopératives mixtes (main-d'œuvre et consommation, 

consommation el crédit, etc.) ki 

Sociétés coopératives diverses 'i-ï 

Banques populaires 723 

Caisses rurales 101 

Total 1.974 

Ces résultats sont loin de donner une idée complète du mouve- 
ment coopératif italien. Dos laiteries sociales, qui dépassent 500, 
seules 44 sont légalement constituées ; nombre de magasins de 
consommation, principalement dans le Piémont, ainsi que des 
sociétés de secours mutuels, ne sont pas reconnus, etc. 

III. Des Sociétés coopératives en Angleterre. — 1° Friendly 
Societies of Great Britain ami Irelamd (-1892). — The reports of 
the Chief Registrar of Friendly Societies and his assistant registrars 
hâve recently been issued. The statistics tabulated extend to 
friendly societies, industrial and provident societies, and trade 
unions. The aggregate institutions ol ail kinds in England and 
Wales number 33,094 with 9,911,781 mombers, and funds to tho 
extent of £94,321,269. There is thus an average of nearly £10 
for each member. In Scotland the societies number 1,816, with 
1,091,042 members, and funds amounting to £4,687,998, oralitllo 
over £4 for each member. In Ireland the societies number 640, 







■I 









APPENDICE 

vvith 86,494 members, and funds amounting to £ I 047 639 or 
nearly £12 for each member. The aggrogate of the funds for'ttae 
United kmgdom ihus exceeds £100,000,000. In the ChiefRegis- 
trar s summary, building societies represent more lhan £51,000 000 
while fnendly societies - not of the collecting class - hâve funds 
r d e i ng "W™. Striai and provident societies being 
credited with about £19,000,000. Miseellaneous societies com- 
plète the list with the small balance. 

2° Trade's Unions. - Le Board of ïrade vient de publier son 
rapport sur les Trade's Unions pour 1892. Il constate un ,rand 
progrès dans le nombre des sociétaires et les ressources de ces 
sociétés ouvrières. Toutes les sociétés existantes n'ont pas fait 
mscnre leurs statuts au Registrar; par conséquent les rensei- 
gnements manquent pour donner le chiffre total de leur nombre et 
celui de leurs adhérents. 208 sociétés seulement se sont fait 
inscrire et ont donné leur situation. Voici les chiffres qu'elles ont 
fournis pour les années 1 889 et 1 890, ce qui permet de les comparer 
et de constater le mouvement : Sociétaires en 1889, 646 840- en 
1890, 796,473 Augmentation, 149,633. Revenus par cotisations, 
amendes, prodmt des fonds placés : en 1889, 23 278 320 fr • 
en 1890, 28,285,900 fr. Augmentation, 3,007,580 fr. Dépenses 
totales : en 1889, 17,085,600 fr.; en 1890, 21,059,800 fr. 
Augmenta™, 3,974,200 fr. La plus forte partie de cette 
ugmemation est due aux frais de grèves qui ont eu lieu da * 
4,382 établissements et aux frais funéraires causés par l'influenza. 
Maigre cet excédent dans les dépenses, la réserve totale des Unions 
s est élevée de 26,613.300 fr. en 1889 à la somme de 31,800,000 fr 
en 18J0, ce qui donne un accroissement de 5,186,700 fr soit orès 
de 20 °/ . ' ' 

M 3 F % Cié ^ S J °P érat ^ de crédit. - Nous avons consulté 
M. H M. Wolff, auteur du livre People's Banks, l'un des plus 
complets sur les banques populaires. Il nous a répondu qu'il ne 

EL pas que ces Sociétés fussent distinctes des Frimdl y 

IV. - Sur les limites d'étendue et d'influence du mouvement 
coopératif consulter un article de M. Paul Lerov-Beaulieu (Berne 
des Deux Mondes, 1 er novembre 1893). 






*v 



APPENDICE XI 

V. Sociétés et Syndicats agiiicoi.es. — Sur l'ensemble du 
mouvement, consulter et comparer : 1° Les Sociétés coopératives 
agricoles en Europe (Political Quarterly, décembre 1892, p. 751, 

New-York); 2° la Réforme sociale, mars 1892. 



§ <*■ 



LA LUTTE CONTRE LE SOCIALISME 



I. Expérimentations sociales. — Elles ont commencé par le fait 
que plusieurs municipalités sont devenues socialistes. A Paris, le 
Conseil municipal est socialiste; mais ses actes sont contrôlés par 
le gouvernement. A Marseille, la population est elle-même inter- 
venue pour contenir l'administration socialiste dont elle s'est dotée. 
A Saint-Denis, près Paris, l'ancien foyer religieux de la dynastie 
capétienne, le gouvernement a laissé faire et la population a 
applaudi. Il s'y est, par suite, constitué un véritable centre d'expé- 
rimentations socialistes. Voici comment le Temps et le Soleil en 
apprécient les premiers résultats : 

« La commune de Saint-Denis tient, comme on dit dans les 
nouveaux livres classiques, le record du socialisme. Elle a réalisé, 
depuis un certain temps, l'idéal avec lequel MM. Guesde et consorts 
essaient de familiariser l'opinion populaire. Elle est un champ 
d'expériences où nous pouvons admirer, dès à présent, l'état social 
que nous réserve la faction révolutionnaire, et que l'inertie des 
masses conservatrices lui permettra peut-être de nous imposer un 
de ces jours. \ln rédacteur du Temps a eu l'idée d'interroger en 
détail les habitants de Saint-Denis sur les bienfaits qu'ils doivent 
à leur extraordinaire municipalité, sur le bonheur qu'il éprouvent 
à devancer le reste du pays dans les voies nouvelles. Les résultats 
de son enquête sont instructifs. Ce n'est pas sans peine, d'abord, 
qu'il l'a menée à bonne fin. Telle est la liberté dont jouissent les 
citoyens de la cité socialiste qu'ils ont répondu seulement sous la 
condition de n'être pas trahis. Ils vivent dans la teneur; ils 
redoutent les atroces vengeances de la bande qu'ils ont eux-mêmes 
installée à la mairie, et qui ne souffre pas même la critique ou la 
plainte. 

» Les propriétaires de Saint-Denis se regardent comme ruinés. 

19.. 



| 



XII 



APPENDICE 










Ils ne touchent aucun loyer de leurs bâtiments ni de leurs terrains; 
ils n'osent pas présenter une quittance ni réclamer le plus faible 
acompte, assurés qu'ils sont de ne recueillir que des injures, des 
menaces et des violences. Ils voudraient se débarrasser de leurs 
immeubles, désormais improductifs; mais ils ne trouvent point 
d'acquéreurs, nul capitaliste ne se souciant de faire un placement 
de cette espèce. 

» Les commerçants sont aux abois. Ils ne vendent qu'à crédit, 
et ne recouvrent pas leurs créances. La municipalité ne paie 
même pas aux boulangers le pain qu'ils fournissent aux indigents 
du bureau de bienfaisance, en échange des bons délivrés par la 
mairie. Les fêtes qui sont ailleurs l'occasion d'un mouvement com- 
mercial n'exislent pas à Saint-Denis : les conseillers municipaux 
ont supprimé les réjouissances du M juillet pour protester contre 
la fermeture de la Bourse du travail; ils ne s'associent point aux 
manifestations franco-russes parce qu'ils se proclament « sans 
patrie ». Mais ils établissent des surtaxes d'octroi pour envoyer 
des subventions à la grève du Pas-de-Calais. 

» Les industriels abandonnent la lutte. Perpétuellement menacés 
d'une cessation de travail, sans influence sur leurs ouvriers, ils ne 
peuvent pas prendre d'engagements fermes; ils ne passent point 
de marchés et n'acceptent plus de commandes. Ils n'ont qu'à 
fermer leurs usines. Les voies publiques sont le domaine de 
bandits qui s'intitulent anarchistes. Les habitants de la commune 
qui reviennent de Paris par le chemin de fer sont obligés, pour 
gagner leur domicile en sûreté, d'attendre dans la gare le passage 
d'une patrouille armée. 

» Le rédacteur du Temps, toutefois, a trouvé à Saint-Denis un 
personnage satisfait : c'est un conseiller municipal. Ses collègues 
et lui déclarent que « tout va bien dans leur commune et qu'elle 
est la plus heureuse de France » : en effet, à l'exemple de Paris, 
Saint-Denis fait des rentes à sa municipalité. 

» Ce qui se passe aux portes de la capitale est le tableau réduit, 
mais exact, de ce qui se passerait dans le pays entier, le jour où le 
parti socialiste aurait égaré le suffrage universel à force d'excitations 
impunies et conquis le pouvoir. Partout la servitude et partout la 



APPENDICE 



ruine; la propriété riétrni te, le capital anéanti, le travail impossible : 
la personne humaine écrasée sous un joug brutal, exposée à tous les 
attentats, el pour tyrans, sur la foule abrutie, quelques charlatans 
bien gras, goguenards et féroces. Avis aux amateurs. » 

(Soleil, 29 octobre 1893.) 

Quelques jours après cet article, le 1 er novembre, jour de la 
Toussaint, une scène incroyable s'est produite à Saint-Denis sous 
la présidence du citoyen Waller, maire. Devant le monument érigé 
à la mémoire des soldais morts pendant la guerre de 1870-74, le 
citoyen Walter. maire et député de Saint-Denis, a prononcé un 
discours dans lequel il a exposé ses principes socialistes; et il a 
terminé sa harangue par le cri de : « Vive la République sociale! » 

Après lui, un des conseillers municipaux de Saint-Denis, nommé 
Pillot. a fait à son tour un discours révolutionnaire. 

« Nous venons ici, s'est-il écrié', pour nous souvenir des mari; rs 
de la société telle qu'elle est organisée, dans laquelle on se paie 
de mots; il est à souhaiter que les mots « Honneur et Patrie » 
soient bientôt remplacés par celui do « Solidarité ». 

Le citoyen Pillot a ensuite annoncé la prochaine suppression du 
budget de la guerre, il a déclaré qu'à l'avenir les soldats ne 
mourront plus pour la patrie. Ce qui donne à ces propos un 
caractère d'exceptionnelle gravité, c'est qu'ils ont été tenus en 
présence d'une délégation officielle du l.'il'' d'infanterie, composée 
d'un commandant, d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un adjudant, 
d'un sergent et d'un caporal. 

On si' demande comment l'autorité' militaire a pu permettre à 
une délégal ion d'un régiment de figurer dans une manifestation 
socialiste et révolutionnaire organisée par des gens qui profitent 
de cette occasion pour insulter publiquement la pairie, l'armée, le 
drapeau, tout ce que le soldat doit respecter. 

Nous indiquons ces faits surtout à litre d'expériences sociales 
et comme indication de l'état actuel de la société française. On 
peut les comparer à des taches phylloxériques. Que deviendront 
la France, comme nation, et la société française, si ces lâches 
gagnent du terrain ? A cel égard, on peut relire Grégoire de Tours : 



XIV 

APPENDICE 

II. Autre champ d'expérimentations. - Roubaix. 

« Roubaix, 21 août J893. 
» Une nuit bruyante et sanglante a s „i„! i„ , 

-uti, De nombreuses bagar Ï ^t ^ Tst^ 
pmnts de la v, le. Des patrouilles de gendarmes ont circulé S 
tro,s heures du matin. Plusieurs arrestations ont été oJéX 
Vers onze heures, les internationalistes, voulant fêter 1 elecUon de 
M- Guesde, sont allés rue Saint-Georges, en face du local de 
Umon des patriotes, en poussant les cris de : « A bas la S 
Les membres de l'Union des patriotes ont répondu par es cr 
de : « Jrre la France! Vive la République! » Un membre'de l'Union 
nomme Joseph Van den Berghe, sortit au milieu de la bagarre 
repoussa les internationalistes en criant : « Vive la Patrie- » j, fu 
bousculé et entouré. n 

» M. Van den Berghe se réfugia rue Dubois, à l'estaminet du Bon- 
Bourgeon, d'où perdant la tête, il tira quatre coups de revolver 
Deux passants inoffensifs ont été blessés : M. Alphonse Ce' 
âge de trente-six ans, qui se trouvait avec sa fille a été atte ni 
al arcade sourcilière gauche. Il a été pansé dans une pharma e 

ET M T /' V™, d ° miCi,e - Ma "— ment le second 
blessé, M. Alexandre Murth, qui revenait d'une fête du voisinai 
avec son père, a reçu la quatrième balle en plein front FI " a 
enetre a une telle profondeur que l'extraction a été impose 
Les médecins confèrent son état comme désespéré. La balle a 
, T le r Vea "-. La fouIe P»-"- »'o« des cris de mort et u 
y her le meurtrier, réfugié au Bon-Bourgeois. La gendarme e 
a procédé a l'arrestation de Van den Berghe. Celui-ci a déclaré 
avoir ag, sous l'influence de la surexcitation. Il a ajouté S 
croyait avoir tiré en Pair. » J q 

III. Le Socialisme agraire. - Roubaix et Saint-Denis sont des 
viles ou domine la grande industrie, habitées par les nomades des 






■^^■■H 



H 



APPENDICE 



XV 



manufactures, que l'imprévoyance des lois françaises abandonne à 
leur bon plaisir. Tout cela est soumis en Allemagne, en Autriche- 
Hongrie, en Russie, même en Angleterre, à des législations 
spéciales, protectrices de la société et de l'État. Par contre, 
les campagnes françaises, propriétés rurales, petites industries, 
rapports séculaires entre propriétaires, fermiers, métayers, 
bordiers, prixfai leurs, journaliers, bouviers, vachers, bûcherons, 
terrassiers, maçons, charpentiers, serruriers, charrons, etc., sont 
réglés par des habitudes excellentes. La paix y règne. La pros- 
périté rurale en France est exceptionnelle. Nulle nation n'a un 
pareil fondement économique et social. C'est ce que comprennent 
les socialistes; ils ont multiplié les programmes, les attaques, les 
mensonges, et bien dépassé les prévisions et les prédictions de M. le 
comte de Roequigny dans la lutte électorale d'août-septembre 1893. 

« Dans une série d'articles qu'il vient de donner à la Dépêche, de 
Toulouse, M. Jean Jaurès, député, s'efforce de préciser la partie du 
programme socialiste qui concerne l'agitation dans les campagnes, 
et s'applique surtout à présenter ce programme sous des couleurs 
assez estompées et assez séduisantes pour y rallier nos vaillantes 
populations rurales. Il ne s'arrête pas aux fleurs du chemin, à ces 
réformes secondaires qui, bieR que présentées par M. Jules Guesde 
et consorts, n'ont do socialiste que le nom; il va droit à l'obstacle, 
attaque de front le problème de la propriété et propose hardiment 
des solutions qui, à les regarder de près, ne ressemblent, elles 
aussi, que de très loin au communisme. Autant dire que, malgré 
son affectation à vouloir faire la lumière, M. Jaurès laisse dans une 
obscurité profonde les questions capitales de l'organisation sociale 
dont il rêve de nous doter. 

» Certes, M. Jaurès se montre surtout préoccupé, pour l'agri- 
culture comme pour l'industrie, de détruire les ressources des 
« oisifs », dont le revenu est tiré, sans aucun effort do leur part, 
de 1' « exploitation » du fermier, du métayer ou du simple journa- 
lier; mais en même temps qu'il préconise le retour de toutes les 
terres dans le domaine éminent de l'État, il crée en faveur de 
l'exploitant une « sous-propriété » individuelle, transmissible par 
voie d'hérédité, négociable même entre vifs, laissant une marge 

19... 






XVI 



APPENDICE 






; ;■■ 










soit aux bénéfices annuels, soit même à une indemnité de plus- 
value en fin d'exploitation. Certes encore, le député du Tarn se 
proclame en principe partisan de l'abolition du salariat agricole ; 
mais aussitôt il est forcé d'admettre que, dans les grands domaines, 
ni le concessionnaire ni sa famille ne pourront suffire au travail 
et que presque partout, dans les moments de presse, ils devront 
recourir à la main-d'œuvre accidentelle, ce qui l'oblige du même 
coup à reconstituer le salariat. Certes enfin, par une dernière 
concession aux postulats socialistes, il réclame pour les ouvriers 
un « salaire intégral », c'est-à-dire « égal, par journée, à ce que 
produit en moyenne un cultivateur travaillant une terre qui est 
à lui », de manière qu'à aucun moment il n'y ait prélèvement 
indirect au profit du capital sur la part revenant au travail. 
Mais,- malgré toutes les précautions prises pour que ce salaire 
soit constant en toutes saisons et sur tous les points du terri- 
toire, malgré la reconnaissance du droit au travail en faveur du 
journalier inoccupé, malgré même l'obligation pour les particuliers 
ou associations d'employer ce dernier sous peine d'un « impôt 
permettant à la nation de le rémunérer comme s'il travaillait », 
M. Jaurès nous conduit à une situation qui, par la force des 
choses, ne rappelle en rien les conceptions niveleuses des pro- 
phètes socialistes. Il y aura toujours une large part d'aléa dans 
la position pécuniaire de celui qui, n'étant pas l'exploitant en 
litre, n'aura pas les mêmes moyens que celui-ci pour réaliser des 
économies. 

» La grande caractéristique du système de M. Jaurès est, en 
effet, qu'il laisse à l'exploitant, « sous-propriétaire » ou autre, la 
faculté de garder par devers lui une partie de ses bénéfices. Sans 
doute, on n'aperçoit pas très clairement l'emploi qu'il en pourra 
faire; mais du moins le principe est nettement posé, et l'on peut 
même dire que, dans l'esprit du député du Tarn, les facilités 
laissées à chacun pour accumuler des pièces de monnaie dans 
un bas de laine seront plus grandes qu'aujourd'hui : une fois 
la nation substituée aux propriétaires actuels, los redevances 
payées par le fermier ou le métayer seront o réduites » et non 
pas supprimées, ce qui, évidemment, accroîtra leur aisance; 



APPENDICE 



XVII 



comme, d'autre part, avec la portion de la rente conservée, 
la nation se chargera de fournir « presque gratuitement o les 
machines nécessaires à l'exploitation et que, le sol étant de ferti- 
lité inégale suivant les régions, elle fera, pour amender les mau- 
vaises terres, des sacrifices importants, les conditions générales du 
travail ne manqueront pas de devenir infiniment plus favorables 
que naguère. » 

(Temps, 3 :tobre 1893.) 

Ainsi, M. Jaurès, ancien professeur de l'Université de France, 
propose de spolier tous les propriétaires actuels el de leur substi- 
tuer l'État. On est encore moins exorbitant à Saint-Denis et à 
Roubaix. 

A ces attaques, dont il serait puéril de méconnaître comme 
d'exagérer la gravité, M. le comte de Mon, ardent catholique, 
répond en proposant le retour à l'Évangile el à la Croix. Il fait, à son 
tour, une peinture effroyable et fausse de l'état de nos campagnes, 
accablées de misère, rongées par l'usure, ruinées par l'impôt, 
poursuivies par le fisc. Ce sont des phrases de rhétorique aussi 
creuses que celles du socialiste Jaurès. M. de .Alun et M. Jaurès 
n'ont qu'à faire une tournée en Russie. Peut-être ces calomnies 
finiront-elles par soulever les campagnes et par achever la patrie 
(Discours de Landemeau, novembre 1893). 

MM. Jaurès et de Mun ont cependant devant les yeux un bien 
grand enseignement. Sans secours, sans faveur, sans crédit, les 
propriétaires ont reconstitué en quinze ans le vignoble français. 
Cette énorme opération qui représente avec les pertes 12 milliards, 
ils l'ignorent. C'est bien le cas de répéter avec Bastiat : « Ce qu'on 
voit et ce qu'on ne voit pas. » M. Jaurès propose de déposséder ces 
propriétaires oisifs, et M. de Mun laisse entendre qu'ils n'ont pas 
rempli leur fonction sociale. 



XVI11 APPENDICE 

CHAPITRE SEPTIÈME 

§ S. - DE L'ACCROISSEMENT DE u RICHESSE EN ALLEMAGNE 

Partage de l'indemnité de guerre de 1870 (p. Bas). 

Millions de marks. 

Caisse des invalides 7 

Forteresses 

Trésor de guerre 34 ° 

Achat des chemins de fer '"° 

Dotalions.. i7i 

t, . , -f O 

Bavière '- 

Wurtemberg.. "'° 

Bade 81 

Hesse '- 

Allemagne du Nord .'*'. 33 

Frais de guerre, par privilège' '.''."'.""" , '%£ 

Assurances sur la vie en Allemagne en 1892 (p. 544). 

Con 1 3 pàgnL P ° ]iCeS; CaPÎtaUX l ' m ' 429 > 0° «-* par dix-neuf 

CHAPITRE HUITIÈME 

§ t>- — KANT ET SCHOPEXHAUER 

La Paix perpétuelle (p. 593). 
Kant est allé jusqu'à dire : « U est permis d'être injuste une 

(Eléments de la Métaphysique du Droit, seconde partie)- mais 
combien de fc,s cette injustice a-t-elle eu ,ieu ? C'est à LommenT 

tout e p s7êT nementa é ' é aPpliqUé Par tOUS ,es P eu P'^ et par 
toutes Jes forces qui ont voulu acquérir la suprématie. 



APPENDICE 



XIX 



CHAPITRE NEUVIÈME 
La Lutte pour la suprématie en Europe. 



§ 2- 



l'interdiction de la guerre 



Un jour que les rapports avec le voisin de l'Est étaient assez 
tendus, et que M. de Bismarck parlait de l'éventualité d'une guerre : 
« Laissez-moi mourir en paix, dit le vieux souverain à son chan- 
» eelier. La Russie peut supporter plus d'une défaite, sans pour cela 
» se laisser entamer ni périr... tandis que nous, si nous perdons 
» une seule bataille, notre empire à l'instant s'écroule... » (Ilenne- 
bert : l'Aigle russe, 1893, p. 39.) 

§ 4. _ DÉMEMBREMENT DE LA FRANCE ET DE LA RUSSIE 

Les revendications historiques de l'Allemagne contre la France 
et la Russie sont complètement établies par E. de Lavcleye (Causes 
actuelles de guerre en Europe, 1871). 



(i. 



LV GRANDE LUTTE EUROPEENNE 



Nous donnons ici quelques extraits relatifs à la littérature mili- 
taire contemporaine. 

1° Rapports de la Russie avec la Hongrie. — « Il est question, 
depuis quelques jours, en Autriche, d'une brochure publiée par 
un ancien secrétaire des affaires étrangères, M. Jules Rimler, qui a 
engagé, l'année dernière, au nom du parti de l'indépendance, des 
pourparlers avec certains personnages russes à propos d'une entente 
éventuelle entre la France, la Hongrie et la Russie. M. Rimler s'est 
rendu en Russie au mois de mai 1892; il est arrivé à Saint- 
Pétersbourg le 25, muni d'un certain nombre de lettres de recom- 
mandation. 11 alla trouver tout d'abord le major Michel Ziehy, ainsi 
que le capitaine Moulin, attaché militaire fiançais, et c'est sur leurs 
indications qu'il arrêta les démarches qu'il ferait ultérieurement. 
11 s'entretint avec les membres les plus influents du Comité slave, 



XX 



APPENDICE 



princesse Troube.X àve t ' ""^ et Tchernaief > -™c la 
Pobiedonostzef ^0 1^™°™* «^ du ^'"Synode 
^traction, c n S^T"" J ° U ™ ,istes ' * ™tre de 
'econseiJIe/inZ „a ; ' T" W ° lk ° nslri ' M " ^ovo et 
M. Rimler insis te s 0P 1 ' ^ audienœ à M ' Rim1 ^ 

* — «. ^ s c sir ^t , *««* 

considérée comme constifJnT ,V*. Hon «™- La Hongrie est 
Qu'on ne saurait ra er vec L2 f ^clnqaier européen une pièce 
Tançais trouvera e„ R Lie ^"^ ^ Pa ' ri ° tfiS ho ^ rois et 
pourront jeter les bases dW T? ^ pré P aré Sur ' e <J^ «« 

a envoyer à M Biml P r aoo „k " jii »™js, M. kirief s'engageait 

» La lettre £^££^7? 7 " ^ " qUeSti ° n - 
'a date suivante- WuSlTXl' ^ ecnvit sur ce su J et Porte 
et Peut être consS cole e ™ P ^* 8 *»*«**L 8 , 
g^e du parti I lon gro d -TJ ^^^ de '* Politique étran- 
mémoire il es ttc u I \l f*** *?™- Dans introduction de ce 
contre FAllem L n e i t^T* d °} 1 , être ^PP^ de la Hongrie 
hongroise (qui em^e' t t "" "? ta . ^anisation de la race 
presqu'île dés BaÏÏw la . ge ™ anisallon de l'Autriche et de la 

-cunté de Ï a )j e °de ! U r'- Un *V P " n — ' P °" r la 
tenant menacée et la 1 iî ^ U FnWe eSt dès mai "- 
alliance ne se di sso T^TT inévitable ™nt si la triple 
q- peut se réat er -Te ' " ?T« battue ~ kjPothL 
tour de la Russie!, * S31gnée a blanc " Puis <* sera le 

(Temps, \i août 1893.) 

eolt^ÏlÎot î**. 41 *— ■ - M - *- Geffclen, 

de ''e m pere 7^ I I et"" r'T IT ^ *" mé ™™ 
vient dé faire parai! , ' ? d " esdemelés a ™«. de Bismarck- 
Alliance. I Franée Ia B ^ Sensationne He sur « la Triple 
actuel ^ fZZm ^TT'' ?" P ^ Urtori « M * W ,0 ^ 

Richard wîK.'&f Tm^uf'''^'"'- Veriag ™ 
«enu, »893. Cette brochure de 172 pages avec 






^^■^p 



APPENDICE 



onze chapitres ne contient que deux chapitres d'actualité : 
le septième, Der Krieg in Sicht (la Guerre en vue), et le neuvième, 
Die gegenwàrtige Lage (la Situation présente). Tout le surplus 
se résume en une sorte de kaléidoscope historique, sorte de chambre 
obscure bismarckienne. Le but essentiel de M. 11. Geffcken est 
d'établir que l'alliance franco-russe est une chimère parce qu'il 
n'existe et qu'il n'a jamais existé aucun intérêt politique entre 
la Russie et la France. Dans le chapitre vu, M. 11. Geffcken 
accumule les racontars sur l'incident de 1875 et l'intervention 
d'Alexandre II. Selon lui, on s'attendait à un coup de tête français 
et A'exandre II prêcha la sagesse. 

Les deux derniers chapitres forment une sorte de panégyrique 
de la Triple Alliance. Der Drevbund stehi in unerschùttert Voiler- 
kraft; on dirait un rocher au milieu de l'Océan. Au contraire, il 
n'y a eu entre la Russie et la France aucun rapprochement réel. 
C.ronstadt n'a été qu'une mise en scène; l'Exposition de Moscou 
un liasco. L'opposition de Rothschild a suffi pour paralyser les 
rapports d'argent. L'alliance est un flirtage. La Russie ne pense pas 
à l'Alsace-Lorraine et la France ne livrera jamais Constantinople 
aux Russes. D'ailleurs, comment s'entendre avec les complices de 
Cornélius lier/, [sic p. 170), de Reinach et d'Arton"? Néanmoins 
M. Geffcken n'est pas trop rassuré; il passe en revue les forces et 
les ressources des Etats et il se calme en affirmant que la France 
doit 43 milliards et que ses finances sont rongées par un déficit 
effrayant. 

Cette brochure, qui en résume tant d'autres, est surtout impor- 
tante au point de vue de l'hostilité persistante du milieu germanique 
d'oii elle émane et pour lequel elle est faite, à l'égard de la France 
et de la Russie. 

3° Lu prochaine guerre. — L'honorable M. Schajffle, l'ancien 
ministre autrichien, devenu socialiste, tout en restant un des 
grands publicistes allemands, s'est aussi occupé de cette grande 
guerre en vue. Nous empruntons au Journal des Débats (avril 1893) 
le compte rendu d'une brochure récente de M. Sclueflle : 

« La guerre prochaine sera un duel entre la France et l'Alle- 
magne ou une guerre de coalition. Ou bien le vaincu paiera tous les 






XXII 



APPENDICE 



frais, comme en 1870 ou ces frais »,,>„, - 

alliés [p« pv, ■ "aïs seront supportés entre plusieurs 

ai ies. Les Français onf estimé que la euerre de IS7n ■! , 

» Ce n'est là qu'un minimum. D'abord l'entretien d Pa .„ 
accumulées dans la prochaine guerre esWra d s ri ^ 

loule npérioriU à l'illeoup» ' ** d " nno 

«cuf r^"* T PlaS ""*"• r«*«™».l Plu. 

.o ;, m, Trj""' " sra '" ™ e ™* 8M Iais »™« »» 

1rs irfsariîr: f "'" re , aii - * 

guerre en Ssvp Rct ; m 1 e " uew a '° °/o. Le ministre de a 

suons, en saxe, estime les frais de srucrre à ?n miiii»^ ^ 

et par conséanent i «nn -h- ^ trre d ~° milliards de marks, 

*p« 8 cs ; L« - .s r™;„ r impô,s to! "" !i - ■***•* 

de civilisation. » ' «mèneront un ralentissement, un arrêt 






APPENDICE 



XXIII 



Il faut, sans doute, faire la part de la poésie et de l'amplification 
dans les prophéties de M. Schaeffle, porté à prendre toujours les 
élucubrations de sa vaste imagination pour la réalité même; 
néanmoins, personne ne doute de la grandeur extraordinaire des 
prochains conflits. On n'hésite que sur le moment. 

3° L'Attitude et les intérêts de l'Autriche. — Sur cette question 
si importante, the Truth (19 octobre -1893) contient un article 
plein d'intérêt et de sagacité. L'honorable M. Labouchère déclare 
hautement que la Triple Alliance n'a été qu'un instrument diplo- 
matique, destiné à assurer à l'Allemagne l'Alsacc-Lorraine en 
préservant l'Autriche des attaques et des convoitises italiennes; 
que l'Autriche n'a aucun avantage à conserver l'Alsacc-Lorraine à 
l'Allemagne, pas plus que l'Italie, et que par suite : « It is pretty 
clear that, as a league of peace, the Triple Alliance lias proved to 
be a failure. It lias been never, indeed, that an alliance to secure 
to Germany the French provinces that she lias acquired. With 
continenlal Europe divided into two armed camps, the danger of 
war is serious. If war does break out, it is very doubtful whcther 
Italy and Austria will hand their conlract with Germany. » 



§ 8. — DÉPENSES ET RESSOURCES COMPARÉES DES ÉTATS 

I. Progrès du brigandage et de la misère eu Italie. — Un Italien, 
M. Mezzabotta, nous renseigne sur la situation de ces paysans 
nomades qu'on appelle, d'un terme trop juste, Guitti, c'est-à-dire 
va-nu-pieds, gueux, misérables : 

Les Guitti sont pour la plupart originaires des Abruzzes : ils 
viennent par compagnies, on les engage par tête, et jamais l'entre- 
preneur (mercanti di campagna), qui les exploite, ne se soucie de 
leur nom ou de leur patrie. On les parque comme des bêtes, dans 
des cavernes que des bêtes refuseraient d'habiter; on leur donne 
un peu de polenta, souvent sans sel, — le sel coûte si cher, par 
suite de la gabelle! — Pas l'ombre d'assistance sanitaire; un 
propriétaire qui avait donné une charrette et un mauvais cheval 
pour servir à apporter le maïs et les blessés à un hôpital de Rome, 
a été longtemps considéré comme un dangereux exemple d'extra- 
vagante munificence, 

20 



XXIV 



APPENDICE 















En Sicile, le mal est plus grand encore. On sait que la population 
rurale sicilienne est, en plus grande partie, enrégimentée par des 
associations ouvrières socialistes qui portent le nom de Fasci dei 
Lavoratori (textuellement : Faisceaux des travailleurs). Cesassocia- 
tions suivent un programme nettement socialiste fondé sur les 
doctrines de Karl Marx. Tout en formant une seule grande association 
de travailleurs, englobant tous les arts et métiers, les Fasci se 
subdivisent en sections, chacune comprenant particulièrement un 
art ou un métier. Les sections des paysans des divers Fasci réunies 
entre elles forment, par exemple, la corporation des paysans 
siciliens, et cela rend aisée la défense des intérêts communs. 

Le terrain était si bien préparé pour la propagande socialiste 
que les Fasci siciliens ont recruté, dans un espace de temps relati- 
vement très court, trois cent mille travailleurs, bien organisés et 
disciplinés, obéissant à un clin d'œil du comité central, dont les 
ordres se répandent dans les chefs-lieux de sept provinces, 
possédant chacune son comité, et de là dans les localités dépendant 
de leur circonscription. C'est une organisation formidable et contre 
laquelle les juges et les gendarmes sont impuissants. 

II. Réserves d'or de la Russie. — Ces réserves comprenaient 
au 1 er septembre 1892 et 1893 les sommes ci-après : 



Trésor : encaisse or ou disponibilités a 
l'étranger ' • ' ' 

Banque de l'État : encaisse or ou disponibilités 
à ^étranger 

Fonds d'échange 

Fonds spécial servant de garantie aux émissions 
temporaires de billets de crédit 



1892 | 1893 

1.000 roubles. 



58.738 



209.568 
210.379 



125.000 



603.685 



171.625 



118.448 
210.379 



100 000 



600.452 



Ce total de 600 1 /2 millions roubles or (2,401 millions de francs) 
se trouvait ainsi réparti entre les caisses publiques russes et les 




-**&-$* «-"S» 



APPENDICE 



XXV 



correspondants du gouvernement à l'étranger (en milliers de 
roubles or) : 

Trésor. Banque de l'État. 

En Russie 354.146 199.037 

Al'étranger 27.858 19.411 

Les disponibilités de la Russie à l'étranger se décomposaient : 

Trésor. Banque de l'État. 

France 10.255 2.367 

Angleterre... 4.469 8.692 

Allemagne 10.404 8.345 

Hollande 2.730 » 

§ 9. — HÉGÉMONIE MARITIME DE I. 'ANGLETERRE — HÉGÉMONIE 
DE LA RACE ANGLO-SAXONNE SUR LE GLOI1E 



Oïl incident récent, très important quant à ses suites immédiates 
et quant à ses conséquences lointaines, vient de révéler toute 
l'étendue, toute l'ardeur des ambitions maritimes de l'Angleterre 
et la passion avec laquelle elle les soutiendra. Au moment de la 
visite de la (lotie russe à Toulon, un reporter anglais, sorte d'agent 
de police secrète, est parvenu, — comment? le ministre de la 
marine, l'amiral Rieunier, serait fort en peine de le dire, — grâce 
à la légèreté et à l'imprudence d'un fonctionnaire quelconque, 
à visiter l'arsenal de Toulon. Ce reporter a non seulemenl trouvé 
l'arsenal en fort bon état, — témoignage sur lequel comptait son 
naïf complice, — mais il a vu dans cette bonne condition de 
l'arsenal de Toulon l'occasion d'un immense chantage destiné à le 
mettre lui-même en vedette. Répondant à l'imprudence de son 
partner avec l'ingratitude d'un véritablo espion, il s'est immé- 
diatement entendu avec le Times, qui a la haine de la France 
comme fondement de succès, pour entamer une violente campagne 
contre ses armements maritimes, tenus secrets. Les armements 
maritimes de la France tenus secrets ! Comme si , en ces temps, 



XXVI 



APPENDICE 



ment a mises en nlein ,w v prétentl0ns q«e ce soulève- 

ntir <Ie ler'e T» „VÏ , <">""-"»<«> <- Ut de „ M «„ 

P r tout ou la Russie et la France auront trois navires, l'Angle- 
terre e ra cinq . Pour C0mbjen ^ An 

dans le commerce maritime du monde? Qu'ont-elles à pro"!'? 
L Angleterre possède le droit de limiter ceUe protection^ 
£££ ? dGS a, ' mementS ldS flU ' ils défient *"• "«e : Rut 
Là dessus, le J.mm (13 novembre 1893) dresse le bilan de la 
ma .ne ru sse et de la marine française; il pense qu'elle va, e 
vau ïi" n 8 ' eD r b,e ' UndiS qUe ,a ma ™° ma ^ande an^ se 
un ™ , SCU,e m mi " i0nS '• S - D ° nc ''Angleterre doit av 

une manne mmtau-e dix fois supérieure à celles de la France et de 

autsTÏ d f U l COmmerce : e »^' Pacifique, mais belliqueux 

25 nœ 1 T^l *?"■ LeS t0, ' pi " eurS fran ï ais > m ^hant 
a 25 nœuds, empêchent de dormir et môme de mander les arma- 




■ 



HHH 



APPENDICE 



XXVII 



teurs de Londres, de Liverpool, de Glasgow; ils remplissent les 
colonnes du Times de leurs lettres, sans compter les autres 
journaux, lancés également sur cette piste. Lord Charles Beresford, 
ancien membre du conseil de l'amirauté, est lui-même descendu 
dans l'arène, par la publication d'un mémoire qui a produit un 
immense effet et sur lequel les Débats (22 novembre 1893) s'expri- 
ment dans les termes suivants : 

« Dans ce travail, lord Charles Beresford établit que les ennemis 
possibles de la Grande-Bretagne sont la France et la Bussie qui 
ont des intérêts contraires à l'Angleterre. Il s'est donc appliqué à 
préparer un programme qui puisse rendre la flotte anglaise aussi 
forte que celles des deux puissances combinées. 

» Or, la France possède 30 bâtiments de combat et la Russie 15, 
soit en tout 45. Il faut donc que l'Angleterre, pour que sa (lotie 
ait une puissance supérieure d'un tiers aux flottes russes et fran- 
çaise réunies, ait 60 bâtiments de ligne, et elle n'en a que 42. 
Reste 18 à construire. 

» Lord Charles Beresford propose que l'on construise 6 cuirassés 
du type RoyaUSovereign de 14,000 tonnes chacun, 12 du type 
Barfleur (10,500 tonnes) qui coûteront 12,936,000 1. s. 

» Passant aux croiseurs, lord Charles Beresford en compte 90 
dans les marines réunies de la France et de la Bussie; il en faut 
donc 120 à (Angleterre, et elle les possède. Mais chaque cuirassé 
de ligne devant avoir avec lui deux croiseurs, il ne resterait plus 
de bâtiments de cette catégorie pour la protection de la marine 
marchande. Par conséquent, il faut dix grands croiseurs nouveaux 
du type Blake (9,000 tonnes). 

» Aux torpilleurs, maintenant. La France en a 242, la Russie 135. 
Contre ces 377 torpilleurs, l'Angleterre n'en peut mettre en ligne 
que 67. Cela étant, il faut, pour détruire ces torpilleurs, créer des 
bâtiments de guerre d'un nouveau type, do 3,500 tonnes, à 
ceinture blindée, d'un faible tirant d'eau et d'une vitesse de 
17 nœuds, et qui seraient armés de 12 canons de 15 centimètres 
et de 12 centimètres. En plus de ces bâtiments, il faudrait encore 
avoir 50 contre-torpilleurs du type Havock et 30 torpilleurs. 
» A la suite de ce programme de construction navale, lord 









XXVIII 

APPENDICE 

(commercial et militaire) e 1 iL ^ agrand,r ,es deux môies 
vaux. Il déclare ensuite cu-iiTT lmmédiatera ent les tra- 
Gibraltar e, d' y accun 1 d si" T^^ d ^^^er 
et Ja Spezia. ^ munUl ons comme à Toulon, Kie! 

^ francs de p, us ^ ^ ^ * ^ ™ ^0 m i,,ions 
q«i était de 537 millions J1S.T . gence Act de «89. 

P'-a-, pouvaient ^^Sr-J^^-um^s 

se faire céder par traité F le de g ° UVernement ottoman, ou de 
™ bon port e i situ ée d'an f^ ^ no ». ° U ^ autre possédant 
Pour contrebalancer les posTuoï ^ ^ ^ * h Médit ^anée 

i'étabiissement possible d- u r2 nn r? lqUeS de ' 3 France et 

^r^ d ' opé ^-^csïrs^ 

P^ÏlSSLÏTÏtf *" « — d'avoir une 
marins capables. Il réclame don r ^"^ deS ° fflCierS et des 
-rvant de bases d'op ^ Zvl ^T™'^ ^ J ° S P ° rlS 
marine, de l'artillerie et d , sé m ' C ° mUéS d '° fficiers d e 'a 
des rapports sur l'état d ces 2'? T"* Chargés de faire 
améliorations à y introduire dC' SUr ^ beS ° inS et Sur ]es 
Pour veiller à Je que p son ,d e !T* Sera ' ent " B " i ^ 
«a tâche, et pour l'y maintenir e „i^ T'" 6 SOit à Ia hauteur d e 
d'y remédier. * " ^ SJgna,ant Jes défauts et les moyens 

Par conséquent, très désireuses Tôt • ^ maritime et ' 

'es forces nava es d 7o Vau m e „ ' 6 T'' pr0té g er efficacement par 



I ^*- • 






APPENDICE 



XXIX 



l'état de la marine et, aujourd'hui, les journaux publient en entier 
le travail de lord Charles Beresford. » 

Lord Aloester, lord George Hamilton se sont empressés d'appuyer 
l'opinion de lord Gh. Beresford : « Even Cobden said, rappelle le 
Times du 13 novembre, lie would spend 100,000,000 1. s. rallier 
than allow our naval supremacy, on which the very existence of 
our commerce depended, to be tlireatened. » 

Le Daily Graphie ajoute : « La suprématie dans la Méditerranée 
fait de nous les arbitres de la paix, et cotte suprématie a disparu 
grâce à la France. » 

Ainsi la France et la Russie ont à accepter, d'un côté, la supré- 
matie militaire de l'Allemagne, et la suprématie maritime de 
l'Angleterre d'un autre côté. 

« Comment! s'écrie le Times, dans un accès de folie furieuse, 
comment ! aucune flotte, à moins d'être soutenue par une armée 
considérable, ne pourra prendre Toulon ou l'affamer! La France 
a 122 vaisseaux prêts à prendre la mer, l'Angleterre n'en a que 27. 
Cette situation est humiliante, anormale. 

» D'où et d'urgence : 

» 1° L'envoi de six cuirassés, six croiseurs, six torpilleurs, la 
construction de douze contre-torpilleurs par année à Malte. 

» 2° La construction ou l'acquisition par achats, traités, échanges, 
etc., d'un plus grand nombre de docks. L'Espagne devrait donner 
à l'Angleterre, près de l'entrée de la Méditerranée, plusieurs points 
qui lui conviendraient parlaitement, pour construire des stations 
de charbon et des docks. Cette construction coûterait cher à 
l'Angleterre, mais l'Angleterre aurait de très fortes positions dans 
la Méditerranée. Nous donnerions en échange à l'Espagne le rocher 
de Gibraltar où les docks qu'on pourrait construire seraient exposés 
à la destruction, et nous nous concilierions l'Espagne du môme 

coup. » 

Affamer Toulon ! Les reporters anglais se figurent être encore 
en 1793. Ils oublient que Londres contient plus de 6 millions 
d'habitants agglomérés et qu'il est autrement facile d'affamer 
6 millions de personnes que 100,000. 

Cette sauvage levée de boucliers, de la part d'une grande nation 



XXX 



APPENDICE 



qui croit marcher à la tètP Ho i a „• ■•• • 

fusions. Nous voil ûin de Lo sï? *"* **- *« des 

Napoléon III, )ord ciarenln Lou,s -P hlh PPe, Guizot, Robert Peel 

f»P ^eux po^iTZ^'oZl d e ro C ;r e D ? <? * ^ 
la Paix allemande, subir la naix 1 ' f ^ » g3Uche; su ^ 
saxon, voilà ce qu'on veut en' L e Tb 7™ ^ "* ^°- 
à 125 millions de Russes et i! ' , ' , ' m COmme à Lon dres, 
nous semble bien gros "poir l'L J ° M ^ Fra " ÇaiS - Le mo ~ 
insatiable : on le sa mai ou T ?*>***• » est rude * 
jour où les Cosaques se Xïï? démén f gemeDt d ans la City le 
Banque de France Lit ™™ r ° ^ de Afghanistan et où la 
torpilleurs et 27vZZ™ ^f™ ' Sans compter nos 
la Manche. ' n0n p3S de la Méditerranée, mais de 

l'entoitÏÏp^ eÎd^rT * *■*"" **"~ » 

^paraître entre le Chin0 s es T de , Fra ^ is > destinés à 

pouvait manquer d'Ler Z S ./ lu' leS ^"Saxons, ne 

en une incroyAV^ZZlZ^^ ^ S<3 S ° nt ^ 
reconnaître que l'ho o e M C h , , ' Ang,eterre - " ^ toutefois 
non plus que'les uS^S^S^ 7 « "»' ab -^nné, 

-S r nt i g r unrs^t 1 '-: s- r ic,e du ** 

marine anglaise r Charles Di,k e sur la 

les croiseurs. ciasse, et de 2 a I pour 

c.u7cïrsrrT' fl ott; C ais: orrespondant du *"* g ^< 

comparaison? C3,Se qUe nous de ™ons établir une 

si ^iTJétz::\ T peme ' répond sir ch — **•• 

autres puissances In- JUS ' e SUpéri6Ure a CelJes de d «ux 



APPENDICE 



XXXI 



absolue, nous devrions pouvoir battre ou bien bloquer les flottes 
combinées de tous les ennemis possibles. Mais il semble bien 
improbable que, dans ce cas, nous n'ayons aucune combinaison à 
opposer à celles qui seraient faites contre nous. 

s II n'y a que deux marines au monde : la marine britannique et 
la marine française. Ce dont nous devons nous assurer, c'est que 
notre flotte soit sans contredit supérieure à celle de la France. 

» A mon avis, la force de notre marine de guerre ne devrait pas 
être en raison de la valeur de notre marine marchande. Nous 
devrions avoir la suprématie sur les mers, même si notre marine 
marchande ne valait que 10 millions de livres sterling. » 

Sir Charles Dilke fait ensuite l'historique de la marine française 
et ajoute : « Pendant les dix aDS qui viennent de s'écouler, les 
Français ont considérablement augmenté leur flotte dans l'éven- 
tualité d'une guerre avec l'Angleterre et aussi pour le cas d'une 
guerre avec l'Allemagne. 

» Avec l'Angleterre, on risquerait moins d'un côté, mais une 
puissante flotte était nécessaire. 

» De plus, la France avait à se prémunir contre la flotte italienne 
dont elle était jalouse; c'est pour ces raisons qu'elle a rendu 
Toulon inexpugnable. 

» J'en parle avec certitude, car j'ai habité Toulon pendant très 
longtemps. Je dois avouer que j'ai été reçu dans les chantiers de 
Toulon avec autant de courtoisie qu'à la Spezia. 

» Eh bien ! j'ai remarqué que l'éducation navale des Français 
laissait peu à désirer. Les équipages manœuvrent jour et nuit, ce 
qui ne se fait pas dans la marine anglaise. 

» La flotte française est supérieure à la nôtre, en canons et en 
projectiles. 

» Les Français construisent de meilleurs navires de guerre que 
les nôtres. Le fait est dur à constater, mais c'est la vérité, et la 
preuve, c'est que toutes les puissances neutres envoient leurs 
commandes en France. Cependant les Français ont tous les 
désavantages de leur côté, car chez eux tout doit être importé. 

» Si les Français n'ont pas fait grand usage de leur flotte pendant 
la guerre franco-allemande, c'est qu'il n'y avait rien à faire pour 

20. 



XXXII 



APPENDICE 



CHAPITRE DIXIÈME 
Relèvement de la France. 

§ *• — 1870-1893. 

de valeurs italiennes, 2 m£t '„ ^ ° U * mi " iard et <&* 
sud-américaines, 2 JSSUSSr " ***-"". 2 ■«"«-* 

I § ^ ~ LW — — co- RUSSE ET SES coxDimNs 

L6ttre ^ TUrff0t 8U -«*•» Priée * mars 1778 , 
I. La Suprématie en Europe (n kkq\ * 

» un équilibre d'étendue et de forces m! ' ÉW * e " Euro P e 

« SalUé et toute perspective iÏ^ffifT ^ ^ ^ 

11 • Le Respect de la Reliaian i m- 
contient le réoit d'une interview Jt/^'.'" du 6 «ovembre 1893 
rédacteurs et binent arheTéau^ ri i^T e '" re Un de «■ 
comme l' u „ des documon , s D J s n ^ ^ '* re P™duisons 
russes. ' es P Jus Plante relatifs aux fêtes 

^^: v n^:r P r b r r d M r sa ^ vo - >—- 

impression sera d'autan p us t If ^ franco ™s- Votre 
que vous êtes , e seul des m' Z, de V ^ " grand P ub,ic . 
en délicatesse avec le pouvoT P ' SC ° Pflt qui s °y ez e ™ore 

— Vous voulez mon impression ? m, «.■ , 
«eureux de ces fêtes, comTévV ^ ' J ' 6 SU, ' S doub,6 ^nt 

seulement elles consolidée Ua paixD0J ^ et T™ ^'^ Non 



APPENDICE 



XXXIII 



la France aux yeux de l'univers; mais encore elles ont eu pour 
résultat béni de rapprocher tous les Français, d'imposer silence aux 
manvaises passions, à nos haines, à nos jalousies et, surtout, de 
proclamer en public, après tant d'années, devant le monde officiel, 
le nom de Dieu ! 

» Oui, durant ces fêtes nationales, le clergé a repris sa place 
parmi les grands corps de l'État : il a figuré dans les cortèges; il a 
pris une large part à toutes les manifestations. A Toulon comme à 
Lyon, comme à Marseille, lors des banquets donnés par les muni- 
cipalités et les Conseils généraux, les évoques et archevêques ont 
été l'objet des plus respectueuses prévenances. 

» Personnellement, j'ai à me louer de l'accueil très cordial de 
M. le préfet des Bouches-du-Rhône ainsi que de M. le président du 
Conseil général, à droite duquel j'étais placé au banquet de la 
préfecture. Et dans la réception qui a suivi le banquet, j'ai reçu — 
je suis heureux de le constater — de nombreuses marques do 
sympathie. 

" » De son côté, Me r l'évèque de Marseille a été chaleureusement 
acclamé, quand il s'est rendu, à midi, au banquet municipal de la 
bibliothèque. Le peuple l'a salué par les cris de : Vive la France ! 
Vive le clergé ! 

» A La Seyne, encore, au lancement du Jauréguiberry , un 
long murmure d'approbation a souligné l'éloquent discours que 
MB' l'évoque de Fréjus adressait à M. le président de la Répu- 
blique. 

» Ces manifestations répétées sont significatives. 

» Elles sont, pour ainsi dire, d'heureux gages de paix et de 
liberté religieuse que nous saluons avec bonheur. 

— Ainsi, vous croyez, Monseigneur, que les rapports du clergé 
avec le gouvernement vont s'améliorer de jour en jour sous la seule 
influence des fêtes franco-russes ? 

— Je le crois et je l'espère fermement. Les marques de respect 
prodiguées au clergé par les officiers et les marins de l'amiral 
Avelane ne sont pas demeurées inaperçues (ces messieurs ont baisé 
publiquement notre anneau pastoral). Ce contact d'un peuple aussi 
croyant nous a, tout au moins, prédisposés à la tolérance. On 






XXXIV 



APPENDICE 



semble comprendre - et mieux vaut tard m . ■ 
droite de la conscience sont impre crin ih 1^ T,™ ~ qUe les 
J La France es, un pays catn^ ^ "aura; ? T"* 
méconnaître son esprit Nos » ra nH» 7 oubl ' er8an! 

râbles de notre foi. On ne les Z , h,8t ° riqUe8 SOnt ™^- 
est-il fâcheux qu ' „ , a ? t ÏZT^^ P" sans elle. Aussi 
clergé désire-'comm un seu ge o m m P me méCODnU : " ^ ,e 
la concorde, c'est l'union entre Z ci^ns "", "^ "^ ^ 

-r ce grand sujet dans notre ouvrage ÏÏSJ? V^™' 
H est essentiel de bien affirmer ^eVre'ell, T' ^ 

u ^~ h ^ 



-1 5. E. 



Monseigneur- l'archevêque de Paris. 



Russie désire offrir à la France , pour ^ ^^ ^ 

%o„ russe, par le ^2^^^,^™™ a ,a 
aussi deux étendards en échnnxw ,i„ j Da "ant? La Russie offre 
Par la France en ^R^SX S ^S**"™ 1 "■*" 

Vivien, 
Curé do Saint-Louis. 

Voici la réponse faite par l'archevêque de Paris à ce télégramme : 
Vivien, curé de Saint-Louis, Moscou 

Cardinal Richard. 






APPENDICE 



XXXV 



Autres dépèches : 

Beaucoup d'anciens officiers, blessés rie la guerre turque, me 
prient de transmettre aux anciens officiers, vétérans de 1870, leurs 
plus sincères souhaits. Que Dieu garde éternellement nos beaux 
pays ! 

Vivent la paix, la Russie et la France ! 

Comte Boris Tolstoï, 

Capitaine de la garde impériale 
en retraite. 

Réponse de la Société fraternelle des anciens officiers. 

Les membres de la Société fraternelle des anciens officiers des 
armées de terre et de mer, membres de la Légion d'honneur _ 
remercient leurs camarades retraités de l'armée russe des souhaits 
qu'ils leur ont envoyés et, de leur côté, les prient d'agréer l'expression 
de leurs sentiments les plus affectueux. 

Que Dieu ait le Tsar, l'Impératrice, la famille impériale et la 

Russie en sa sainte et digne garde ! 

Vive la Russie I Vive la paix ! 

Le général-président, 

Général Carmier. 



III. Le Devoir militaire. — Après la Religion, vient le devoir 
militaire. A ce sujet, nous recommandons à la plus sérieuse attention 
du lecteur le premier-Paris des Débats du 7 novembre (1893). 
Nous le transcrivons ci- après. La scène se passe à Saint-Denis : 

v Les conscrits parisiens qui vont partir emportent un pré- 
cieux viatique. M. Toussaint, qui est député; M. Weber, qui est 
conseiller municipal ; l'internationaliste Campi et la citoyenne 
Noële Berthier, qui arbore un prénom clérical, leur ont donné, 
comme provision de route, les conseils les plus propres à en faire 
de détestables Français et des soldats pires encore. 

» Si, par malheur pour ces jeunes gens, cette semence lève 
en eux, si l'existence laborieuse et saine du régiment ne rectifie 
point les idées qu'on enfonce dans leurs esprits, s'ils ne finissent 
point par comprendre les devoirs du citoyen et du patriote, 
que deviendront-ils ? 



XXXVI 

APPENDICE 

En homme que le sentiment T* ' P3rteZ pas ' désertezI » 

l'amour de la pat i ne 1 1 î ' " hyPr '° tise P° int et Q- 

™ts toutes left éo"i s des ans m n U t VOlr ' " ' '^^ M C6S d "« 

du il tr^i r d p r ns ( et ies ^ >■ «£^™«- 

venu où les 1 e seront d être T ^ ^ ^ P3S ~ 
M. Toussaint ne enZlrL „ ^ et qUe leS théo ' ie « de 

elle, jouissent .upr^l^.T"' Pan ° Ut "^ *~ d ° Dt 
•Voici ce qu'il a dit aux conscrits- 

» ii ™^êï mais , en ^™ < a » de 

» honneur d citoye^derr L ' l SSM V ° lre ^ et ™«» 
» et, demain, ZllttuT' ^ V ° US éliez des h °™ 
» bagne, ^Z^eT^.^.T '* *"*""• * Ce 
» de vos chefs, le mépris de 1 fTJ T V ° S C06Urs Ia haine 
» des esclaves ne conserve I !,' ' P ^ qU '° U {ah de vous 
» A has la disciplinée^ ££.~ *" eSdaV6S - 

>HWr v :utt P pTûdr C e e8t ne Un s ^ * - ' 

» couvrir de votre corps et r'aZ T P ° lnt a8MZ " iais P our '° 

» 'ausse honte, ce clLI q^ToulT ~* "^ S3 " S 

^^TS^T?J3?r fort goûté ce laDgage ' 

-me, aUes^leuriîX ^ ^2^7° enth0U " 
ets'enrepent « ils resnô^n. ! ^ même S en accuse 



APPENDICE 



XXXVII 



en Europe comme une preuve certaine de la vitalité de notre race. 
Les Weber n'ont pas été nombreux depuis 1872. 

Voici comment les Russes comprennent ce même devoir. Nous 
résumons le récit fait par M. de Vogué d'un épisode de la guerre 
de 1877. Le 5 juin 1877, l'armée russe du Caucase battait en 
retraite sur Erivan. Elle avait jeté quelques compagnies d'infanterie 
et quelques sotnias de cosaques dans le fortin de Bayazid construit 
sur une saillie de rocher en face do l'Ararat. Cette petite troupe, 
sous les ordres d'un lieutenant-colonel, avait résisté par une 
chaleur accablante à vingt mille Turcs qui l'enveloppaient. Plus 
d'eau, plus de vivres; partout des morts et des blessés. La plupart 
des survivants étaient étendus par terre, inertes et sans force. 
Un parlementaire se présente porteur d'une dépêche de Schamyl. 
La dépêche annonçait que l'armée à laquelle cette troupe appartenait 
avait été dispersée. Elle offrait une capitulation honorable. Le 
commandant la lut à haute voix et désespéré la laissa tomber par 
terre. Les soldats gardaient le silence. A ce moment, apparut un 
vieux musicien, blessé, marchant avec des béquilles. Il venait 
voir de quoi il était question. Dès qu'il eut compris, il se plaça droit 
devant le parlementaire, tira de sa poche une espèce de fifre fait 
d'un bout de roseau et se mit à jouer l'air national, Boje Tsaria 
Khrani (Dieu sauve le Tsar!). A l'instant les tètes se redres- 
sèrent; les âmes se relevèrent. Le commandant ramassa la dépêche 
et dit au parlementaire : « Va te faire pendre ailleurs ! » Le 
lendemain Bayazid était délivré. (Hennebert : V Aigle russe, 
p. 74-78, 1893.) 



TABLE DES MATIERES 

DU TOME DEUXIÈME 



LIVRE DEUXIÈME 

l'entraînement social de l'allemagne 



CHAPITRE SIXIÈME 

DES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES COMPARÉES EN ALLEMAGNE 
ET DANS LES .U'TRES ÉTATS 

Pages. 
Bismarck et Schulze-Delitsch, 28(3. — Los enseignements 
sociaux de l'Évangile, 287. 

1 . — Le mouvement socialiste allemand 287-290 

Ses causes et ses origines, 287-290. 

2. — L'association et la coopération 291-294 

L'œuvre de Schulze-Delitsch, 291. — L'œuvre de Raif- 

feisen, 293. — La solidarité sociale, 294. 

3. _ Des anciennes associations coopératives 295-303 

Histoire de la coopération, 295. — Sociétés coopératives en 

Grèce et à Rome, 296. — Influence du christianisme, 297. — 
Les ghildes germaniques, 298. — La coopération au moyen 
âge, 299. — La coopération en France avant 17S9, 300. — 
Histoire de la mutualité du crédit, 301.— En Italie et en Espa- 
gne, 302. —Anciennes traditions et besoins nouveaux, 303. 

4. _ Associations coopératives Schulze-Delitsch 304-323 

Les coopératives Schulze-Delitsch, 304.— Critique des idées 

de Schulze-Delitsch, 305. — L'intérêt et le dévouement, 30B. — 
Progrès des coopératives Schulze-Delitsch, 307. — Organisa- 
tion et statistique générale, 308. — Creditgenossenschaflen, 309. 



XL 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 



Leur mécanisme. 810-811. _ Statistique en ,891, 812. - 

Va Tl ,° n «r Crédit ' 313 " 314 ' - Visite à la Kochstrasse 
Volksbank, 315. - Fonctionnement de la banque, 316 _ 
Visite a M Scbenk, 317. _ Associations coopérative de pro- 
duct.on, 318. - Coopératives agricoles, 319. - Mécanisme 

schane°r' r S a 2 r eS r: n Pr0,1 r ti011 ; m - L " Mk ^S— n- 
scnaiten, Ml. _ Coopératives de consommation, 322-323. 

I S. - Dos associations coopératives Raiiïeisen 324.333 

La solidarité chrétienne, 325. - L'assistance sociale 326 - 
Mécanisme des Darlehnskassen Vereine, 397. - Ni capital 

dairl' to^n " * én ' Û ° e ' m - Le CrédU a g r -ole solii 
daire, 329. -Opérations et bilans des banques Raiffeisen, 330 
Opérations de chaque banque, 331. - Opérations des 121 
banques en 1881, 332. - Le milieu rural, 333. 

I 6. — Comparaison des résultats 334.350 

Comparaison, 331. - Discussion des résultats,' 335^ 
Progrès des associations Raiffeisen, 336. - Leur importance 
agricole, 337. _ Leurs opérations en 1885, 338. _ Nouveaux 
progrès en 1892, 339. - Lutte entre Schulze-Delitsch et 
Raiffeisen, 340. _ Arguments de Schulze-Delitsch 341 _ 
Les avanças â long terme, 342. - Les conditions du crédit 
agricole, 343. - Les Cash avances des banques d'Ecosse, 344 
- Le crédit agricole et la Banque de France, 345. - Une 
vision d'Utopie, 346. - Les Syndicats agricoles en France 347 
-L agriculture et la circulation fiduciaire, 348. - Opérations 
des associations Raiffeisen en 1890, 349. - Le crédit agricole 
en Allemagne, 350. 

I 7. -Etablissements de crédit de l'État et Unions diverses 351-354 
Hilfskassen et Landescultur Banken, 351. - Landschaften 
;So2. - Unions agricoles, 353. - Landschaftliche Darlehns- 
kassen, 354. 

\ S. — Des Caisses d'épargnes en Allemagne 355-360 

En Prusse, 356. - Leur organisation, 357. - Leur géogra- 
phie, 358 - L'emploi des fonds, 359. - Dans les autres États 
allemand», 360. 

9. — Des Sociétés de secours mutuels en Allemagne . . . 361-362 

10. — Des Unions de travail 363-364 

Les Gewerkvereine, 364. 



TABLE DES MATIÈRES 

| 11. — Dos Assurances ouvrières en Allemagne 

Lois allemandes sur les assurances ouvrières, 36C. — Lois 
sur les maladies et les accidents, 367. — Lois sur la vieillesse, 
868. — Premiers résultats de ces lois, 369-870. — Critique de ces 
lois et de leurs résultats, 371-372. — Grandeur de. l'expérience 
faite en Allemagne, 373. — Fructum affermit inpatientia, '■•'• i. 

~§ 12. — Puissance d'épargne iln peuple allemand 

| 13. — Du mouvement coopératif chez les autres peuples. 

1. Des associations coopératives en Chine. Les Towkavs 

chinois 378 :;su 

II. Des associations coopératives en Italie 381-383 

Caisses d'épargnes, 382. — Banques populaires, 383. 

III. Des associations coopératives en Angleterre. .' J .M 393 
La coopération en Angleterre, 384. — Ses diverses formes, 385. 

Savings Banks, 886. — Friendly Societies, 387. — Associations 
coopératives, 388. — Sociétés de production et de consom- 
mation, 389. — Wholesale Coopératives, 390. — Building 
Societies, 391. — Trade Unions, 392. — Dernières statis- 
tiques, 393. 

IV. Des associations coopératives en Autriche - Hon- 

grie 394-396 

Autriche, 394. — Hongrie et Croatie, 396. 

V. Des associations coopératives en Russie 397 

VI. Des associations coopératives dans les autres États 

de l'Europe 398-407 

Suisse, 398. — Belgique et Hollande, 399-402. — États 
Scandinaves, 403-404. — Espagne, 405-406. — Portugal, 407. 

VII. Des associations coopératives aux États-Unis. 408-413 
Caisses d'épargnes, 409. — Banques et Sociétés coopératives 
de crédit, 410. — Caractère général du mouvement coopératif 
aux États-Unis, 410. — Sociétés coopératives de consom- 
mation, 411. — Sociétés coopératives de production, 412. — 
De construction, 413. — Sociétés agricoles coopératives, 413. 
VIII. Des associations coopératives en Australasie. 414-415 
IX. Des associations coopératives en France... 416-452 
Histoire et éclipses des associations, 416-417. — Première 
période, 418. — Deuxième période, 419. — Leur renais- 



XLI 

Pages. 
365 374 



375-376 
377-452 






XLH 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages, 
sance, 420. — Coopératives de production, 421. — Coopératives 
de consommation, 422. — Coopératives de crédit, 423. — 
Liquidation générale, 424. — Troisième période : Reprise' du 
mouvement, 425. - Loi sur les Syndicats professionnels, 426.- 
Projet de loi sur les coopératives, 427. - Statistique actuelle 
des associations coopératives, 428. - Caisses d'épargnes et 
secours mutuels, 429. — Syndicats professionnels, 430. — 
Coopératives de production , 431. — De consommation, 432. — 
De crédit, 433. - De construction, 434. - Participation aux 
bénéfices, 435. — Progrès de la coopération agricole, 436 — 
Syndicats agricoles : programme, 437. - Production agri- 
cole, 438. — Progrès des Syndicats agricoles , 439. — Unions 
de Syndicats agricoles, 440-441. — Œuvre agricole, 442-448. — 
Le crédit agricole, 449-452. 

14. — La lutte contre le socialisme 453-468 

La lutte contre le socialisme, 453-456. — Le socialisme en 
Chine, 457. - Le socialisme agraire, 458. — Le socialisme 
industriel, 459. — Impuissance de la coopération dans cette 
lutte, 460. — Des expérimentations socialistes, 461. — Où 
auront-elles lieu 1 462. — En Allemagne ? 463. - Elles' auront 
lieu en France, 464. _ A bas la France ! 465. - La révolution 
agraire, 466. — Le propriétaire, voilà l'ennemi! 467. — 
Défense de la France, 468. 



CHAPITRE SEPTIÈME. 

DE LA RICHESSE DE L'ALLEMAGNE COMPAREE A CELLE DES ÉTATS-UNIS, 

DE L'ANGLETERRE ET DE LA FRANCE 



1 . — Des progrès de la richesse au xix» siècle 469-472 

Progrès de l'appropriation du globe, 471. — Colonisations et 

découvertes scientifiques, 472. 

2. — Des mouvements de la richesse chez les divers 

peuples avant le xvm» siècle 472-515 

I. — Premières civilisations de l'Orient 472-487 

L'Inde et la Chine, 473. — États mésopotamiens, 474-475. — 
Babylone, 476-478. — Premier empire des Perses, 479-480. — 
La richesse dans l'Asie mineure, 4SI. — La Phénicie et 
Carthage, 482. — Richesse de l'Egypte ancienne, 483-487. 



TABLE DES MATIÈRES XLHI 

Pages. 

II. La Grèce ancienne 488-490 

La richesse d'Athènes, 489. — La richesse à Lacédémone, 490. 

III. Époque romaine 491-501 

La richesse sous la République romaine, 492. — La richesse 
sous l'Empire romain, 493-496. — Caractère du peuple 
romain, 497. — La solde à Rome, 498. — La guerre et le 
travail à Rome, 499. — Ruine de l'Italie, MO. — Rome et la 
Prusse, 501. 

IV. Décadence et partage de l'Empire romain.. . 502-503 

V. Moyen Age. — Époque féodale 504-508 

La richesse et la féodalité, 504. — La richesse territo- 
riale, 505. — La léodalité et la propriété foncière, 500. — La 
richesse féodale, 507. — Richesse de la France féodale, 508. 

VI. Moyen âge. — Période monarchique 509-511 

Appauvrissement au xv« siècle, 509. — Richesse sous l'em- 
pire des Arabes, 510. — Richesse des Arabes en Espagne, 511. 

VII. Les grandes monarchies 512-515 

La richesse en Europe aux XVI" et xvii» siècles, 512. — 

Les grandes monarchies comparées, 513-514. — Suprématie 
de la France, 515. 
| 3. — De la richesse des principaux peuples au xvm° siècle. 510-517 
Évaluation de la richesse au xvni« siècle, 510. — Richesse 
de la France et de l'Angleterre comparée, 517. 

| 4. _ Des méthodes d'évaluation de la richesse 518-526 

Premiers moyens d'évaluer la richesse, 518. — Dégradation et 
disparition de l'impôt, 519. — Dissimulation de la richesse, 520. 

— Le péril de vivre au grand jour, 521. — La richesse est un 
secret d'État, 522. — Vauban et la dime royale, 523. — 
Méthodes scientifiques d'évaluation, 524. — L'impôt succes- 
soral, 525. — Le Census et l'income tax, 526. 

§ 5. — De l'accroissement de la richesse en Allemagne.. . 527-544 
Lo butin de 1870, 528. — La guerre, facteur de la richesse 
en Allemagne, 529. — Autres facteurs de la richesse en 
Allemagne, 530. — La population, 530. — La production 
agricole, 531. — L'industrie, 532. — Progrés comparés de 
l'industrie, 533. — Industries minière et métallurgique, 534. 

— Textiles et machines à vapeur, 535. — Forces mécaniques 
diverses, 530. — Revenu général comparé, 537. —Richesse 
générale de l'Allemagne comparée, 538-540. — Richesse des 
États comparée, 541-512. —Richesse de la Prusse, 543-544. 






xliv 



TABLE DES MATIÈRES 



I 6. - De l'accroissement de .a richesse aux États-Unis 

Progrès de la richesse aux États-Unis 5« r n " 

546-547. - Résultats compares du CeZ's 548 " n- ' 

de ces résultats, 549. ^eusus, 0i 8. - Discussion 

I 7. - De l'accroissement ,1e la richesse en Angleterre . 
Progrès de la richesse en Angleterre Bfin r , 

la France, 551 - Mov.n. i- , Comparés avec 

actuelle d ÏÏL,JZ?Z* MbMbm - 552 " 553 - "Richesse 



actuelle de l'Angleterre, 554. 
- De l'accroissement ,1e la richesse en France 
Progrés _de .a richesse en France. 555-556. - Ses'e'tapes 



diverses 557-558. - Progrès de 18 69 à 1891 559 
dévaluation, 560 _ >S,i, „■ w1 ' "^ 

richesse de „ t L " lua tions comparées, 

xicnesse de la France en 1892, 562. 

9. - De : 



Méthodes 
561. _ La 



'accroissement de la richesse en Russie. 



Pages. 
545-549 



550-554 



555-562 



563 



CHAPITRE HUITIÈME 

DE BEHLI.V A DANZIG ET A KOENtGSBERG 

I 1. — La véritable Prusse 

Borussie, 565-566. 364-566 

I 2. - Coup d'oeil sur les origines et la formation de la 

Prusse. Luttes des races et des religions.. 507 5fis 

L'Ordre teutonique, 567. - Lutte avec l„ I •«. • 

Pologne, 568. Lutte <"<* les Lithuaniens et la 

» 3. - Guerresœntre la Pologne, contre la Suède et contre 

■fis? dttroy ^ d ^--.'^--'^v;';; *u S69 ~ S7 ° 

l 4. — Danzig 

Danzig et la Réforme , 571. -'nistoiré de Danzig',' 572 ' 1 ^ [ ' 577 
La Réforme a Danzig, 573. - Le port de Danzig 574 
Assainissement de la ville, 575-576. -La Baltique"^'. ~ 

8. — Kœnigsberg . . 

578-579 



TABLE DES MATIERES 



0. — Kani et Schopenhauer 

Kant, Schopenhauer et Tacite, 580. 

I. Kant et le droit de guerre, 581. — Critique de la Raison 
pure, 582. — L'homme seul dans l'univers, 583. — Sans Dieu et 
sans lendemain, 584. — Critique de la Raison pratique, 585. — 
Le Juge unique, 586. — La Religion dans les limites de la 
Raison, 587. — Le Royaume de Dieu, 588. — Ruine des 
religions positives, 589. — Grande influence de Kant sur l'Al- 
lemagne, 590. — La religion de la vertu, 591. — Les destinées 
des nations. 502. — La paix perpétuelle, 503. — Les Etats- 
Unis d'Europe, 594. — La loi de la guerre, 505. 

IL Schopenhauer et le pessimisme allemand, 500. — Le 
pessimisme allemand, 597. — Ses origines, 508. — Ses 
dangers, 599. 

7. — La frontière russe 

Premières impressions russes, 001. 
vraie Russio, G02. 



XLV 

Pages. 

580-600 



600-602 



La Lithuanie et la 



LIVRE TROISIÈME 

ENTRAINEMENT POLITIQUE DE L'ALLEMAGNE 



CHAPITRE NEUVIÈME 

LA LCTTE POUI1 LA SUPRÉMATIE EN EUROPE 

| 1. — La maîtrise de la Prusse 005-007 

Maîtrise de la guerre par la Prusse, 00G. — Pacification de 
l'Europe, 607. 

§ 2. — L'interdiction de la guerre 608-613 

Pacis imponere morem, 008. — Interdire la guerre aux 
autres, 609. — La maîtrise économique, 610. — La Triple 
Alliance, 011. — Les illusions de l'Europe, 612. — Moment 
décisif, 613. 

| 3. — La résistance 614-615 

| 4. _ Démembrement de la France et de la Russie.... 610-617 
| S. — Hégémonie de la race germanique 618-619 

Les groupes ethniques en Europe, 618. — L'échiquier euro- 
péen, 619. 



■^H 



XLVI 



TABLE DES MATTÈBES 



Pages. 
620-621 



6. — La grande lutte européenne 

Fonction de l'Autriche-Hongrie, 620-621. 

7. — Les armements en Allemagne 622-630 

L'armée allemande, 024-625. — Armements comparés, 626. — 

Forces comparées, 627. — Impulsion de l'Allemagne, 628. — 
L'offensive stratégique, 629. — Dissolution du Reichstag 
en 1893, 630. 

8. — Dépenses et ressources comparées des États en 

lutte 

L'Italie, 632-634. — L'Autriche-Hongrie, 635-637. — La 
Russie, 638. — La France, 639. — Causes des désastres de 
1870, 640. — Ressources de la France, 641-642. — Si vis pacem 
para bellum, 643. 



631-643 



§ 9- — Hégémonie maritime de l'Angleterre. 



10. — Lutte des États, des races et des civilisations en 

Europe pour l'hégémonie et l'indépendance... 
La suprématie en Europe, 646. — Frontières naturelles de la 
France, 647. — Fonction européenne de la France, 648. — 
Différences entre les civilisations en Europe, 649. — Diffé- 
rences entre les races européennes, 650-651. — Concurrence 
des races, 652. 

11. — Les États-Unis d'Europe., 
L'arbitrage international, 654. 



645-652 



653-655 



L'ambition germani- 



que, 655. 



CHAPITRE DIXIEME 

LE RELÈVEMENT DE LA FRANCE 

1. - 1870-1893 656-660 

Prédictions de M. Thiers, 657. — L'alliance franco-russe, 658. 
— Les précédents de l'alliance, 659. — Forces des alliances 
comparées, 660. 



2. — L'alliance franco-russe et ses conditions 

Conditions de l'alliance, 661. — Limite fixée à l'Allema- 
gne, 662. — La guerre de l'indépendance, 663. — Les droits 
de la France en Europe, 664. — Le pèlerinage de Saint 
Privât, 665. — L'héritage de la France, 666. 



061-666 






BPPUPj^B 



TABLE DES MATIERES 



XLVII 



APPENDICE 



CHAPITRE SIXIÈME 

DES ASSOCIATIONS COOPÉRATIVES COMPARÉES EN ALLEMAGNE ET DANS 
LES AUTRES ÉTATS 

I 

Pages. 
4. — Les associations coopératives Schulze-Delitsch. — 

Organisation et statistique ' 

II 

Visite à la Kochstrasse Volksbank IV 

6. — De l'état actuel du crédit agricole en Allemagne.. v 

8. — Des Caisses d'épargnes en Prusse v 

11. — Statistique générale des accidents en Allemagne.. v 

13. — Des associations coopératives en Europe : 

En Italie IX 

En Angleterre IX 

14. — La lutte contre le socialisme xl 

Expérimentations sociales : 

I, Saint-Denis XI 

II. Roubaix XIV 

III. Le socialisme agraire xv 

CHAPITRE SEPTIÈME 

j S. _ Accroissement de la richesse en Allemagne xvm 

Partage de l'indemnité de guerre xvm 

Assurances sur la vie en Allemagne xvm 

20... 



< 



I 



XLVIH 



TABLE DES MATIÈRES 




CHAPITRE HUITIÈME 

Pages. 

I fi • — Kant et Schopenhauer xvm 

La paix perpétuelle XVUI 

CHAPITRE NEUVIÈME 

LA LUTTE POUR LA SUPRÉMATIE EN EUROPE 

§ 2. — L'interdiction de la guerre XIX 

% 4. — Démembrement de la France et de la Russie xix 

I 6. — La grande lutte européenne XIX 

1° Rapports de la Russie avec la Hongrie xx 

2° Les secrets delà Triple Alliance X xi 

3» La prochaine guerre XXII 

4» L'attitude et les intérêts de l'Autriche xxm 

I 8. — Dépenses et ressources comparées des États xxm 

Progrès du brigandage et de la misère en Italie. xxm 

Réserves d'or de la Russie xxlv 

I 9- — Hégémonie maritime de l'Angleterre. — Hégémonie 

de la race anglo-saxonne sur le globe xxv 

CHAPITRE DIXIÈME 

RELÈVEMENT DE LA FRANCE 

i 1. — 1870-1893 

XXXII 

i 2. — L'alliance franco-russe et ses conditions xx\u 

I. La suprématie en Europe xxxn 

H. Le respect de la religion .' xxxn 

III. Le devoir militaire xxxv 

Paris-Bordeaux. - Imp. Nouvelle A. Bellier et Cie, 16, -rue Cabirol. 



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